00:00Pendant toute la promo de l'Odyssée, il y a cette anecdote qui revient constamment.
00:13L'entièreté du casting du film a accepté un rôle proposé par Christopher Nolan,
00:17sans même avoir jeté un coup d'œil au scénario.
00:18Le seul qui a demandé à le lire, c'est Robert Pattinson.
00:21Et ça, ça fait rire tout le monde en mode, il est con ce Robert.
00:23Il n'y a pas à lire un scénario quand c'est Christopher Nolan qui le propose.
00:26Et on va dévainquer cette take complètement stupide.
00:28Comment c'est possible de passer à côté de la lecture d'un scénario
00:30quand c'est censé être la base matérielle d'un film ?
00:32On fait face à un casting qui se contente juste d'être un produit.
00:34Qui dit oui à une entreprise, qui signe un contrat, un gros chèque,
00:37sans vraiment savoir ce qu'il attend.
00:38C'est pas déconnant d'avoir confiance en Nolan,
00:39mais le contenu du film semble secondaire.
00:41Pourtant ce casting c'est vraiment tout le gratin d'Hollywood réuni.
00:43Comment des professionnels avec autant d'expérience
00:45peuvent manquer à un devoir aussi simple
00:47que celui de lire un scénario avant d'accepter quoi que ce soit ?
00:49Alors qu'est-ce qui se passe ?
00:50Jadis on appelait ça la politique des auteurs.
00:52Le concept est apparu dans les années 50
00:53et ça consistait à défendre la vision singulière des cinéas.
00:56C'était une posture qui servait à arracher le pouvoir au studio
00:59et faire du réalisateur le véritable artiste,
01:01maître de sa vision.
01:02Sauf que ce concept a subi une mutation.
01:04Et cette mutation, oui vous le voyez venir,
01:05est entièrement due au capitalisme contemporain.
01:08Bingo !
01:08La signature du réalisateur a été phagocytée par l'industrie
01:10pour se transformer en un label.
01:12On bascule dans une logique où l'oeuvre cinématographique
01:14est consommée de la même manière que par exemple un produit de luxe.
01:17Genre la confection et le matériel sont pas si importants
01:19tant qu'il y a marqué Louis Vuitton dessus.
01:20Les comédiens qui s'engagent sur un projet à l'aveugle
01:22cherchent juste à s'approprier un capital symbolique.
01:24Avoir son nom au générique d'un projet d'une telle envergure
01:27c'est fusionner sa propre valeur
01:28avec un produit culturel certifié.
01:30S'ajoute à ça le mythe du grand créateur masculin
01:32Goddard, Scorsese, Hitchcock, Nolan
01:35on fétichise la figure du maître absolu.
01:37Chris was so funny in his reaction.
01:39Just saying like, he said,
01:40you want to read it?
01:41Everyone else?
01:42Everyone else said yes.
01:44I was like, no it's fine, I changed my mind.
01:46Sauf que cette idéologie invisibilise la réalité matérielle
01:48de la production cinématographique.
01:50Le cinéma est et restera l'art collectif par essence.
01:52J'ai déjà fait 10 000 vidéos sur le sujet
01:54donc je vais pas surenchérir sur l'importance des équipes.
01:56Notamment pour Christopher Nolan
01:56qui est quasi tout le temps accompagné pour ses scénarios.
01:58En réalité, Pattinson a fait le bon choix.
02:00Il a pas à être honteux d'avoir voulu faire son travail comme il faut.
02:02S'engager sur une oeuvre, ça amène certains impératifs
02:05à ne pas négliger.
02:06Et lire un scénario, c'est l'étape numéro 1 du métier d'acteur.
02:08Sous-titrage Société Radio-Canada