00:04Bon, ça fait un mois que j'ai pas fait de vidéo.
00:06Je préparais Cannes, puis j'étais à Cannes, puis je me remettais de Cannes.
00:09Mais je suis de retour. Est-ce que c'est pas le principal ?
00:10Pour cette vidéo, on va parler de mon top 3 du Festival de Cannes,
00:13les films que j'ai préférés.
00:14Et pour la prochaine vidéo, on fera le top 3 de ceux que j'ai le plus détestés,
00:17parce qu'il n'y a pas de mauvaise pub.
00:19On commence sans plus tarder avec mon top 1, ma palme de cœur.
00:21Il s'agit de El Cerquerido de Rodrigo Sorogoyen.
00:24L'histoire tourne autour des retrouvailles entre un célèbre réalisateur et sa fille comédienne,
00:27avec qui il avait coupé les ponts depuis plusieurs années.
00:29Le père offre un rôle à sa fille, le népotisme à son paroxysme,
00:32et on vit avec eux les semaines de tournage du film,
00:34un espace qui devient immédiatement le théâtre de leur conflit passé.
00:37Tout le long du film, la violence conflictuelle ne passe jamais par une action physique,
00:40mais plutôt par du verbal, de l'émotion, de la hiérarchie.
00:42Le film explore cette zone grise hyper toxique,
00:44où l'intimité familiale se mêle à la production cinématographique.
00:47Un air de déjà-vu.
00:47On pourrait parler des heures du film, la thématique qui m'a le plus impressionnée,
00:50c'est la déconstruction du mythe du génie.
00:52Le père de la critique.
00:53On frappe un grand coup en s'attaquant à la figure intouchable de l'auteur masculin.
00:57Le personnage de Ravier Bardem, en plus d'être un père défaillant,
01:01incarne le patriarche par excellence,
01:03celui qui utilise son statut de réalisateur, son pouvoir,
01:06pour exercer un contrôle absolu.
01:07La mise en scène est vraiment très réussie, très étouffante.
01:09Ça passe par l'architecture du plateau de tournage,
01:11les loges, les décors fermés, tout devient une prison.
01:13Les cadres enferment les personnages dans leur rapport de domination,
01:16et nous montrent clairement qui possède le capital symbolique,
01:19et qui en subit le poids.
01:21Je trouve qu'à l'inverse de Valeurs Sentimentales, on n'est pas dans le larmoyant.
01:24C'est froid, lucide, et ça fait pas de cadeau à la bourgeoisie intellectuelle.
01:27Le film est en ce moment en salle, je vous mets le lien avec les séances dans mon lit-trip.
01:30On continue avec un deuxième film qui n'a rien à voir.
01:33J'avais zéro attente, ça avait juste l'air bon délire,
01:34et en général quand c'est bon délire, c'est pas forcément bon derrière.
01:37Au final, que nenni ?
01:38Jim Quinn de Nicolas Athéné et Marco Nguyen, c'est de la frappe.
01:42Et c'est probablement ma meilleure séance de cinéma de l'histoire de ma cinéphile.
01:45Pour vous mettre dans le contexte, le film est passé en séance de minuit,
01:48la particularité des séances de minuit, outre que ça se passe à minuit,
01:51c'est sa programmation à part entière.
01:52On nous propose plus de films de genre, un peu pop, un peu fou,
01:57que vous avez sûrement vu passer dans les médias, c'est l'ambiance, disons, survoltée.
02:07Voilà, c'est un peu les séances de purge.
02:09Et pour avoir manqué seulement une seule séance de minuit, qui apparemment était la pire,
02:12je peux vous certifier que Jim Quinn était la plus folle.
02:14C'est le studio d'animation Bobby Peels qui a présenté ce film de comédie absurde,
02:19mais avec un propos politique nécessaire, d'autant avec l'année qui se profile.
02:22L'histoire s'articule autour de Jim Parfait, un influenceur gay de la scène parisienne,
02:26son capital social et économique repose entièrement sur son corps ultra-sculpté
02:30et l'adoration de ses millions de followers,
02:32mais son monde s'effondre lorsqu'il contracte l'hétérose,
02:34un nouveau virus redoutable qui transforme les homosexuels en hétérosexuels.
02:38Jim rencontre Lucien, un twink maladroit et secrètement amoureux de lui.
02:41Et là, on fait un gros big up à Jérémy Gillet, membre de la communauté,
02:43Romandéli, nos abonnés ont du talent.
02:45Bref, le film est une véritable pépite satirique.
02:47On passe par la marchandisation du corps queer,
02:49l'aliénation au sein même de la communauté.
02:51Jim Parfait, qui est parfait, devient un produit.
02:54Le film montre très bien comment le capitalisme a récupéré et codifié les corps gays
02:58pour recréer des hiérarchies oppressives basées sur l'apparence.
03:01C'est pas un film qui se victimise, bien au contraire,
03:03c'est un film qui répond par l'attaque, par le rire.
03:05Ça reste l'une des armes les plus efficaces pour déconstruire l'idéologie dominante.
03:09Bravo à eux, c'est en salle le 17 juin 2026.
03:11Il y a une petite tournée province aussi, je vous en sers le screen que j'ai trouvé.
03:14Pour le dernier film, on passe par la section de Cannes première,
03:16avec Marie-Madeleine qui marque le retour très attendu de la réalisatrice haïtienne Jessica Genevi.
03:20Qui tient également le rôle titre.
03:21L'histoire se déroule sur la côte sud d'Haïti et suit le quotidien de Marie-Madeleine,
03:25travailleuse du sexe qui mène sa vie en toute indépendance,
03:27loin des dogmes moraux de la société.
03:29Son chemin accroît celui de Joseph, un jeune homme introverti,
03:31étouffé par le fondamentalisme religieux.
03:33Contre toute attente, le film déjoue les codes du drame rédempteur ou de la romance.
03:37Leur rencontre donne naissance à une relation inclassable, dénuée d'attente sexuelle,
03:41où ces deux êtres que tout oppose trouvent un espace de liberté assez inédit
03:45pour se réinventer et respirer hors des structures qui les écrasent.
03:48La plus grande force du scénario, c'est sa manière de dynamiter la figure historique et religieuse de la prostitution
03:53repentie.
03:53La Marie-Madeleine de Généus ne cherche ni l'absolution,
03:56ni à être sauvée par une entité divine ou masculine.
03:58Elle construit sa propre histoire et ses propres règles.
04:00C'est même elle qui se pose en figure protectrice pour Joseph.
04:03La mise en scène est charnelle, c'est très organique,
04:05les ambiances nocturnes sont super belles, éclairées au néon.
04:07Le travail immersif sur le son est très identifiable,
04:09avec ses sons religieux, la mer...
04:11Ces pyramides de distribution qui s'en occupent,
04:12pas de date de sortie pour le monde,
04:14mais je vous tiendrai au courant quand il y en aura.
04:15J'aurai pas le temps d'en parler, mais gros coup de cœur pour le château d'Arioka dont personne
04:19ne parle.
04:19En présence du Réal Kurosawa et de ses petits copains,
04:22Amaguchi, Koreeda et Fukada et peut-être d'autres, rien que ça.
04:25J'ai pas cité The Davies de Ken Russell,
04:26qui est ma plus grosse claque du festival de Cannes,
04:28mais c'est une ressortie version restaurée,
04:30donc j'en ferai une vidéo à part entière très prochainement.
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