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Personnes
Transcription
00:00L'attitude girlboss et le tailleur pantalon vous mentent.
00:02Pour reprendre des codes masculins pour se rendre crédible,
00:04c'est pas la solution pour s'émanciper du patriarcat.
00:06Et on en parle à travers un biais cinéphile.
00:07On a souvent résumé la figure de la girlboss au cinéma à une simple transposition.
00:11Ouïchi, un corps féminin moulé dans un costume trois pièces,
00:13elle emprunte une certaine froideur, une autorité,
00:15elle porte des couleurs neutres, elle porte pas de bijoux.
00:17Je vais me baser sur les écrits de la sociologue Catherine Rottenberg
00:20qui parle donc de féminisme néolibéral.
00:21Ce serait une injonction pour la femme à s'auto-exploiter
00:24et à lisser ses aspérités pour s'insérer dans les structures préexistantes
00:27sans jamais les contester.
00:29C'est le cas de Miranda Presley dans Le Diable s'habille en Prada,
00:31de Tess McGill dans Working Girl,
00:33de Joy Mangano dans Joy,
00:34Chivroy dans Succession,
00:35Claire Underwood dans House of Cards, etc.
00:37Vous en avez encore sûrement plein d'autres en tête.
00:39Je vous donne des exemples télévisuels,
00:40mais ça se transpose évidemment dans la vraie vie.
00:41Vous le voyez avec vos influenceuses préférées
00:43qui vous vendent de la girlboss à gogo,
00:44l'esthétique de la productive girl,
00:46et la morning routine,
00:47et le pilate du matin,
00:48et le café glacé,
00:50discipliné par et pour le travail.
00:51On vous vend l'idée que votre émancipation
00:54vous devez devenir votre propre manager.
00:55Genre vous n'avez plus d'identité,
00:56il faut que ça soit rentable.
00:57Ça se passe aussi dans la rue,
00:58dans les bureaux,
00:58dans les magazines,
00:59dans les clips de musique,
01:00dans la littérature.
01:01Pourtant, une autre lignée de personnages existe.
01:02Des femmes qui font de leur féminité
01:04l'outil même de leur émancipation.
01:06Une féminité qui est bien souvent perçue
01:07comme un stigmate ou une futilité.
01:08Pour moi, l'un des exemples les plus parlants,
01:10c'est L'égalie blonde de Robert Lucchetti.
01:11Tu te retrouves avec une Elle Woods
01:12qui détonne dans le cadre austère d'Harvard,
01:14non pas en s'adaptant aux grilles des amphithéâtres,
01:16mais en y imposant son rose saturé.
01:17Sa connaissance des soins capillaires
01:19en plus de ses connaissances en droit
01:21deviennent dans le récit
01:21une expertise juridique.
01:23Elle Woods déconstruit le mépris classe et de genre
01:24qui pèse sur les codes de la féminité
01:26dites artificielles.
01:27Oui, t'es une avocate qui porte un costume rose,
01:29mais non, ça ne perturbera pas ton travail.
01:30D'ailleurs, dans le film,
01:31c'est pas Elle Woods qui essaie
01:32de conquérir son ex dans un environnement
01:33très vieille école,
01:34mais c'est justement la très vieille école
01:35qui vient se déconstruire
01:36de ses préconçues archaïques.
01:37Comment ne pas citer
01:38Gentleman Prefers Blonde
01:39de Howard Hawks ?
01:40Jutek Nicolore est dédiément à Gogo.
01:41Le personnage interprété par Marilyn Monroe
01:43est une stratège matérialiste très lucide.
01:45Elle performe l'archétype de la jolie idiote
01:47non pas par soumission,
01:48mais comme une tactique de survie économique
01:50dans un monde où les hommes
01:51détiennent le capital.
01:52L'Aurelai ne veut pas devenir un homme.
01:53Elle utilise le regard de l'homme
01:55comme un levier
01:55pour renverser le rapport de force financière.
01:57J'en profite pour citer un petit film
01:58de la nouvelle vague tchécoslovaque
01:59des années 60,
02:00Les Petites Marguerites
02:01de Vera Chytilova.
02:02C'est les Final Girlboss.
02:03On y suit deux femmes
02:04qui décident d'être aussi corrompues
02:05que le monde qui les entoure.
02:06Elles embrassent le chaos
02:07et elles séduisent pour mieux piller.
02:08Elles ne sont pas là pour diriger une entreprise.
02:10Elles cherchent à saboter
02:11le patriarcat bourgeois
02:12par l'absurde et l'indiscipline de leur corps.
02:14Je pense que c'est essentiel
02:15d'avoir conscience de tout ça.
02:16La libération ne réside pas
02:17dans l'assimilation des codes dominants.
02:18Si la Girlboss en tailleur pantalon
02:19est une figure de collaboration
02:20avec le système néolibéral,
02:22la Girlboss qui embrasse sa féminité,
02:23que ce soit avec du glamour
02:24ou de l'excessivité,
02:25opère un geste de dissidence.
02:26Elle refuse de valider
02:27que le sérieux et le pouvoir
02:29soit des attributs exclusivement masculins.
02:31Réhabiliter ces figures,
02:32c'est comprendre que la mise en scène de soi
02:33n'est pas toujours une alienation
02:35et que c'est important
02:36d'avoir ce contre-champ politique et symbolique.
02:37La Girlboss par excellence,
02:38c'est celle qui assume son identité,
02:40quoi que le système dise.
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