00:00Nouveau concept, on le prouve à Sébastien Chenu de quoi le cinéma français est capable.
00:02Je vous parle de trois films français qui ont été adaptés à l'international, en moins bien, évidemment.
00:06On commence très fort avec le fameux « à bout de souffle » de Jean-Luc Godard, sorti en 1960.
00:10On y suit Michel, un petit truant insolent qui vole une voiture à Marseille,
00:14tue presque par accident un gendarme, et file à Paris où il tente de convaincre Patricia, une américaine, de fuir avec lui.
00:19Le récit est simple, mais Godard, au lieu de raconter de manière classique, bouscule toutes les conventions.
00:22La caméra frétille, le montage utilise des jump cuts hyper audacieux,
00:25la narration semble improvisée, instaurant un gage de liberté qui n'existait pas avant.
00:28Le film joue avec la fiction et le réel, la variété des rues de Paris comme décor naturel, et l'insouciance de ses personnages.
00:33C'est un manifeste de la nouvelle vague, une révolution dans la manière de faire du cinéma.
00:36Et Hollywood a tenté l'intentable.
00:38La version américaine, sortie en 1983, sous le titre de « Brave Less »,
00:41et réalisée par Jim McBride, avec Richard Gere et Valérie Caprisky,
00:44reprend l'arc narratif de base du film français, mais elle transpose à Los Angeles.
00:47Là où Michel devient Jess, un petit délinquant qui vole une Porsche à Las Vegas, et se retrouve poursuivi par la police.
00:52La structure du scénario est une sorte de miroir transposé de l'original.
00:55Mais quand on met en parallèle les deux films, ce qui frappe, c'est pas tant l'histoire
00:58que la manière de la dire.
00:59La version américaine reste un produit classique d'Hollywood, même si revendique l'héritage de Goddard.
01:02Il n'a ni la fougue, ni l'invention stylistique de l'original.
01:05Un banal remake outrancié du récit, sans aucune personnalité.
01:08Les dialogues cherchent pas à jouer avec la langue, le montage reste conventionnel,
01:11et l'ensemble donne un produit qui peut fonctionner comme un film d'action romantique des années 80,
01:14mais qui ne fait absolument pas ressentir l'électricité de l'original.
01:16On continue avec « Funny Games » de Michael Haneke, sorti en 1997.
01:20C'est un thriller psychologique qui déconstruit le sous-genre du « home invasion ».
01:22L'histoire suit une famille, apparemment tranquille, qui part en vacances dans une maison secondaire au bord d'un lac.
01:27Quand deux jeunes hommes, Peter et Paul, arrivent comme deux parfaits inconnus, polis et raffinés,
01:30mais leur courtoisie cache rapidement un sadisme méthodique.
01:33Haneke met en scène un genre de miroir qui interpelle le spectateur sur son propre plaisir voyeuriste.
01:37Chaque interaction, chaque jeu cruel, chaque manipulation psychologique soulignent la fragilité de cette famille,
01:42et la manière dont le spectateur est complice malgré lui.
01:45La petite subtilité du remake de 2007, c'est qu'il a été aussi réalisé par Haneke.
01:49Il reprend quasiment plan par plan la structure de l'original, mais avec un casting hollywoodien.
01:52Le contexte devient plus familier au public américain, mais c'est une transposition qui a des conséquences.
01:56Le remake n'apporte rien de nouveau, bien moins radical dans sa critique de la violence médiatisée,
01:59perd clairement en densité et en force émotionnelle.
02:01Haneke lui-même a reconnu que le remake visait à confronter un public américain à la même expérience,
02:06mais paradoxalement, la familiarité et le confort culturel de ce public affaiblissent la radicalité de l'oeuvre.
02:10On termine avec « La femme infidèle » de Claude Chabrol, sorti en 1969.
02:13L'histoire suit Charles Desvallées, un riche courtier qui mène une existence confortable auprès de sa femme Hélène
02:18et de leur fils dans l'élégante banlieue parisienne.
02:20Lorsque Charles, rongé par des soupçons d'infidélité, engage un détective et découvre que sa femme le trompe avec un écrivain,
02:26il ne réagit pas par un cri ni par une explosion de colère classique.
02:29Il affronte l'amant dans un face-à-face.
02:30Un Chabrol très sobre où la mise en scène sert la psychologie des personnages.
02:33Il analyse d'un milieu social plus qu'un simple ressort dramatique.
02:36C'est une exploration du désir, de la jalousie, des faux-semblants.
02:39Et il a lu aussi son adaptation américaine en 2002, sous le titre de « Unfaithful ».
02:42Il transpose l'intrigue dans la banlieue de New York.
02:45Le film joue le même ton, mais avec des codes foncièrement plus lisses.
02:48La passion devient un spectacle esthétique.
02:49Jan Laine parvient à donner de la chair à son rôle,
02:51mais la mécanique du film semble trop consciente des attentes du public américain
02:54en matière d'érotisme et de tensions dramatiques,
02:56sans faire vibrer les zones d'ombs psychologiques comme Chabrol l'a fait.
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