00:00qui raconte vraiment le travail du sexe au cinéma.
00:02Une série produite par un homme vs un film documentaire réalisé par une femme.
00:05Six mois plus tard c'est l'épisode 2 de mon top 20 Letterboxd.
00:07On voit qu'un inconnu vous fait une promesse de vous y piquer jamais.
00:10Mais je suis de retour pour parler d'un film qui répond frontalement à cette question.
00:12Il s'agit de Coco Mo City réalisé par Dismiss, sorti en 2023,
00:15film dont j'ai moi-même accompagné les relations presse en France.
00:18Donc à l'époque j'ai pu bien échanger avec la réalisatrice.
00:19Coco Mo City c'est un documentaire tourné en noir et blanc, très frontal,
00:23qui donne la parole à des femmes trans, noires et travailleuses du sexe entre Atlanta et New York.
00:27Il n'y a pas de voix off, pas d'experts et encore moins de filtres.
00:29On suit juste les récits de ces femmes, leurs contradictions, leur humour, leur passion, leur résignation.
00:34Le film tient sur ça, laisser parler sans lisser.
00:36Et ça change à peu près tout ce qu'on peut voir habituellement des TDS dans les séries et dans
00:39les films.
00:40Parce que oui, dans beaucoup de fictions, le travail du sexe passe par un imaginaire.
00:43Il est souvent esthétisé, voire même simplifié.
00:45Là on est sur autre chose.
00:46On est sur une parole située, sociale, politique, qui parle d'argent, de violence, des rapports de pouvoir,
00:50mais aussi de stratégie, d'autonomie et de survie.
00:52Il montre des réalités qui ne sont pas toujours d'accord entre elles.
00:54Et c'est hyper important de partir de là, parce que le métier TDS,
00:57ce n'est pas un métier à prendre aussi simplement que les autres.
00:59Il y a plein de nuances à apporter, et c'est ce que le documentaire fait brillamment.
01:02Aujourd'hui, le travail du sexe est de plus en plus visible dans l'audiovisuel.
01:05On le voit dans certaines séries récentes, où les plateformes comme OnlyFans deviennent des arcs narratifs.
01:09Mais souvent, cette visibilité passe par des codes qui transforment la réalité.
01:13On raconte une forme d'indépendance, parfois de réussite individuelle.
01:16Et ce récit existe, certaines travailleuses le revendiquent.
01:18Mais il ne suffit pas à décrire l'ensemble des situations.
01:21Les données qu'on a, même si elles sont fragmentaires, montrent des tendances lourdes.
01:24La majorité des personnes dans le travail du sexe sont des femmes.
01:26Mais certaines populations sont beaucoup plus exposées que d'autres.
01:28Les femmes trans, par exemple, sont très fortement surreprésentées.
01:30Environ 12% des personnes trans ont eu recours au travail du sexe dans leur vie,
01:33avec des taux bien plus élevés pour des femmes trans, et encore plus quand elles sont racisées.
01:37Parmi elles, les plus précarisées dans ce secteur, avec une exposition accrue aux violences et aux risques sanitaires.
01:41Ce n'est pas un discours homogène, et c'est exactement ce qu'essaie de retranscrire Coco Mo City,
01:44sans passer par un discours théorique.
01:46Le film montre aussi autre chose, une intelligence du système.
01:49Les femmes qu'on entend savent très bien comment fonctionne l'économie dans laquelle elles travaillent.
01:52Elles parlent des clients, des plateformes, des risques, des marges.
01:54Elles parlent d'argent, concrètement.
01:56Et ça, c'est rarement montré comme ça dans la fiction.
01:58À côté, les plateformes comme OnlyFans mettent en avant un récit d'autonomie.
02:01Techniquement, c'est vrai qu'il y a une forme de contrôle sur son activité,
02:03mais cette autonomie reste encadrée.
02:05La plateforme prend environ 20% de commission.
02:07Elle fixe les règles, elle peut les changer, et ils l'ont déjà prouvé.
02:09Il y a des formes d'autodéfinition, des choix, des stratégies,
02:11et en même temps, il y a des contraintes matérielles fortes.
02:13Les deux coexistent, et c'est pour ça que le débat est aussi tendu.
02:16Depuis la loi de 2016, dite modèle abolitionniste,
02:18l'argent public est en grande partie orienté vers des dispositifs de sortie de la prostitution.
02:21Plusieurs associations de travailleuses du sexe, comme le Strasse,
02:24critiquent cette orientation et a raison.
02:25Elles expliquent que les financements servent majoritairement des structures abolitionnistes,
02:28et très peu des organisations qui défendent directement les droits
02:31et les conditions de travail des personnes concernées.
02:33Et c'est là que la question revient.
02:34Qui parle, et pour dire quoi ?
02:35Kokomo City ne te donne pas une vérité simple,
02:37voilà, la vérité du travail du sexe.
02:39Il montre des voix qui ne sont pas toujours d'accord, mais qui ont un point commun.
02:42Elles parlent depuis leur position, depuis leur expérience matérielle.
02:45Aujourd'hui, ce que demandent beaucoup d'associations de travailleuses du sexe,
02:48en France et ailleurs, c'est d'être écoutées.
02:50Kokomo City le fait parfaitement par le biais du documentaire.
02:52Vous ne verrez jamais ça dans la fiction.
02:53La petite bourgeoise de Cassie correspond beaucoup plus à la vision
02:56que l'industrie audiovisuelle veut se faire du métier.
02:58T'as balayé la vérité.
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