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Transcription
00:00Question du jour, la violence au cinéma sert-elle uniquement à satisfaire nos pulsions spectatorielles et voyeuristes ?
00:05Aujourd'hui on parle de la violence à l'écran vue par la mimesis et la catharsis.
00:08Bref, définition très très vulgarisée.
00:09Dans notre exemple, la mimesis serait la façon dont le cinéma reflète ou imite la réalité
00:13pour faire sentir ou comprendre des actions.
00:15Et la catharsis serait un peu l'aboutissement de tout ce processus.
00:17Le moment où le spectateur libère ou purge ses émotions grâce au film et puisse ressortir soulagé.
00:22L'exemple parfait de la catharsis, c'est le cinéma de Quentin Tarantino.
00:25La violence est souvent stylisée, volontairement spectaculaire, parfois même humorisée ou détachée de sa brutalité immédiate.
00:30Dans des films comme Kill Bill ou Inglorious Basterds, la violence fonctionne comme un exutoire.
00:34Il transforme l'acte brutal en performance visuelle qui peut produire une forme de jouissance cathartique chez le spectateur.
00:39Quand on voit un problème, une tension narrative résolue par la violence,
00:42on tue le méchant, on le fait saigner, il y a comme un sentiment de soulagement.
00:45Il a eu ce qu'il méritait, il y a justice.
00:46Et le parfait opposé de Tarantino, à qui on va plutôt donner de la force parce que lui n'a pas une villa en Israël, c'est Michael Haneuke.
00:50Haneuke connaît très bien l'humain, connaît très bien le public, et son délire à lui, c'est de nous frustrer.
00:55Absolument toute sa filmographie consiste à faire questionner le public sur son propre rôle de spectateur.
00:58L'un de ses films les plus parlants, c'est évidemment Funny Games.
01:00Le concept de Funny Games, c'est deux hommes qui prennent en otage une famille dans leur résidence secondaire
01:04et vont leur faire vivre toutes les pires violences morales et physiques, jusqu'à la mort.
01:08Le film déstructure délibérément le genre, la violence physique est souvent hors champ ou implicite, et elle est pas stylisée.
01:13L'absence même de représentation explicite devient plus perturbante que la violence semblante.
01:16C'est une stratégie qui tend à impliquer activement le spectateur en le plaçant face à sa propre consommation de violence fictionnelle
01:22et en questionnant son rôle dans l'économie du regard.
01:24Parfait exemple avec ce plan séquence de 10 minutes et 30 secondes sur la mère de famille choquée et sans voix
01:29qui vient d'assister à l'assassinat de son propre fils.
01:31Le public est choqué et frustré, il a pas pu voir la scène d'assassinat puisqu'elle s'est déroulée en hors champ,
01:36et le personnage le plus vulnérable du film, un enfant, est décédé.
01:39L'enfant qui habituellement, dans ce genre de film, est le seul survivant.
01:42Un peu plus tard dans le récit survient l'une de mes séquences préférées de l'histoire du cinéma.
01:45Je l'ai découvert quand j'étais ado, j'étais comme une folle.
01:46C'est le moment où la mère prise en otage parvient à saisir le fusil et tuer l'un des deux assaillants.
01:51Peter meurt, on voit tout, le sang gicle, son acolyte est désemparé.
01:54Plus de frustration, on a enfin vu de la violence.
01:56L'un des méchants est mort, 50% du problème est éliminé, mais c'est pas le genre d'Annekeu de nous laisser là-dessus.
02:02Donc Paul, l'ami du défunt, cherche partout une télécommande, il la trouve et il remonte le temps.
02:06Juste assez tôt pour empêcher la mère de tuer Peter.
02:08Non, on est toujours pas dans un film de science-fiction.
02:10Annekeu le fait uniquement pour vous frustrer.
02:12Tu voulais que le méchant meure, tu voulais que justice soit faite, mais non, ça n'arrivera pas.
02:16Aucun exutoire.
02:17On pourrait rapprocher cette épuration radicale avec Salo ou les 120 journées de Sodome de Pasolini.
02:22La violence n'est pas traitée comme spectacle, elle opère plutôt comme une allégorie politique puissante
02:26contre les structures fascistes de pouvoir et de domination.
02:29La violence y est pleinement signifiante, non pas pour choquer gratuitement,
02:32mais pour faire apparaître la condition humaine dans sa radicalité politique et morale.
02:36Pasolini vs Tarantino, c'est un contraste qui met en lumière deux usages opposés de la violence au cinéma.
02:40L'une où la violence est mise en question et déconstruite, elle n'est pas là pour libérer,
02:43elle l'interroge, et que notre complicité dans l'acte de regarder est elle-même un objet de critique.
02:47A l'inverse, chez Tarantino, la violence est réinvestie dans un style narratif qui la rend organiquement cathartique.
02:52La question, c'est pas de savoir quel degré de violence est acceptable à montrer,
02:54mais plutôt ce que cette violence nous apprend sur nous-mêmes.
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