00:00De la sécheresse qui gagne du terrain en France, 99 départements, soit pratiquement tout le territoire, a été placé en
00:07vigilance.
00:0845 départements ont même atteint le niveau d'alerte.
00:11Conséquence, les restrictions d'eau se multiplient, une situation qui est particulièrement difficile à gérer pour de nombreux agriculteurs.
00:18Bonjour Cédric Levelli.
00:21Bonjour.
00:21Et merci d'être avec nous ce matin.
00:23Vous êtes agriculteur légumier dans le Finistère à Plougoulm, le département du Finistère qui a été placé en alerte renforcée
00:31à la sécheresse.
00:32Mais vous, vous avez décidé, Cédric, de ne pas respecter les restrictions d'eau imposées par la préfecture.
00:38Pourquoi vous avez pris cette décision finalement ?
00:44La semaine dernière, on avait le droit d'arroser jusqu'à 11h du matin.
00:47Pour moi, c'était jouable.
00:49Là, aujourd'hui, devoir s'arrêter à 8h du matin, ce n'est pas possible.
00:52Parce que je n'arriverais pas à faire le tour de toutes mes parcelles.
00:55Et je sais que mes plantes ont besoin de l'eau impérative si je veux pouvoir récolter correctement mes cultures
01:02légumière.
01:03On a quand même un cahier des charges sur le marché à respecter.
01:06On a une norme à respecter.
01:08Alors, si on ne met pas ce qu'il faut pour les besoins de la plante, demain, on ne peut
01:12plus livrer et on n'aura plus de revenus.
01:14Ça veut dire que ces restrictions d'eau, pour vous, ne sont pas tenables aujourd'hui ?
01:20Non, franchement non.
01:22On ne demande pas de devoir avoir le droit d'arroser toute la journée.
01:25On demande à retourner comme on était jusqu'à 11h parce qu'on est quand même conscients qu'il y
01:31a de la sécheresse.
01:32Mais aussi, on est conscients du besoin de la plante.
01:34Et on n'utilise pas de l'eau pour l'utiliser.
01:36Ce qu'on fait, c'est réfléchi.
01:39On sait exactement ce que la plante a besoin.
01:41On sait comment elle nature notre sol.
01:43Et du coup, pour nous, on est pénalisé alors que ce n'est pas vraiment nous qu'on devrait pénaliser.
01:49On comprend qu'il y ait une sécheresse.
01:51Oui.
01:52Il ne faut pas nous payer.
01:53Vous comprenez cette sécheresse.
01:55Mais en fait, les restrictions d'eau, ce que vous nous dites, c'est que ça aurait des conséquences assez
02:00graves pour vos cultures.
02:02Ça veut dire quoi ?
02:03Ça veut dire que vos récoltes, elles seraient complètement foutues ?
02:06En tout cas, vous subiriez dans ce cas-là des pertes importantes ?
02:10Oui.
02:10Oui, complètement, oui.
02:11Si demain, je ne peux plus arroser comme je pense le faire, je sais que mes cultures ne vont pas
02:17tenir.
02:18Alors, on a encore un petit peu de chance parce qu'aujourd'hui, les températures ont quand même baissé.
02:22Mais il ne faudrait pas qu'il me manque.
02:23Parce que si on retourne encore une épisode caniculaire où il fait super chaud, on dépasse les 30 degrés,
02:29là, on sait que nos cultures vont craquer et là, elles ne vont plus tenir.
02:31Quels légumes vous cultivez, d'ailleurs ?
02:34Moi, je fais du chou-fleur, du brocoli, de l'artichaut, du petit marron, de l'échalote et de l
02:39'oignon.
02:39Et ce sont des productions qui ont besoin d'eau, particulièrement ?
02:44L'oignon a besoin de l'eau pour finir.
02:47Le brocoli a énormément besoin d'eau.
02:49Là, c'est vraiment la culture qui a besoin de l'eau, qui consomme le plus.
02:53Et le chou-fleur, à l'automne, j'aurais besoin d'eau.
02:56Mais d'ici là, peut-être que ça tombera dans l'eau, on espère.
02:58On verra ça, en tout cas, c'est tout ce qu'on souhaite.
03:01Et l'artichaut, là, ça va être catastrophique.
03:04Parce que s'il n'y a pas une goutte d'eau sur les plants qui ont été plantés cette
03:08année,
03:08il n'y aura pas une seule tête à récolter.
03:10Pas d'irrigation après 8 heures, c'est ce qu'impose la préfecture face à cet épisode de sécheresse.
03:17Vous, vous continuez d'irriguer au-delà de 8 heures aujourd'hui ?
03:22Aujourd'hui, non, parce que je me suis mis une petite pause.
03:24Parce que, à force de passer des nuits en terre, à s'occuper de l'arrosage,
03:27hier soir, j'ai dit, c'est bon, j'arrête, j'ai besoin de voir quand même ma famille aussi.
03:31Donc, du coup, bon, je me suis mis une petite pause.
03:33Mais la nuit prochaine, c'est rebelote encore.
03:35C'est reparti pour tout le reste.
03:37En tout cas, vous prenez la parole publiquement.
03:40Vous vous assumez de vous exposer à d'éventuelles sanctions,
03:43puisqu'il y a des sanctions, si on ne respecte pas ces restrictions d'eau.
03:50Ils pourront venir s'ils veulent, mais j'espère qu'ils auront quand même la conscience d'être intelligents
03:54que ce que je fais, ce n'est pas non plus balancer de l'eau inutilement.
03:57Ce que je fais, c'est de l'eau que la plante a besoin.
04:01Je ne fais pas ça sans réfléchir.
04:03À côté de ça, moi, je vois dans la commune où je suis,
04:06ils arrosent un terrain de foot en pleine journée, alors que c'est un club de district.
04:10C'est bon, il n'y a même plus de terrain, le club est quasiment fini.
04:13Je vois d'autres communes à côté qui arrosent leur pot de fleurs dans leur bourg.
04:16Enfin, c'est bon, je pense qu'il faut peut-être revoir les priorités.
04:20Alors, on va pénaliser quelqu'un qui produit de la nourriture pour la population française.
04:25Et là, on va pénaliser une personne pour ça.
04:28Ils n'ont qu'à venir, mais ils ont à avoir des super arguments,
04:30parce que moi, j'accepterai pour eux.
04:32Alors, je ne ferai pas toute la journée,
04:34parce qu'aller arroser l'après-midi une culture, ça ne sert à rien, ça sera pire.
04:39Il faut essayer le mieux, c'est la nuit.
04:41Mais le matin, jusqu'à 11h, les températures ne sont pas encore trop élevées.
04:45On a quand même un climat qui est assez joué pour pouvoir arroser.
04:48On n'a pas de vent, donc c'est le moment idéal.
04:51Vous dénoncez une forme de deux poids, deux mesures.
04:53Ce que vous dites aujourd'hui, c'est qu'il faut davantage préserver les agriculteurs
04:57en ce qui concerne cette eau.
05:02Oui, un peu, parce qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'on nourrit la population quand même.
05:08Ce n'est pas anodin ce qu'on fait, il y a la souveraineté alimentaire derrière.
05:13Alors, si derrière ça, on voudrait alléger un peu au niveau des stockages d'eau en hiver,
05:18parce que là, il y a un sujet aussi.
05:20Le stockage d'eau de l'hiver, on ne peut pas le faire comme on veut.
05:23On est bloqué.
05:24Si on pouvait faire des grandes réserves, on récupérait les eaux de puits.
05:27Parce que s'hiver, on ne va pas oublier, on a eu un épisode de pluieux
05:30qui était quand même assez conséquent, mais on n'a pas pu stocker cette eau.
05:33Elle est partie à la mer.
05:36Pourquoi un agriculteur comme vous ne peut pas stocker de l'eau réglementairement ?
05:40Vous ne pouvez pas ?
05:42Non, il y a des normes à respecter.
05:43Il y a des zones où on ne peut pas aller, des zones humides ou des choses comme ça.
05:47C'est de l'eau qu'on pourrait récupérer et réutiliser pour arroser l'été.
05:52Et on limiterait le pompage de l'eau dans nos nappes phréatiques,
05:56qui est quand même conséquent pendant des périodes comme ça.
06:00On a un projet de loi d'urgence agricole qui sera voté ce soir à l'Assemblée nationale.
06:05J'imagine que vous suivez ça de très près, puisqu'il y a notamment dans ce texte prévu
06:10un doublement des capacités de stockage d'eau pour les agriculteurs d'ici 2035.
06:16Forcément, oui, vous suivez ça de très très près.
06:20Oui, le syndicat d'Elia suit de très près ce dossier.
06:24Maintenant, on demande à nos députés de nos régions de vraiment défendre ce dossier-là,
06:30parce que c'est l'avenir de l'agriculture qui est en jeu aujourd'hui.
06:35Il faut qu'ils réfléchissent bien à leur projet.
06:37Maintenant, on verra ce soir.
06:39Maintenant, le syndicat a quand même alerté sur ce projet de loi.
06:45Maintenant, on espère que nos députés vont voter favorablement à ce projet de loi.
06:49Regardons un peu sur le moyen, voire le long terme.
06:51Ces restrictions d'eau avec le réchauffement climatique, elles vont se répéter.
06:55Elles seront de plus en plus nombreuses et de plus en plus intenses.
06:58Est-ce que vous-même, vous réfléchissez à changer de culture,
07:02pour avoir des cultures qui sont moins dépendantes de l'eau ?
07:05Est-ce que c'est une réflexion que vous avez ?
07:07Est-ce que vous dites, au-delà de ça,
07:08« Moi, mon activité, elle est menacée à terme. »
07:13Exactement.
07:13Alors maintenant, on est dans une zone purement légumère.
07:17On ne pourrait pas partir sur de céréales comme dans les plaines,
07:20parce que nous, on est des petites parcelles.
07:23Je n'ai pas une grande surface.
07:24Moi, j'ai 56 hectares.
07:25Je ne pourrais pas partir sur de céréales.
07:27Je ne pourrais pas de céréales y ait demain.
07:29Pour moi, le légume a sa place.
07:31Maintenant, c'est vrai que les périodes caniculaires,
07:35il va falloir qu'on s'y habitue, qu'on travaille sur le sujet.
07:38Bien sûr qu'on y réfléchit, mais changer de culture, je ne pense pas,
07:42parce qu'aujourd'hui, on aime ce qu'on fait.
07:44C'est une passion.
07:46On va s'adapter.
07:47On va essayer de travailler sur nos variétés,
07:51pour qu'elles soient moins besoin en eau.
07:53Tout ça, c'est des sujets où nos organismes
07:57sont en train de travailler sur le sujet.
08:01Cédric, en tout cas, merci, Cédric Leveille,
08:03d'avoir accepté de témoigner ce matin sur Sud Radio.
08:05C'était important d'entendre votre message.
08:08Votre coup de gueule aussi, il est passé.
08:09C'est important de l'entendre.
08:11Je rappelle que vous êtes agriculteur légumier à Plougoulme,
08:14dans le Finistère.
08:15Vous avez décidé notamment d'aller contre ces restrictions d'eau,
08:19de ne pas les respecter, en tout cas pas tous les jours.
08:22Merci pour votre témoignage.
08:24Et bon courage à vous, bien évidemment.
08:26Pour la suite, on pense à l'ensemble des agriculteurs
08:27qui, effectivement, subissent de plein fouet
08:30cet épisode de sécheresse
08:32qui continue de gagner du terrain
08:34sur l'ensemble du territoire.
08:35D'ailleurs, vous, vous avez sans doute un avis
08:37sur ce sujet 0826 300 300.
08:40C'est un avis sur ce sujet 0826 300.
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