00:00Notre invité c'est Thierry Bonin, bonjour. Thierry Bonin, ça fait 36 ans que vous travaillez chez Alcatel, puis chez
00:05Alcatel Lucène Entreprises.
00:07Vous êtes devenu le nouveau président de la société le 1er juillet dernier, c'est tout récent.
00:12Alors c'est une entreprise évidemment qu'on connaît bien sur BFM Business.
00:15Vous avez décidé de ne pas mettre la poussière sous le tapis, de venir nous parler ce matin directement de
00:19souveraineté,
00:20qui est un sujet évidemment fondamental qu'on aborde régulièrement sur notre entête.
00:25Alcatel Lucène Entreprises, un actionnaire chinois, c'est pas un secret évidemment.
00:30Comment on fait pour parler souveraineté quand on a un actionnaire chinois ?
00:33Merci Laura, merci Anthony.
00:34Je vous prends directement comme ça.
00:36Non mais très bien, je suis très honoré d'être invité pour parler de ce sujet-là,
00:40parce que c'est un sujet en plus qui me touche au premier lieu, vu ma carrière chez Alcatel.
00:43Je suis celui qui a monté la JV d'Alcatel en Chine en 1994, vous voyez, c'est une histoire
00:48que je connais bien.
00:50Donc on est détenu par un fonds financier chinois, effectivement.
00:54On n'est pas un industriel chinois, on est un fonds financier chinois.
00:56Et vous m'avez raconté quatre points essentiels qui vont vous expliquer comment nous on maîtrise la souveraineté
01:01en tant qu'Alcatel Lucène, en tant que moi, président de cette société.
01:03En 2014, quand Alcatel Lucène Entreprises a été vendue au fonds financier Wachin,
01:09qui est notre actionnaire partenaire historique en Chine,
01:12l'État français, Bercy, le CISÉ, qui est le service d'investissement étranger,
01:20et le ministère de l'Armement, le ministère des Armées,
01:25dans les clauses, ont mis un certain nombre de clauses et de conditions
01:28que nos actionnaires chinois doivent respecter.
01:31Ce sont des conditions draconiennes, sur lesquelles l'ADGA vient auditer tous les ans
01:36Alcatel Lucène Entreprises pour être sûr qu'on respecte tous ces...
01:39Ils n'ont pas accès à vos clients, par exemple ?
01:41Non. Alors, c'est le deuxième point.
01:42Donc, ça, c'est le premier sujet.
01:43Donc, on est quand même sous supervision de l'ADGA.
01:46Tous les ans, ils viennent auditer.
01:46Ils ont même été auditer le cas de Rainbow il y a deux ans.
01:49Ils ont déclaré que c'était Secure by Design.
01:51Et ils ont accès à nos softwares.
01:53Donc, ils peuvent venir auditer.
01:55Deuxièmement, le point très important, c'est qu'Alcatel Lucène,
01:57puisque maintenant, on ne s'appelle plus Alcatel Lucène d'entreprise,
01:59on s'appelle Alcatel Lucène, on revient à nos premiers amours.
02:01Ah, pardon. D'accord. Non, je vous oublie.
02:03Deuxième point important, c'est qu'Alcatel Lucène est une société par action simplifiée.
02:08Une société par action simplifiée, dans nos droits,
02:10c'est le président qui a tous les pouvoirs, c'est le seul autoritaire.
02:13Les investisseurs n'ont accès qu'à un nombre limité d'informations.
02:16Donc, ça peut être contre-ennu de la gestion de la société, ainsi de suite.
02:20Ils n'ont pas accès aux données clients, aux données fournisseurs,
02:24et à notre système d'information.
02:25Donc, il n'y a aucune data, parce que...
02:26Alors, ce n'est pas parce que c'est des Chinois,
02:28parce qu'on fait la même chose sur les hyperscalers américains,
02:30on a une méfiance légitime au nom du Cloud Act américain,
02:33qui permet au gouvernement, même si des serveurs sont placés sur le territoire français,
02:37d'avoir un accès à un moment.
02:39Il n'y a pas la même chose pour la Chine ?
02:41Non, non.
02:41Et il faut savoir qu'on a donc des systèmes d'information qui sont complètement séparés.
02:45Les actionnaires chinois n'ont pas accès à ces données-là.
02:47C'est le but de la SAS, justement, pour protéger les intérêts français
02:51à la demande de l'État français à l'époque,
02:52puisqu'il faut quand même savoir qu'Alcatel, on est présents,
02:55toute la marine française, les bases aériennes, les satellites, les centrales militaires.
02:59Sur le SAMU, les hôpitaux publics, vous êtes partout.
03:0170%, 80% des préfectures, c'est de l'Alcatel partout.
03:04Ça se voit aussi bien tout le réseau de la RATP,
03:07ces infrastructures Alcatel, tout le Grand Paris sur l'Alcatel.
03:10Donc, vous pensez bien que l'État français a été quand même assez vigilant
03:13et a mis quand même un certain nombre de conditions que les Chinois ont acceptées,
03:18et sur lesquelles on est audité tous les ans,
03:20avec un rapport à fournir.
03:23Troisième sujet important aussi, d'un point de vue technologique,
03:25on m'avait reçu, lorsqu'on a réindustrialisé à Laval,
03:28la fabrication est en temps téléphonique.
03:31Donc, le software est en France.
03:33Sur Rainbow, tout est fabriqué à Strasbourg.
03:36Alors Rainbow, il faut expliquer, c'est l'équivalent de copilote, c'est ça ?
03:39Non, c'est l'équivalent d'un Teams.
03:42Copilote, je vais vous en parler un peu plus tard,
03:43c'est le partenariat qu'on est en train de monter avec Chapvision,
03:45où on va intégrer de l'IA de Chapvision à la plateforme.
03:47C'est un Teams, c'est la plus grosse plateforme européenne,
03:50distribue mondialement,
03:50et si on prend par exemple la Ligue 1, la Ligue 2, la Ligue 3,
03:53Rainbow, c'est la seule solution de collaboration qui est dans la Ligue 1,
03:55avec les grands acteurs Microsoft,
03:57Zoom, Webex.
03:58Donc, c'est l'équivalent de Teams ?
03:59Ah oui, oui.
04:00Mais qui utilise Rainbow ?
04:02Il y a 4 millions d'utilisateurs.
04:04Nous, on n'a jamais eu une réunion, viens sur Rainbow.
04:06Oui, c'est ça.
04:08Vous dites 4 millions d'utilisateurs.
04:094 millions d'utilisateurs dans le monde,
04:10je peux vous dire que c'est lourd.
04:11Il vous a dit que la CNIL utilise Rainbow,
04:13l'ARCOM utilise l'ECMO.
04:14La haute autorité de la sphère publique utilise Rainbow.
04:16On va se mettre à Rainbow alors,
04:17mais oui, même moi en suivant la question, c'est pas Rainbow.
04:19Mais c'est un sujet qu'on va aborder,
04:20je vais vous expliquer pourquoi,
04:21parce que c'est un sujet très intéressant.
04:22Donc, toutes les technologies, en fait,
04:24on a tout rapatrié.
04:25On a 3 gros centres de R&D,
04:27Brest, Strasbourg, Paris,
04:29avec les softwares.
04:30Le dernier maillon qui nous manque,
04:32sur lequel on va travailler en priorité,
04:34c'est de rapatrier les codes sources,
04:36les infrastructures réseaux
04:37qui sont aujourd'hui aux Etats-Unis.
04:38On va rapatrier ça à Brest,
04:40pour qu'on puisse offrir,
04:41comme on nous le force aux Etats-Unis,
04:43la possibilité à des ministères régaliens,
04:45l'armée, l'intérieur,
04:47mais l'Allemagne nous le demande aussi,
04:48de pouvoir auditer et encrypter ces softwares,
04:51de façon à s'assurer que les infrastructures réseaux
04:53sont complètement sécurisées,
04:54qu'il n'y a pas de bac d'or.
04:55Donc ça, ça va être notre prochain challenge.
04:57Et on veut que nos trois softwares,
04:59des trois plateformes,
05:00sur lesquelles nos lignes de produits en est présents,
05:02puissent être auditées et encryptées
05:03par n'importe quel sujet.
05:04Mais c'est quoi le prochain gros sujet technologique ?
05:07Parce que moi, pour moi, dans ma tête,
05:08Alcatel-Lucene, c'est historiquement les belles labs.
05:10Je sais que ce n'est plus le cas aujourd'hui,
05:12mais il y a vraiment une grande tradition d'innovation
05:14chez Alcatel.
05:14Vous parliez de la R&D,
05:15qui est en France aujourd'hui.
05:17Sur quoi vous bossez concrètement ?
05:18Là, on bosse sur une nouvelle offre de data center,
05:21qu'on devrait introduire prochainement.
05:23Et surtout, on met beaucoup d'efforts
05:25sur les infrastructures réseaux de nouvelle génération,
05:27pour supporter ces gros data centers.
05:29Vous savez, les data centers,
05:30vous avez infrastructures,
05:32mais au front-end et au back-end,
05:33il y a des grosses infrastructures réseaux.
05:35Donc c'est des produits qu'on est en train de développer.
05:36Et puis ensuite, il y a tout ce qui va être lié
05:38à l'intégration d'un copilote souverain dans Rainbow.
05:42Donc c'est un partenariat que j'ai monté
05:44avec Olivier Dallain-Barre.
05:45Donc Chape Vision,
05:47on l'a reçu il y a quelques jours.
05:48Je l'ai déjà l'aspect de l'adhère.
05:50Parce que justement,
05:51il a repris un contrat de la DGSI
05:52qui était avec Palantir.
05:53Voilà, tout à fait.
05:54Et nous, on va intégrer ces IA dans Rainbow
05:57pour fournir un copilote like
05:58avec un contrat d'automatique de réunion,
06:00transcription, traduction simultanée.
06:02Typiquement, vous recevrez un document chinois.
06:04Vous cliquerez droit, traduis-le-moi.
06:06En 10 secondes, vous avez votre document
06:07qui est traduit en français
06:08en gardant les mêmes formes,
06:11mais sous un point d'automatique
06:12que vous pourrez modifier
06:13ou un présentement pour un point d'automatique.
06:14Mais à la fin,
06:14on avait un peu pris par le temps,
06:16mais à la fin, on se dit,
06:17finalement, les Chinois,
06:17s'ils ne peuvent rien faire
06:18et qu'ils n'ont aucun impact sur votre boîte,
06:21pourquoi ils sont là ?
06:22À l'époque, je pense qu'il y a eu un deal.
06:25Vous savez, à l'époque, Alcatel,
06:272014, il y a quand même une grosse crise
06:28chez Alcatel.
06:30La société perd de l'argent.
06:32Le seul moyen est...
06:33On avait des jeunes ventures en Chine.
06:35Et en Chine, vous ne pouvez pas sortir le cash.
06:37Le cash doit rester.
06:38Le seul moyen de sortir du cash,
06:39c'est de vendre des assets aux Chinois.
06:41Donc, il y a eu un deal qui a été monté.
06:43Alors, je ne suis pas dedans.
06:44Ça a été monté à l'époque, par 2014.
06:46C'était plus de churus.
06:47Ça devait être Ben La Vaillonne.
06:48Voilà, Ben La Vaillonne.
06:50Donc, il y a eu un deal qui a été monté.
06:51Oui.
06:52Voilà.
06:52C'est un concours de circonstances, en fait.
06:53Non, je pense que si les Chinois
06:56cherchaient à se développer à l'international,
06:58cherchaient des assets stratégiques internationaux
07:00sur lesquels, eux, ils pouvaient, un,
07:03soit gagner de l'argent,
07:04parce que c'est des bons commerçants.
07:05Les Chinois, ils se disent,
07:06s'il y a des assets stratégiques,
07:07pourquoi pas essayer d'utiliser ce go-to-market.
07:11Nous, on vend dans 110 pays.
07:12On a des distributeurs dans le monde entier.
07:14On a un go-to-marché.
07:15Oui, mais quand vous êtes actionnaire
07:15et que vous n'avez pas la main,
07:16c'est un peu pénible.
07:18Ils ne pourraient pas vendre,
07:19à un moment donné, justement,
07:20trop de contraintes ?
07:21Alors, tout est ouvert.
07:23Je ne dis pas que dans un an,
07:25dans deux ans,
07:26il y a une chose qui est sûre,
07:28c'est que les Chinois sont extrêmement vigilants
07:29au contexte géopolitique actuel.
07:31Ils se disent, bon,
07:33les États-Unis ferment leurs marchés.
07:35La Chine, c'est un marché fermé.
07:36Si vous êtes un industriel chinois,
07:37vous ne pouvez pas vendre.
07:38L'Europe va mettre en place
07:39sa tente de protection.
07:40J'étais hier,
07:41j'ai passé une heure et demie
07:41avec le commissaire européen,
07:43justement, pour essayer de comprendre
07:44que les gens vont être les next steps
07:45que l'Europe va mettre en place.
07:47Ils sont en train de travailler
07:48sur des sujets
07:48qui vont être assez contraignants.
07:50Donc, les Chinois, eux,
07:51ils se disent,
07:52voilà, moi, j'ai investi beaucoup d'argent
07:53dans cette société.
07:55Il faut que je m'assure aussi
07:55qu'à un moment,
07:57cette société continue à évoluer.
07:59Donc, après,
07:59c'est un moment où on leur dit aux Chinois,
08:01aux actionnaires chinois,
08:02soit vous nous ouvrez une porte au capital
08:04pour qu'on puisse continuer à exercer.
08:07Je pense qu'ils prendront le sujet à cœur.
08:09Ils vont se dire,
08:09bon, OK, voilà, il y a deux options.
08:11Merci beaucoup, Thierry Bonin,
08:12d'être venu ce matin.
08:13On adore ça,
08:14nous, les patrons
08:14qui ne mettent pas la poussière
08:15sous le tapis sur BFM Business.
08:17Sous-titrage Société Radio-Canada
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