00:06Comme on est dans un monde où tout le monde fait feu de tout bois, où il y a une
00:10désinhibition des
00:11rapports de force, en fait tous les pays vont commencer à utiliser les leviers qu'ils ont,
00:16qui sont en fait les dépendances, pour arriver à leurs intérêts. Et comme je disais en première
00:22partie, les États-Unis, ils font exactement la même chose avec l'IA. Mais demain...
00:28Alors avec l'IA, qu'est-ce qui... C'est intéressant, vous évoquiez il y a quelques minutes le fait
00:33que les
00:34rétorsions principales, elles pouvaient se faire sur le plan de l'immatériel, comme on l'évoquait
00:38d'ailleurs aux enjeux internationaux avec Anthropique. Qu'est-ce que ça voudrait dire concrètement ?
00:44Là, le risque en fait pour l'Europe, concrètement, c'est ce qu'on appelle le kill switch. Alors le
00:49kill switch,
00:50c'est quoi ? C'est les États-Unis, c'est un scénario dystopique où les États-Unis mettent fin
00:56à
00:57tout l'accès que l'Europe a à leurs services numériques. Donc par exemple, à Google, à
01:04Microsoft, etc. Mettre fin, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas un bouton où on appuie
01:08et pouf,
01:08tout s'éteint. Ça peut être par exemple que les licences qu'on paye pour avoir accès à la suite
01:14Microsoft augmentent de 150%. Et donc là, on y a des réflexions sur combien de temps on peut tenir si
01:22on est
01:23privé des services numériques américains. Et les estimations, ça va entre trois jours et trois
01:28mois. Et donc toute la question aujourd'hui, c'est pour nous de...
01:32Est-ce qu'il y a vraiment des choses irremplaçables ?
01:35Oui. Par exemple, si demain on a pu accès à Google, il y a énormément d'entreprises, de services qui
01:45vont,
01:46et même simplement de questions de productivité.
01:49Il y a d'autres moteurs de recherche ?
01:53Oui, il y en a d'autres. Mais le problème, c'est que le coût pour basculer, pour faire des
01:56transitions numériques,
01:58il est quand même relativement important. Et là, on a vu par exemple ce week-end avec Anthropique,
02:03en fait, la question c'est par exemple, est-ce que Mistral AI, qui est donc nous, un peu le...
02:10Le héros français de l'intelligence artificielle.
02:14Exactement, de faire un français qui soit équivalent de OpenAI. En fait, il y a quand même une montée en
02:21puissance
02:21et on n'est pas exactement sur les mêmes échelles. Et d'ailleurs, je trouve que c'est intéressant,
02:24ça a été donc rappelé dans la chronique, qu'au G7, on est Sam Altman et le PDG d'Entropie
02:32qui sont là.
02:33C'est vraiment ce que disait...
02:35Et Arthur Mench.
02:35Et Arthur Mench, voilà. C'est ce que disait...
02:37Qui est le PDG de Mistral AI.
02:40Et donc, c'est ce que disait en fait Juliano Dampoli dans Les Nouveaux Prédateurs.
02:44En fait, on est dans un monde où c'est pas seulement, on a parlé là de Trump qui signe
02:49l'accord, etc.
02:50C'est pas seulement la personnalisation des chefs d'État. Maintenant, on a des nouveaux acteurs qui sont les nouveaux
02:57prédateurs et qui sont les PDG des grandes boîtes numériques.
03:01Et puis, les Européens, c'est une colonie numérique depuis Belle Lorette. Même avant Macron, c'était déjà une colonie
03:06numérique.
03:07Macron a hyper accéléré les choses, mais c'était vraiment déjà une colonie numérique.
03:12Et pourquoi tu emploies ce mot très fort de colonie numérique américaine, donc, en l'espèce ? Et quelles sont
03:18les conséquences alors ?
03:19Parce qu'il nous arrive exactement la même chose que ce qu'on a fait en Afrique au XIXe siècle.
03:23On a débarqué en Afrique. Rappelons pour mémoire que la colonisation française, c'était un concept de gauche.
03:30Donc, on est arrivé avec des écoles, des infrastructures, un cadre administratif, la civilisation.
03:38J'aurais supporté la colonisation pour civiliser ces bons sauvages.
03:43On leur a apporté l'école, les routes, des infrastructures, tout un tas de choses.
03:48Et puis, ils se sont quand même bien aperçus que les infrastructures servaient quand même à exfiltrer des matières premières,
03:54de façon à les ramener sur le continent européen pour en faire la richesse.
04:00C'est exactement ce qui s'est passé en France avec le numérique.
04:04Les Américains ont débarqué avec des infrastructures, des choses qui ont permis vraiment de transformer radicalement notre économie
04:10et de passer à la révolution numérique, qu'on était bien incapable de faire par nous-mêmes.
04:15Ne serait-ce que parce qu'on s'était accroché au Minitel jusqu'au dernier moment, en disant
04:19« Non, non, Internet, pas de ça chez nous, on a le Minitel ».
04:22Donc, il a bien fallu rattraper le retard, c'est une tradition en France.
04:28Et du coup, les Américains étaient les bienvenus.
04:30Et puis, maintenant, on est en train de s'apercevoir que quand même, les données personnelles partent aux États-Unis.
04:36Quand on fait des lois comme le RGPD pour limiter un peu les dégâts, ils les font sauter.
04:41Quand on fait des lois comme le Privacy Shield, ils les font sauter.
04:47Quand on se dit « Mais quand même, l'Europe va nous protéger », on s'aperçoit que non, pas
04:50du tout.
04:52Et puis, quand vraiment ils s'énervent, ce qui est le cas avec Trump, ils nous font un digital omnibus,
04:57qui était la dernière arnaque au niveau de l'Union européenne, qui consistait à faire ce qu'on appelle un
05:03digital omnibus,
05:04qui va détricoter, peut-être qu'il va être annulé là, parce que là, ça commence vraiment à se tendre,
05:09qui va détricoter le RGPD, le DMA et l'IA Act,
05:12et qui va permettre aux Américains de piller tranquillement nos données personnelles,
05:16sans trop de contraintes législatives, parce que ça arrange les Américains,
05:20et parce qu'ils sont vraiment dans exactement la même position avec les données européennes
05:25qu'on l'a été avec les matières premières africaines au XIXe siècle.
06:04Abonnez-vous !
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