00:00C'est 7h45 sur BFM Business et sur RMC Live. Notre invité c'est Jean-Hervé Lorenzi. Bonjour, fondateur du
00:05Cercle des économistes et président des rencontres économiques d'Aix-en-Provence.
00:08Elles auront lieu la semaine prochaine à partir du jeudi 2 jusqu'au 4 juillet pour débattre évidemment des grands
00:14enjeux économiques, politiques et sociaux.
00:17Le thème cette année c'est naviguer dans un monde sans repères et dans votre session d'ouverture vous avez
00:23choisi ce thème, ça m'a interpellé.
00:25Est-ce qu'on peut encore parler de progrès ? Il y a une crainte aujourd'hui vis-à-vis
00:30des attentes du monde. Est-ce que vraiment on a envie de progrès social, de progrès économique ?
00:36Ce n'est pas si sûr que ça Jean-Hervé Lorenzi.
00:38Non, ce n'est pas sûr du tout. Je dois dire qu'on nous a à juste titre un peu
00:43reproché d'être optimiste dans les années précédentes et là ce n'est pas tout à fait la même chose.
00:50Il y a l'introduction qui peut encore parler de progrès et la conclusion qui sera un monde de progrès
00:56avec un problème d'interrogation.
00:57L'idée de base c'est que rien ne nous interdit d'imaginer non pas une sortie heureuse mais une
01:05trajectoire positive de l'économie mondiale, de la politique mondiale, de la politique européenne et de l'économie européenne.
01:14Tout donne le sentiment du contraire et pourtant rien ne nous interdit de nous dire que notre destin est entre
01:22nos mains et qu'au fond si chacun trouve au fond une manière de traiter les sujets de manière positive
01:31et intelligente,
01:33il y a la technologie, il y a du social, il y a l'ensemble de ce qui permettrait d
01:37'avoir une trajectoire qui soit...
01:40Mais ça veut dire qu'il y a quand même des forces aujourd'hui qui ne veulent pas aller vers
01:43le progrès scientifique, économique, social ?
01:47Moi je pense qu'il y a le monde, l'histoire du monde est très révélatrice.
01:54Tous les trois quarts de siècle, le monde rentre un peu en folie.
02:01Mais on est là, on est à minuit moins le quart selon vous ?
02:04Est-ce que vous voyez, j'en sais rien, je constate simplement qu'il y a une guerre en Ukraine,
02:08une guerre au Soudan qui semble peut-être se calmer,
02:11mais enfin dans toute cette partie du Golfe, une terrible guerre au Soudan avec des centaines de milliers de morts.
02:20Tout ça n'est quand même pas top.
02:21On a l'Europe que nous aimons tous, c'est quand même l'objet d'une sorte de divorce,
02:28pas divorce, mais de désaccord assez profond entre les deux pays fondateurs majeurs que sont l'Allemagne et la France.
02:35Donc rien n'est très aujourd'hui positif.
02:38Est-ce que ça pousse les agents économiques à plus de solitude, d'individualisme,
02:43de réaction personnelle vis-à-vis de ce manque de repères,
02:47à un repli sur soi qui est mauvais pour l'économie ?
02:50Je pense que l'ensemble du monde, dans toutes les dimensions mondiales, européennes et françaises,
02:59pousse au fond, oui, vous avez employé le bon terme, une sorte de tentation de repli,
03:07à nous d'essayer d'expliquer qu'au fond, c'est pas bon.
03:12Ça ne veut pas dire que, j'allais dire, la coopération est la seule solution au monde,
03:17mais au fond, il y a beaucoup d'éléments positifs.
03:22Vous avez quand même dans les votes, ou dans les intentions de vote, un peu partout,
03:27en tout cas dans le monde occidental, une tentation qui est une tentation d'extrême.
03:33C'est pas que les gens ne sont pas bien, ils sont aussi bien que les autres.
03:37Et simplement, ça signifie qu'ils se sentent écartés, exclus,
03:42et donc il faut arriver à trouver plus d'harmonie,
03:45plus de prise en compte des désirs des uns et des autres,
03:50et vraisemblablement beaucoup plus d'ouverture vers les autres.
03:53Dans les thèmes qui vous sont chers, à vous, Jean-Hervé Lorenzi,
03:56il y a la question des jeunes et des retraités.
03:57Vous avez écrit plusieurs ouvrages sur la question.
04:00Vous attendez un grand soir fiscal qui permettrait à la France
04:02de retrouver la croissance de ce que vous entendez là aujourd'hui,
04:06de ce qui émerge dans les thématiques présidentielles.
04:09Est-ce que vous avez espoir que la France arrête de traiter ses retraités dans le sens du poil ?
04:14Non, alors je vais vous dire, sans du tout la moindre prétention,
04:18je trouve que c'est en contexte, qui sont totalement exceptionnels.
04:23Pas parce que nous sommes devenus exceptionnels,
04:25mais puisqu'il y a une demande très forte d'interrogation.
04:29on a le sentiment que les discours que nous allons essayer de porter
04:35sont peut-être, vont rentrer, j'allais dire, de manière plus forte,
04:40dans les discours des uns et des autres, les discours des présidentiables.
04:44Il n'y a pas de prise en compte réellement de la jeunesse.
04:46La jeunesse aujourd'hui n'a pas de logement, enfin pour beaucoup.
04:51Insertion du travail très faible, c'est ça l'énorme différence qu'on a avec nos voisins.
04:56Difficulté, j'allais dire, d'un million et demi de NITS,
04:59donc tout ça, ça c'est pour la jeunesse.
05:02Et pour...
05:02Les NITS, ceux qui n'ont pas de diplôme, qui n'ont rien.
05:04Qui n'ont rien.
05:06Et pour les retraités, vous voyez, la décision la plus stupide qui était prise,
05:10pour ça que c'est pas si facile, qui était prise dans le budget 2026,
05:16c'est cette décote maintenue...
05:20Sur l'abattement des 10%.
05:22Sur l'abattement des 10%.
05:23Ça, ça vous énerve ?
05:24C'est complètement débile.
05:26C'est totalement débile.
05:27En même temps, on diminuait le financement de l'apprentissage.
05:33Alors ici, par bonheur, parce que c'est souvent très intelligent,
05:37il y avait des économistes qui adorent les effets d'aubaine.
05:40Donc c'est vrai qu'il y a des effets d'aubaine.
05:41On en trouve sur toutes les décisions.
05:43Mais l'un dans l'autre, c'était quand même bien d'avoir pas mal d'apprentis.
05:47Il faut y pousser le sujet.
05:49C'est peut-être des transferts très importants d'une dizaine de milliards d'euros
05:54qu'il faut faire de la génération des politiques liées au vieillissement
06:01qui vont coûter très cher aux politiques pour la jeunesse.
06:04Donc il y a un vrai message à faire passer.
06:06Il n'est pas encore dans le discours des présidentiables.
06:09Mais vous y croyez à ce grand soir fiscal ?
06:10Parce que ce n'est pas votre première campagne présidentielle, sans vous faire offense.
06:14Et on a régulièrement quand même ce sujet.
06:18Baisser les dépenses, remettre à plat le système.
06:21Les campagnes se ressemblent quand même.
06:23Et il ne se passe pas grand-chose.
06:24J'ai une réponse positive.
06:27Vous y imaginez bien parce que je viens de sortir de ce bouquin sur la fiscalité.
06:32Je crois qu'il y a deux choses assez simples.
06:35La première, c'est qu'on peut parler de manière rigoureuse.
06:38Après, il y a des opinions différentes, bien entendu.
06:41Mais on peut parler de manière calme, rigoureuse, des problèmes fiscaux
06:47ou des problèmes de l'ensemble du prélèvement obligatoire.
06:49C'est sûr qu'il y a des gens qui vont payer un peu plus et des gens qui vont
06:53payer un peu moins.
06:54C'est la nature des choses et surtout l'utilisation de l'argent peut-être plus efficace,
07:00c'est-à-dire avec un objectif croissance-emploi.
07:06Après, il faut tout mettre sur la table.
07:08C'est-à-dire que ce qui est absurde, c'est si vous prenez ce qu'on fait en permanence
07:13en France,
07:14vous prenez les artisans de n'importe quel métier, brutalement, pour des raisons qui leur sont légitimes,
07:19ils vous disent « notre vie est horrible, il faut changer ».
07:23Paf ! On fait une petite niche fiscale, etc.
07:26On en a, comme vous le savez, 400.
07:28Tout ça est absurde.
07:29Donc, ce que nous avons essayé de faire dans ce livre, c'est de mettre à plat l'ensemble avec
07:36des principes
07:37et, j'allais dire, des sujets discutés.
07:41Il n'y a sûrement pas la vérité.
07:42Mais il y a sûrement moyen de faire qu'une bonne fiscalité,
07:48bien discutée, acceptée par les uns et par les autres,
07:52permette vraiment de relancer la croissance dans notre pays.
07:54– Jean-Hervé Laurenti, il n'y aura ni RN, ni LFI aux rencontres économiques d'Aix.
07:58Je sais que ce n'est pas votre choix, mais vous êtes rallié à la vie du cercle.
08:02– Je ne me suis pas rallié, j'ai oublié.
08:03– Des économistes, vous avez obéi à la démocratie, en fait.
08:06– Ah, à la démocratie.
08:07Il y avait, on était, je me souviens, un dîner très sympathique.
08:13À 22, j'ai défendu, je ne me sens porteur des intérêts,
08:18ni de l'un, ni de l'autre, mais je trouve qu'il y a 58% des intentions de
08:24vote
08:25de Français qui sont partis vers ces extrêmes.
08:31Il me semblait que ça était, il le fallait, en tout cas, écouter ce qu'il nous disait.
08:38Et il s'avère que les 21 autres, unanimité, total, ont dit non.
08:44Moi, je suis un bon petit soldat et surtout très respectueux des positions de mes camarades.
08:49Et donc, ça a été écarté de manière forte.
08:54Alors, il va y avoir une diversité de politiques.
08:59Il y a 490 intervenants, 400.
09:02On n'a jamais fait ça.
09:03Honnêtement, on était un peu débordés, là.
09:05Un peu débordés.
09:07Et il y aura, il y a 25 politiques dont le Premier ministre.
09:12Alors, il y a des ministres, dont le Premier ministre, le ministre de l'Économie,
09:16le ministre des Affaires étrangères, le ministre de l'Enseignement supérieur.
09:18Et puis, tous les chefs de parti.
09:22Et donc, dans les chefs de parti, vous avez M. Rutaillot, M. Édouard Philippe, M. Attal, Mme Tondelier.
09:29Mais pas Mélenchon, pas Marine Le Pen, ni Jordan Bardella.
09:31Ils ne seront pas là.
09:32Merci beaucoup, Jean-Réphane Lorenzi, d'être venu ce matin.
09:35On se reverra donc la semaine prochaine aux rencontres économiques d'Aix,
09:37puisque la matinale de l'économie sera largement délocalisée depuis Aix-en-Provence.
09:42Émission spéciale également tout jeudi et tout vendredi.
Commentaires