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  • il y a 23 heures
Lundi 22 juin 2026, retrouvez Frédéric Porte (Directeur Commercial Grand Public, La Poste Pro et Partenaires), Stéphane Lelux (Président, Tactis) et Benoit Felten (Managing Director, Fiberevolution) dans SMART TECH, une émission présentée par Delphine Sabattier.

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00:08Bonjour à tous, Orange, Free, Bouygues, Télécom se sont mis d'accord pour racheter SFR au groupe Altis au prix
00:16de 20,35 milliards d'euros.
00:18On en a déjà parlé dans nos débriefs de la tech, mais je voulais qu'on regarde par-delà ce
00:22rachat,
00:23ce que ça veut dire en termes de consolidation sur le marché des télécoms en France, mais également en Europe.
00:28Et pour cela, nous aurons en invité deux experts. Ce sera notre sujet à la une.
00:33Je vous propose, en revanche, qu'on commence cette édition avec trois questions posées à la Poste Pro.
00:43Trois questions à Frédéric Porte. Bonjour Frédéric.
00:46Bonjour Delphine.
00:47Vous êtes le directeur commercial national de la Poste Pro.
00:50Qu'est-ce que ça veut dire la Poste Pro, très concrètement ?
00:53Que trouve-t-on comme service aujourd'hui derrière la Poste Pro ?
00:57Alors, la Poste Pro, c'est une très jeune marque, puisque c'est une marque qui a à peine trois
01:01ans.
01:02Ça fait très très longtemps qu'on adresse le marché des pros en France, mais on avait besoin d'être
01:06plus lisible.
01:07Tout le monde connaît bien sûr la Poste, qui est un grand groupe multimétier international, avec effectivement une banque de
01:13la logistique.
01:14Et qui a fait sa transformation numérique.
01:16Et qui fait sa transformation numérique, tout à fait, depuis très longtemps, avec Docaposte, qui est un des grands leaders
01:21sur la data IA.
01:22Et on avait besoin, pour adresser ce grand marché des pros, de pouvoir avoir une marque puissante, de proximité, et
01:28puis également qui génère la confiance de nos clients pros.
01:32Alors, qui on adresse comme client, c'est principalement, bien sûr, les commerçants, les e-commerçants, les professions libérales, très
01:40importants, qui sont en bouleversement sur la digitalisation.
01:44Et puis, bien sûr, l'ensemble des créateurs d'entreprises.
01:47On a près de mille, un million de créateurs d'entreprises sur la dernière année.
01:51C'est encore très dynamique, dans un contexte compliqué.
01:53Et là, on s'attache effectivement à les aider dans leur démarrage et dans leur développement.
01:58Donc, c'est un client sur deux qui sont accompagnés par...
02:01Un professionnel sur deux, accompagné par la Poste.
02:04Deux millions de clients.
02:05D'accord.
02:06Quels sont les services que vous avez dû créer pour vous adapter, justement, à ce nouveau contexte dont vous parlez
02:12?
02:12Alors, on a bien sûr les services qui concernent toutes les grandes transitions de nos clients.
02:17A savoir les services sur la logistique et l'expédition.
02:21Donc, ça, c'est déjà un grand univers de services.
02:24On a toute la partie communication, également.
02:27Et puis, tous les services à la digitalisation, les services numériques de confiance que l'on adresse pour nos clients
02:33pro.
02:33On a également toute la partie connectivité.
02:36Donc, téléphonie.
02:37Vous parliez de la téléphonie juste à l'instant.
02:38Oui.
02:38Avec un grand opérateur qui s'appelle La Poste Mobile Pro.
02:42C'est vrai.
02:42Et Bouygues Télécom.
02:43Et donc, on a des solutions de B-Box sur cela, également.
02:46Alors, vous avez évoqué les commerçants, qui font partie des cibles principales de La Poste Pro en termes de clientèle.
02:55Les commerçants font face à la révolution du e-commerce.
02:58Comment est-ce que vous, vous pouvez les accompagner très concrètement dans cette transformation ?
03:02Alors, quand on parle des commerçants, on parle des 500 000 commerçants et commerces de proximité en France.
03:08Donc, c'est colossal.
03:08Et qui sont effectivement confrontés à un bouleversement, à un choc qui vient du choc du e-commerce.
03:16Et des grandes plateformes américaines et maintenant de plus en plus chinoises qui viennent percuter, on va dire, désintermédier leur
03:23relation avec leurs clients.
03:25Et donc, par rapport à ça, ils doivent se réinventer.
03:27Ils doivent aller chercher d'autres marchés, d'autres relais de croissance et notamment sur le numérique.
03:32Et donc là, c'est là où on peut effectivement les accompagner, notamment sur la partie de la logistique d
03:37'expédition.
03:38J'en parlais tout à l'heure.
03:39D'accord.
03:39On a créé la première, c'est unique en France, on a créé la première plateforme d'expédition multi-transporteur.
03:45Ça s'appelle La Poste Pro Expedition.
03:48En un clic, le pro va se connecter à cette plateforme et peut connecter son site Internet avec les grands
03:54CMS, c'est-à-dire les Shopify, les Amazon.
03:57Donc, ils sont au standard des grands, quelque part.
03:59Et là, ils peuvent très simplement pouvoir envoyer leurs colis, leurs courriers avec toutes les solutions au Chronopost, Colissimo, en
04:08France et à l'international.
04:09Donc, c'est très simple pour eux et ça permet de les mettre tout de suite dans le standard et
04:13ouvrir de nouveaux marchés.
04:15Et ça, on le fait justement avec nos conseillers de proximité qui sont dans les 17 000 points de contact.
04:20On le fait également avec notre actif digital qui est Laposte.fr qui permet effectivement d'héberger cette plateforme.
04:26et nous, on conseille nos clients de pouvoir se connecter et on les accompagne.
04:31Laposte.fr, c'est un million de contacts et de connexions par mois.
04:34C'est colossal.
04:35Et donc, on peut effectivement sur l'e-commerce les accompagner sur cette verticale.
04:39Et sur la partie, de manière plus générale, transformation digitale des entreprises ?
04:44Alors ça, c'est le sujet aujourd'hui et d'ailleurs d'hier puisque ce n'est pas aujourd'hui
04:48que ça commence.
04:49Alors, ça a commencé par les grandes entreprises.
04:50Aujourd'hui, ça arrive très très fortement sur les petites entreprises et les pros avec des notions réglementaires aussi qui
04:56va accélérer la digitalisation.
04:58Je pense notamment à la facture.
05:00La facturation électronique.
05:01La facture, voilà.
05:02Qui arrive de manière obligatoire.
05:03On est vraiment sur le monétaire sur le sujet puisque c'est septembre l'échéance.
05:07Eh bien, nous, vous avez cité DocaPost, on les accompagne effectivement avec notre solution et nos briques de tiers de
05:15confiance.
05:16Nous sommes leaders sur ce sujet, notamment avec des solutions d'archivage sur des clouds souverains.
05:22On est effectivement à l'initiative avec nos partenaires de NumSpot.
05:26Oui.
05:27Donc, solution française et européenne pour effectivement avoir une souveraineté face aux autres solutions qui sont plutôt américaines.
05:33Donc là, on va éviter aussi le switch kill.
05:37Donc, ça, c'est important.
05:38La continuité de service, ça, c'est très important pour les pros.
05:41Et puis également, tous ces services numériques de la e-facture, du coffre fort électronique.
05:48Donc, on a des solutions très simples.
05:50Ce que je voulais dire également, c'est que ce sont des solutions technologiques.
05:53Mais avant tout, le sujet, c'est un sujet de change et d'accompagnement au changement de nos pros.
05:58Et donc là, la Poste Pro est en proximité pour les accompagner avec des solutions de back-office personnalisées
06:04pour accompagner dans cette mutation digitale de l'ensemble de nos clients et des 4 millions de pros en France.
06:09C'est-à-dire concrètement, cet accompagnement, ce n'est pas du conseil ?
06:12Bien sûr que si, c'est du conseil.
06:14C'est du conseil de proximité avec nos conseillers experts.
06:17Et en fonction effectivement du degré d'expertise, on va faire appel à des experts de niveau plus important dans
06:23nos filiales
06:24pour pouvoir les accompagner.
06:25Donc, ça peut être dû en proximité et aussi dû à distance.
06:28Mais en tout cas, on suit nos clients dans cette mutation tout au long de leur transition, en fait.
06:34Et alors, moi, j'ai passé la journée sur Vivatech comme beaucoup de personnes à Paris, je pense,
06:40et tous les passionnés de la tech.
06:41Vous y étiez aussi.
06:43Oui.
06:43Le stand de la Poste est toujours aussi impressionnant.
06:48Bon, Vivatech prend de l'ampleur et le stand également.
06:51Qu'est-ce qu'on doit retenir, en fait, de ce positionnement de la Poste sur la tech et le
06:56numérique ?
06:57Alors, vous l'avez dit, la Poste se réinvente depuis déjà de nombreuses années.
07:01Elle n'a cessé de se réinventer depuis Louis XI.
07:04Elle est toujours là.
07:05Et donc, on est sur le virage numérique.
07:08La Poste innove.
07:09Donc, Marie-Ange Debon, notre présidente, a inauguré hier le salon.
07:13On a eu beaucoup, beaucoup d'affluence.
07:15Et on est très fiers d'annoncer une trentaine, de démontrer une trentaine d'innovations sur ce salon.
07:21Notamment, par exemple, de la robotique humanoïde, augmentée par l'IA pour toute la logistique,
07:26sur laquelle on est vraiment expert.
07:28Vous verrez également des consignes autonomes avec des panneaux solaires.
07:33La Poste est une entreprise à mission, donc avec un regard sur le climat très, très important.
07:38Et puis, vous verrez également l'IA qui est appliquée à des solutions monétiques pour la banque,
07:43qui permet d'être beaucoup plus, on va dire, fort sur ces solutions pour nos clients.
07:49Et on voit la Poste Pro ?
07:50Alors, la Poste Pro n'y est pas directement,
07:54mais il y est effectivement par rapport à toute l'IA qu'on embarque dans nos solutions.
07:58En fait, la Poste Pro embarque dans les solutions, notamment la Poste Pro Expedition,
08:02des solutions IA, toute notre technologie,
08:04pour faire bénéficier nos clients pro de ces avantages d'IA et de numérique.
08:10Très bien. Merci beaucoup, Frédéric Porte.
08:12Je rappelle, vous êtes le directeur commercial grand public pour la Poste Pro et partenaire.
08:18Merci pour avoir répondu à mes trois questions.
08:21Et rendez-vous sur le salon, le 25, le salon CPME, le 25 prochain.
08:26Ah ben ça, on y sera, parce que nous, on est partenaire avec Visma, grand partenaire.
08:29Je serai vraiment très heureux de vous accueillir avec l'ensemble de mes équipes.
08:32Et on aura un atelier à 11h30 sur, justement, la digitalisation et le numérique.
08:37Merci beaucoup, c'est bien noté. Merci Frédéric.
08:39Merci Delphine.
08:40Allez, nous, on enchaîne, on reste sur notre sujet digitalisation,
08:44mais on va parler du côté consolidation, parce que ça y est, ça bouge dans le domaine des télécoms.
08:53Orange, Bouygues Télécom, Free, se sont mis d'accord avec le groupe Altice pour le rachat de SFR au prix
09:00de 20,35 milliards d'euros.
09:03Ça fait quand même 25 millions de clients qui sont concernés, qui vont changer d'opérateur.
09:09Ce retour à trois opérateurs en France, déjà, est-ce que c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle ?
09:14Je vais poser la question à mes experts.
09:15On se l'est déjà d'ailleurs posé dans nos débriefs, mais plus largement, je voulais qu'on regarde ce
09:19que ça voulait dire
09:20en termes de consolidation pour le marché européen.
09:23Alors, avec moi, Stéphane Lelux en plateau.
09:26Bonjour Stéphane.
09:27Bonjour Delphine.
09:27Président du cabinet TACTIS, vous êtes également le président de la Commission internationale du Comité stratégique de filière infrastructure numérique
09:34et conseiller du commerce extérieur pour la France.
09:39Vous connaissez ce secteur des télécoms par cœur depuis des années et la deuxième personne qui est avec nous également,
09:46Benoît Felten.
09:47Bonjour Benoît, merci d'être connecté avec Smartech.
09:50Vous êtes consultant, donc expert télécom, s'il en est, chez Fiber Révolution.
09:57Déjà, je voulais avoir votre réaction.
09:59Quelle a été votre première réaction à chaud au moment où vous avez appris que ça y est, enfin, je
10:04dis enfin, pas par soulagement,
10:06mais depuis le temps qu'on en parle, cet accord a été signé pour le rachat de SFR.
10:12Stéphane, déjà.
10:13Tout d'abord, comme vous le dites, c'est un long processus, donc pas une grande surprise.
10:18On s'attendait depuis longtemps à voir cet accord sortir.
10:23Et par ailleurs, il faut quand même se dire qu'on est au début d'un processus.
10:26Non seulement c'est un processus de négociation qui a abouti, mais nous partons pour au minimum trois années entre
10:33les autorisations en termes de consolidation au niveau France et les autorités de la concurrence française et européenne.
10:42Et puis en Suisse, il y a tout le processus aussi organique et salarial qu'il va falloir mettre en
10:48place.
10:48Donc on est au tout début du processus.
10:50Donc on va dire, ni soulagement, ni surprise, mais simplement, on va dire, une étape clé dans un processus qui
10:57va prendre encore plusieurs années.
10:59Et qui est nécessaire probablement pour le secteur, pour clarifier.
11:02Parce que le pire, c'est le fait d'être en situation un peu suspendue entre deux eaux.
11:07On en parlera peut-être parce que ça a des conséquences, notamment sur l'investissement.
11:11On peut voir que SFR, ces dernières années, a quasiment plus investi.
11:14Donc en fait, cette situation de suspension avait des conséquences négatives.
11:18Donc quand même, ça ne pouvait pas durer beaucoup plus longtemps.
11:22Exactement.
11:23Benoît, vous dites que vous vous êtes dit, ah ben quand même, ça y est, c'est une bonne nouvelle.
11:27Ou au contraire, ça vous inquiète ?
11:30Non, si j'étais un peu chafouin, je dirais que SFR se porte mal depuis qu'ils ont été rachetés
11:35par Altice.
11:37Mais c'est peut-être un peu méchant.
11:39Cela dit, on sait que les conditions du rachat en LBO posaient déjà des problèmes en tant que tels.
11:44Et effectivement, comme le dit Stéphane, SFR allait mal depuis un bon moment.
11:49Donc, ce n'est pas une surprise dans ce sens-là.
11:51Le point d'interrogation, il est effectivement sur comment les autorités de la concurrence vont se prononcer,
11:57que ce soit les autorités françaises ou les autorités européennes d'ailleurs.
12:01Et puis, quand même, il y a une vraie question tactique un peu sur comment se fait ce découpage,
12:07qu'est-ce qui va atterrir où.
12:10Et moi, ce qui m'intéresse en particulier, je suis sûr qu'il intéresse beaucoup Stéphane également,
12:15la partie infrastructure fibre qui ne fait pas partie de ce deal.
12:19Mais c'est intéressant aussi de savoir où ça, ça va terminer.
12:23Exact. Effectivement, ça, ce n'est pas du tout mentionné pour l'instant.
12:26Je vous demandais si vous pensez que c'était une bonne nouvelle ou si vous étiez inquiet.
12:30Parce qu'il y a des voix inquiètes.
12:32Je pense à Sébastien Soriano en particulier,
12:36qui est un ancien régulateur des télécoms, puisqu'il était à l'ARCEP.
12:41Et qui dit qu'il faut quand même faire attention, être vigilant quand on voit cette consolidation du marché en
12:48France.
12:49Et sans doute, va-t-il falloir imposer des contraintes ?
12:53Est-ce que vous partagez son inquiétude ?
12:55Alors, on doit toujours être prudent.
12:57Et je pense que Sébastien Soriano, qui est bien éclairé en tant qu'ancien président de l'ARCEP, le sait
13:03bien.
13:03Mais je pense qu'en même temps, il y a des retours d'expérience multiples qui montrent qu'on a
13:08des outils.
13:10Que ce soit en Espagne, quand il y a eu des opérations aussi de consolidation, ou en Italie ou ailleurs,
13:16on voit que les régulateurs et les autorités anti-concurrentielles,
13:23enfin pour la concurrence plutôt, qui se protègent la concurrence,
13:26sont en capacité soit d'imposer, par exemple, des reventes de certains actifs,
13:32ou des modalités d'accès aux infrastructures,
13:37qui peuvent être aussi des facteurs derrière de facilité pour des concurrents.
13:44Et puis, il faut aussi se rappeler qu'on rentre dans un monde,
13:47et on en reparlera peut-être, où la concurrence vient aussi d'ailleurs.
13:50Et cette concurrence, elle va exister.
13:53On a des bouleversements.
13:54On parle de beaucoup de Starlink ces derniers jours.
13:56On voit bien que finalement, on n'est plus dans les années 90-2000,
14:02début des années 95-2005-2010,
14:07où il y avait une hyper-dominance des telcos sur les secteurs.
14:11Là, on est dans un bouleversement entre les GAFA.
14:13Avec des procès pour entendre entre trois opérateurs, par exemple.
14:17Oui, début des années 2000, effectivement.
14:18Donc, on a quand même un changement complet de paradigme, de contexte.
14:23Et je pense que, oui, il faut avoir cette vigilance.
14:25Mais attention, nous ne sommes plus dans le même secteur.
14:29Il a profondément évolué.
14:30Il y a des poids relatifs des acteurs.
14:34Je citerai un chiffre.
14:35Aujourd'hui, les GAFAM investissent un peu plus de 700 milliards de dollars par an,
14:41quand l'ensemble des opérateurs européens investissent à peine 63 milliards.
14:46Mais 700 milliards, sur quoi ils investissent ?
14:49Les câbles sous-marins, les data centers, je parle d'infrastructure.
14:54Les satellites, aujourd'hui, l'IA.
14:57On a de l'infrastructure dans les cœurs de réseaux,
15:01mais aussi de la fibre optique sur les réseaux terrestres ou sous-marins.
15:06Donc, en fait, tous ces réseaux-là, aujourd'hui, vont être utilisés,
15:10et sont utilisés par d'autres acteurs que nos opérateurs.
15:13Il ne faut pas l'oublier, et on est aussi obligés de regarder cette consolidation
15:19à l'aune de cette évolution du secteur.
15:21Oui, de voir si, finalement, on est suffisamment équipés
15:25pour affronter ces défis à venir sur le numérique
15:27face à des concurrents qui sont, aujourd'hui, des géants économiques.
15:32Benoît, vous partagez cette analyse ?
15:35C'est-à-dire qu'à la fois, oui, il faut être vigilant,
15:37mais d'un autre côté, il faut aussi donner les moyens, si j'entends,
15:41à nos opérateurs d'affronter ces défis-là.
15:44Alors, je pense qu'il y a deux choses.
15:46La première, c'est qu'il faut faire attention à ce qu'on appelle les remèdes,
15:52comme effectivement Stéphane le disait, qu'on a eu en Espagne, etc.
15:56La vraie question, je pense, qui se pose sur le secteur télécom pur,
15:59c'est est-ce qu'on va vraiment de quatre acteurs à trois,
16:02ou est-ce que les remèdes vont réintroduire un quatrième acteur
16:05sous une autre forme ?
16:05C'est ce qui s'est passé en Espagne, par exemple.
16:07Donc, en Espagne, ils ont prélevé des fréquences de différents opérateurs
16:12pour créer un quatrième opérateur mobile.
16:14Et du coup, il n'y a pas eu de véritable passage de quatre à trois.
16:18Donc, la vraie question, c'est est-ce que le modèle de cette fusion,
16:23ça va être un vrai passage de quatre à trois ?
16:25Et quelles seront les conséquences de ce passage ?
16:28La principale conséquence, celle qui est le plus souvent mise en avant,
16:31c'est une possible augmentation des prix.
16:34J'avoue qu'à titre personnel, et sans avoir nécessairement étudié
16:37l'aspect économique en grand détail,
16:39ce n'est pas l'élément qui m'inquiète le plus.
16:42Pour deux raisons.
16:43La première, c'est qu'aujourd'hui, j'ai regardé les chiffres ce matin
16:46pour préparer cet entretien.
16:48Aujourd'hui, on voit que les services télécoms,
16:51c'est à peu près 1,5% de la dépense des foyers français.
17:00Là où les loyers, c'est de l'ordre de 25%.
17:04L'encadrement des prix, entre guillemets, des télécoms
17:07me paraît moins important que bien d'autres possibilités réglementaires
17:11qui toucheraient à des budgets beaucoup plus importants chez les foyers.
17:14Pour le dire autrement, si les prix des abonnements télécoms
17:18augmentaient de 2 à 3 euros en France,
17:19je ne pense pas que ce serait un problème systémique.
17:24Après, évidemment, il y a toujours des gens pour qui c'est un montant important,
17:28il ne faut pas le négliger,
17:29mais on a aussi des mécanismes en France
17:31de protection des consommateurs les plus fragiles
17:34et des tarifs dédiés pour ces consommateurs-là.
17:37Donc, tout ça, c'est pour moi un peu un élevé phénomène.
17:40Le deuxième point qu'il faut quand même souligner,
17:41c'est qu'on a un acteur en France,
17:44free, qui tire les prix vers le bas
17:46avec des promesses de ne pas augmenter ses prix
17:49qui font de manière répétée depuis longtemps,
17:52ça ne veut pas dire qu'à la marge,
17:54les prix n'augmenteront pas sur des éléments annexes,
17:56des options, etc.
17:57Mais je ne vois pas free du jour au lendemain dire
18:00« j'augmente les abonnements de 10 euros ».
18:03Après, le point plus général, moi, je ne vois pas…
18:08Alors, je n'aime pas le terme « GAFAM » d'abord parce qu'il est obsolète,
18:11on devrait dire « amam », ce qui est un peu plus moche comme terme,
18:17mais surtout parce que ça pointe du doigt un certain nombre d'acteurs
18:20et que les choses étant très dynamiques,
18:22ces acteurs, ils ont des rôles très différents
18:24sur le marché global d'Internet.
18:29Mais surtout, le point important, c'est que pour moi,
18:33alors Starlink, c'est effectivement un cas particulier
18:35puisque Starlink et Kuiper, d'ailleurs, d'Amazon,
18:39vont être potentiellement des concurrents directs de ces réseaux.
18:42Par contre, sur le reste de l'écosystème,
18:44c'est plus des collaborateurs que des concurrents.
18:46Et je pense que le fait de dessiner ça comme un conflit,
18:51c'est une erreur parce qu'aujourd'hui,
18:52on a un écosystème qui fonctionne de manière très symbiotique
18:55et relativement efficace
18:57et remettre ça en cause au nom de…
19:00C'est-à-dire, vous dites qu'il n'y a pas de rapport de force
19:03entre les géants du numérique et les opérateurs européens ?
19:07Alors, je ne sais pas ce que c'est un rapport de force.
19:09Il y a une interdépendance totale.
19:11Sans les réseaux d'accès, les acteurs du numérique
19:14ne peuvent pas atteindre leurs clients.
19:16Et sans les acteurs du numérique,
19:18les opérateurs ne vendraient pas d'accès à Internet.
19:20Donc, à un moment, il ne faut pas perdre de vue
19:23cette vérité fondamentale qui est que ces deux pans
19:25de l'écosystème sont interdépendants.
19:28Et d'ailleurs, si on regarde d'un peu près,
19:30on se rend compte qu'il y a énormément d'accords
19:34qu'on ne voit pas entre les deux,
19:35des accords de revente, des accords de collaboration.
19:39Il y a des éléments de gestion de réseau
19:41qui sont fournis par des acteurs d'Internet.
19:44Tout ça, c'est une interdépendance,
19:46ce n'est pas une concurrence frontale.
19:48Alors, encore une fois, sur le satellite,
19:49là, c'est une situation différente.
19:51Et il n'y a pas de doute que ça,
19:52ça peut représenter un élément de concurrence.
19:55Je pense que ce n'est pas le sujet nécessairement d'aujourd'hui,
19:57mais c'est un sujet très intéressant sur lequel on pourrait se croire.
19:59Oui, mais c'est le sujet aussi de la capacité d'investissement
20:03qui se pose même avec cette question des satellitaires.
20:05Oui ?
20:06Je veux bien réagir sur ce que dit Benoît,
20:09parce que je suis d'une certaine manière d'accord avec lui.
20:12On ne peut pas parler de concurrence frontale,
20:14mais en réalité, il y a un rapport de force qui est caché,
20:17puisque si ce que dit Benoît, effectivement, est tout à fait juste,
20:22il y a une interdépendance,
20:24en réalité, le rapport de force a changé.
20:26C'est ça que je suis en train de décrire.
20:27C'est qu'en fait, tout ce que dit Benoît est tout à fait juste,
20:29sauf que la réalité, c'est qu'il y a 15 ans,
20:32quand un opérateur discutait avec un fournisseur de contenu,
20:36ce qu'on appelle un OTT, un fournisseur de services,
20:40il avait un rapport qui était plus en sa faveur,
20:44pouvoir équilibrer ces dernières années.
20:47Aujourd'hui, ce n'est plus le cas.
20:49Et plus ça va aller, plus un opérateur est en train de se retrouver.
20:51J'ai l'impression que ça a toujours été un problème,
20:55parce que je me souviens de l'époque où Free avait essayé de brider YouTube
20:59parce qu'il considérait qu'il ne participait pas suffisamment
21:02au financement des réseaux.
21:04Bon, finalement, cette histoire s'est terminée sans faire cher,
21:08sans modification des règles.
21:11Il y a les enjeux de la neutralité du net, etc.
21:13Derrière, l'équilibre entre les différents supports
21:15et les fournisseurs de services et les opérateurs de réseaux.
21:19Mais avec les rapports de force que je décris
21:23qui sont en train de glisser en faveur des grands acteurs des plateformes,
21:28pour ne pas utiliser le terme GAFAM, même si on...
21:32Les plateaux numériques, les big tech...
21:34Au sens large du terme, peu importe, parce qu'il ne faut pas oublier
21:36qu'il y a les Chinois aussi qui sont dans l'air court asiatique,
21:40qui un jour probablement franchiront le cap,
21:44même si aujourd'hui on commence à les voir plus dans les pays émergents,
21:47en Afrique, etc.
21:49Mais il n'y a pas de raison qui ne s'attaque pas un jour à nos marchés,
21:53de manière plus large, qu'ils le font déjà,
21:55à travers notamment les Alibaba, etc.
21:58Donc là, ce qu'on voit, c'est que le rapport de force
22:00est en train de glisser progressivement en défaveur des telcos
22:06qui deviennent des commodities.
22:07Et ces commodities, finalement,
22:10ils ont de plus en plus vocation à être finalement un truc
22:13quasiment d'accès gratuit.
22:15C'est-à-dire qu'en fait, aujourd'hui, on voit,
22:16on découvre Bezos ou d'autres qui disent, en gros,
22:19si vous voulez, moi, l'accès Internet, je vais vous le fournir gratuitement.
22:22Et en fait, là, on voit bien qu'on arrive au bout d'un raisonnement
22:27où, finalement, ils veulent englober dans leur service l'accès.
22:31Et en fait, par un accès direct aux clients,
22:35en gérant la plateforme et vos abonnements,
22:39on va glisser progressivement vers un système
22:41où, même si nos opérateurs restent nationaux
22:43et des licences payent des fréquences, etc.,
22:45ils ont l'infrastructure, ils ont la fibre,
22:48ils ont les réseaux 5G.
22:50Finalement, le client final qui est roi,
22:52c'est lui qui va décider à qui il va payer le service.
22:55Et dans les prochaines années,
22:57c'est encore une fois là où je ne suis pas d'accord avec Benoît,
22:59il y a un glissement qui va se faire
23:00où va se situer mon opérateur réel, global.
23:04Et ça, on est dans une situation de rapport de force
23:08qui devient extrêmement...
23:09Vous pensez qu'on n'est pas loin de cette situation ?
23:11Je pense qu'on s'en rapproche d'année après année.
23:13Après, la confrontation directe qu'évoquait Benoît,
23:17par exemple avec Starlink, typiquement la France,
23:19nous, on est protégés. Pourquoi ?
23:20Parce qu'on parle de moins de 2% des foyers
23:23qui n'ont pas la fibre ou qui n'ont pas la 5G, d'accord ?
23:25Donc la réalité n'est pas la même.
23:27Justement, parce que parlons de ça, parlons des réseaux.
23:30Cette consolidation peut-elle avoir un impact
23:33sur l'investissement dans les infrastructures ?
23:36Parce qu'on peut considérer qu'en étant plus puissants,
23:39ils auront plus de capacités d'investissement,
23:41mais ce n'est pas certain.
23:42Ils peuvent être aussi plus puissants
23:43et décider de faire autrement et d'échapper
23:49à certaines contraintes de service.
23:51Il faut se remettre en perspective.
23:53On est parti il y a 15 ans.
23:54Et on va réagir bien après.
23:55Excuse-moi.
23:57On part d'à peu près 6 milliards en France d'investissement
24:00il y a une quinzaine d'années, en tendance annuelle.
24:03On est passé à un cap maximum vers 2020,
24:06juste après le Covid, à 13 milliards.
24:08Donc on a à peu près doublé les capex annuels.
24:10Je parle hors des coûts d'achat des fréquences,
24:13vraiment de l'investissement dans le dur,
24:15c'est-à-dire la fibre optique et les réseaux mobiles.
24:19Donc les passages de 4G, 5G, etc.
24:22Ça, on a doublé par an le rythme d'investissement.
24:25Ce qui fait que d'ailleurs la France est située
24:27comme le champion de l'investissement dans les capex,
24:31dans les investissements dans l'infrastructure,
24:33puisque en fait, en gros, la France représente
24:35à peine 10% du nombre d'utilisateurs de l'Europe.
24:38Et on était à 20% de l'investissement dans les opérateurs.
24:43Donc à peu près 12 milliards, 13 milliards à cette période 2020-2023.
24:49Et là, on est en train de descendre tout doucement chaque année de 5%.
24:51On est à peu près à 10 milliards aujourd'hui.
24:54Et alors, il y a un phénomène contre-intuitif
24:56qui va se produire dans les 5 prochaines années
24:58ou 3 prochaines années minimum.
24:59C'est qu'on va rebondir.
25:00Pourquoi ? Parce que la consolidation a un coût.
25:03Avant d'avoir un profit.
25:05C'est-à-dire qu'en fait, le profit, on l'estime à peu près à 2 milliards.
25:08Mais le coût, on l'estime à peu près à 6-7 milliards.
25:11Donc en fait, vous allez avoir un phénomène de croisement, de courbe.
25:13Et puis, on n'a pas fini de déploiement de la fibre.
25:15Oui.
25:16Et on a un retard sur la 5G native.
25:19Voilà.
25:19Donc on a beaucoup d'investissements pour les 3 à 5 prochaines années.
25:22Benoît, votre regard là-dessus, sur cette consolidation
25:24et l'impact que cela peut avoir sur les investissements en infrastructures ?
25:29Alors, la consolidation elle-même,
25:32elle est censée réduire les montants d'investissement.
25:35Effectivement, comme le dit Stéphane,
25:36il faut absorber la consolidation.
25:39Et ça, ce n'est pas complètement transparent.
25:42Ceci dit, moi, je soulignerai un certain nombre de tendances.
25:45La première, c'est que la France, comme l'Espagne d'ailleurs,
25:48sont plutôt en avance par rapport au reste de l'Europe
25:51sur leurs investissements dans l'infrastructure.
25:54On parle beaucoup de la 5G stand-alone,
25:58mais la réalité du marché, c'est qu'aujourd'hui,
26:00il n'y a pas énormément de demandes
26:01et que du coup, les opérateurs, ils sont frileux,
26:03pas parce qu'ils n'ont pas les moyens d'investir,
26:05mais surtout parce qu'ils ne voient pas la rentabilité de cet investissement.
26:09Et donc, on peut s'attendre, sans que ce soit une mauvaise nouvelle,
26:13à ce que les montants de CAPEX en France,
26:17dans la décennie qui vient,
26:19ils aillent plutôt à la baisse, même s'ils resteront importants,
26:23parce que des réseaux, ça se maintient et ça se renouvelle.
26:27Ceci étant dit, on voit bien qu'il y a des hésitations sur la 6G,
26:31on ne sait pas comment la définir trop,
26:33les opérateurs ont du mal à voir les bénéfices qu'ils vont pouvoir en tirer,
26:35ils ont été très échaudés par leurs investissements sur la 5G.
26:38Donc, tout ça fait qu'aujourd'hui, la perspective de rentabilité des opérateurs français et espagnols en particulier,
26:47et d'ailleurs, je reviendrai dessus en une seconde,
26:49mais français en particulier, elle est plutôt positive.
26:51On voit ça dans tous les documents d'analyse financière qui circulent.
26:56La raison pour laquelle la France est encore mieux placée que l'Espagne,
27:00c'est qu'en France, on partage le réseau fixe,
27:02ce qui n'est pas le cas de l'Espagne,
27:04et que du coup, on a une utilisation du réseau qui est bien plus importante en proportion,
27:10et donc une bien meilleure rentabilité de cet investissement réseau.
27:15Le deuxième point qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est que le trafic Internet croît encore,
27:29mais il croît de moins en moins vite,
27:30et on est maintenant sur des tendances où on peut anticiper qu'à horizon 2 à 3 ans,
27:34on va être sur un trafic plat.
27:37Et ça, c'est à mon avis un point que les opérateurs eux-mêmes refusent de voir,
27:41ils continuent de dire dans leur communication que le trafic croît,
27:45ils utilisent souvent le terme exponentiel qui est complètement inadapté.
27:50Moi, je pense qu'il y a une vraie question systémique qui va se poser
27:53quand on verra à horizon 2 à 3 ans que le trafic ne croît plus.
27:58Et du coup, la question qui se posera, c'est les investissements pertinents
28:03pour générer des revenus dans un monde où l'utilisateur est à peu près saturé d'informations,
28:10c'est quoi ?
28:11Et je ne sais pas s'ils ont la réponse.
28:13Ce sera une question qu'on se posera une prochaine fois.
28:15On arrive à la fin de ce talk et la fin de cette émission.
28:19Merci beaucoup à tous les deux d'y avoir participé.
28:22Merci à tous de nous suivre.
28:24C'était Smartech, vous regardez sur la chaîne Bsmart.
28:27On se retrouve dès demain.
28:27Sous-titrage Société Radio-Canada
28:35Sous-titrage Société Radio-Canada
28:37Sous-titrage Société Radio-Canada
28:38Sous-titrage Société Radio-Canada
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