00:00Invité à la une, Étienne Blanc, le sénateur LR du Rhône. Bonjour.
00:04Oui, bonjour.
00:05Vous êtes également porte-parole de Nouvelle Énergie.
00:06Et si on avait envie de vous recevoir ce matin, c'est que vous avez été le rapporteur de l
00:10'enquête parlementaire de mai 2024
00:11qui fut à l'origine de la loi contre le narcotrafic en voie d'adoption définitive.
00:16Votre rapport pour la première fois dans l'histoire parlementaire,
00:18mais justement les phares, le projecteur sur ce problème du narcotrafic en France.
00:23Et ça tombe bien, ce que le Premier ministre le dit, la cocaïne est un sport national.
00:27Ce sont les mots de Sébastien Lecornu, le Premier ministre.
00:30Cela veut dire qu'on a enfin pris la mesure de votre rapport de la mexicanisation de la France, monsieur
00:36le sénateur ?
00:37Oui, je crois qu'on a pris la mesure de ce rapport, qui était bienvenu, qui était utile.
00:42D'ailleurs, ça permet de se poser une question.
00:45La drogue, elle n'est pas apparue dans le paysage français en 2020.
00:49Il y a bien longtemps que l'augmentation est constatée par les forces de police, par la justice,
00:56et par toute une série d'institutions, par le monde politique aussi.
00:59Comment se fait-il qu'on ait réagi aussi tard ?
01:01Avec mon collègue Jérôme Durin, on a fait un rapport, on a une mission pendant une durée de six mois.
01:07Et puis ensuite, on a fait adopter une loi.
01:08C'est une loi qui donne des moyens nouveaux à la puissance publique, à la police, à la justice.
01:13Les moyens qui sont contemporains, les moyens qui sont modernes.
01:16Mais évidemment, aujourd'hui, cela ne suffit pas.
01:18Il manque encore un certain nombre de choses.
01:20Mais Etienne Blanche, je ne peux pas rebondir sur ce que vous venez de dire.
01:23Vous avez évoqué cette volonté de ne pas le voir, de ne pas le constater, y compris dans le monde
01:28politique.
01:29Maintenant qu'on semble regarder et vouloir regarder la réalité en face,
01:33qu'est-ce qui fait que le monde politique a tellement tardé à voir justement la réalité de ce phénomène
01:38?
01:39Je trouve que, à mon avis, c'est de l'essence même de la démocratie.
01:46En démocratie, vous avez des élections qui rythment la vie politique.
01:50Donc, vous êtes sur une réaction sur l'instant.
01:52Il faut apporter des réponses à l'instant pour être élu.
01:56Donc, on se préoccupe de l'instant.
01:58Mais on ne regarde pas à 10 ans, à 15 ans, ou peu, pas c'est excessif, mais peu.
02:02On a cette difficulté à anticiper.
02:05Mais regardez, ce n'est pas vrai seulement pour la drogue.
02:08C'est vrai aussi pour la dette.
02:09On sait très bien qu'en 2030, la France aura de la peine à faire face au paiement des intérêts
02:13de la dette.
02:14Mais on attend le choc, on attend de constater des visus les catastrophes avant de réagir.
02:24Et la drogue, c'est exactement cela.
02:26Alors, on ne peut pas dire qu'on n'a rien fait, les forces de police, la justice,
02:29mais on n'a pas pris la mesure de ce phénomène.
02:32Vous avez utilisé tout à l'heure un terme de mexicanisation.
02:36Quand nous avons travaillé sur le sujet avec Jérôme Durand,
02:38il y avait des magistrats mexicains qui étaient venus en France
02:41dans le cadre d'un échange avec l'école nationale de la magistrature.
02:45Et en repartant, ces magistrats mexicains nous ont fait passer un message.
02:50Ils disent, la France, vous n'êtes pas un narco-État.
02:54Le Mexique, c'est un narco-État.
02:56Mais attention, toute une série de signes laissent entendre que désormais,
03:00vous vous orientez vers une situation irréversible.
03:03C'est la corruption, c'est la violence extrême.
03:05Ce sont les masses d'argent gigantesques qui circulent et qui sont blanchines.
03:09Et on va revenir, mais dans ce contexte, simplement,
03:11à Étienne Blanc de ce Premier ministre, Sébastien Lecornu,
03:13qui dévoile son plan pour lutter contre le narcotrafic.
03:16On a appris cette semaine qu'il y allait avoir la généralisation des tests salivaires
03:20au plus haut sommet de l'État pour les ministres et leurs équipes.
03:23Comment le sénateur que vous êtes, qui plus est expert quand même de ce sujet,
03:26avait regardé cette actualité et cette annonce ?
03:29Moi, je pense que c'est un peu de l'agitation.
03:32C'est assez facile, on va choisir le ou la parlementaire
03:38qui va consommer des stupéfiants et puis on va médiatiser tout ça.
03:43Non, la vérité, c'est que vous avez aujourd'hui un million et demi de consommateurs.
03:46Alors, j'entends bien que l'exemplarité, c'est important.
03:49J'entends bien qu'un parlementaire, quand il parle de stupéfiants,
03:52il doit être exemple tout soupçon.
03:53Mais je veux dire, le sujet, aujourd'hui, il n'est pas là.
03:56Le sujet, il est dans les collèges.
03:58Le sujet, il est dans nos lycées.
04:00Le sujet, il est à l'université.
04:02Le sujet, il est dans la rue, il est sur des points de l'île.
04:04Il est dans les quartiers sensibles.
04:06Le sujet, c'est ces 7 milliards d'argent liquide qui circulent.
04:107 milliards d'argent liquide.
04:12Justement, ces 7 milliards d'argent qui sont considérables et tiens blancs.
04:17Visiblement, les annonces et la campagne de Sébastien Lecornu
04:20commencent par de l'affichage dans les commerces et les transports.
04:23C'est ce que nous révèle l'entourage du Premier ministre,
04:25ainsi que Sébastien Lecornu lui-même,
04:27via une exclusivité dans le Parisien aujourd'hui en France.
04:30Donc, des affiches disant, par exemple,
04:33les balles perdues ne le sont jamais très longtemps,
04:35on paie tous le prix de la drogue.
04:36C'est-à-dire qu'en France, en 2026,
04:38malgré le drame que provoque régulièrement le narcotrafic,
04:41on était obligé, à nouveau, de passer par là,
04:44par une campagne d'affichage ?
04:46Alors, moi, je trouve cela absolument sidérant.
04:49Vous savez, la France, elle a été capable de lutter contre le tabac.
04:54Le tabac qui fait mal au poumon.
04:56La France, avec la loi Evin, notamment,
04:58elle a été capable de lutter contre l'alcool.
05:00Mais on a fait si peu sur la drogue.
05:02Si peu.
05:03Cette campagne-là, elle est vraiment tardive.
05:05Quand on a fait nos travaux avec Jérôme Durand,
05:08on a constaté que dans les lycées,
05:10il y avait des lycéens qui obtenaient le bac,
05:14qui partaient à l'université,
05:14qui n'avaient jamais entendu parler
05:17et qui n'avaient jamais connu une campagne de lutte contre les stupéziens.
05:21Au lycée, on sait que c'est là.
05:22C'est nécessaire.
05:24Elle est bien sûr nécessaire.
05:25Il faut des campagnes de communication puissantes
05:27pour dire aux consommateurs,
05:29quand vous consommez,
05:31c'est la phrase de Dupond-Moretti.
05:32Vous avez du sang sur les mains.
05:33C'est-à-dire, vous faites tourner un business
05:35qui enrichit les criminels
05:37et qui se développe
05:38et qui ne peut marcher
05:39que si on augmente la consommation.
05:41Donc, on fait la promotion de la consommation.
05:44Donc, évidemment, ces campagnes sont utiles.
05:45Son plan pour lutter contre le narcotafrique au Premier ministre.
05:49Il y a dedans une réflexion
05:50quant à l'augmentation de l'amende forfaitaire.
05:52Il faut dire qu'elle est à 200 euros.
05:53Ça pourrait aller jusqu'à 500 euros.
05:55Mais il y a une réflexion,
05:56visiblement beaucoup plus profonde,
05:57celle de vouloir faire évoluer des sanctions,
06:00notamment la suspension du permis
06:02dès qu'on est testé positif
06:03ou même l'invigibilité dans certains cas.
06:06Est-ce que ça aussi, pour vous,
06:07ça fait partie des durcissements
06:09qui sont absolument nécessaires
06:10si on veut vraiment lutter
06:11contre le narcotrafic, Étienne Blanc ?
06:13Bien sûr.
06:13Ces durcissements sont indispensables.
06:16C'est quand vous tapez partout
06:19le consommateur, le commerçant,
06:22quand vous allez sur les réseaux sociaux
06:24et quand vous taxez des responsables politiques,
06:27quand vous augmentez les amendes pour les consommateurs,
06:29il faut avoir cette vision d'ensemble.
06:30Si vous me le permettez en deux minutes,
06:32il y a deux manques aujourd'hui
06:34qui sont criants dans notre droit positif.
06:37Le premier, c'est sur la saisie du produit du crime.
06:41Vous savez, tant qu'on n'arrivera pas à saisir
06:43l'ensemble du patrimoine
06:44des personnes qui se livrent au trafic,
06:47eh bien ça ne marchera pas.
06:48Pour être un exemple tout simple,
06:50vous avez quelqu'un qui surveille sur un point de lille.
06:52Vous le coincez, vous allez chez lui.
06:55Chez lui, on trouve un écran,
06:56il y a une voiture,
06:56souvent une voiture qui ne correspond pas
06:58à son train de vie.
06:59Il y a de l'épargne, il y a des comptes, etc.
07:01On va lui demander de justifier
07:04du caractère licite de l'acquisition de ses biens.
07:07On va inverser la preuve.
07:08Ce n'est pas la puissance publique
07:10de rapporter la preuve.
07:12Il faut que ce soit aux délinquants
07:14de rapporter la preuve de la lycéité de ses acquisitions.
07:17Et on comprend bien en vous écoutant,
07:19Etienne Blanc,
07:19sincèrement que le droit n'est pas encore
07:21totalement adapté à l'ampleur du narcotrafic
07:24ici sur le sol français.
07:25Merci beaucoup d'avoir été avec nous
07:27pour réagir au plan du Premier ministre.
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