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  • il y a 2 semaines
Le 20 mai 2023, Rayane Lemmouchi, un dentiste de 25 ans, est tué de deux coups de couteau aux Lilas, en Seine-Saint-Denis. Dans ce nouvel épisode de notre format Témoignages, la mère et la tante de Rayane dénoncent un crime gratuit.

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Transcription
00:00Un homme de 25 ans tué dans la nuit de samedi à dimanche d'un coup de couteau en pleine
00:04rue Olila en Seine-Saint-Denis.
00:05La victime en visite à des cousins lorsque ces derniers sont agressés par un groupe d'une dizaine de personnes.
00:10En l'espace d'une minute, ils ont tout juste détruit notre vie, ils sont partis comme ils sont venus.
00:16Rayan a vécu 25 ans, jamais il n'a été mêlé à une rixe ou à un problème ou à
00:20une bagarre quelconque.
00:22Il pose la question deux fois, ça vient d'où, ça vient d'où ?
00:25On sait très bien qu'il n'y a pas de bonne réponse.
00:28On connaît bien l'histoire des descentes de quartier, ça dure depuis 30 ans.
00:33Et ça rendit lent sur l'impuissance des pouvoirs publics à éradiquer ce problème-là qui ronge le 93.
00:42Le 20 mai 2023, Rayan Lemouchi, un chirurgien dentiste de 25 ans, est tué de deux coups de couteau dans
00:48la commune des Lilas à l'est de Paris.
00:51Ce soir-là, il était simplement sorti se balader avec ses deux cousins quand ils se sont fait attaquer par
00:56un groupe de 10 personnes
00:58originaire de ville voisine.
00:59Dans cette vidéo, vous allez entendre les témoignages poignants de Keira, la maman de Rayan, et de Asiba, sa tante
01:05chez qui il dînait ce soir-là.
01:06Elles dénoncent un crime gratuit et veulent faire changer la loi sur l'excuse de minorité qui prévoit des peines
01:12plus légères pour les crimes commis par les moins de 18 ans.
01:15Rayan, c'était mon Rayano.
01:18C'était mon petit dernier pendant dix ans, il est resté, comme je vous le disais, dix ans, mon petit
01:21dernier.
01:23C'était un garçon très, très affectueux, très intelligent, très, très joueur.
01:28Il nous a, il nous a remplis de joie au fait.
01:32Il est né à Agen, il a grandi à Agen et puis il a fait son lycée à Toulouse.
01:38Rayan, depuis tout petit, avait une admiration particulière à sa tante qui est chirurgienne dentiste.
01:46Au fait, je me rappelle qu'en terminale, au stage de, je crois, de première, elle m'avait appelée pour
01:52me dire, voilà, il ne sait pas trop ce qu'il veut faire.
01:54Est-ce que je ne veux pas qu'il fasse son stage de première chez toi ?
01:57Je dis, écoute, pourquoi pas ? Donc, il est venu pour passer les quinze jours de stage au cabinet.
02:03À la fin du stage, il m'a dit, tata, c'est vraiment ça ce que j'ai envie de
02:08faire.
02:08J'aime bien ce que tu fais et ce métier-là, je pense, c'est ce que je vais faire
02:12au futur.
02:13Et au bout de six ans de formation universitaire, il a commencé à travailler au cabinet à Pantin dès novembre
02:212022.
02:22Il faisait un mètre 90. Il était sportif, il était musclé, il était beau.
02:27Je ne dis pas ça parce que je suis sa mère. Vous pouvez regarder les photos.
02:31Souvent, quand je lui disais, Ryan, quand il voulait sortir le soir, tu fais attention, il me faisait la position
02:37de Hulk comme ça.
02:38Il me disait, regarde-moi, tu ne crois pas que c'est moi qui fais peur plus tôt ?
02:43Eh bien, ce soir-là, il n'a pas fait peur. Il n'aura pas fait peur.
02:49Je sais que c'était un samedi, un samedi 20 mai. Il m'a appelée pour vérifier s'il y
02:53a quelqu'un à la maison. Des fois, on sort et tout.
02:55Il m'a dit, j'arrive vers 18h. On s'est mis à table. On a discuté de tout et
03:00rien. On avait mangé.
03:02Ça a duré à peu près une heure, une heure et quart. Et vers 21h30, au début, il voulait partir
03:10à la maison. Il voulait rentrer.
03:11J'ai dit, non, attends, demain, c'est dimanche, tu n'as rien à faire. Reste, on prend du thé,
03:15on verra. On regardera un film et après, tu pars.
03:17Alors, il m'a dit, d'accord, donc on va faire un petit tour et on revient.
03:21Mes enfants, ils sont montés pour s'habiller et ils sont sortis devant moi.
03:28L'aîné, il avait 20 ans et le cadet avait 17 ans. Il allait passer son bac.
03:32Donc, quand ils sont sortis de la maison, ils se sont dit, on va aller à Coxsey Market pour acheter
03:36des canettes.
03:38C'est juste en face de la mairie. Ils partent donc à ce Coxsey Market. Il y avait de la
03:42queue.
03:42Ils ont décidé de s'asseoir ce soir-là sur les rues de banc, sur la rue de l'égalité.
03:47Il y avait Ryan, il y avait mon fils aîné et mon cadet qui était derrière, qui était debout parce
03:53qu'il n'y a que deux bancs.
03:54Ils étaient donc sur le téléphone, en train de regarder le téléphone de mon fils cadet.
03:57Et là, quand ils lèvent la tête, en fait, ils se retrouvent face à une dizaine de personnes qui les
04:03encerclent, qui les empêchent de fuir.
04:06Avec une personne qui avait un opinel de 50 centimètres à peu près. Il était très grand, le couteau.
04:12Et ils posent la question deux fois, ça vient d'où, ça vient d'où ?
04:17Mes enfants, ils m'ont dit, on sait très bien qu'il n'y a pas de bonne réponse.
04:21Mon fils cadet a dit deux fois, s'il vous plaît, on n'est pas dans les problèmes.
04:24S'il vous plaît, on n'est pas dans les problèmes.
04:27Et donc l'assassin, il descend de la moto et il poignarde Ryan deux fois.
04:33Et il donne un troisième coup de couteau à mon fils.
04:36Mais mon fils, il me dit, je ne sais pas comment j'ai fait pour fuir le couteau.
04:39Il a éraflé la peau.
04:44Et puis Ryan s'écroule.
04:45Il s'écroule de toute sa longueur.
04:47Il tombe vers l'arrière.
04:50Et il commence vraiment à pisser le sang.
04:52Mon fils aîné, il me dit que ça saignait comme un tuyau d'arrosage.
04:56C'était vraiment très, très rapide.
04:57Au bout de deux minutes, il leur a dit que je sens que je suis en train de partir
05:01ou que je vais dormir, un truc comme ça.
05:03Et puis il a fermé les yeux.
05:06Et il est parti dans les bras de mon fils aîné.
05:09J'étais partie en Algérie avec son papa.
05:11Il devait être 11 heures du soir quand on a reçu un coup de fil de mon frère.
05:16Il était en pleurs.
05:22Il disait, Ryan est mort.
05:26Moi, de suite, j'ai dit, c'est la moto.
05:31Parce que Ryan faisait de la moto.
05:34Et j'ai toujours eu peur que Ryan ne fasse un accident de moto.
05:38Et Nizar, mon frère, il nous dit non.
05:42Il a été assassiné.
05:44Sur le moment, j'ai senti le sol se dérober sous mes pieds.
05:48Depuis ce jour-là,
05:50je fais très attention quand je marche
05:52parce que j'ai le sentiment
05:54que le sol n'est jamais assez sûr.
05:56J'ai toujours l'impression de tomber.
06:00On n'est pas programmé pour enterrer ses enfants.
06:03On n'est pas programmé pour être là,
06:05pour le funèbre et le toucher, le trouver froid.
06:09On n'est pas programmé pour voir son cercueil
06:12et partir au cimetière.
06:14On n'est pas programmé pour recevoir les condoléances.
06:18On n'est pas programmé pour rentrer dans sa chambre
06:22et toucher ses objets,
06:27son lit, ses affaires, ses vêtements.
06:29On n'est pas programmé pour vider son appartement
06:32et de brader ses affaires.
06:34J'aurais aimé que ses assassins soient là
06:37le jour où on habite dans l'appartement.
06:44La Rix a eu lieu samedi, aux alentours de 19h.
06:47Elle oppose deux bandes.
06:49Une venant des Lilas, l'autre de Bagnolet.
06:51C'est dans cette ville de banlieue
06:53que cette semaine, un adolescent de 16 ans
06:55a été poignardé à mort par un autre adolescent,
06:57sans doute à cause d'une rivalité de quartier.
06:59Les descentes de quartier, c'est connu,
07:01ça arrive entre les Lilas, Pantin,
07:03le Pré-Saint-Gervais, Bagnolet, Romainville, tout ça.
07:06Il faut dire que l'enquête, encore, elle n'est pas finie.
07:09Elle est toujours en cours.
07:10Il paraît que c'est un groupe
07:11qui vient du Pré-Saint-Gervais et de Pantin,
07:14qui est parti célébrer un anniversaire à Bagnolet
07:17et qui aurait été attaqué par un groupe Lilasien.
07:21Donc c'est ce groupe-là, Pantinois et du Pré-Saint-Gervais.
07:25Ils décident donc de se réunir
07:28après cet incident-là, à 21h.
07:30Ils remontent Lilas, a priori,
07:32pour chercher quelqu'un ou se venger.
07:36En 2017, on a acheté la maison au Lilas.
07:39Et sincèrement, moi, c'était le critère peut-être d'achat
07:41qui m'a plus convaincue.
07:43C'est que je me suis dit, je suis à côté d'un commissariat,
07:45je suis dans un quartier safe,
07:47il est impossible qu'il m'arrive quelque chose.
07:49Et j'ai toujours dit à mes enfants,
07:50si on vous demande de faire ces descentes de quartier,
07:53ne le faites pas.
07:54Rentrez à la maison, ça peut être fatal, ça peut être grave.
07:57On a quand même discuté de ça longuement,
07:59donc c'est pas un phénomène qu'on ne connaît pas.
08:02Mais moi, je me suis toujours dit que si moi,
08:06je communique bien avec mes enfants,
08:08je leur explique les choses,
08:09je leur donne un cadre d'éducation,
08:11j'attire leur attention sur les méfaits,
08:14les dangers d'un petit geste de rien du tout
08:16qui peut être fatal et peut coûter la vie à quelqu'un,
08:18je pourrais éviter ça
08:20et je ne serai jamais victime de ça.
08:23Donc moi, pour moi, j'ai fait le nécessaire
08:24pour que mes enfants ne vivent jamais ce genre de situation.
08:28Ça dure depuis 30 ans.
08:30Et ça rendit lent sur l'impuissance des pouvoirs publics
08:34à indiquer et à éradiquer ce problème-là
08:37qui range le 93.
08:39En décembre 2023,
08:42une dizaine d'individus ont été arrêtés.
08:44En décembre 2024,
08:47neuf ont été libérés.
08:49Certains ont des bracelets électroniques,
08:52certains doivent signer au commissariat
08:56et le présumé tueur,
08:58il est toujours en prison.
09:00Et donc l'attitude globale du groupe,
09:01c'est l'omerta, c'est le silence.
09:04Pourquoi ils ont fait ça ?
09:05Nous, on n'a pas de réponse
09:06parce qu'ils sont dans le déni total.
09:09Moi, je comprends à ce stade de l'enquête
09:11qu'il se peut qu'il y ait parmi le groupe
09:13des individus qui ne savaient pas
09:15qu'il y allait avoir assassinat.
09:17Il se peut qu'ils sont montés
09:18juste pour dire, voilà,
09:20pour chauffer le groupe
09:20ou ils sont montés parce qu'ils suivent.
09:23Il faut dire qu'il y a des enfants
09:24qui sont suiveurs, malheureusement.
09:25Ça, je le comprends.
09:26Je suis une maman
09:26et ça peut arriver à n'importe qui
09:28que ton fils suive un groupe
09:29et après, il y a un drame qui se passe.
09:31Mais trois ans après l'instruction,
09:33quand toi, en tant que parent,
09:35tu sais que ton fils était avec ce groupe-là,
09:37comment tu peux continuer à le protéger
09:39et à l'aider à mentir ou à se taire ?
09:42Comment tu peux vivre avec ça ?
09:44Comment tu peux vivre avec un gamin
09:47qui a le sang sur les mains ?
09:49C'est ça, moi, qui me sidère aujourd'hui.
09:51Ils avaient aux alentours de 18 ans.
09:54Il y en avait qui avaient une semaine,
09:57ils étaient à une semaine de leur majorité.
10:01Il y en a qui étaient à deux mois
10:03de leur majorité.
10:05Mais ça tournait autour de ça.
10:0717 ans, 17 ans et quelques mois,
10:0917 ans et presque 18 ans.
10:11C'est ce qu'on appelle les mineurs.
10:14Et pour moi, ce ne sont pas des mineurs.
10:16Ce sont des tueurs, tout simplement.
10:19C'est injuste de les juger en mineurs
10:21alors que quelqu'un qui peut donner
10:23un coup de couteau de 13 centimètres
10:25de profondeur et de 15 centimètres
10:27de profondeur, il a la force d'un homme.
10:29Il faut que ça soit étudié
10:31au cas par cas.
10:33Et dans le cas de l'assassinat de Ryan,
10:34on ne peut pas les condamner
10:35en tant que mineurs.
10:36C'est notre souhait.
10:38C'est ce qu'on nous demandons.
10:43Tous les ans, à la date funeste,
10:45on se rassemble avec ses amis,
10:47les sympathisants, les gens qui nous suivent
10:49de près ou de loin.
10:51Et cette année, particulièrement,
10:54ça a été une année très émouvante
10:56parce que la mairie d'Elida
10:57a posé une plaque commemorative.
11:00Une plaque qui, j'espère,
11:03sera un outil d'éducation
11:05pour tous parents passant par cette rue
11:09avec son enfant
11:11afin de lui enseigner
11:13la sacralité de la vie
11:14et l'interdiction de tuer.
11:17Moi, je suis médecin psychiatre.
11:19Mon mari est médecin urgentiste.
11:21C'est sûr que je me suis arrêtée
11:23pratiquement plusieurs mois,
11:24mais à un moment donné,
11:27rester à la maison seule,
11:31ce n'était plus possible.
11:32Puis un jour, j'ai reçu un message
11:33d'un collègue qui m'a dit
11:36on se soigne, on soignons les autres.
11:39Donc j'ai décidé de reprendre.
11:41Ce n'est pas facile tous les jours.
11:42Il y a des jours où c'est plus difficile
11:43que d'autres, mais
11:45j'ai repris quand même mon activité.
11:47Ce qui est sûr, c'est qu'il y a
11:51avant le 20 mai 2023
11:53et un après le 20 mai 2023.
11:56Ce qui est sûr, c'est que notre vie
11:57n'est plus la même.
12:01On essaye d'avancer en boitant,
12:02on essaye d'avancer en étant estropiés.
12:05« Mes enfants, comment voulez-vous
12:08qu'un gamin qui a 20 ans,
12:12qui voit son cousin mourir dans ses bras,
12:16aille bien ? »
12:18Ou l'autre à qui on a tenté
12:20de prendre la vie aille bien ?
12:23Moi, je leur dis,
12:23je le répète tout le temps,
12:25ces gars-là, ne les laissez pas gagner deux fois.
12:27Ils ont déjà assassiné Ryan,
12:29ne les laissez pas vous assassiner une deuxième fois.
12:31parce que ça serait vraiment leur donner
12:36trop de pouvoir.
12:38Et ils ne méritent pas cette place-là
12:39dans notre vie.
12:40Et s'il y a quelqu'un qui doit regretter
12:42ce qui s'est passé ce jour-là,
12:43ce n'est pas vous.
12:44Parce que des fois,
12:45je discute avec mes enfants
12:46et un jour, mon fils me dit
12:51« J'aurais dû être moi. »
12:53Non, non.
12:55La moindre culpabilité
12:57qu'il doit y avoir,
12:58c'est qu'eux, ils doivent se sentir coupables,
13:00mais pas vous.
13:01C'est la fin de cette vidéo.
13:02Merci de l'avoir regardée jusqu'au bout
13:04et merci à Kera et à Asiba
13:06pour leurs témoignages.
13:07L'enquête sur le meurtre de Ryan
13:09est toujours en cours.
13:10Pour l'instant,
13:11un suspect est en détention.
13:12Il reste présumé innocent
13:14jusqu'au procès
13:14qui pourrait avoir lieu en 2027.
13:16À Street Press,
13:17ça fait des années
13:18qu'on documente
13:19et qu'on alerte sur les rixes
13:20et la violence chez les jeunes.
13:22Et pour continuer ce travail,
13:23on a besoin de vous
13:24et de vos dons.
13:25C'est hyper important.
13:31C'est hyper important.
13:34C'est hyper important.
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