00:00Toute la France a compris que ce policier qui a tué Olivio, c'était juste un meurtrier
00:07et qu'il est reconnu pour meurtre, pas pour autre chose.
00:11Et on ne parle pas de sursis ou quoi, c'est dix ans ferme.
00:14C'est du jamais vu.
00:17J'ai lâché tout ce que j'avais en moi depuis 2020.
00:20Je ne voyais plus ce qui se passait, je ne voyais plus personne.
00:22J'entendais juste des voix qui disaient qu'ils venaient vers moi.
00:24Mais en fait, je n'arrive plus à lever la tête, mon corps était comme ça.
00:31En fait, la famille Gomez est dans l'histoire de la France par rapport à ce qui vient de se
00:34passer.
00:34C'est quelque chose qu'on n'oubliera jamais.
00:36Dans la nuit du 16 au 17 octobre 2020, Olivio Gomez, un père de famille de 28 ans,
00:41est tué par balle par Gilles Guiber, un policier de la Bac de nuit de Paris.
00:46Ça se passe dans la ville de Poissy, à l'ouest de la capitale.
00:49Olivio vient alors de passer la soirée à Paris avec trois amis.
00:52Il conduit sans permis.
00:54L'enquête a démontré que ce soir-là, il a fumé du cannabis et consommé de l'alcool.
00:58Elle dit aussi qu'il n'y a eu aucune infraction au code de la route.
01:01Arrivé en bas de chez lui, Olivio est abattu au volant de sa voiture après un refus d'obtempérer.
01:06En mars dernier, presque six ans après les faits,
01:09le policier a été jugé devant la cour d'assises de Versailles pour homicide volontaire.
01:14Un fait rare dans une affaire de violence policière.
01:16Dans cette vidéo, vous allez entendre le témoignage de Léonel Gomez.
01:19C'est le petit frère d'Olivio.
01:20Depuis le drame, c'est lui qui incarne le combat de la famille Gomez pour obtenir justice.
01:24Il nous raconte de l'intérieur ce procès historique.
01:27Le premier jour, c'était un jour assez spécial.
01:33Dès qu'on arrive, nous, on est assis sur le banc de la partie civile.
01:37Et vu que lui, il n'était pas condamné, c'est dire qu'il était sur le banc des accusés.
01:42Mais il avait sa chaise sur le côté.
01:43C'est dire qu'il était face à moi.
01:45C'était super, super bizarre quand même.
01:47Parce que c'est la première fois que j'avais un visage sur lui.
01:50On entend parler.
01:51C'est comme s'il y avait une remontée de, je ne dirais pas de haine.
01:55Ce n'est pas de la haine.
01:57Mais de se dire, c'est lui qui a fait ça.
02:00Tu vois.
02:01Parce que pendant presque six ans, tu as l'impression que c'est un fantôme qui a tué ton frère.
02:05Tu n'as pas de visage, tu n'as rien.
02:07On se dit que là, on va passer une semaine complète aux assises.
02:10Avec le policier qui devra témoigner de ses actes chaque jour.
02:19Cette affaire se déroule le 17 octobre 2020, à la période du couvre-feu, dans la nuit du 16 au
02:2417.
02:24Il est avec des amis à lui.
02:25Quand ils prennent le périph, il y a une voiture de la BAC qui les suit.
02:31Walid nous explique que quand ils voient la voiture, ils ne se disent pas que c'est pour eux.
02:35Parce qu'elle est juste derrière eux, elle roule.
02:37Normalement, il n'y a personne qui roule vite.
02:39Et quand ils arrivent vers le chéné, je crois, c'est là qu'ils activent les gyros.
02:43Et lorsqu'ils arrivent vers Poissy, il n'y a pas de course-poursuite.
02:46Ils regardent les caméras, tout se passe bien.
02:47Ils roulent très normalement.
02:48Et ils arrivent en bâtelier, en fait.
02:50Lui, il se gare comme ça.
02:51Et il y a la voiture de la BAC qui bloque tout de suite sa portière.
02:55Donc, il ne peut pas sortir.
02:57Et eux, ils sont trois dans cette voiture-là.
02:58Ils sont trois.
02:59Et le policier, il sort.
03:01Il sort et il se met à l'angle.
03:03Dès qu'il se pose sur l'angle, c'est-à-dire qu'il est ici.
03:05Il se met là et là, il fait les injonctions.
03:07Il le braque directement, il sort son arme.
03:09Il le braque directement.
03:11Et il lui dit de sortir du véhicule, de couper le moteur, etc.
03:15Et dès que mon frère, à peine, il passe la première pour avancer,
03:19et le policier lui met trois balles.
03:22Donc, il lui met trois balles.
03:23Trois balles, il le touche.
03:25Et c'est la deuxième qui lui est fatale.
03:29Les premières versions des policiers, c'est que mon frère Olivier roulait vite.
03:36Avec cette vitesse, qu'il faisait des embardés.
03:38Qu'il roulait sur les quatre voies, sans mettre les clignotants.
03:42C'est-à-dire qu'il passait de la voie gauche à la voie droite.
03:45Il faisait des zigzags.
03:48Et le jour du procès, on se rend compte que pas du tout.
03:51Ils ont réussi à avoir les caméras du périphérique.
03:55Céreau, embardé.
03:55À chaque fois qu'il tournait, il mettait les clignotants.
03:58Il roulait à une allure très normale.
04:02Donc, le policier, lui, il est resté campé sur ses positions,
04:05en disant que non, moi, j'ai tiré de telle manière.
04:08Et surtout, il a appuyé beaucoup sur le fait de...
04:11J'ai tiré une seule fois.
04:12Le premier tour, je m'en souviens.
04:13Mais les deux derniers, je ne m'en souviens plus.
04:19Le jour du procès, le policier, lui, il venait à la barre.
04:22On se dit, peut-être qu'il va regretter.
04:25Peut-être qu'il regrette.
04:27Il va expliquer qu'en fait, il a fait ça, mais qu'il ne voulait pas le faire, etc.
04:30Mais à aucun moment.
04:32Aucun moment.
04:32C'est-à-dire qu'en fait, il va parler et tu vas espérer.
04:36T'espères.
04:38Reviens quand même sur les faits.
04:39Et raconte aux gens que tu n'as pas fait exprès, que tu regrettes, etc.
04:43À aucun moment.
04:44Mais à aucun moment, on voit ça.
04:46Donc, en fait, il essaie de se défendre du début jusqu'à la fin.
04:50Et le deuxième fait qui m'a marqué, c'est le chauffeur du véhicule.
04:55Ah, lui, il était très, très, très coriace.
04:57Et il y a des phrases qu'il a sorties qui ont choqué tout le monde.
05:01Il explique que si Olivier est mort, c'est à cause de son comportement.
05:06Ça, c'est un choc, ça.
05:07Ça, c'est un choc.
05:08Parce qu'il les répète deux fois.
05:11Là, on se dit, en fait, ils n'ont pas d'âme, en fait, ces gens-là.
05:15Ils ont aucune compassion.
05:18Il dit ça, il y a la famille, il y a...
05:20Je suis avec mon petit frère, il y a mon père, il y a toute la famille, il y a
05:23sa femme, il y a ma soeur.
05:25Et toute la salle était choquée.
05:28Du coup, moi, j'ai témoigné à la barre avec la femme d'Olivio.
05:32Le président de la cour, en fait, il me demande, c'était quoi ma relation avec, du coup, avec mon
05:37frère.
05:38C'était mon meilleur pote, moi.
05:40Mon frère, c'était quelqu'un.
05:42On se voyait tout le temps.
05:43Il s'est marié, il avait des enfants, mais on se voyait tout le temps.
05:45C'est comme s'il n'était pas marié.
05:47On se voyait tout le temps.
05:48Il venait tout le temps à la maison.
05:49Il passait tout le temps du temps avec nous.
05:50On sortait.
05:51Dès que j'avais un problème ou quoi, je me sentais pas bien ou j'avais besoin de quelque chose,
05:55c'était tout de suite Olivio.
05:57Il n'y avait pas un autre truc, c'était Olivio tout de suite.
06:00Il aimait beaucoup le foot.
06:01Au-delà même du foot, il aimait beaucoup le sport en général, mais plus particulièrement le foot.
06:04Il travaillait, il gérait sa famille comme un père de famille normal, quoi.
06:11Comme un homme responsable.
06:12Il gérait sa famille, il gérait sa maison, il gérait ses enfants.
06:15Du coup, une fois qu'il a été tué, c'était le trou noir.
06:20C'est beaucoup plus profond, c'est plus qu'il n'y a plus d'Oliveau.
06:25Il n'y a plus d'Oliveau, mais il a été tué, d'une certaine manière, par la police.
06:33Autour d'Oune, il y avait beaucoup de familles de victimes.
06:37C'était nombreux, il y avait la maman de Naël, il y avait Samia, la sainte-merée, il y avait
06:42Mahmoud, il y avait la famille de Baba.
06:46C'est un soutien parce que même avant que le procès n'arrive, on se soutient vraiment.
06:50C'est-à-dire que dès que, quand il y a ce genre de drame, on se réunit, on échange
06:56des contacts, etc.
06:56On essaie de soutenir au maximum.
06:58Et là, c'était le premier gros procès qui arrivait aux assises.
07:02Donc même pour eux, c'était important de...
07:04Je pense que même au-delà du soutien, c'était important pour eux de voir comment ça se passe aux
07:09assises.
07:15Pour le verdict, pardon.
07:17La salle, elle est pleine à craquer.
07:18Il y a du monde partout, ils ont dû écarter les murs.
07:21Il y avait des murs coulissantes.
07:24Ils les ont écartés, c'est-à-dire qu'ils ont fait rentrer tout le monde, toutes les personnes qui
07:28étaient à l'extérieur.
07:29On était je ne sais plus combien.
07:30En fait, ils ont fait sous forme de questions.
07:32Parce qu'il est reconnu pour meurtre.
07:34Et il dit oui.
07:36Et donc il dit oui, dès qu'il dit oui, pour tout le monde.
07:40Pour toute la salle, c'est...
07:41Ok, déjà, quoi qu'il arrive, il est reconnu pour meurtre.
07:44Quoi qu'il arrive.
07:45Moi, dès qu'il dit oui, honnêtement, je n'entends plus rien.
07:48Les autres questions, je n'entendais plus en fait.
07:51Parce que là, j'étais vraiment en train de me dire...
07:54Ah ouais, ok.
07:54Là où j'essaie de me concentrer, c'est quand ils vont dire la peine.
07:59Et là, ils disent qu'à l'unanimité,
08:04il sera bien condamné à 10 ans de prison.
08:0810 ans de réclusion criminelle.
08:10La ferme.
08:12Et là, ouais, c'est...
08:13En fait, il y a tout le corps qui relâche.
08:16C'est inexplicable.
08:17Moi, j'avais mon neveu sur moi.
08:20Le fils aîné d'Olivio.
08:21Mais je regarde mon neveu.
08:22Mon neveu, il pleure.
08:23Donc, je comprends qu'il a compris.
08:26Je regarde mon petit frère, mon petit frère.
08:29On l'a perdu.
08:29Je regarde ma soeur, on l'a perdu.
08:31Je vois tout le monde, en fait.
08:32Je vois sa femme, je vois mon père.
08:33Après, ça y est, pour moi, c'était fini.
08:35C'était fini.
08:36En fait, c'est comme si j'avais...
08:39J'ai lâché tout ce que j'avais en moi depuis 2020.
08:43Je ne voyais plus ce qui se passait.
08:44Je ne voyais plus personne.
08:44J'entendais juste des voix, des gens qui venaient vers moi.
08:46Mais en fait, je n'arrive plus à lever la tête.
08:51Mon corps, il était comme ça.
08:56C'est un moment historique parce que c'est la première fois qu'un policier prenne déjà autant.
09:03Et on ne parle pas de sursis ou quoi, c'est 10 ans ferme.
09:06C'est du jamais vu.
09:09Et je pense que personne ne s'y attendait, en réalité.
09:13Personne ne s'y attendait.
09:14C'est pour ça que les gens, je pense qu'ils appuient beaucoup sur le fait que ce soit historique.
09:18Parce que le terme historique, ce n'est pas un petit terme.
09:20Donc, je pense que comme personne ne s'y attendait, au vu de ce qui se passe depuis de nombreuses
09:24années avant Olivier.
09:28Les non-lieux, les 5 ans avec sursis, les si, les ça, on leur retire son arme, etc.
09:33En fait, ils sont tous libres.
09:36Tous libres.
09:36Donc là, de se dire que le policier qui a tué Olivier Gomez le 17 octobre 2020, au moment où
09:44le verdict il est donné, casse prison tout de suite.
09:47La famille Gomez, elle a prouvé qu'il était possible de mener un combat.
09:52Et la justice aussi, aujourd'hui, elle a été rendue 10 ans de prison.
09:56Il ira dormir en prison.
09:58Après le procès, juste devant le tribunal, il y a aussi une scène assez rare.
10:02Des policiers qui étaient là toute la semaine, étaient acclamés.
10:08Pourquoi tout le monde les applaudit ?
10:09Parce qu'on n'avait pas affaire à des policiers qui étaient juste là à faire la sécurité.
10:13Bonjour, au revoir.
10:14C'est eux qui nous accueillaient, c'est eux qui nous ramenaient à boire.
10:18Avec beaucoup de respect.
10:19Beaucoup de respect.
10:20Ils n'hésitaient pas aussi à venir vers nous.
10:22A nous poser des questions.
10:23Vous vous sentez comment ?
10:24Est-ce que vous allez bien ?
10:25Beaucoup de bienveillance.
10:27Vraiment énormément de bienveillance.
10:28C'est-à-dire que, bah, même quand on se regarde et qu'on les voit,
10:31Ah oui, oui, merci beaucoup.
10:32Vraiment merci beaucoup pour ce que vous avez fait.
10:35Parce que ça prouve une chose, c'est qu'ils ne sont pas tous pareils.
10:37Là où, justement, aujourd'hui, nous, on fait grandir nos petits frères
10:40avec une haine, on va dire, envers la police en général,
10:45bah, dans ce général-là,
10:48il y a une bonne partie où c'est des...
10:51C'est des humains comme nous, en fait.
10:54Là où, justement, même les gens pensent que ça y est, c'est terminé,
10:58c'est bon, on a gagné ce combat-là, etc.
11:01C'est vrai qu'on l'a gagné.
11:02Mais, voilà, ce qu'il y a une réalité,
11:04c'est que lorsqu'on prend ce genre de peine,
11:05on peut faire appel.
11:07Et dans la logique des choses,
11:08ils vont faire appel.
11:09Donc, ça, c'est une nouvelle étape encore.
11:12Et c'est à cette nouvelle étape-là qu'on doit se préparer.
11:14On doit se préparer.
11:15Après, ça, c'est bon.
11:16On va bien en parler avec les avocats,
11:18avec la famille,
11:19à savoir qu'est-ce qu'on pourra mettre en place,
11:21qu'est-ce qu'il faudra faire ou pas.
11:24Et puis, voilà, de toute façon,
11:25les faits sont là, déjà.
11:27Les faits sont là.
11:27Toute la France a compris
11:31que ce policier qui a tué Olivier,
11:33c'était juste un meurtrier
11:35et qu'il est reconnu pour meurtre,
11:37pas pour autre chose.
11:39Et il n'est pas reconnu pour autre chose,
11:40il est reconnu pour meurtre.
11:41Et ça, toute la France l'est aujourd'hui.
11:44C'est là où on a gagné, non ?
11:46Notre victoire est là.
11:47Voilà, c'est la fin de cette vidéo.
11:48Merci de l'avoir regardée jusqu'au bout.
11:50Depuis la fin du procès,
11:52l'avocat de Gilles Guiber, le policier,
11:54a annoncé faire appel de la décision.
11:56Il y aura donc un nouveau procès
11:57et à Street Press,
11:58on va continuer à suivre cette affaire.
12:00En attendant, pour aller plus loin,
12:02je vous invite à lire le récit détaillé du procès
12:04sur notre site.
12:05Et n'oubliez pas,
12:06si on peut donner la parole
12:07aux familles de victimes de violences policières,
12:10c'est uniquement grâce à vous.
12:12Alors abonnez-vous à cette chaîne
12:13et faites un don à Street Press.
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