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  • il y a 2 jours
À Argenteuil, sous la fameuse dalle où Nicolas Sarkozy avait parlé de « racailles » en 2005, un club de boxe commence à se faire connaître. À la Salle du Temps, Toufik, le cofondateur, veut « sauver des vies ».

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Sport
Transcription
00:00Ici, c'est comme un hôpital, un garage.
00:03Tu fais rentrer quelqu'un ici, il faut qu'il ressorte différemment.
00:09Vive la salle du temps !
00:11Vive la salle du temps !
00:15Ça peut faire mal.
00:17La boxe, c'est juste le prétexte pour attirer les gamins ici.
00:21Je demande aux gens où est-ce qu'il est, celui qui boxait à la salle.
00:24Il est en taule. Pourquoi ?
00:25Il a mis un coup de couteau à telle personne.
00:28En vrai, il y a danger de mort.
00:40On est en plein centre du Val d'Argenteuil,
00:42l'un des plus grands quartiers d'Île-de-France, voire même de France.
00:46Là où Nicolas Sarkozy était venu pour dire cette fameuse phrase.
00:51Vous en avez assez, hein ?
00:52Vous avez assez de cette bande de racailles ?
00:55On ne va pas vous en débarrasser.
00:56Les gens, ils connaissent beaucoup la dalle par rapport à ce petit fait d'hiver.
01:01Yacoub, tu as l'habitude de le faire, normalement.
01:03Hé, Yacoub, on dirait que tu es un novice.
01:06Fais ça proprement, s'il te plaît.
01:08Moi, c'est Toufik, responsable et cofondateur du club La Salle du Temps.
01:14Les initiales, la SDT, pour ceux qui connaissent.
01:18Vous êtes fatigués ?
01:20Vous êtes fatigués ?
01:22Là-bas, c'est un studio de musique et de danse.
01:24Entre 2015 et 2017, c'était un peu clandestin.
01:30Avec trois, quatre potes, on s'est dit,
01:32putain, pourquoi on ne ferait pas une salle de sport de combat ?
01:36Et puis, on a commencé à faire les entraînements.
01:38Deux, trois, quatre, quatre, quatre, quatre !
01:41Après, petit à petit, on l'a déclaré avec la mairie.
01:44Et puis, on s'est affilié avec la fédération de boxe anglaise de l'AN et le club.
01:49Du coup d'œil, la maturité, ça veut dire quoi maturité ?
01:53Je ne sais même pas, ça veut dire quoi maturité.
01:56Hassoul, faites-moi un vrai combat.
01:57Allez, on est prêts ?
02:02Aujourd'hui, là, on est 400 licenciés.
02:04C'est pas grave, mon Tego, il travaille !
02:06Ça varie des babybox qui ont 5 ans.
02:11Le plus vieux, il doit avoir 66 ans, 67 ans.
02:17Déjà, quand j'ai créé la salle, les premiers gamins que je ramène,
02:20ce n'était pas dans le but d'en faire des compétiteurs.
02:23Je voulais récupérer les petits qui étaient les plus turbulents dans le quartier.
02:26Si tu viens, tu prends le chef de groupe et que tu le fais changer,
02:31il va en ramener au moins 3, 4 de son équipe.
02:33Et si on arrive à changer, on va dire un petit peu,
02:35la tête brûlée, la tête d'affiche et les têtes brûlées,
02:39derrière, ça va suivre.
02:40La box, en fait, c'est juste le prétexte pour attirer les gamins ici, en fait.
02:43Voilà, Mira, en vrai, c'est la meilleure.
02:45Elle est tout le temps en mouvement, Mira.
02:46Elle est tout le temps en mouvement.
02:48Je me suis inscrit pour casser la bouche des garçons.
02:52S'ils me tapent, comme ça, je me défends.
02:57Avant, les garçons qui m'embêtaient, maintenant, ils ne m'embêtent plus.
03:00Ils m'embêtent, je mets K.O., il va faire dodo.
03:05Allez, boxe !
03:09En vrai, les toutes premières émeutes qu'il y a eu en Ile-de-France,
03:12depuis les années 90, elles ont eu lieu ici.
03:14Ah, ici, c'est le terrain des émeutes, c'est le terrain emblématique des émeutes.
03:18Bienvenue, messieurs, dames.
03:19Bon, ça s'est calmé, hein, maintenant.
03:20Moi, j'ai grandi dans le quartier qui est tout au bout, tu vois.
03:23J'ai dit, hé, c'est Amériqueau.
03:24Hé, reviens-nous, frérot, reviens-nous.
03:27Depuis des années, j'ai toujours été éducateur dans le quartier.
03:30Ça fait plus de 25 ans que je travaille en lien avec la jeunesse, voilà, avec la jeunesse du quartier,
03:36même la jeunesse de toute la ville d'Argenteuil.
03:38C'est incroyable, parce que je crois que j'ai vu passer quatre générations, quand même.
03:41Ah là, ça, c'est un petit du quartier, beau gosse.
03:44Il aime bien ramasser les numéros de FEMEU.
03:46Inch'Allah, bientôt, il va venir à la salle, il va être sérieux, hein.
03:49Et moi, je sais pas si c'est du sadisme, mais moi, je kiffe rester dans ma ville,
03:54même que ça soit des moments où ça va pas dans le quartier et truc,
03:58je kiffe rester dans ma ville et faire ce boulot, le boulot que je fais.
04:01Ah, ici, c'était la zone, ici.
04:03Là, tu peux circuler, tu peux marcher tranquillement.
04:05Avant, c'était compliqué, ici.
04:07Pareil, lui aussi, c'est un de mes anciens boxeurs.
04:09Il s'est mis au pied-point et au MMA, maintenant.
04:11Il aurait pu se faire avoir par la cité.
04:13Il a préféré aller dans le droit chemin.
04:16Alhamdoulilah, il a un bon khadma et c'est un bon sportif.
04:19Et c'est un petit que j'aime bien, voilà.
04:20C'est une mission qui consiste à, bien sûr, à sauver le plus de vies possible.
04:28Parce qu'on va pas en sauver tout le monde, déjà.
04:31On n'est pas des super-héros, on n'arrivera pas.
04:34Il y a justement, je peux même citer pas mal de situations où je n'ai pas réussi à sauver
04:41un gamin.
04:42Et puis, voilà, si j'arrive en sur dix, au moins en sauver deux, déjà, je pense que j'ai
04:47gagné.
04:48Vu sur la merde, vu sur deux mers.
04:55Bilal, fais ce que tu sais faire.
04:58Pique, pique.
04:59Mets la pression, ne le laisse pas boxer.
05:02Eh oui, réveille.
05:03Moi, je m'appelle Swahila.
05:05J'ai 17 ans et demi et ça fait à peu près dix ans que je suis à la SDT.
05:09Parfois, il y en a, on peut avoir des petits problèmes familiaux.
05:13On peut parfois se perdre un petit peu dans notre quotidien, dans notre vie.
05:17Et en fait, ce qui reste ancré dans notre routine, c'est de venir à chaque fois, chaque soir, on
05:21vient s'entraîner.
05:22Et je pense que d'avoir fait partie de la SDT très, très jeune, ça m'a aidé à sortir
05:26la tête de l'eau.
05:26Que ce soit des soucis à la maison où on essayait un petit peu de monter la tête contre nos
05:33parents, etc.
05:34Et tout fait qu'il a vraiment été là, même scolairement parlant.
05:37Je me rappelle aussi, si on n'avait pas de bonnes notes et un bon comportement, on ne pouvait pas
05:40faire les compétitions et tout à une époque.
05:43Et ça, c'est vraiment quelque chose qui nous a aidé.
05:46Ok, gère Bilou, gère.
05:49Eh oui, et parfois reviens.
05:51Reviens, reprends ta distance parfois Bilou.
05:54En vrai, j'essaye de leur transmettre déjà le respect, la discipline et le mental.
05:59Ne pas lâcher à avoir la niaque.
06:01On surveille ce qu'ils font un petit peu dehors.
06:03Ceux pourquoi on est là, on les appelle quand ils ne sont pas là.
06:05On se demande qu'est-ce qu'ils ont.
06:06Peut-être qu'ils ont des petits empêchements, qu'ils sont malades, etc.
06:09Mais on cherche toujours après eux.
06:10C'est très important.
06:11Nous, on ne veut pas les voir dehors parce que dans cette génération-là, c'est vrai que ça va
06:16vite.
06:17Surtout là, on est dans les banlieues, etc.
06:19Donc, nous, on ne veut pas qu'ils tombent dans ça.
06:21On les garde avec nous.
06:26Le principal problème, c'est qu'arrivé à un certain âge, on a des jeunes qui décrochent.
06:31C'est-à-dire qu'arrivé à 14, 15 ans, on est à l'âge où il y a les
06:35distractions.
06:36On a envie de se faire un peu d'argent, travailler proprement ou pas.
06:40Donc, on a des jeunes qui décrochent, qui sont appelés par d'autres distractions
06:43et parfois par de très mauvaises distractions.
06:46Donc, parfois, c'est ce qui se passe dans la rue.
06:48Essayer de fumer une clope, après deux clopes, après essayer de découvrir c'est quoi de fumer un loinge
06:56et de se dire, ah ouais, on va tester.
06:57Parce qu'il paraît, ça fait golerie quand tu fumes.
06:59Et après, jusqu'à derrière, bam, bam, bam, tu continues, tu continues, tu deviens addict après ça.
07:04Au jour d'aujourd'hui, il y a le protoxyde d'azote, toutes sortes d'addictions.
07:08Et un mauvais délire va engendrer un autre mauvais délire.
07:11Et un jour, moi, je ne te vois plus, deux ans plus tard, je marche et je te retrouve sur
07:14un terrain de deal.
07:15Sinon, deux ans plus tard, je demande aux gens où est-ce qu'il est, celui qui boxait à la
07:19salle.
07:19Ouais, ben, il est en taule. Pourquoi ?
07:21Ben, il a mis un coup de couteau à telle personne.
07:23Ça me donne envie que ça ne se reproduise pas.
07:26En vrai, il y a danger de mort.
07:28Et ça, en fait, ils n'en prennent même pas conscience.
07:30Avec toutes les marches qu'on fait, à chaque fois, il se passe un truc grave.
07:34Quand on était jeunes encore, on ne parlait même pas de danger de mort.
07:37Mais là, ça peut aller très, très loin.
07:39La salle, elle est créée.
07:40Il y a un terrain de deal en face quasiment.
07:43Ben, voilà, tu vas voir les personnes responsables de ce terrain de deal et tu leur dis, les gars, s
07:47'il vous plaît.
07:48Là, on récupère vos petits frères.
07:50On récupère vos petites sœurs aussi.
07:52Même vous, même vous qui bicravez, vous êtes les bienvenus dans la salle.
07:57Si vous cherchez à changer, on vous accueille les bras ouverts.
08:01Maintenant, juste vos trucs, décalez-le.
08:03Allez le plus loin possible.
08:04Moi, quand mes gamins, ils viennent avec leur sac de sport, je ne veux plus qu'ils aient cette vision
08:09du terrain.
08:11Disparaissait juste du paysage.
08:13Gentiment, ça, c'est fait.
08:14Dans la souplesse, on va dire.
08:16Le terrain de deal, il s'est décalé, on va dire, à 500 mètres à peu près.
08:20Mais en tout cas, il n'était plus visible.
08:23Je sais qu'il y a plein d'autres grands comme moi dans d'autres quartiers d'Île-de-France
08:26qui ont aussi ce truc en tête
08:28et qui veulent autant de bien que moi, je veux pour mes petits.
08:32Ils le veulent pour les gars de chez eux.
08:34Il en faut plus.
08:35Moi, je pense qu'il en faut plus.
08:39Je suis arrivé à la salle du temps.
08:41C'est collège primaire un peu, enfin primaire.
08:44Je connaissais des amis à moi.
08:46Je faisais de la boxe.
08:48Tout de suite, ça m'a plu.
08:52Le langage, je parlais avec les gens.
08:54Moi, j'étais quelqu'un, j'étais timide un peu.
08:55J'étais beaucoup dans mon coin et ça m'a aidé.
08:58Je ne faisais pas partie des meilleurs à l'époque.
09:01Et maintenant, je pense que je suis parti du top 5, top 3.
09:05C'est à force de s'entraîner.
09:08Pourquoi pas les JO ?
09:09Le 28, c'est peut-être possible.
09:12Pourquoi pas être le premier pro à la salle du temps ?
09:14C'est que l'on d'ailleurs tout fait.
09:17Depuis la création, c'est au moins 40 champions d'Île-de-France
09:21et champions du Val-d'Oise à la pelle.
09:239 champions de France, un peu dans toutes les KT,
09:26pour 10 ans d'existence.
09:28Il y a des clubs qui sont là depuis 30, 40 ans.
09:31Je ne suis pas sûr qu'ils aient ce même palmarès
09:34que nous on a à 10 ans.
09:35Donc, c'est le potentiel qu'il y a autour de nous.
09:39À trop de SDT !
09:41Un, deux, trois !
09:42SDT !
09:44Les dérumeurs, ils disaient
09:45« Ouais, ça ne va pas faire long le feu,
09:46c'est que de la bagarre. »
09:48Ils font de la bagarre là-bas.
09:49D'accord ?
09:50Maintenant, on est en 2026
09:53et ça tourne partout.
09:55Toute ?
09:57...
09:58...
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