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Retrouvez « Nouvelles têtes » présenté par Daphné Bürki France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/nouvelles-tetes

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Transcription
00:00Je n'ai pas le temps de lui répondre, mais je le répondrai un jour à Charline, parce qu'en
00:03attendant, il est 9h49 et c'est l'heure des nouvelles têtes.
00:07Et ma nouvelle tête s'appelle Lhasa Nassar.
00:10Il est peintre à seulement 31 ans.
00:11Il présente deux expositions personnelles dans le même temps, dont une au Palais de Tokyo, l'un des temples de
00:17l'art contemporain.
00:18C'est chic.
00:18Bah oui, il a grandi à Vitry-sur-Seine, il rêvait de hockey sur glace, il dansait, il écoutait 113
00:23et il remplissait déjà les marges de ses cahiers de dessins avant de se mettre à peindre dans la rue.
00:28Aujourd'hui, il fait partie de cette jeune génération d'artistes contemporains qui attirent l'attention.
00:33Dans ses tableaux, il est souvent question de celles et ceux qui ont longtemps été absents des images, des récits
00:38ou même de l'histoire de l'art.
00:39On pourrait croire qu'il y a beaucoup de mélancolie chez lui, mais attention, la rumeur qu'il aimerait faire
00:44courir sur lui, c'est que c'est un dur à cuire.
00:46Bonjour Lhasa Nassar, bienvenue sur France Inter.
00:49Bonjour.
00:50Merci, merci d'être là, vous êtes peintre, dessinateur et sculpteur.
00:53Vous dites qu'il faut sortir les artistes des catégories, des étiquettes, des récits trop étroits.
00:59Alors je vais bien me garder de le faire, comme tous les matins d'ailleurs, j'essaye de ne surtout
01:03pas ranger les nouvelles têtes dans des cases.
01:05Mais aujourd'hui, si vous deviez vous présenter vous-même, qu'est-ce que vous diriez de Lhasa Nassar ?
01:11Je suis un jeune garçon ambivalent peut-être, mais un peu dans la contradiction.
01:16Tout le temps ?
01:17Tout le temps.
01:17Aïe, alors on va parler de votre travail pour comprendre.
01:20En ce moment même, si vous entrez dans le palais de Tokyo, si vous passez par la capitale,
01:25la première chose que l'on voit dans le hall immense, c'est une fresque figurative où l'on voit
01:31des gens attablés.
01:32Dans cette exposition, vous vous êtes intéressé à des personnes que l'on croise souvent sans forcément les voir, les
01:38vigiles.
01:38Vous avez passé plusieurs mois à partager leur quotidien.
01:41Qu'est-ce que vous vous êtes raconté ? Et surtout, à quel moment vous vous êtes dit que ces
01:46conversations, ces personnes, ces rencontres, elles méritaient de devenir une œuvre ?
01:51Eh bien, ça fait bien longtemps.
01:53Bien longtemps, depuis que je suis adolescent et que je visite les institutions et les musées.
01:58Et du coup, j'étais dans un espèce de regard à chaque fois où je voyais ces agents et agentes
02:04de sécurité.
02:05Et j'avais besoin de les faire apparaître.
02:08Donc, ça fait très longtemps.
02:10Ils étaient OK avec ça ?
02:12Ils étaient OK. Il y a eu un travail d'autorisation, de partenariat, de demande.
02:20Qui est sur cette fresque monumentale qui est dans le palais de Tokyo et qui restera jusqu'au début des
02:25travaux du palais de Tokyo dans un an ?
02:27Il y a quatre agents.
02:31Un agent qui s'appelle Nadia, Issa, Asen et Mourad.
02:36À table, en train de manger comme des géants.
02:42Vous voulez changer le regard ?
02:43Oui, j'inverse le regard.
02:45Mais pas pour qu'on les observe, mais plutôt pour qu'ils apparaissent en fait.
02:50J'ai l'impression que ce geste, il raconte quand même quelque chose de plus vaste dans votre travail.
02:54Vous avez beaucoup regardé Manet, Velázquez, Courbet, Goya, Henri Taylor.
02:58Alors, à quel moment vous avez commencé à vous demander qui était représenté dans les tableaux et surtout qui ne
03:03l'était pas ?
03:07Plus jeune, j'avais l'impression de sentir un peu les sujets qui étaient peints, même dans le travail de
03:13Manet, par exemple.
03:17Et ça provient plutôt de rencontres.
03:19Moi, en fait, dans les rencontres que je faisais, je me suis dit à un moment, il y a une
03:23manière d'inscrire ces personnes dans l'histoire de l'art.
03:26Et donc, d'une manière ou d'une autre, je vais le faire.
03:28Et vous avez dit aussi que vous cherchiez à sortir le corps noir des marges du tableau pour le remettre
03:33au premier plan.
03:33Oui. J'ai un travail de... pas de concept, mais je vois la toile comme une peau, mais comme un
03:42humain.
03:42Et donc, dans mon travail, il y a tous ces aspects un peu de traces, et donc de second plan
03:48et d'arrière plan.
03:49Et donc, vraiment, créer une espèce de tension entre ma peinture et le sujet qui est peint.
04:01Bon, alors, on imagine qu'on est dans votre atelier.
04:03Ça, c'est une musique qui vous inspire, qui vous aide à vivre.
04:05Ce qui est en effet remarquable dans votre peinture, c'est qu'on voit tout.
04:09Les traits de construction, les esquisses, le crayon, on voit même les hésitations.
04:12Vous pratiquez ce qu'on appelle le non finito.
04:15Vous dites même que vous aimez dénuder le complexe du peintre.
04:19Pourquoi c'est si important pour vous que le regardeur puisse voir le chemin autant que le résultat ?
04:24Ça évoque quelque chose de très important dans notre monde.
04:28C'est le temps, tout simplement.
04:31Et du coup, j'aime l'idée de retransmettre le temps dans mon travail.
04:36Et ça passe par ces traits de construction qu'on laisse visibles, par ces lavis qu'on voit,
04:41où on a l'impression que c'est pas terminé, par ces monochromes, par votre palette de couleurs aussi ?
04:45C'est peut-être tout simplement pas terminé.
04:49Et à quel moment on dit c'est terminé ou c'est pas terminé dans les institutions ?
04:52Qui donne le clap de faim ?
04:53Personne.
04:54Vous quand même, à un moment donné, parce qu'elle a été exposée.
04:56Elles sont exposées, ces toiles.
04:58Et on en parle beaucoup de vos toiles.
04:59Je vous invite évidemment à aller regarder son travail.
05:01Vous avez grandi à Vitry-sur-Seine avec votre frère jumeau dans une famille nombreuse.
05:05Vous vouliez faire du hockey sur glace ou dansier.
05:08Vous faisiez même du graffitier avec vos copains.
05:10Mais je crois bien que le point de départ, quand même, c'est que vous ne traignez pas au parc,
05:14mais dans un musée, un musée d'art contemporain qui ouvre près de chez vous, le McVal.
05:19Avant même de devenir artiste, est-ce que ce musée vous a donné le sentiment que ce monde-là, il
05:23pouvait aussi être le vôtre ?
05:25C'est quand même fou comme parc de traîner dans un musée.
05:28C'est pas commun.
05:29C'est une chance et c'est un musée qui a des grandes portes ouvertes.
05:33Et du coup, plus jeunes, on y allait jouer.
05:35Mais c'est vos parents qui vous ont poussé à traîner dans ce musée ?
05:38Oui, mes parents, le centre de loisirs, l'école, la mairie.
05:44Et donc, c'est un musée qui est un centre d'art qui donne accès à toute la jeunesse de
05:48Vitry-sur-Seine.
05:49Et donc, moi, j'y allais.
05:51C'était des grands espaces et je pouvais jouer au chat et à la souris avec mes potes.
05:55Et donc, ça a été la première rencontre, la vraie première rencontre dans un centre d'art.
06:00Ça, c'est une vraie géniale histoire.
06:01Oui, c'est incroyable.
06:02Ça, c'est une vraie géniale histoire.
06:03Parce que sinon, il faut aller à Paris pour voir de l'art contemporain.
06:06On y allait, mais bon, c'était très rare.
06:10Et donc, j'ai ce souvenir de jouer sur une pièce d'un artiste qui s'appelle Soto.
06:15C'est des grands spaghettis jaunes comme ça.
06:17Et du coup, on jouait à l'intérieur.
06:19Et à un moment, j'ai levé la tête et je me suis dit, mais putain, je suis où là
06:22?
06:23C'est quand même incroyable, tous ces grands espaces.
06:25Oui, ce serait formidable que tous ces grands espaces soient ouverts et gratuits à tous.
06:30Je vous ai proposé une carte blanche.
06:32Et justement, je crois que vous allez un peu nous en parler.
06:35Alors, le micro de France Inter est à vous.
06:36Très bien.
06:40Bon, pour celles et ceux que l'on voit, que l'on aperçoit et qui nous accompagnent,
06:43pour celles et ceux qui nous observent en silence pendant qu'elles avancent,
06:47les peindre, c'est aussi les laisser en dehors des lieux d'appartenance.
06:51Cela appartient peut-être à l'histoire de l'art, mais surtout à la vie, à la mienne ou à
06:55la nôtre.
06:56Merci à celles et ceux qui croient en nous, à celles et ceux qui regardent notre travail en lui donnant
07:00une place dans leur regard.
07:01L'inversion existe à ce moment précis.
07:04Non pas pour les invisibles, mais plutôt pour les visibles.
07:08Merci, ce terrain de jeu, plus petit installé au McVa dans l'oeuvre de Soto, a été bien plus qu
07:12'un cadeau.
07:13Il a été un espace d'apprentissage, de protection et de liberté.
07:17Un lieu où on comprend que l'art ne se regarde pas seulement, mais qu'il se traverse,
07:21qu'il s'habite et qu'il se transforme durablement, notre manière d'être au monde.
07:27Si Goya a traversé le romantisme pour révéler les failles de son époque,
07:32alors j'essaie à mon tour de saisir la contradiction et les vices de la société qui nous entoure.
07:37Nous sommes désormais de sortie, plus présents, plus vivants et plus réels que vous ne l'imaginez.
07:44Vous êtes de sortie.
07:46Et pourtant, vous vous racontez, vous êtes passé par les Beaux-Arts de Nice, puis ceux de Paris.
07:50Et il y a certains professeurs qui ont réussi quand même à vous faire douter sur cette trajectoire de devenir
07:55artiste,
07:56alors que franchement, vous n'aviez aucune connexion dans ce milieu-là.
07:59Vous dites même qu'à certains moments, le doute semblait plus raisonnable que la peinture.
08:03Qu'est-ce qui vous a empêché d'abandonner ?
08:09Mes amis, la dualité, mon histoire, mes parents, ma famille.
08:14Qu'est-ce qui vous disait vos parents ?
08:16Ils disaient soit artistes, mais ils trouvent un travail.
08:21Ma mère m'a toujours encouragée en vrai, donc ça ne m'a empêché.
08:26Oui, parce que vous avez été à ce son que vous m'avez proposé.
08:34Alors je ne comprends pas les paroles, mais tout est incroyable sur cette musique.
08:40Vous avez été un élève décrocheur.
08:42Vous avez choisi un CAP de peintre en lettres et signalétique avant ces grandes écoles des Beaux-Arts.
08:47Aujourd'hui, vous exposez entre autres au Palais de Tokyo.
08:49Vous avez conçu la médaille d'honneur de la ville de Vitry.
08:52Votre travail, il entre dans les collections publiques.
08:55Et pourtant, lorsque je vous demande qui vous voulez épater, vous me répondez l'enfant que j'étais.
09:00Est-ce qu'il serait fier de vous ?
09:01Je ne sais pas.
09:03Ça commence.
09:04Ça commence peut-être.
09:06Moi, je crois qu'il peut l'être.
09:08En tout cas, si vous voulez voir le travail de la Sanaa, ça se passe à la galerie Polaris,
09:12au Palais de Tokyo en ce moment, ou tout simplement sur ses réseaux sociaux.
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