00:01L'archive Sud Radio qui ce matin se transforme en duel, un duel sans armes, à mains nues, à regards
00:08nus même,
00:09de ceux qui se jouent dans une pièce fermée entre deux êtres et où le seul vainqueur est celui qui
00:13tiendra le silence le plus longtemps.
00:24Nous sommes en 1958, la France est en noir et blanc, le cinéma lui est celui de papa,
00:28celui des dialogues qui claquent, des impermets à mouiller, des bureaux de la police judiciaire enfumés jusqu'au plafond,
00:34et sur les écrans arrive un film qui va devenir un classique, maigret, tant un piège.
00:39Derrière la caméra, Jean Delanois, à la plume un certain Michel Audiard, dont chaque réplique est une lame,
00:44est dans le rôle du commissaire, pour la toute première fois, un homme dont la seule présence suffit à l
00:49'écran, un certain Jean Gabin.
00:51Gabin en maigret, une évidence absolue, la force tranquille, la ruse sous la lourdeur,
00:55le faux débonnaire qui voit tout, comprend tout, et n'a même plus besoin de parler.
00:59À cette époque-là, Gabin n'incarne plus, il règne, il lui suffit d'un regard, d'un silence, d
01:03'une bouffée de pipe,
01:04pour faire trembler un suspect.
01:06Un tueur rôde dans Paris, c'est en tout cas l'énigme de ce maigret-là,
01:10un homme qui s'en prône aux femmes, dans la nuit, un montmartre notamment,
01:13maigret, lui comme à son habitude, ne court pas.
01:16Il attend, comme l'indique le titre, il tend son piège,
01:19il joue au chat et à la souris avec le meurtrier.
01:21Et puis, un moment dans ce film, il y a elle, face au violon, une jeune femme de 26 ans,
01:27Annie Girardot, presque débutante, le sourire énigmatique, le regard trouble,
01:31l'épouse trop calme d'un mari un peu trop étrange,
01:33et tout le monde, sur le tournage, attend de la voir se faire dévorer par Gabin.
01:37Ben figurez-vous qu'elle ne se fait pas dévorer du tout.
01:39Elle tient, elle résiste, elle renvoie chaque coup.
01:42Dans ce face-à-face devenu culte, on assiste à quelque chose de rare,
01:44la naissance d'une immense actrice, en direct, dans les yeux d'un des plus grands,
01:48le maître et l'élève, sauf que l'élève, déjà, n'en est plus une.
01:51Et c'est là, justement, ce qui doit nous parler ce matin à l'heure,
01:54où l'on ne parle que de procès, de justice, de vérité, de preuve.
01:57Souvenons-nous de ce qui était autrefois le cœur d'une enquête.
01:59Pas un laboratoire, pas une caméra, pas un tribunal médiatique,
02:02mais un homme, une pièce close, une parole arrachée,
02:05le vertige de deux regards qui se cherchent, jusqu'à ce que l'un des deux cède.
02:08La justice de maigret, c'était celle de la patience,
02:11celle qui croit qu'au bout du silence, toujours, il y a une forme d'aveu.
02:14Alors écoutons ce face-à-face, alors certes ce face-à-face de cinéma,
02:18mais regardons et surtout écoutons cette jeune femme tenir tête à un géant,
02:22sans savoir ce qu'elle deviendrait.
02:24Elle aussi, une légende dans le cinéma français, maigrée dans un piège.
02:28Nous sommes en 1958, au cinéma, Jean Gabin, face à la délicieuse Annie Gérardot.
02:33Croyez pas qu'il serait temps de me la dire, la vérité, à moi ?
02:37Mais je vous l'ai dite.
02:38Vous savez bien que non.
02:39Comment non ? Je vais m'aller spontanément chez vous.
02:42Vous êtes venu spontanément d'accord, mais pour me raconter des histoires.
02:44Votre mari n'a jamais eu de maîtresse, vous savez mieux que moi qu'il en est incapable.
02:47Il n'est même pas capable d'être un mari.
02:49Pour ça, vous ne sauriez pas aller trouver un jojo.
02:52Vous vous n'êtes pas à l'équité de cœur, d'ailleurs.
02:54Vous avez mis des années à vous décider.
02:56Vous n'avez pas repris un amant, vous avez suivi un homme, n'importe quel.
02:58C'est ignoble.
02:59Au contraire, vous aimez votre mari.
03:01Un jojo, ça ne tire pas à conséquence.
03:03Entendons-nous.
03:04Je ne parle pas de la seconde fois, celle-ci n'était destinée qu'à la même change.
03:07Vous êtes retourné rue de l'Étoile parce que vous étiez suivi.
03:10Vous ne vouliez pas amener mon inspecteur Kevleriot.
03:13Vous aviez peur.
03:14Peur de quoi ?
03:16Qu'est-ce qui s'est passé le 1er mai ?
03:18Vous ne croyez pas qu'il est temps de me le dire ?
03:19Ça fait dix fois que je vous le dis.
03:21Je ne vous demande pas ce qui s'est passé de 5 à 7.
03:22Je vous demande ce qui s'est passé après, le soir même.
03:25Non, quoi ? Dites la vérité, c'est dans votre intérêt que je vous parle.
03:29C'est pour ça que je vous ai vus d'abord.
03:30La vérité, je la saurai tôt ou tard.
03:31Et peut-être que vous seuls pouvez la rendre présentable.
03:35Vous comprenez ?
03:37Alors, espérons qu'elle ait compris.
03:39Annie Gérardot, elle était formidable dans ce Maigret.
03:41Revoyez-le.
03:42Il est disponible sur cette plateforme.
03:44Maigret étant un piège.
03:45Nous sommes en 1958.
03:46Et puis de façon du gabin, pour un samedi matin, ça ne fait jamais de mal.
03:49Et puis de façon dont je vous dis, Repayez-le.
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