00:00L'archive Sud Radio ce matin qui est une déclaration de guerre, figurez-vous, celle d'un homme
00:05contre toute une institution, contre sa hiérarchie, contre les puissants, contre l'ordre établi.
00:10La guerre perdue d'avance peut-être, mais de quelqu'un qui refuse de se taire.
00:27Nous sommes en 1975 et nous sommes en plein dans la France de Giscard.
00:32D'ailleurs dans ce film, on distingue un portrait du président accroché au mur d'un commissariat.
00:37Nous sommes à Rouen précisément, la campagne électorale bat son plein, affiche sur les murs, meetings, promesses, coups bas aussi
00:43forcément.
00:43Et un soir, lors d'une rixe entre colère d'affiches, un jeune homme est roué de coups, battu à
00:47mort, pour rien.
00:49Enfin, si on le comprend, pour la politique, et dans la bagarre, l'un des inspecteurs du commissaire, il laisse
00:54aussi la vie.
00:55Le film s'appelle Adieu Poulet. Poulet, vous l'avez deviné, le flic, en argot.
00:59Derrière la caméra, un certain Pierre Grenier de Fer, à l'écriture, un certain Francis Weber,
01:04celui qui saignera bientôt la chèvre, les compères et le dîner de cons.
01:07Le tout adapté d'un roman noir, lui-même inspiré d'un fait divers bien réel.
01:12Mais ce qui fait la légende de ce film, c'est, comme souvent, l'affiche, son duo.
01:16Deux générations face à face. D'un côté, le vieux lion, l'innoventura, le commissaire Verja, massif, taiseux, intègre jusqu
01:22'à la moelle.
01:23De l'autre, le jeune chien fou, Patrick Devers, l'inspecteur Lefebvre, bouillant, insolent, électrique.
01:28On l'avait quitté ensemble dimanche dernier, à cette même heure, perdu dans son amour de Mozart, dans le film
01:32Préparez vos mouchoirs.
01:33Le voici désormais flic, qui entre ces deux-là, se noue une relation qui ressemble à s'y méprendre.
01:37La salle d'un père et d'un fils. Très vite, l'enquête dérange, car le film mène droit à
01:41un homme qu'on ne touche pas.
01:43Candidat, notable, puissant, un de ceux qui dînent en ville et qui ont des amis à Paris.
01:46Et le message d'en haut tombe aussitôt.
01:48Commissaire, cette affaire-là, vous allez devoir la laisser tomber.
01:51Sauf que Verja, lui, il n'est pas du genre à courber les chines.
01:53Alors que la machine se venge, élégamment, bien sûr, à la française.
01:56On ne va pas essayer de le briser, non, on va le promouvoir.
01:59Une très belle promotion, loin, très loin, loin de Paris, à Montpellier.
02:03La méthode la plus vicieuse qui, soit pour réduire un gêneur au silence, le faire monter pour mieux l'éloigner.
02:08Et c'est là exactement que se joue notre archive, car Verja envisage d'accepter la mutation.
02:12Mais, mais, avant de plier bagage, il s'offre une dernière semaine.
02:15Une semaine pour faire précisément ce que toute l'institution lui interdit.
02:19Aller au bout, coincer les coupables et faire tomber l'intouchable.
02:22La guerre d'un juste contre un système, celle de l'homme qui croit encore que la loi doit voir
02:26l'art pour tous,
02:27même pour les puissants, surtout pour les puissants.
02:29Cinq ans ont passé depuis ce film, Ventura est parti, Devers aussi, bien trop tôt, beaucoup trop tôt.
02:35Et l'on se demande, en revoyant ces images et en les entendant ce matin via cet archive,
02:38si ce Verja-là, ce flic qui ne pliait devant personne, existe encore ailleurs que dans ces vieux films.
02:43La question, elle, d'ailleurs, au centre du film, n'a pas pris une ride.
02:47La justice peut-elle vraiment atteindre les puissants ?
02:49Écoutez ce dernier round, la guerre d'un seul homme.
02:52Et le plus beau des adieux, adieu poulet, 1975, l'innoventura, Patrick Devers.
02:56Il vaut mieux que vous partiez, finalement.
02:58C'est vrai, il vaut mieux.
02:59Mais tu me disais le contraire tout à l'heure.
03:01Non, non, il faut que vous partiez.
03:03Explique-toi.
03:04Vous n'allez pas vous fâcher, hein ?
03:06Ben, vas-y.
03:07Je vous crois à ces tartes pour faire un barreau d'honneur et ils n'en valent pas la peine.
03:11Ah bon ?
03:12Vous marchez encore un tas de trucs bidons.
03:15L'honneur, le devoir.
03:18Ça fait des siècles qu'on se fait entuber pour ces conneries-là.
03:21Mais tu marches à quoi, toi ?
03:22À rien.
03:22Ah.
03:23Mais ça, c'est pas le problème.
03:24Vous n'avez aucune chance.
03:26En face de l'ardate, il ne faut pas rêver.
03:27Et si j'ai envie de rêver, moi ?
03:30Quoi ?
03:30Si je veux croire que j'ai une chance en face de l'ardate et lui rentrer dedans.
03:33Vous allez en prendre plein la gueule.
03:34Oui ?
03:35Ils vont vous écrabouiller.
03:36Oui ?
03:37Mais je vais me marrer un bon coup, mon petit camarade.
03:39Et à mon âge, il ne faut pas rater ça.
03:41Allô, Zénerdeux ?
03:41Mais à n'importe quel âge, il ne faut jamais rater de se marrer un bon coup, Lino Ventura.
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