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  • il y a 4 mois
Avec Maxime Lledo



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##ARCHIVE_SUD-2026-05-03##

Catégorie

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News
Transcription
00:04L'heure de l'archive Sud Radio qui ce matin est d'humeur poétique.
00:08Né en 1922, on se souvient ce matin d'un homme qui fut tout à la fois acteur, chanteur, peintre,
00:14homme blessé, homme immense.
00:15Une voix avant tout bien sûr, une voix qui semblait d'ailleurs sortir d'un vieux cuir, d'un théâtre
00:20encore chaud, d'un verre posé trop tard sur un zinc de fin de soirée.
00:23Sa discographie n'est qu'une longue suite de succès qui ont marqué nos vies.
00:26Ma liberté, Sarah, l'italien, les loups sont entrés dans Paris ou votre fille à 20 ans.
00:32Il est devenu l'un de ces chanteurs culs que l'on n'écoute pas pour passer du temps, mais
00:35pour retrouver une certaine idée de la mélancolie française, du verbe juste, de la tendresse blessée.
00:40On parle souvent à juste titre aussi de sa filmographie, Casque d'or, Le Doulot, Les Portes de la Nuit,
00:46Tous les Matins du Monde, Vincent François-Paul et les autres.
00:49Bref, vous l'avez deviné, c'est Serge Reggiani qui, qui plus est, hier 1 de mai, fêtait son anniversaire.
00:54« Ce soir elle ne rentre pas, je ne sais plus, je ne sais pas. Elle écrira demain peut-être,
01:01nous aurons une lettre. Il pleut sur le jardin. Je vais faire du feu. Je n'ai pas de chagrin.
01:13On est là tous les deux. Seuls. Attends. »
01:20Serge Reggiani, c'est une place à part dans le patrimoine de la chanson française. Ce n'est pas du
01:24tout un chanteur de variété, pas un amuseur, pas un faiseur de tubes.
01:27Non, non, c'est une voix littéraire, une voix habitée, une voix qui donnait à chaque texte la densité d
01:32'une confession et la gravité d'un poème.
01:34Et ce matin, ce n'est ni exactement le cinéma, ni exactement la chanson que je veux saluer. C'est
01:39sa manière unique de faire aussi entendre la littérature, comme si elle avait été toujours écrite pour être dite par
01:44lui.
01:44Nous sommes en 1968, sur le plateau de Discorama, face à une journaliste, Denis Glazer. Et Reggiani récite Baudelaire.
01:52Le poème s'appelle « Enivrez-vous ». Et dans l'archive que vous allez entendre dans une poignée de
01:55secondes, il apparaît sobrement habillé, presque sans apprêt, avec cette élégance discrète des hommes qui n'ont pas besoin d
02:00'en faire trop.
02:01Une cigarette à la main, le visage déjà creusé, le regard grave et lointain. Et puis cette voix, vous allez
02:06l'entendre bouleversante, qui ne récite pas vraiment, mais elle semble vivre chaque mot, l'user, le traverser.
02:11Il y a chez lui, de toute façon, quelque chose de retenu et de dévasté à la fois. Pas d
02:15'effet, pas de théâtre inutile, seulement un homme, une cigarette, un poème, et soudain, Baudelaire, qui devient une confidence de
02:22minuit.
02:22Serge Reggiani, dans l'émission Discorama, la voix féminine, c'est Denis Glazer, et nous sommes en 1968, et comme
02:28dirait l'autre, « Enivrez-vous ».
02:30C'est Baudelaire qui écrit des choses très belles, qui dit « Enivrez-vous », il dit « C'est
02:35ce que je pense vraiment ». Il dit « Il faut être toujours ivre ». Tout est là.
02:40C'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous
02:45penche vers la terre, il faut vous enlèver sans trêve.
02:50Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu, à votre guise.
02:57Et si quelquefois, sur le marche d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne
03:03de votre chambre, vous vous réveillez,
03:05L'ivresse, déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l
03:11'horloge, à tout ce qui rit, à tout ce qui génie, à tout ce qui fuit, à tout ce qui
03:15chante, à tout ce qui parle.
03:17Demandez quelle heure il est, et le vent, la vague, l'oiseau, l'horloge, vous répondront « Il est l
03:22'heure de s'enivrer ».
03:23Pour n'être pas les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans trêve, de vin, de poésie, d
03:31'amour, ou de vertu, à votre guise.
03:36À votre guise, enivrez-vous, récité Serge Reggiani, c'était en 1968, et c'était une archive qui, forcément, rend
03:42le dimanche matin un peu moins difficile.
03:44Il est 7h27.
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