00:00Alors on l'a dit, Bernard Cazeneuve, la gauche est morcelée aujourd'hui à un an de cette échéance de
00:05la présidentielle.
00:06Dans ce contexte, vous avancez de moins en moins à bas bruit, vous accélérez même ces dernières semaines
00:11pour vous affirmer dans la longue liste des candidats potentiels à cette élection.
00:17Alors Bernard Cazeneuve, candidat potentiel à cette élection ou candidat officiel aujourd'hui ?
00:21Moi je n'ai pas déclaré de candidature, j'ai simplement dit que dans la période particulière où nous nous
00:26trouvons
00:26et dont je viens de rappeler trop brièvement, parce que vous n'avez pas laissé le temps de le faire,
00:30la totalité des défis auxquels on est confronté, il y avait des choses à dire.
00:33Et que ces choses devaient être dites, et je pense qu'elles doivent être dites avec d'autant plus de
00:39force
00:39qu'à gauche, ce n'est pas le réalisme, l'exigence de réponses praticables apportées aux problèmes concrets qui se
00:52posent au pays,
00:52qui dominent, mais les postures et les postures dans la radicalité...
00:56Ça veut dire que vous êtes le mieux placé aujourd'hui justement pour aller sur ces dossiers de fonds ?
00:59Ça veut dire que moi j'estime qu'il est absolument indispensable qu'à gauche, il y ait des responsables
01:04politiques
01:04qui ne soient pas là pour entretenir pour leur propre compte l'égo-présidentialisme de l'époque,
01:11mais qui soient là pour énoncer les problèmes et dire quelles sont les solutions qui doivent être mises en face
01:17des problèmes,
01:17c'est-à-dire apporter des solutions au pays qui est confronté à une angoisse absolue
01:23et qui voit bien qu'à défaut de réponses crédibles, il y aura le basculement du pays vers le dégagisme.
01:28Donc je pense qu'il est indispensable qu'il y ait des voix qui portent une parole de responsabilité et
01:34de crédibilité.
01:35Et donc moi mon objectif, ce n'est pas de me projeter au milieu de la piste de danse pour
01:41dire
01:41mais moi aussi je suis là, ça c'est une préoccupation que je n'ai jamais eue.
01:43Mais ce que vous faites quand même en ce moment, vous dites quand même je suis là et j'ai
01:46le désir d'y aller et je suis...
01:47Non, ce que je dis en ce moment, c'est voilà ce qu'il faut dire pour créer les conditions
01:52d'un rassemblement large
01:55en responsabilité et en crédibilité qui permettent de créer les conditions de l'évitement pour notre nation
02:02de ceux qui la menacent, c'est-à-dire du dégagisme d'extrême droite et d'extrême gauche, c'est
02:07ça que je dis.
02:08Et donc il est indispensable en politique lorsque des échéances aussi importantes se présentent
02:13qui peuvent faire l'objet d'un basculement grave pour le pays, qu'il y ait des voix désintéressées
02:18qui ne travaillent pas pour elles-mêmes, qui ont des convictions, qui ont une expérience,
02:22une expérience locale, une expérience gouvernementale longue pour dire
02:26voilà ce qui nous paraît souhaitable pour le pays.
02:28Ces idées mises dans le débat public ont une audience, permettent une cristallisation et un rassemblement
02:34et dans ce cas-là il est le devoir de ceux qui l'ont énoncé de porter ces idées parce
02:38qu'on n'a jamais vu
02:39une idée traverser une pièce toute seule, il faut qu'elle soit portée par des individus.
02:44Soit ce processus de cristallisation ne se produit pas mais ces idées ont contribué à faire bouger les lignes
02:49et le discours tenu par ceux qui ont eu le courage de résister à l'air du temps aura été
02:53utile
02:54et soit ça n'a pas d'écho du tout, il faudra en tenir les conclusions
02:57parce que ça voudrait dire que l'époque dans ses emportements, dans ses embrasements
03:01aura été plus forte que la raison.
03:03Mais ça veut dire que sur votre créneau il n'y a pas d'autres candidats qui peuvent y aller
03:06il y a François Hollande qui s'est aussi positionné, on parle aussi de Raphaël Glucksmann sur ce centre gauche
03:12vous ne croyez pas en ces candidatures ? C'est pour ça que vous vous positionnez pour y aller vous
03:16aussi ?
03:16Il y a des positions différentes de ce dont vous venez de parler.
03:20Lorsque l'alliance avec LFI est survenue, j'ai pris des positions très différentes.
03:26Qui maintenant sont partagées avec...
03:28J'ai pris des positions très différentes et très nettes.
03:30Lorsqu'il s'agit de constituer le Nouf Front Populaire, je n'ai pas soutenu cette débarque.
03:37Je me souviens d'ailleurs de beaucoup d'éditorialistes de presse et de responsables de médias
03:43faisant la une de leurs journaux sur le thème « Le seul qui n'a pas compris » en parlant
03:46de votre serviteur.
03:47Bon, donc j'ai pris des positions en prenant le risque d'être seul.
03:51Et pourquoi est-ce que j'ai pris ces positions en prenant le risque d'être seul ?
03:54Parce que ces positions n'ont pas été dictées par mon intérêt.
03:57Mon intérêt à moi aurait été de rester bien à l'abri des organisations politiques,
04:02d'essayer d'y manœuvrer, d'y godiller pour essayer de trouver un chemin pour moi-même.
04:08Je n'ai jamais fait ça. J'ai pris des positions extrêmement nettes.
04:10Et ce sont ces positions qui vous démarquent aujourd'hui des autres candidats ?
04:13Je les ai prises en étant critiquées par un certain nombre de mes amis.
04:18Je pense que la bonne démarche aujourd'hui n'est pas d'essayer de reconstituer un parti socialiste à bout
04:26de souffle.
04:27On voit bien d'ailleurs le spectacle qui est donné à travers ces affaires de primaire.
04:31C'était absolument impossible d'organiser une primaire.
04:34On nous l'a proposé. Ça a été un fiasco.
04:36On propose maintenant d'en organiser deux.
04:38On voit des manœuvres d'appareils à l'intérieur de cette organisation
04:41qui témoignent d'un éloignement considérable par rapport aux préoccupations que je viens d'exprimer.
04:46Moi, je n'ai jamais pensé que l'on pouvait, à partir de cet appareil-là,
04:50constituer une force qui nous permette de gagner l'élection présidentielle.
04:53C'est-à-dire la raison pour laquelle j'ai fait le choix de créer la Convention.
04:56Non pas parce que je pensais qu'elle pouvait se substituer au parti socialiste,
04:59mais parce que je pensais qu'elle pouvait, avec d'autres organisations,
05:02être le ferment de la reconstitution d'une grande force politique.
05:04D'ailleurs, la seule chose qu'il y aura à faire à gauche aujourd'hui,
05:07ce n'est pas d'organiser des primaires,
05:08c'est que les responsables du parti socialiste,
05:11faisant enfin lucidement le constat de l'impasse dans laquelle ils ont,
05:15par leur stratégie, mis l'organisation politique héritière de François Mitterrand de Blum
05:20et de tant d'autres grandes figures,
05:22décident d'organiser un grand congrès avant les présidentielles
05:26qui fasse venir à l'intérieur de cette organisation
05:28tous ceux qui l'ont quitté, à force d'être désespérés
05:32de ce qu'ils y trouvaient en termes de discours et en termes de comportement.
05:36Ils ne veulent pas le faire.
05:37Ils ne veulent pas le faire parce qu'ils ont peur
05:38que l'appareil qu'ils considèrent comme leur chose leur échappe.
05:42La seule chose qu'il faudrait faire pourtant,
05:44c'est de créer les conditions de ce choc et de cet écho.
05:46Et comment on fait alors Bernard Cazeneuve ?
05:48Si il n'y a pas de primaire, pas de grand congrès, comment on fait pour les partageer ?
05:50Je pense qu'il faut faire pression sur l'organisation pour qu'elle le fasse.
05:53Et moi j'appelle, non pas à l'organisation d'un congrès,
05:56non pas à l'organisation de vote interne,
05:58j'appelle à l'organisation d'un congrès, d'un rassemblement
06:04de toutes les familles de la gauche du gouvernement à l'intérieur d'une grande organisation politique
06:08qui désignerait son candidat
06:11et qui désignant son candidat serait en situation ensuite de mener un combat
06:15en ayant rassemblé tous les siens.
06:16C'est-à-dire qu'on sorte des logiques d'appareil
06:19qui nous renvoient à ce que les partis politiques peuvent produire de pire,
06:23à l'instar de ce qui s'est passé sous la 4ème République
06:25lorsque les combinaisons et les combinaient étaient partout,
06:28pour retrouver une grande ambition,
06:30qui soit une grande ambition de rassemblement
06:33et d'expression d'un projet pour la France
06:36qui corresponde aux besoins du moment.
06:38Et ce projet c'est quoi ?
06:39C'est la République dans la fermeté de ses principes,
06:44laïcité, ordre républicain,
06:46et dans son ambition de créer les conditions de l'intégration de tous ses enfants
06:50dans un projet qui ne laisse personne au bord du chemin.
06:53C'est la mise en compatibilité, deuxième sujet,
06:55de l'efficacité économique et de la justice sociale.
06:58C'est la mise en compatibilité de la lutte contre le réchauffement climatique
07:02avec la croissance, croissance sobre et sûre.
07:03Et c'est le retour d'une ambition européenne
07:06et des grands principes du droit international.
07:07Si notre organisation politique est capable autour de ces quatre grands axes
07:12de porter un projet pour la France,
07:14elle aura un candidat.
07:15C'est quand même un programme de candidat à la présidentielle, Bernard Cazeneuve.
07:19Moi j'ai essayé de travailler dans l'ordre si vous voulez,
07:21c'est-à-dire qu'avant d'aller à la radio pour dire
07:23je suis candidat à l'élection présidentielle,
07:26j'essaie de faire en sorte qu'il y ait un projet, je l'énonce,
07:30des parrainages, un financement, une organisation.
07:34Bon, si tout cela est réuni, on peut être candidat à l'élection présidentielle.
07:37Si on n'a ni projet, ni organisation, ni méthode, ni vision,
07:45ni direction, d'être candidat à l'élection présidentielle
07:50et de l'annoncer procède de ce que l'on appelle l'égo-présidentialisme
07:55qui dévore les institutions de la Ve République de l'intérieur,
07:58qui conduit énormément d'égo à se projeter
08:01après s'être regardé pendant des mois sur les réseaux sociaux
08:03et à la fin ça donne quoi ?
08:05Ça donne la victoire des dégagismes.
08:06Mais tous ces éléments dont vous parlez, vous les avez aujourd'hui ?
08:08Vous avez un programme, vous avez lancé une association
08:10pour le financement aussi d'une campagne,
08:12il manque peut-être les parrainages, vous les lancez aujourd'hui ?
08:14Vous avez des contacts avec les élus locaux pour vous soutenir ?
08:17Moi, je ne suis pas dans une démarche individuelle
08:24qui consiste dans un contexte où les comportements individuels
08:27désespèrent les Français à accroître leur désespoir
08:32en ajoutant une candidature à toutes les autres.
08:34Je pense qu'il faut se préparer sur le fond.
08:37Se préparer sur le fond, c'est avoir un discours clair
08:39sur ce qu'il faut faire, sur tous les sujets.
08:41Qu'est-ce qu'on fait en matière de politique de défense ?
08:43Il y a une loi de financement de la défense
08:46qui est à 436 milliards d'euros.
08:49Comment on la finance ?
08:50Quel type d'équipement on porte ?
08:52Quel type d'Europe de la défense on construit ?
08:54Ce sont cela les sujets.
08:55Ce ne sont pas les sujets dont on nous abreuve
08:57à l'occasion des matinales
08:59où tous les candidats potentiels
09:00qui se projettent encore une fois au milieu de la scène
09:04participent tous les jours
09:05dans une concurrence entre eux dérisoire
09:07qui donne une image de la politique ridicule.
09:11Je pense que c'est autre chose qu'il faut construire.
09:13C'est-à-dire un discours, une force politique et un rassemblement.
09:16Il reste qu'aujourd'hui, dans les faits,
09:18on a 17 potentiels candidats à gauche.
09:20On entend ce que vous dites, vous parliez de rassemblés,
09:22mais ça ne va pas du tout dans cette direction pour le moment.
09:25Les Français vont se charger de le faire.
09:27Ça n'a aucun doute sur le fait que...
09:28Mais vous n'avez pas peur que ça divise plutôt ?
09:30Mais ça ne divisera pas parce qu'à la fin de la journée,
09:32les Français, par les enquêtes d'opinion publique,
09:35vont dire qu'ils souhaitent voir les représentés.
09:38Ça veut dire que c'est les sondages qui vont vous départager, Bernard Cazin ?
09:40Je pense qu'à un moment donné,
09:41les Français qui constituent un peuple éminemment intelligent,
09:45et responsable,
09:46et il l'a montré dans les moments les plus difficiles de son histoire,
09:49trouvera les moyens d'exprimer ce qu'il ressent,
09:53c'est-à-dire le moment venu de siffler la fin de la récréation.
09:56Je pense que ça se produira quelque part entre aujourd'hui et la fin de l'année.
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