00:00Bonjour Bernard Cazeneuve, l'élection présidentielle c'est dans exactement 18 mois, alors c'est pas demain,
00:07enfin c'est pas non plus dans une éternité, vous avez dit il faut faire en sorte que le pays soit épargné du risque
00:14Rassemblement National, c'est ça le seul but. L'ERN est-il aujourd'hui selon vous le favori de l'élection présidentielle ?
00:22Il y a des sondages qui indiquent qu'il y a une position du Rassemblement National qui nous fait craindre,
00:27si rien ne se passe, que son audience soit de plus en plus grande et que le bloc républicain s'affaisse et s'effrite.
00:38Donc ce qui compte aujourd'hui c'est qu'il y ait suffisamment d'âmes ardentes, de cœurs déterminés pour que cela ne se produise pas.
00:46Il faut donc créer les conditions dès à présent d'un rassemblement crédible, puissant,
00:51qui permettent de créer un espoir qui endigue cette vague qui partout dans le monde est là, monte,
00:59et qui représente pour notre pays mais pour l'Europe aussi un danger.
01:03Alors essayons de cerner ce rassemblement, puisque vous dites il faut un rassemblement.
01:08Certains disent la seule possibilité pour battre l'extrême droite c'est une union de toute la gauche,
01:12donc avec les insoumis. Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
01:15Je réponds que les sondages montrent, vous y faisiez référence tout à l'heure,
01:19que la principale machine à fabriquer du vote rassemblement national,
01:23c'est le parti de Jean-Luc Mélenchon, son chef, Jean-Luc Mélenchon lui-même,
01:28son discours, ses otrances, sa violence.
01:30Les Français n'aiment pas le désordre et ils ne veulent pas que la gauche soit dominée par une organisation
01:37dont ils sentent bien que sur les sujets fondamentaux qui les concernent, qui les intéressent,
01:42qui les mobilisent, l'Europe, la paix, l'ordre républicain, le respect des principes de l'État de droit,
01:48l'appartenance de notre pays au camp démocratique, sur tous ces sujets,
01:52la France insoumise est plus que dans l'ambiguïté, elle est dans une posture dont on voit bien
01:57qu'elle est destinée par la transgression à créer des conditions sur toutes les questions
02:02des plus grandes tensions et du plus grand désordre.
02:04C'est la raison pour laquelle, ayant très vite vu quelle était la nature de cette organisation,
02:09ayant cerné la personnalité de celui qui la dirige, j'ai, en 2022,
02:14lorsque les dirigeants du Parti Socialiste ont fait le choix d'une alliance avec la France insoumise,
02:19prise une position extrêmement nette et de laquelle je ne me suis jusqu'à présent jamais éloigné
02:25pour des raisons qui tiennent à mes convictions, à l'analyse que je fais de la situation politique
02:29et à la nécessité d'aucune alliance, aucun accord avec la France insoumise.
02:33Aucune alliance avec la France insoumise et non seulement aucun accord et aucune alliance,
02:38mais je pense qu'il est de devoir de ceux qui ont conscience de la gravité du moment,
02:42qui voient bien à travers les sondages ce que Jean-Luc Mélenchon engendre
02:46d'évolution d'électorat vers la droite, l'extrême droite et le Rassemblement national,
02:51de créer les conditions d'un autre pôle politique, autrement structuré,
02:55autour des valeurs de la République, autour de l'attachement à la démocratie,
03:00autour d'une conception de l'ordre international fondée sur le droit international,
03:05sur le multilatéralisme, sur notre appartenance au monde libre,
03:09et fondée aussi sur une adhésion sans réserve aux principes républicains,
03:13ce qui veut dire laïcité sans avoir la main qui tremble, refus du communautarisme,
03:17respect des principes de l'État de droit, reconnaissance de l'autorité de l'État,
03:21autant de sujets sur lesquels Jean-Luc Mélenchon s'est éloigné de la rive.
03:26Alors ce rassemblement doit s'organiser, on parle de primaire dans tous les camps,
03:31à droite, à gauche, la primaire avez-vous dit, c'est la stratégie des chefs qui pensent à eux.
03:35Est-ce que, soit, mais est-ce que vous avez une meilleure idée pour désigner un candidat à l'élection présidentielle ?
03:40Parce que, vous le dites vous-même, l'élection présidentielle, la fonction présidentielle est la clé de voûte des institutions.
03:44Non mais disons les choses là aussi nettement, il y a deux stratégies à gauche.
03:48Il faut voir au-delà de la gauche pour pouvoir créer les conditions d'un rassemblement autour des valeurs de la gauche
03:53qui permettent d'inverser le cours des choses et d'endiguer cette vague qui montre.
03:59Il y a une première stratégie qui consiste à considérer qu'une alliance entre des appareils,
04:04à travers l'organisation d'une primaire, peut permettre de dégager un candidat.
04:09Mais ce n'est pas forcément une alliance entre les appareils, parce que la femme qui veut vote...
04:12Non mais la primaire est organisée par les appareils.
04:14Oui, mais après, qui veut vote ?
04:14Et elle est de surcroît organisée par des appareils fatigués.
04:17Et elle est jusqu'à présent apparue comme une opération destinée à autopromouvoir
04:21autant de chefs qu'il y a d'appareils, parfois même plus de chefs qu'il y a d'appareils,
04:25parce que nous serons dans une situation bientôt où il y aura plus de candidats à l'élection présidentielle que de citoyens.
04:31Donc plutôt que de penser que cette alliance entre les appareils fatigués peut faire la force,
04:35il vaut mieux créer les conditions d'une force qui fera l'union, et qui non seulement fera l'union,
04:40mais qui sera capable de créer les conditions d'un rassemblement beaucoup plus large,
04:43parce que que l'on soit aujourd'hui de gauche ou de droite, on doit bien avoir à l'esprit
04:48que le rassemblement de son propre camp ne suffira pas à créer les conditions d'une victoire face au rassemblement national.
04:54Il faut non seulement reconstituer des pôles solides, parce que nous sommes dans un contexte tellement gazeux
05:00que c'est la physique des solides qui va permettre à la politique de retrouver sa cohérence et son sens,
05:05donc il faut créer des blocs solides, et notamment un bloc gauche de gouvernement,
05:09qui sur tous les sujets qu'on vient d'évoquer, la République, l'attachement à l'État de droit, etc., soit clair,
05:14et deuxièmement, il faut que ce pôle soit capable de rassembler bien au-delà de ses frontières pour faire en sorte...
05:21Quand quelqu'un se détache, il n'y a pas besoin de primaire.
05:23Je n'ai pas le sentiment, enfin pour l'instant, celui qui se détache dans ce bloc-là, que vous défendez,
05:28c'est plutôt Raphaël Glucksmann, mais enfin, il n'a pas non plus emporté la décision.
05:33Comment on fait ?
05:34Parce qu'il faut remettre de l'ordre dans la maison.
05:36Une personne ne se détachera aussi longtemps qu'il n'y aura pas une force constituée,
05:40travaillant collectivement à un projet, capable de déterminer en son sein
05:44celui ou celle qui sera en situation de mener le combat pour gagner, de créer les conditions du rassemblement.
05:49Or, pour l'instant, on fait tout à l'envers.
05:51On cherche à dégager une personnalité.
05:54Beaucoup imaginent que, seuls, à travers leur seule personne,
06:00pour des raisons qui tiennent aussi parfois à ce que sont leurs ambitions,
06:03les choses s'ordonneront d'elles-mêmes.
06:04Ce n'est pas comme ça que se passe la politique.
06:06En politique, il faut des forces, un travail collectif, un projet puissant,
06:11une organisation qui soit capable de déterminer qui est là où le meilleur rend son sein pour mener la bataille.
06:16Et tout cela n'est pas fait dans l'ordre que je viens d'indiquer.
06:19Donc, parfois, quand il y a beaucoup de désordres,
06:22qui créent beaucoup de troubles et qui créent beaucoup de dangers,
06:24il faut repartir sur des bases qui soient cohérentes, qui soient lisibles
06:28et qui consistent à permettre, par une démarche rationnelle, d'atteindre le but.
06:33Une question à la fois de politique internationale et de politique nationale.
06:37Face au contexte que l'on connaît, le président de la République s'apprête à promouvoir un service militaire sur la base du volontariat.
06:44Il parle à terme de 100 000 volontaires possibles.
06:49Est-ce que c'est une bonne idée ?
06:51Ce qui est une bonne idée, c'est ce qui peut se traduire par un objectif atteint.
06:57Nous sommes dans une situation aujourd'hui où le président de la République, à juste titre d'ailleurs,
07:02a souhaité rehausser le budget de la Défense nationale pour porter la programmation militaire à 413 milliards d'euros.
07:10Il faut un effort supplémentaire très significatif chaque année, de près 6 milliards pour l'année prochaine.
07:14Nous sommes dans un contexte où nous ne savons pas si le budget pourrait être voté.
07:18Il est même possible que nous ayons une loi spéciale qui reconduise par douzième à l'identique le budget de l'an dernier,
07:24dans lequel ces sommes ne sont pas inscrites.
07:26Donc l'idée de faire en sorte que nous puissions créer des conditions de participation des jeunes
07:35à cet effort de défense de l'Europe et de la nation est une bonne idée.
07:39Mais je pense que si c'est une bonne idée, il faut expliquer comment on la met en œuvre,
07:42comment on la finance, dans le contexte particulièrement troublé
07:45qui préside au débat parlementaire et à la situation du pays depuis maintenant quelques mois
07:51pour des raisons qui tiennent d'ailleurs à des décisions hasardeuses
07:54qui ont été prises par le président de la République lui-même.
07:57Je veux parler de la dissolution.
07:59Bernard Cazeneuve était l'invité des 4V.
08:01Merci beaucoup, monsieur le Premier ministre.
08:03Merci Frédéric Chevalier qui a traduit cette interview en langue des signes.
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