00:02Dernière question pour ce qui me concerne sur la partie festival plus précisément.
00:09Le point de départ de nos travaux sur une intervention croissante et pouvant entraîner des mécanismes d'influence sur les
00:19politiques publiques par des organismes de droit privé vient aussi soit de la raréfaction, soit de la complexification, les deux
00:26pouvant se cumuler, des financements publics.
00:30Quand il devient plus compliqué que ce soit pour des organismes à but non lucratif ou que ce soit pour
00:36des collectivités de pouvoir bénéficier de financements publics, alors il arrive souvent que des organismes de droit privé viennent compenser
00:49ces baisses de financement et du coup gagnent en poids en stratégie d'influence qu'elle soit explicite ou implicite.
01:00Quel est le regard que vous avez au travers des festivals dont vous êtes aujourd'hui, enfin donc Combat Média
01:08est propriétaire dans cet écosystème-là ?
01:12Est-ce que vous avez vu des évolutions de cette nature-là ? Est-ce que vous avez vu des
01:26sujets nouveaux émergés, que ce soit en termes de censure ou d'auto-censure ?
01:33C'est un sujet sur lequel le Sénat a travaillé il y a quelques temps de cela, en matière de
01:41liberté d'expression et en matière de possibilité de faire vivre totalement ou pas la diversité et l'indépendance.
01:55Merci d'autres questions que je trouve en effet très pertinentes et légitimes au regard de la mission de votre
02:02commission.
02:03Moi je dirais la chose suivante, on est en effet d'abord, je rappelle, très engagés dans le secteur des
02:08festivals,
02:09puisque vous avez cité Rock en Seine, mais on doit ici aussi citer Will of Green qui s'est tenu
02:14le week-end dernier
02:16et qui a réuni plus de 100 000 personnes, Golden Coast qui est un festival de rap qui se tient
02:25à Dijon,
02:27et j'allais y venir d'ailleurs, la route du Rock à Saint-Malo.
02:31Moi je dirais la chose suivante en réponse à votre question, les festivals me semblent être un des champs aujourd
02:38'hui de la bataille culturelle
02:41et un des champs où apparaît une forme de, pardon de cet anglicisme et pardon de l'expression qui pourra
02:48gêner certains,
02:49une forme de cancel culture à deux égards, qui vient d'ailleurs, je l'observe le plus souvent, de la
02:54droite, à deux égards.
02:57Le premier égard c'est la pression en effet que vous avez mentionné sur ce que j'appelle moi la
03:02ligne éditoriale,
03:03c'est-à-dire la programmation de nos festivals.
03:06Et j'observe une évolution récente qui pour moi, date, Emmanuel pourra confirmer ou pas,
03:14mais de quelques années, quelques années, deux, trois ans, une pression de plus en plus grande d'un certain nombre
03:19de collectivités locales
03:20sur, quelles qu'elles soient d'ailleurs, villes, départements, parfois régions, sur les programmations de nos festivals.
03:28Je donne un exemple dont j'ai parlé, d'où le retard d'ailleurs, en entrant dans cette salle avec
03:33le ministre de l'Intérieur,
03:34qui le connaît bien, qui est la programmation d'un groupe de rap, j'hésite parce que j'allais dire
03:40de rap rock nord-irlandais
03:41qui s'appelle NICAP à Rock-en-Seine l'année dernière, je crois, qui a donné lieu à de nombreux
03:49échanges
03:50que le préfet de police de l'époque, en l'occurrence Laurent Nunez, a finalement autorisé.
03:57Mais ce type de pression politique, je ne parle pas du préfet de police ou du ministre de l'Intérieur,
04:04je parle des collectivités locales, on les observe de plus en plus, c'est-à-dire une volonté, je dirais,
04:08d'interférences dans la programmation de nos festivals.
04:13Et c'est combiné à une deuxième chose, c'est combiné à une deuxième chose que vous avez aussi mentionné,
04:19qui est la pression sur les subventions, c'est-à-dire l'utilisation des subventions publiques
04:27pour exercer des pressions.
04:29Et en fait, ce que l'on observe là, c'est un double mouvement, une baisse des subventions publiques,
04:34à nouveau, quelles qu'elles soient, dans ces événements ou ces festivals, et parfois leur suppression pure et simple.
04:38C'est la raison pour laquelle Emmanuel Aug a pu dire qu'effectivement, on n'a quasiment aucune, plus aucune
04:43subvention publique.
04:46Moi, je dis d'ailleurs, on doit apprendre à vivre sans, c'est-à-dire que, et d'ailleurs, nous
04:51vivons sans,
04:52et nous vivrons sans, c'est-à-dire que rien, rien ne nous fera reculer dans ce combat que nous
04:58menons,
04:59qui est celui de la bataille culturelle.
05:01Mais j'ajoute un point important.
05:03Nous, nous sommes un groupe solide, bien établi, et nos festivals, tu l'as dit tout à l'heure, Emmanuel,
05:11sont rentables.
05:11Mais ce que l'on observe, c'est que beaucoup de festivals ont des structures associatives, du type loi 1901,
05:18ont des tailles parfois plus petites ou plus modestes,
05:21et sont confrontés aux mêmes difficultés, à la fois pression sur la programmation et diminution des subventions.
05:28Et ces festivals, à mon sens, ils vont être menacés de disparition.
05:34C'est la raison pour laquelle nous avons mis en place une structure particulière,
05:41qui s'appelle Combat Rock, qui est une référence à l'album des Clash,
05:46ça tombe bien pour le groupe Combat,
05:48mais qui a vocation, cette structure, à venir en aide aux festivals associatifs.
05:54Et ce que nous faisons via cette structure Combat Rock, précisément,
05:57pour ceux qui sont confrontés à ces difficultés,
06:00c'est venir les aider financièrement, et aussi dans tout l'aspect logistique,
06:05pour qu'ils tiennent dans l'environnement, le contexte que j'ai décrit.
06:11L'exemple le plus pur et l'illustration la meilleure, c'est la Route du Rock à Saint-Malo,
06:17qui est un festival qui se tiendra le 15 août de cette année, d'ailleurs de chaque année.
06:22En fait, je me tourne vers toi parce qu'on est intervenu il y a un an.
06:25Nous sommes intervenus en soutien de ce festival,
06:28qui est à nouveau une association 1901,
06:30confrontée à un certain nombre de difficultés, pour venir l'aider.
06:33Et c'est typique de ce que fait cette structure Combat Rock,
06:37les fondateurs, l'équipe dirigeante restent en place, évidemment.
06:42L'identité, la ligne éditoriale de ce festival est inchangée, évidemment.
06:48Et la seule chose que nous faisons,
06:49c'est les aider à tenir dans un environnement complexe.
06:53Je ne sais pas si tu veux rajouter quelque chose.
06:57C'est le président de Rock en Seine qui va s'exprimer.
07:01Oui, effectivement, on s'aperçoit globalement de la baisse des subventions
07:06ou de la difficulté que maintenant les collectivités locales ont à soutenir la culture.
07:12Ça, on le ressent de manière très forte.
07:15Et sur le sujet, sur Rock en Seine, Mathieu Pigasse l'a évoqué.
07:22Aujourd'hui, on se retrouve face à un conseil régional
07:25qui a décidé de supprimer les subventions, d'ailleurs,
07:29non seulement à Rock en Seine,
07:32mais également à Wheel of Green.
07:35On ne peut pas s'empêcher, j'interromps,
07:38on ne peut pas s'empêcher d'y voir une forme de vente d'État politique.
07:43Sans qu'il n'y ait aucun prétexte ou justification culturelle,
07:48notamment sur Wheel of Green.
07:53Et je pourrais revenir éventuellement sur le sujet de notre programmation,
07:57mais qui est d'ailleurs, qui appartient aux programmateurs et aux festivals d'abord et avant tout,
08:03ce qui explique d'ailleurs, d'où, d'ailleurs, une expression et un exemple nouveau
08:08de l'étanchéité qu'on évoquait.
08:12Et la subvention a été supprimée au prétexte de la programmation d'un groupe
08:16qui, je le répète, a été programmée dans 50 festivals dans le monde,
08:20a fait l'objet d'un direct à la BBC
08:23et n'a fait l'objet d'aucune autre,
08:26des différentes, d'ailleurs, différentes programmations,
08:29y compris sur le sol français,
08:31dans des festivals en région
08:33où les conseils régionaux ont continué à subventionner le festival.
08:38Donc, on voit bien, effectivement,
08:39que la subvention publique est liée
08:41de moins en moins à des critères culturels
08:44et, effectivement, à des critères politiques.