Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 heures
Édouard Durand, magistrat, juge des enfants et ancien président de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), réagit au meurtre de Lyhanna, 11 ans, dont le principal suspect est un homme visé par de nombreuses plaintes pour violences sexuelles. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-lundi-08-juin-2026-1152405

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Quand la colère s'ajoute à la tragédie, c'est une faillite, un échec, une honte nationale.
00:05Rarement des mots aussi forts auront été prononcés après un crime.
00:09Celui de Liana, 11 ans, retrouvée morte la semaine dernière dans le Gers, colère.
00:14Devant le profil du suspect interpellé, un homme déjà mis en cause pour viol.
00:18Et voilà la justice au banc des accusés, avec des enquêtes administratives,
00:22des procureurs généraux convoqués ce matin par Gérald Darmanin
00:26et sommé de reprendre les 70 000 plaintes qui touchent les enfants d'ici au 14 juillet.
00:32Pour en parler ce matin, notre invité est au cœur du sujet,
00:37puisque c'est l'ancien président de la Civise,
00:39la commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants.
00:43Il est aussi magistrat, juge des enfants à Pontoise.
00:47Bonjour Edouard Durand.
00:48Bonjour.
00:48Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:50J'invite les auditeurs à venir participer à ce grand entretien 01 45 24 7000
00:57et l'appli Radio France pour vos questions et vos observations.
01:01Edouard Durand, on va bien sûr parler de cette affaire qui agit comme un nouvel électrochoc.
01:06Mais dites-nous d'abord plus largement ce qu'elle révèle, selon vous,
01:10de la difficulté à entendre et à prévenir les violences faites aux enfants.
01:14On n'a toujours pas compris, ça n'est toujours pas considéré comme une urgence
01:18malgré les scandales de ces dernières années, malgré votre travail à la Civise ?
01:25En effet, cette affaire terrible montre que le déni reste extrêmement puissant dans la société
01:34et par cet effet dans le fonctionnement des institutions,
01:39quelles qu'elles soient, toutes les institutions.
01:41Qu'est-ce que c'est le déni ? Le déni, c'est ça n'existe pas.
01:45Ça ne peut pas exister, ça n'est pas vrai, ça n'est pas grave, on ne peut rien faire,
01:51ça ne me regarde pas, on peut très bien s'en sortir.
01:54C'est la première chose que montre cette affaire épouvantable.
02:00Et puis la seconde chose que cette affaire montre,
02:05c'est que nous parlons d'une très grande criminalité.
02:07Les pédocriminels sont des tueurs avec une stratégie qui font un très grand nombre d'enfants victimes.
02:19Nous avons des données de la littérature scientifique qui montrent qu'un pédocriminel,
02:23dans sa carrière de pédocriminel, peut faire jusqu'à 150 enfants victimes.
02:28Ou bien jusqu'à commettre 2000 viols sur le même enfant.
02:33En quittant la civise en 2023, vous disiez que la société doit renoncer à être spectatrice
02:39des violences sexuelles faites aux enfants.
02:42Depuis lors, on a l'impression que la parole se libère, qu'elle est entendue,
02:47mais qu'elle se heurte toujours aux difficultés de la machine judiciaire.
02:52C'est le signe de quoi ? Est-ce que la société change plus vite que les institutions ?
02:59La parole des victimes, vous avez raison, Madame, se heurte au fonctionnement de l'institution judiciaire.
03:05Mais pas seulement.
03:06Elle se heurte au fonctionnement des institutions sociales,
03:11des institutions éducatives, des institutions de soins.
03:14Parce que le déni se montre dans le fonctionnement de toutes les institutions.
03:19Mais puisqu'il s'agit d'abord de grande criminalité,
03:22ce déni se montre d'abord dans le fonctionnement de la police et de la justice.
03:27C'est vrai.
03:28Vous dites que la parole se libère.
03:31La parole a toujours été énoncée.
03:35Le problème est qu'elle n'est pas entendue.
03:37Et le problème est que nous interposons toujours,
03:41entre l'enfant victime et la protection,
03:44des principes que nous interprétons mal
03:48et qui viennent faire écran à la protection.
03:51Quel principe leur dure ?
03:53Par exemple, je vous parle en tant que magistrat,
03:55les grands principes du droit.
03:56La présomption d'innocence,
03:58la présomption de l'égalité des délits et des peines,
04:00la présomption d'égalité...
04:02Ça s'appelle l'état de droit.
04:03Qui sont des principes fondamentaux.
04:06Dont je suis le gardien en tant que juge.
04:09Mais la présomption d'innocence n'a jamais été conçue par les humains
04:12pour créer un système d'impunité des agresseurs.
04:16On ne peut pas se cacher derrière ces principes,
04:19quels qu'ils soient.
04:20Ils sont les mêmes dans la médecine ou dans le travail social,
04:22à nouveau, pour dire,
04:24mais nous ne pouvons pas protéger.
04:26Mais vous avez le sentiment qu'aujourd'hui,
04:28ce sont ces principes-là qui sont en quelque sorte
04:31des freins au bon recueil de la parole des victimes,
04:35et de la parole notamment des enfants victimes de violences sexuelles ?
04:38D'abord, oui. Je pense, vraiment.
04:40Et c'est la conviction que je retire principalement du travail à la civise.
04:46C'est ce que j'appelle les bonnes planques.
04:47Nous venons trouver des bons prétextes
04:50pour ne pas avoir à rendre compte du déficit de la protection.
04:54Comment expliquer que plus des deux tiers des plaintes
04:58aboutissent à un classement sans suite
05:00au motif que l'infraction est insuffisamment caractérisée ?
05:04Comment expliquer que les victimes de violences sexuelles
05:08dans l'enfance se heurtent leur vie durant
05:11à une errance médicale et à un défaut de soins spécialisés
05:15du psychotrauma ?
05:16Comment expliquer que les enfants victimes d'inceste
05:20ne puissent révéler les violences
05:22qu'une fois qu'ils sont protégés
05:24et pas avant pour bénéficier de la protection ?
05:27Édouard Durand, on va parler de tout ça
05:29et on va bien sûr rentrer dans le détail
05:30de ce qui est arrivé à la petite Liana,
05:32des leçons qu'il faut en tirer
05:33quant à la lutte contre les violences sexuelles,
05:36notamment sur les enfants, mais comprenez que cette façon
05:38de mettre en opposition
05:40les défaillances systémiques de la justice
05:42et les grands principes qui font le droit,
05:44la présomption d'innocence,
05:46l'enquête à charge et à décharge,
05:47vous comprenez que là ça puisse interpeller
05:49ceux qui nous écoutent ce matin ?
05:51Je le comprends et j'invite chacun
05:54à s'interroger à ce sujet.
05:57Il y a en effet,
05:59puisque nous parlons de l'un des dénis
06:01les plus puissants, les plus anciens
06:04et les plus structurants dans le monde humain.
06:08Le déni du viol des enfants.
06:11J'invite chacun à s'interroger
06:13sur la manière de respecter
06:16scrupuleusement tous nos principes fondamentaux,
06:19mais en les rendant compatibles
06:23avec la protection effective des enfants
06:26qui dénoncent des violences.
06:28Dans cette affaire, Liana, le suspect avait déjà fait l'objet
06:32d'un signalement en 2017
06:34pour une relation qu'il entretenait
06:35avec une jeune fille de 17 ans.
06:36Il a ensuite été visé par une plainte en 2022
06:39pour un viol sur une petite fille de 7 ans,
06:41classé sans suite, faute d'éléments probants.
06:44Il est visé par une nouvelle plainte en août 2025,
06:48la dernière pour de multiples viols
06:50sur une enfant de 11 ans.
06:53Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné ?
06:55Vous comprenez, j'imagine, la colère,
06:57l'incompréhension qu'on éprouve
06:58face à cette répétition des plaintes.
07:02Qu'est-ce qui, en l'occurrence, n'a pas fonctionné ?
07:06Je ne suis pas sûr d'être le mieux placé pour le dire.
07:09Et puis, vous l'avez rappelé en introduction,
07:12des enquêtes administratives sont en cours.
07:16Elles démontreront ce qui n'a pas fonctionné.
07:19Ce que je peux dire à la lumière
07:21de ces trois années à la civise,
07:25c'est que nous tous,
07:28les magistrats, aujourd'hui principalement,
07:31bien sûr, et j'en fais partie,
07:33mais nous tous, groupes humains,
07:35nous ne prenons pas suffisamment au sérieux
07:38la parole des enfants qui dénoncent des violences.
07:42C'est une chose très forte que nous avions montré
07:45à la civise.
07:46Vous savez, quand un enfant révèle des violences,
07:48et notamment des violences sexuelles,
07:51particulièrement l'inceste, d'ailleurs, il faut le dire,
07:53il peut obtenir trois types de réponses
07:57que nous avons appelées
07:58trois types de soutien social.
08:01Premier type de réponse, c'est
08:02le soutien social positif.
08:05Je te crois, je te protège.
08:08Le deuxième type de réponse,
08:10c'est le soutien social négatif.
08:13Je te crois, mais rien ne se passe.
08:16Et le troisième type de réponse,
08:19c'est l'absence de soutien social.
08:21Tu mens, tais-toi.
08:22Eh bien, ce que nous avons montré
08:23à la lumière des 30 000 témoignages
08:26que nous avons reçus,
08:27c'est que lorsqu'un enfant révèle des violences,
08:32dans 92% des cas,
08:35il ne reçoit pas une réponse
08:37de type de soutien social positif.
08:40Enfin, cette petite fille, en l'occurrence,
08:42celle dont les parents ont porté plainte
08:43l'été dernier, elle a été entendue
08:44dans le cadre du protocole
08:46d'écoute et de recueil
08:48de la parole des enfants.
08:49Donc ça, ça existe.
08:51C'est assez précis, c'est précautionneux.
08:53Elle a été entendue.
08:54Ce qui pose problème, c'est que dix mois plus tard,
08:56la personne, l'homme qu'elle dénonce,
08:58lui, n'est pas convoqué,
09:01n'est pas placé en garde à vue.
09:03Alors, on a compris qu'il y avait
09:05ce fameux logiciel Cassiopée
09:06qui recense les antécédents judiciaires.
09:09Et on a du mal à comprendre
09:11comment on peut passer à côté
09:13d'un cas comme celui-là.
09:15Puisque si on tape le nom du monsieur
09:17dans le logiciel Cassiopée,
09:18on suppose que l'enquête
09:19doit clignoter en rouge.
09:20Qu'est-ce qui fait qu'en fait,
09:21pendant dix mois,
09:22on comprend aussi qu'il y a une histoire
09:23de Parquet de Toulouse
09:24qui transfère le dossier au Parquet d'Auches.
09:27Outre ces difficultés administratives,
09:30qu'est-ce qui fait que pendant six mois,
09:32on ne convoque pas un homme
09:34contre qui une plainte est déposée
09:36de la part d'une petite fille de 11 ans.
09:41Vous voyez, il y a une seconde,
09:42vous m'interrogiez sur la légitimité
09:44de mettre en question
09:45les grands principes du fonctionnement
09:47des institutions,
09:48et notamment des institutions judiciaires.
09:50Mais c'est la réponse à votre question.
09:52Pourquoi ?
09:53Parce qu'on ne considère pas suffisamment
09:56que c'est grave,
09:57que ça peut être vrai,
09:58que c'est dangereux,
10:00que la priorité doit se manifester
10:02par des actions concrètes,
10:04d'aller chercher, d'aller entendre,
10:07d'aller perquisitionner les ordinateurs,
10:10d'aller faire des enquêtes globales
10:13de voisinage pour recueillir
10:15d'autres éléments sur la personnalité,
10:17sur les plaintes.
10:17Edouard Durand, juste parce que là encore,
10:19et on sollicite aussi votre expertise
10:21non seulement d'anciens présidents de la civile,
10:22mais aussi aujourd'hui de magistrats,
10:24de juges des enfants,
10:25dans la tête de ces juges,
10:28de ces gendarmes qui sont chargés de l'enquête,
10:31qu'est-ce qui peut se passer ?
10:33Est-ce que c'est une question de moyens,
10:35comme on l'a entendu,
10:36et comme ce que répondent notamment
10:37les procureurs qui considèrent
10:39que Gérald Darmanin les a jetés en pâture
10:40en parlant de dysfonctionnement ?
10:42Est-ce que c'est une question
10:44de façon de fonctionner
10:46face à ces violences sexuelles
10:47commises sur les enfants ?
10:49C'est d'abord une question
10:51de penser du problème.
10:53Donc ce n'est pas une question de moyens ?
10:54Et donc pas d'abord une question de moyens,
10:56mais quand on parle des services publics
10:58en général,
10:59quand on parle du service public,
11:01de la justice en particulier,
11:02on ne peut pas faire l'impasse
11:04sur la question des moyens.
11:05Ce serait de mauvaise foi
11:06de dire qu'il n'y a pas
11:08un travail à mettre sur les moyens.
11:10Mais ça n'est pas d'abord
11:12une question de moyens,
11:13c'est d'abord une question
11:14de penser du problème.
11:15C'est-à-dire de penser
11:17qu'il s'agit d'une très grande criminalité.
11:20160 000 enfants victimes
11:22de violences sexuelles chaque année.
11:25Un enfant victime de violences sexuelles
11:27toutes les trois minutes.
11:285,5 millions de femmes et d'hommes adultes
11:31victimes de violences sexuelles
11:33dans leur enfance.
11:34Des coûts économiques pour la société
11:36qui sont monumentaux.
11:39Ceci n'est pas encore entré
11:41dans la pensée du problème.
11:43Donc il y a bien une question de moyens.
11:45Quand Emmanuel Macron la récuse,
11:47cette question,
11:48et qu'on a en France,
11:49on s'aperçoit qu'on a trois procureurs
11:50pour 100 000 habitants en France
11:51alors que la moyenne européenne
11:52est à 12,
11:54on comprend bien que le système
11:57peut avoir des difficultés
11:58à faire face à cette quantité astronomique
12:01de victimes.
12:03Oui, bien sûr, c'est une évidence.
12:06Le problème est le même
12:07pour la question des soins spécialisés
12:09du psychotraumatisme.
12:10C'est pourquoi nous avions tenu absolument
12:12dans le travail de la civise
12:14à faire le chiffrage du coût économique
12:16pour les dépenses publiques
12:17des violences sexuelles faites aux enfants.
12:19Et pour arriver à un chiffrage
12:20de 9,7 milliards d'euros par an.
12:23Voilà le coût de l'impunité
12:25des agresseurs.
12:26Et je rappelle que
12:28les soins spécialisés
12:29du psychotraumatisme
12:30sont un instrument
12:31de prévention primaire.
12:33Edouard Durand,
12:34il faut qu'on pose la question aussi
12:35des sanctions
12:36contre les magistrats
12:37puisque ça a été mis dans le débat
12:39notamment par le ministre
12:40de la Justice,
12:41Garde des Sceaux,
12:41qui, après les résultats
12:43de l'enquête administrative,
12:44se laisse la possibilité
12:45de formuler des sanctions
12:46contre les magistrats.
12:48Est-ce que ça vous paraît légitime
12:49que ceux qui ont
12:51potentiellement commis
12:52des erreurs,
12:53des fautes,
12:53soient sanctionnés ?
12:56Quand vous me posez
12:57cette question,
12:58monsieur,
13:00j'ai d'abord
13:01un regard introspectif
13:02sur les jugements
13:03que je rends
13:04et sur la responsabilité
13:06que j'ai.
13:07Et évidemment,
13:08quand on a des responsabilités,
13:10on doit les assumer.
13:11Moi, le premier,
13:12en tant que juge,
13:13dans ce cas précis,
13:15je n'ai pas d'observation
13:16à faire parce que
13:17je serais bien malvenu
13:19de commenter ça.
13:21Mais les magistrats
13:22ont une responsabilité
13:23disciplinaire
13:24et comme tous
13:25les agents publics,
13:26il y a un mécanisme
13:27qui est d'abord en jeu
13:28qui est celui
13:29de la responsabilité
13:30de l'État
13:31pour les erreurs
13:32qui sont commises
13:33dans le cadre
13:34de l'exercice
13:35des responsabilités publiques.
13:37Mais vous avez
13:38tous les jours
13:38des magistrats
13:39qui sont sanctionnés
13:40par l'institution judiciaire.
13:41Quand Bruno Retailleau
13:42propose une cour disciplinaire
13:44de la magistrature
13:45avec des citoyens
13:46tirés au sort
13:46aux côtés de magistrats
13:47en considérant
13:48que le conseil supérieur
13:50de la magistrature
13:51aujourd'hui
13:52est trop corporatiste,
13:54ça vous inspire quoi ?
13:56Cela m'inspire
14:00d'abord
14:03ceci.
14:05Ne dévions pas
14:08du problème
14:10tel qu'il se pose
14:11qui est
14:13comment mieux
14:14protéger
14:15les enfants
14:16avant le viol,
14:19avant la mort
14:21et ne dérivons pas
14:23vers des problèmes
14:24entre les institutions
14:26parce que c'est toujours
14:28comme ça
14:29que ça se passe.
14:30Et lorsque vous me posez
14:32cette question,
14:32moi j'ai en tête
14:33les images
14:34des victimes
14:35dans l'affaire Bétharam
14:36et de ce groupe
14:38de victimes
14:39là devant
14:39les télévisions
14:40du monde entier
14:41et leur porte-parole
14:42qui disait
14:43« Entendez ce cri,
14:45entendez comme ça fait mal,
14:46entendez le cri
14:47des enfants violés ».
14:48Mais déjà,
14:50on était passé
14:51à autre chose,
14:52on ne les écoutait plus
14:53parce qu'on disait
14:54qui savait,
14:54qui ne savait pas,
14:55qui doit être sanctionné.
14:57Edouard Durand,
14:57une autre proposition
14:58formulée par un responsable politique,
15:01l'ancien Premier ministre
15:01Dominique de Villepin
15:03dit qu'il faut créer
15:04un parquet dédié
15:05aux violences faites
15:07aux femmes et aux enfants
15:08sur le modèle
15:09de ce qu'on peut avoir
15:09sur notamment
15:10la lutte contre le terrorisme.
15:12Est-ce que ça,
15:13avec l'expérience
15:14qui est la vôtre,
15:14se dire qu'il y ait
15:15un parquet dédié
15:15à ce type de violence,
15:16est-ce que ça pourrait être utile ?
15:18Alors, il y a déjà
15:19dans chaque parquet de France,
15:21en tout cas dans
15:22les plus grands d'entre eux,
15:24des sections spécialisées
15:25sur les violences familiales,
15:29les violences conjugales,
15:30les violences sexuelles
15:31et les violences...
15:31Qui ne sont pas toujours saisies,
15:32et l'affaire Liana
15:33en est un exemple.
15:34Qui ne sont pas toujours saisies,
15:35mais il y a toujours
15:36des magistrats spécialisés
15:37dans les parquets.
15:37S'il y avait un parquet national
15:39spécialisé,
15:39il faudrait qu'il y ait
15:402000 parquetiers
15:42dans ce parquet national.
15:44Ce que nous avions montré
15:45à la civise,
15:46c'est qu'il faut renforcer
15:48les capacités
15:49de traitement judiciaire
15:50des violences sexuelles
15:51faites aux enfants
15:52pour lutter contre
15:52l'impunité des agresseurs.
15:54Avec des processus
15:56plus formalisés
15:57d'enquête,
15:58avec des processus
16:00de préparation des enfants
16:01au procès,
16:02pour que le procès
16:03ne soit pas
16:03une épreuve,
16:05une souffrance
16:05et une revictimation
16:06pour l'enfant.
16:07Avec l'accompagnement
16:08des enfants victimes
16:09dans le procès.
16:11Il y a des pistes.
16:12Nous les avions mises
16:14sur la table
16:14il y a trois ans.
16:16On a beaucoup d'appels
16:18d'auditeurs
16:19aux standards
16:19de France Inter
16:20parce que c'est un sujet
16:21qui touche
16:22beaucoup de personnes.
16:24Vous êtes bien placé
16:25pour le savoir.
16:26Beaucoup de questions
16:27sur les moyens
16:30de la justice.
16:31Des questions aussi
16:32sur la façon
16:33dont on peut parler
16:35aux enfants
16:35puisque vous-même
16:36au sein de la civise
16:37aviez préconisé
16:38qu'on dépiste
16:41tous les enfants
16:42presque chaque année.
16:43Donc j'accueille Agnès
16:45aux standards
16:46de France Inter.
16:47Bonjour Agnès,
16:47bienvenue.
16:49Bonjour.
16:49Allez-y,
16:50posez votre question
16:51Agnès.
16:52Alors voilà,
16:53je suis médecin scolaire
16:55en Bretagne
16:55et je vois
16:57très régulièrement
16:58des enfants
16:58pour lesquels
16:59les comportements
17:00interrogent
17:03et font suspecter
17:06des abus sexuels
17:11dans le cadre
17:13familiales
17:13ou dans l'environnement
17:16proche.
17:17La plupart des enfants
17:19ne parlent pas
17:20même quand on les interroge.
17:22Les écoles signalent
17:24et je voulais savoir
17:25déjà comment
17:28faire au mieux
17:29parce que la plupart
17:30du temps
17:31il ne se passe rien.
17:32Il y a des enquêtes
17:33sociales qui sont
17:34diligentées
17:34et qui sont
17:36quasiment tout le temps
17:37suivies
17:38de non-lieu.
17:41Il ne se passe rien.
17:42Donc,
17:43merci
17:44de votre éclairage.
17:46Merci Agnès
17:47pour cette question
17:48de terrain
17:49et de fait,
17:50vous disiez
17:51au moment de la civisme
17:52que
17:52un enfant sur dix
17:54s'exprime
17:55et porte plainte
17:56au moment
17:56où les faits lui arrivent,
17:58pendant que les faits lui arrivent.
17:59Donc,
17:59comment est-ce qu'on fait
18:01parler les enfants ?
18:02Comment est-ce qu'on dépisse ?
18:03Comment est-ce qu'on agit ?
18:05Il y a une manière
18:10d'avancer
18:10dans le repérage
18:12des enfants victimes.
18:14C'est le repérage
18:15par le questionnement
18:16systématique
18:17et la question
18:18de cette dame
18:19qui est médecin scolaire
18:20le démontre.
18:22Nous disons
18:22dans une classe
18:23de 30 élèves
18:24il y a au moins
18:25trois enfants
18:25qui sont victimes
18:26de violences sexuelles.
18:27Oui d'accord,
18:27mais lesquels ?
18:28Ces enfants ont un visage,
18:30ils ont un prénom,
18:31ils ont un nom.
18:32Mais alors qu'est-ce qu'on fait ?
18:33Pour le savoir,
18:34il faut poser la question
18:34des violences
18:35à tous les enfants.
18:36Mais aussi brutalement que ça ?
18:38Non pas aussi brutalement,
18:39mais moi je peux vous dire
18:40les questions que je pose
18:41quand je suis en audience
18:42avec des enfants.
18:43Je pose des questions
18:44qui sont...
18:45Tu sais parfois
18:46il y a des enfants
18:46qui me disent
18:47qu'on leur fait des choses
18:48qu'ils n'aiment pas
18:49et peut-être qu'il y a des choses
18:50qu'on te fait
18:51que tu n'aimes pas
18:52et tu peux me le dire
18:53si tu veux.
18:53Ou bien
18:55est-ce qu'on t'a déjà fait du mal ?
18:58Ou bien
18:58est-ce que ça t'arrive
18:59d'avoir peur ?
19:00Est-ce que tu peux raconter
19:01ce qui se passe
19:01quand tu as peur ?
19:02Et qu'est-ce qui te fait peur ?
19:04Enfin chacun peut trouver
19:05la question.
19:06Mais qui doit la poser cette question ?
19:08Toutes les personnes
19:09qui travaillent avec les enfants.
19:11Et je voudrais vous dire
19:12quelque chose.
19:13Lorsque nous avons travaillé
19:16à la civile,
19:17nous avions construit
19:18en lien avec
19:20tous les ministères concernés
19:22un programme de formation
19:23de tous les professionnels
19:25au repérage
19:26et au signalement.
19:28Et nous avions
19:28j'y tenais beaucoup
19:29commencé
19:29une formation
19:31de tous les formateurs
19:32de tous les agents publics
19:34de l'Etat
19:35avec ce programme
19:36Mélissa et les autres.
19:37Eh bien il a été interrompu.
19:39Edouard Durand
19:40sur le recueil
19:41de la parole
19:41de l'enfant
19:43on a beaucoup parlé
19:44notamment dans la foulée
19:45du procès Outreau
19:47et du fiasco
19:48de ce procès
19:49le fait qu'il y avait
19:49une sorte de balancier
19:51sur la façon
19:52dont on jugait
19:54comme crédible
19:54la parole des enfants
19:56parole qui était donc
19:57à certains égards
19:59remise en cause
20:00puisque rappelons
20:01dans le procès Outreau
20:01c'est une parole
20:02qui avait notamment
20:03conduit à inculper
20:04des personnes
20:05qui finalement
20:05n'étaient pas coupables
20:06de ce qui leur était reproché.
20:07Est-ce que ça vous considérez
20:09qu'aujourd'hui
20:09il faut rattraper
20:10ce mouvement de balancier là ?
20:12On continue à ne pas
20:13assez croire
20:14en la parole des enfants ?
20:17C'est une évidence
20:18de même qu'il est
20:20absolument évident
20:21que le traitement
20:24social
20:25politique
20:26de cette affaire
20:28d'Outreau
20:28a conduit
20:29à un déficit
20:31de notre volonté
20:33de protection
20:34des enfants.
20:35Je rappelle
20:36que dans cette affaire
20:38d'Outreau
20:38tous les enfants
20:39ont été reconnus
20:41victimes
20:42de violences sexuelles
20:43extrêmement graves.
20:45Mais les accusés
20:46l'ont été
20:46à tort.
20:47Et je rappelle que
20:47parmi ces personnes
20:48dont vous venez de parler
20:50certaines ont été
20:51après leur acquittement
20:52poursuivies,
20:53mises en cause
20:54et parfois déclarées coupables
20:55pour des faits
20:56de violences sexuelles
20:57faites à des enfants.
20:59Ce que je sais
21:01c'est que
21:02après cette affaire d'Outreau
21:04on voit statistiquement
21:06un déficit
21:08de prise en compte
21:09de la parole
21:10des enfants victimes.
21:11Et il y a un choix
21:13à faire.
21:15Le choix à faire
21:16est est-ce qu'on veut
21:17protéger
21:17avant
21:19ou est-ce qu'on veut
21:20attendre
21:21après ?
21:22Et on ne peut pas
21:24à la fois
21:25et vous voyez
21:25ça, ça n'est pas
21:26une question de moyens
21:27c'est une question
21:28de politique publique
21:30et de ce que j'appelle
21:31une doctrine.
21:32On ne peut pas
21:33à la fois dire
21:34vous devez protéger
21:35sinon vous serez
21:36sanctionné
21:37si vous n'avez pas
21:38protégé
21:38et dire en même temps
21:41attention
21:41si vous n'êtes pas sûr
21:42vous ne devez rien faire.
21:44On peut Edouard Durand
21:44entendre la parole
21:46des enfants
21:46et aussi s'assurer
21:47dans le cadre
21:47de l'état de droit
21:48que des innocents
21:50ne se retrouvent pas
21:50inculpés.
21:51Absolument.
21:52Et d'ailleurs
21:52la présomption d'innocence
21:54n'a jamais
21:55été conçue
21:57pour
21:58créer
21:59cette impunité
21:59des agresseurs.
22:01Est-ce que
22:02toute dernière question
22:03pour finir
22:03en quelques mots simples
22:05est-ce que
22:05tout ça doit passer
22:06par une loi
22:07et à une loi
22:08intégrale
22:09qui sommeille
22:10dans les placards
22:11de l'Assemblée
22:11qui a été signé
22:12par 110 députés
22:14est-ce que
22:15ça peut être
22:16une solution
22:16pour prendre
22:18le problème
22:19dans sa globalité ?
22:22La réponse
22:23doit être
22:24multiple
22:24mais elle doit être
22:26catégorique
22:27claire
22:29ambitieuse.
22:30Il y a la loi
22:31d'abord oui
22:31c'est ce que j'appelle
22:32une législation
22:33plus impérative
22:33que j'appelle
22:34de mes voeux
22:34depuis 15 ans
22:36maintenant
22:36c'est-à-dire
22:37une loi
22:37qui ne consent pas
22:38à ne pas être
22:39appliquée.
22:41vous avez
22:42des exemples
22:42avec la loi
22:43sur le seuil d'âge
22:44dans les violences sexuelles
22:45et puis il y a
22:45des choses
22:46qui ne relèvent pas
22:47de la loi
22:47qui sont par exemple
22:49un vrai plan
22:50de formation
22:50des professionnels
22:51au repérage
22:52et au signalement.
22:53Ce qui paraît être
22:53une évidence.
22:54Merci beaucoup
22:55Edouard Durand
22:56d'avoir été au micro
22:57de France Inter
22:58ce matin.
Commentaires

Recommandations