- il y a 1 heure
Les invitées du Grand entretien sont Victoire Haffreingue-Moulard, cheffe adjointe du service police-justice Île-de-France du Parisien pour son livre "Les Rois du silence - Périscolaire, l'enquête choc" (Robert Laffont) et Lisa-Lou Wipf, vice-procureure, cheffe du Parquet des Mineurs de Paris. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-lundi-18-mai-2026-7479550
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00:00Que se passe-t-il quand les enfants sont à l'école, pas avec leurs professeurs mais avec des animateurs
00:05embauchés par la commune aux heures du périscolaire, la cantine, le mercredi avant et après la classe ?
00:12Cette question désormais, tous les parents se la posent.
00:14Depuis qu'a éclaté le scandale du périscolaire à Paris, violence et agression sexuelle subie par des enfants,
00:20une convention citoyenne s'ouvrira sur le sujet ce lundi à l'initiative du maire Emmanuel Grégoire
00:26et deux invités sont avec nous pour parler de cette déflagration Benjamin.
00:31Bonjour Victoire Afrin-Boulard, merci d'être avec nous ce matin sur Inter, vous êtes journaliste aux Parisiens
00:35et vous publiez ce livre-événement, cette enquête choc, les rois du silence périscolaire,
00:41l'enquête choc chez Robert Laffont, une enquête de longue haleine dans toute la France sur les dysfonctionnements de ce
00:45système.
00:46A bout de souffle, à côté de vous Lysel Ouvipf, bonjour, merci d'être avec nous, vous êtes chef du
00:50parquet des mineurs de Paris
00:52et c'est vous qui dirigez les investigations de la brigade des mineurs sur ces affaires.
00:55Alors pour commencer, et je rappelle que les auditeurs peuvent évidemment nous appeler 0145247000
01:01pour poser des questions et pour nous faire part de leurs observations.
01:05Pour commencer, on est stupéfait des chiffres qui ont été donnés hier par la procureure de Paris,
01:11Laure BQO, qui annonce des enquêtes pour violences sur 84 écoles maternelles,
01:17une vingtaine d'écoles primaires, une dizaine de crèches à Paris.
01:21Alors même question à tous les deux, est-ce que ces chiffres sont le signe d'une violence systémique
01:27qui était restée dans l'ombre jusqu'à présent ?
01:32Alors si je dois prendre la parole en premier, je pense que ces chiffres qui sont extrêmement élevés
01:38et donc nécessairement inquiétants sont néanmoins révélateurs d'éléments positifs,
01:44à savoir que l'enfant aujourd'hui sait qu'il peut être écouté par les professionnels,
01:48sait qu'il peut se confier et en réalité va libérer sa parole beaucoup plus tôt
01:54qu'il ne le faisait quelques années encore auparavant.
01:57Donc ça veut dire pour nous des moyens de mettre à jour la vérité, la vérité judiciaire,
02:03plus facilement que si l'enfant dénonce les faits plusieurs années plus tard.
02:09Qu'est-ce que vous dites vous, Victoria Frank-Moulard ? C'est un tsunami ?
02:13Oui, alors on a beaucoup parlé d'un me-too des enfants,
02:16alors il faut savoir que le terme n'est pas forcément approprié
02:19parce qu'en fait les enfants vont toujours parler,
02:22c'est plutôt notre capacité, nous en tant que parents, à les écouter,
02:27à prendre en compte en fait ce qu'ils vont nous dire.
02:29Donc ça aboutit comme ça à cette vague de signalements,
02:33que ce soit des signalements pour des violences sexuelles ou des violences physiques.
02:36Alors ce qu'il faut dire tout de suite c'est qu'on parle énormément de Paris
02:39parce que c'est là que les affaires ont commencé à sortir,
02:41parce que des parents se sont mobilisés,
02:44mais vous qui avez enquêté dans toute la France,
02:46ce qui se passe à Paris, se passe aussi ailleurs ?
02:49Oui, alors l'idée ce n'est pas de faire peur aux parents évidemment,
02:52mais oui on a beaucoup focalisé ces derniers mois sur les affaires parisiennes,
02:57alors que les violences sexuelles c'est une conséquence des failles du système périscolaire,
03:03et le système périscolaire il est dans toute la France.
03:06Donc voilà, ces affaires-là elles existent partout en France.
03:11Donc ce n'est pas seulement un phénomène parisien,
03:13on vient de parler de cette annonce de la procureure de Paris,
03:1684 écoles maternelles concernées par ces enquêtes,
03:20il faut aussi rappeler ces chiffres,
03:2178 animateurs suspendus dans les écoles parisiennes,
03:2431 pour des suspicions de violences sexuelles depuis le début de l'année.
03:27Mais Lisa Louvip, est-ce que vous étiez préparée à voir autant de plaintes affluées,
03:35autant d'accusations et autant d'enquêtes à mener ?
03:38Est-ce que vous vous attendiez à ce que ce phénomène soit si important et si étendu ?
03:43Alors comme cela a été dit, on assiste depuis plusieurs années
03:46à un phénomène de libération de la parole des enfants,
03:48et ça concerne en réalité toutes les atteintes dont ils sont susceptibles d'être les victimes.
03:53Donc ça peut être évidemment des violences intrafamiliales,
03:57des violences sexuelles incestueuses.
03:59Donc ce phénomène d'augmentation exponentielle,
04:02nous le constatons au moins depuis 5 ans.
04:05Donc bien sûr que nous ne sommes jamais prêts,
04:08puisque nous ne pouvons pas tout anticiper,
04:10mais en réalité c'est un phénomène que nous constations déjà,
04:14et on en reparlera, mais la brigade de protection des mineurs
04:17s'est parfaitement organisée pour pouvoir répondre à nos demandes.
04:22On va en parler effectivement,
04:24mais ce qu'il faut dire d'abord, Victoire et Franck Moulard,
04:26c'est que 89% des enfants fréquentent le périscolaire régulièrement.
04:31C'est beaucoup plus qu'il y a 30 ans,
04:33parce que nos modes de vie ont changé notamment.
04:35Et vous parlez de ce système du périscolaire
04:39comme d'un système totalement opaque,
04:41dont les règles et les conditions de recrutement
04:44dépendent des choix des municipalités.
04:46Il faut que vous nous expliquez comment ça marche.
04:48C'est vrai qu'on a été sidéré par l'absence de règles
04:52dans ce milieu du périscolaire,
04:54comme on a été sidéré de constater qu'il n'y avait pas de consultation
04:56des fichiers de justice, par exemple, pour être animateur.
04:58Donc comment ça marche ?
05:00Alors déjà, je pense qu'il faut rappeler ce que sont les temps périscolaires.
05:03Donc c'est quand on dépose son enfant à l'école,
05:04les parents n'ont pas forcément conscience de ça.
05:07Il peut y avoir ce temps de garderie juste avant le temps d'école,
05:11donc avant 8h30.
05:12Il y a aussi le midi, le temps de cantine,
05:14et le soir, ce qu'on appelle plutôt le goûter.
05:17Donc tout ça, ce sont des temps périscolaires
05:19qui sont gérés par les collectivités.
05:24Et c'est les collectivités qui vont recruter des animateurs
05:28et aujourd'hui, elles font face à un déficit de candidatures
05:32et elles vont aller piocher dans les candidatures qu'elles ont.
05:35Et il arrive souvent que ce soit des candidats
05:39qui n'ont pas de diplôme, donc pas de formation,
05:42et elles vont devoir faire avec, elles vont les recruter,
05:45les lâcher sur le terrain.
05:46Mais ça veut dire qu'il n'y a pas de règle ?
05:47Il n'y a aucune règle ?
05:48Alors, il y a deux possibilités pour les communes.
05:53L'État laisse la possibilité aux communes
05:55de déclarer ou non son accueil périscolaire
05:58au titre d'un accueil collectif de mineurs.
06:00Alors, si elles le déclarent,
06:02ça permet en fait de toucher une subvention
06:04et de financer ce service périscolaire.
06:07Mais si elles ne le déclarent pas,
06:08donc elles n'auront pas de subvention.
06:10En revanche, elles ne seront soumises à aucune règle.
06:13Ça veut dire qu'il n'y aura pas de taux d'encadrement imposé,
06:16pas de diplôme imposé pour les animateurs,
06:19et le contrôle des casiers judiciaires n'est pas obligatoire.
06:23Pour démontrer précisément ce que vous nous racontez,
06:25pour votre livre et pour votre enquête,
06:27vous vous êtes fait embaucher vous-même
06:29comme animatrice dans une école maternelle
06:31de la banlieue de Lille.
06:32Et là encore, et c'est ce que vous décrivez,
06:34c'est tout à fait stupéfiant,
06:36ça s'est fait avec une facilité absolument déconcertante.
06:38Racontez-nous comment vous vous êtes fait embaucher
06:41en quelques heures à peine
06:43comme animatrice de périscolaire dans la banlieue de Lille.
06:46Alors, ce n'est pas dans la banlieue de Lille.
06:48C'est une école, on a décidé de ne pas dire où elle se trouvait
06:52pour ne pas justement stigmatiser une municipalité.
06:57En fait, moi je me suis présentée avec un CV
07:00où je n'avais pas de diplôme, pas d'expérience,
07:03si ce n'est l'expérience d'avoir un enfant.
07:06Et donc j'ai passé un entretien,
07:08ça a duré 20 minutes et malgré mon absence d'expérience,
07:12j'ai effectivement été embauchée.
07:14Et à ce moment-là, je me suis rendu compte
07:16qu'on m'avait demandé de venir 5 minutes avant ma prise de poste.
07:20J'ai fait le tour de l'école, on m'a expliqué,
07:22les classes se trouvent là, les toilettes c'est ici.
07:25Et puis après, on vous...
07:26Et une heure après, vous êtes lâchée dans le grand bain
07:27et 5 minutes après, vous êtes considérée comme étant opérationnelle.
07:31Oui, on vous donne 5 ou 6 enfants en disant
07:34bon ben voilà, ça y est, il faut s'en occuper.
07:37Et la première chose, c'est de les accompagner aux toilettes
07:39et on se retrouve, on ne sait pas si on doit essuyer les enfants,
07:43s'il y a un accident, ce qu'on doit faire.
07:45Enfin, personne, on fait un peu à l'instinct, mais...
07:48Il n'y a pas de protocole.
07:50Non, en tout cas, là où j'ai été embauchée, il n'y en a pas
07:53et dans la plupart des communes, il n'y en a pas, effectivement.
07:55Lisa Louvif, ce système d'embauche à la Vévit,
07:59est-ce que vous considérez que c'est une aubaine pour les pédocriminels ?
08:03Est-ce que vous l'avez constaté dans vos enquêtes ?
08:05Il y a un profil type des animateurs soupçonnés
08:09et ils sont là parce qu'il y a une bonne raison ?
08:11Alors, il n'existe pas de profil type de pédocriminel.
08:15Il y a certains pédocriminels qui vont reconnaître leurs penchants,
08:20leurs pulsions, leurs déviances
08:22et qui vont, en effet, sciemment rechercher une profession
08:25qui sera en contact quotidien avec des enfants.
08:28Donc, ça peut, évidemment, concerner un certain nombre de professions.
08:32Mais ça n'est pas du tout la majorité de nos profils.
08:35Nos profils, ce sont plutôt, comme on l'indiquait,
08:38des jeunes peu formés, avec une grande immaturité psycho-affective
08:44et qui vont peut-être chercher un rapport de domination, de pouvoir
08:49qu'ils ne pourraient pas exercer sur une autre personne de leur âge
08:52et qui, donc, vont s'en prendre à des enfants.
08:55Mais sur la facilité qu'ont ces animateurs de se faire embaucher,
08:59vous reconnaissez à la place qui est la vôtre
09:01que c'est une aubaine pour ces pédocriminels
09:05et qu'on est au cœur du sujet, le manque d'encadrement
09:09de ces animateurs du périscolaire.
09:11Il y a le problème de recrutement, comme on l'a dit.
09:13Il y a celui de la formation.
09:15Et il y a celui absolument crucial, comme vous l'indiquiez,
09:18de l'encadrement et également, donc,
09:22du rôle et de la place que doit occuper chacun des professionnels
09:28qui sont en contact quotidien avec ces enfants
09:30et dont les places peuvent être changeantes.
09:33On indiquait que parfois, un parent qui dépose son enfant le matin
09:37le récupère le soir.
09:38En réalité, ne sait pas avec qui son enfant a passé
09:42des moments dont on a pu dire qu'elle concerne une grande intimité.
09:46Par ailleurs, on a parfois l'impression qu'il s'agit de deux mondes parallèles
09:49entre les enseignants, l'établissement scolaire
09:52qui relève de l'éducation nationale
09:53et ces animateurs qui relèvent de la commune.
09:57Il y a des croisements, ces gens se parlent,
10:00ces gens se signalent peut-être des observations
10:03ou des doutes qu'ils peuvent avoir ?
10:04C'est un des gros problèmes, en fait, aussi de ce système-là.
10:07C'est-à-dire qu'il y a d'un côté l'éducation nationale,
10:11d'un côté les collectivités.
10:12Elles travaillent dans les mêmes écoles
10:14et pourtant, elles ne se parlent pas.
10:17Elles ne se parlent absolument jamais.
10:18Donc, quand on est parent et qu'on vient récupérer son enfant
10:23à 18h30 et qu'il s'est passé quelque chose à l'école,
10:25le périscolaire sera, dans le temps scolaire,
10:29ces animateurs seront incapables de vous donner des éléments
10:32et de vous apporter des réponses.
10:33Oui, il y a cette étanchéité.
10:35Effectivement, on va parler dans un instant d'un point crucial
10:37que vous soulevez dans votre livre.
10:39C'est la parole de l'enfant, les signaux annonciateurs,
10:42la façon dont on peut l'accueillir.
10:43Mais juste avant, Lisa Louvipf, là encore,
10:45pour bien comprendre la façon dont tout cela fonctionne,
10:47comment est-ce que les signalements des violences
10:49dans le périscolaire remontent jusqu'à vous ?
10:51Est-ce que ce sont principalement les parents ?
10:54Est-ce que ce sont les écoles qui vous indiquent en premier
10:58quand il y a un problème ?
11:00Les deux.
11:00Il y a en effet un certain nombre de familles
11:03qui spontanément vont se rendre dans un commissariat.
11:05Donc la pratique que nous avons développée désormais,
11:08c'est que nous sommes appelés en temps réel à la permanence,
11:11parfois du parc à des mineurs,
11:13parfois alors que les familles sont encore présentes physiquement
11:16dans le commissariat pour pouvoir donner les premières orientations,
11:20les premières instructions.
11:21En revanche, les signalements institutionnels sont extrêmement nombreux par ailleurs.
11:26Donc soit les écoles, soit les directrices d'écoles,
11:30soit le rectorat de Paris,
11:31mais encore la seule île de recueil des informations préoccupantes,
11:35nous sommes destinataires de multiples vecteurs de signalement
11:39et nous avons un énorme travail de tri et de recoupement à effectuer
11:44pour déterminer s'il s'agit d'une école déjà connue,
11:46si nous avons déjà un animateur qui est suspendu et identifié
11:50comme faisant déjà l'objet d'une enquête pénale.
11:52C'est un travail que nous menons au quotidien.
11:55C'est un sujet qui inquiète évidemment beaucoup les parents d'enfants
12:00en âge scolaire et nous avons justement Eléa au standard de France Inter.
12:04Bonjour, bienvenue Eléa, vous avez une question à poser ?
12:07Oui, bonjour.
12:08Alors moi, je suis un petit peu à toute cette affaire,
12:12forcément comme beaucoup de parents,
12:13et on entend beaucoup parler d'agresseurs hommes, encore une fois,
12:18et je me demandais si effectivement ce sont très majoritairement des hommes,
12:22si on a des femmes aussi qui agressent,
12:24parce que nous en tant que parents, on a besoin de savoir à quoi faire attention.
12:28Alors, essentiellement des hommes, est-ce qu'il y a aussi des femmes ?
12:31Oui, donc en matière de violences dans le milieu périscolaire,
12:35ça reflète la réalité de l'intégralité des violences sexuelles,
12:38c'est-à-dire qu'en effet, très majoritairement,
12:40les auteurs sont des hommes, mais il y a aussi une part de femmes.
12:44Donc très majoritairement des hommes.
12:46Victor Afring-Moulard, il faut que vous nous expliquiez,
12:50là encore pour les parents qui nous écoutent,
12:52sans alimenter bien sûr la paranoïa,
12:53les signes qu'ils doivent alerter chez un enfant qui a subi des violences sexuelles,
12:58ou vous racontez des histoires absolument terribles d'enfants
13:01qui n'arrivent pas à mettre des mots sur ce qui leur est arrivé,
13:04mais qui ont des symptômes que l'on apprend à décrypter, à décoder.
13:10Comment est-ce que, quels signaux doivent alerter quand on est parent ?
13:14Au fil des témoignages que j'ai recueillis de parents,
13:18je me suis rendu compte que ça commençait toujours de la même manière.
13:21Donc c'est un changement de comportement brutal chez l'enfant,
13:26des crises de colère,
13:28voilà, et je le développe ensuite dans le livre.
13:32Il y a plein de signaux qui peuvent alerter,
13:36donc je le disais, ces crises de colère,
13:38mais qui ne sont pas celles qu'on peut voir chez un enfant,
13:40chez un petit enfant, mais c'est une colère qui ne se calme pas.
13:44Donc voilà, il y a ce type de signal,
13:47il y a aussi l'hypersexualisation,
13:50donc un enfant qui a été confronté à la sexualité adulte,
13:56va essayer de toucher les parties intimes,
14:00d'embrasser ses parents par exemple,
14:03des comportements qui ne sont pas ceux d'un enfant de 4 ou 5 ans.
14:08Donc voilà, c'est tout un tas de signaux que je développe dans le livre.
14:12Il y a une question délicate aussi,
14:13c'est la façon dont on parle aux enfants quand on est parent
14:17et qu'on a des doutes,
14:19parce que ces enfants sont parfois très petits.
14:22Comment on fait ?
14:23Vers qui on se tourne pour faire les choses correctement ?
14:26Alors ça, c'est très important.
14:29Une fois qu'on a, vous le dites, des doutes,
14:32s'il y a un commencement de révélation de la part de l'enfant,
14:37il ne faut surtout pas poser trop de questions quand on est parent
14:41et surtout pas de questions fermées,
14:43toujours rester dans des questions ouvertes
14:45et se tourner surtout vers les professionnels.
14:49Alors justement, ça vous concerne en premier lieu, Lisa Louvif,
14:52parce que vous, vous arrivez après ce signalement des enfants à leurs parents
14:58avec leurs mots de parfois de tout petits enfants
15:00et vous, vous allez mettre un temps fou
15:04et beaucoup de précautions pour recueillir cette parole
15:07et pour les auditions de ces enfants, il y a tout un protocole, c'est ça ?
15:11Exactement. Nous allons saisir une brigade spécialisée
15:14qui à Paris est la brigade de protection des mineurs
15:16qui est composée de policiers spécialement formés
15:20au recueil de la parole de l'enfant.
15:21C'est une formation qui dure plusieurs semaines
15:24qui nécessite en effet que l'enfant soit accueilli
15:27dans des locaux qui soient adaptés
15:30pour que l'enfant se sente en sécurité,
15:32qu'il ne soit pas trop fatigué.
15:34Il y a vraiment un choix de la temporalité
15:37sur le moment où l'enfant peut être entendu
15:39avec l'assistance en général d'une psychologue
15:42qui peut éventuellement rassurer l'enfant
15:44avant que sa parole puisse être entendue
15:47par deux policiers.
15:49Un qui va filmer derrière une glace sans teint
15:51et qui va évidemment dans l'objectif
15:53de recueillir les éléments qui relèvent du non-verbal
15:56puisque chez un tout petit enfant,
15:58exactement, ça va être tout aussi important
16:00de voir comment il réagit, s'il est prostré, s'il pleure,
16:05s'il a du mal à s'exprimer.
16:07Ça, c'est vraiment des éléments qui sont extrêmement importants.
16:10Et en parallèle de ça, un policier spécialement formé,
16:13comme je l'indiquais, qui respecte un protocole en plusieurs étapes,
16:17une phase de mise en confiance et surtout,
16:19s'adapter et comprendre le vocabulaire de l'enfant
16:22pour surtout, comme on l'indiquait, ne pas être suggestif
16:25et ne pas influer des réponses.
16:28Donc, pas de questions trop fermées.
16:30Du coup, la façon dont les parents auront parlé
16:32au préalable avec leurs enfants,
16:34ça a une répercussion sur les auditions que vous faites
16:36qui sont menées par les policiers ensuite ?
16:39Potentiellement, mais encore une fois,
16:40comme on l'indiquait,
16:42la description de l'évolution du comportement de l'enfant,
16:45ça, ça va être des éléments primordiaux pour nous.
16:49Victoire à Fong-Moulard,
16:50on voit effectivement que la justice s'est adaptée
16:54et à recueillir la parole de l'enfant.
16:56Il faut aussi dire que,
16:57quand on a traité cette question du périscolaire ces derniers mois,
17:00il y a eu beaucoup de colère de la part de parents
17:02qui ont considéré que la justice n'allait pas assez vite,
17:05qui étaient en colère aussi contre les responsables politiques,
17:07les municipalités,
17:08et on va parler de la question de Paris dans un instant.
17:11Est-ce que cette colère-là,
17:13vous qui avez enquêté sur cette question,
17:15elle est justifiée ?
17:16Est-ce qu'effectivement, il y a eu une justice
17:19qui a été trop lente,
17:20des policiers qui, peut-être parfois,
17:21n'ont pas suffisamment vu
17:22ce qui était en train de se passer dans ces écoles
17:24et concernant ces tout-petits ?
17:25Est-ce que cette colère-là,
17:26elle est justifiée ?
17:28On peut la comprendre.
17:29J'ai un témoignage d'une maman
17:31qui raconte que quand elle se présente chez les policiers,
17:33elle est en pleure pour elle.
17:35C'est la fin du monde.
17:36Et justement, ce policier lui dit
17:38« Ça va aller, madame,
17:39ce n'est pas la fin du monde. »
17:40Si, si, c'est pour ses parents,
17:41ça l'est en l'occurrence.
17:44Et puis, la réalité,
17:46c'est qu'une fois que ses parents déposent plainte,
17:49ils n'attendent qu'une seule chose,
17:51c'est que leur enfant soit auditionné.
17:52Ça peut prendre des semaines,
17:54voire parfois des mois.
17:56Donc, ils ont du mal à comprendre.
17:57Ils sont dans une détresse,
17:59dans une attente.
18:00Et ça, ils ont du mal à comprendre ce délai-là.
18:03Et une fois qu'il y a les auditions,
18:04l'enquête se poursuit.
18:05Il y a des actes d'enquête
18:06qui sont menés par les enquêteurs.
18:10Mais ça, ils ne sont pas mis au courant.
18:13Donc, ils sont clairement laissés dans le brouillard.
18:16Et ça, c'est très difficile.
18:17Et pour finir,
18:20parfois, les enquêtes aboutissent
18:22à un classement sans suite des plaintes.
18:24Et parfois, ils sont prévenus.
18:26Et d'autres fois, tout simplement,
18:28personne ne les prévient.
18:29Ce que vous dites là,
18:30on a une auditrice en ligne
18:33qu'il a vécue très concrètement.
18:36C'est Marie.
18:36Bonjour, bienvenue Marie.
18:38Oui, bonjour.
18:39Marie, vous avez un de vos enfants
18:41qui a été victime, c'est ça,
18:43dans le cadre périscolaire ?
18:45Absolument.
18:45Alors, c'était même à l'école.
18:47Oui.
18:47À l'école, avec son ADSEM.
18:50Ce n'est pas le seul enfant de la classe.
18:51Ils étaient au moins trois
18:52à avoir été violés par cette ADSEM.
18:55Les enfants ont mis un petit peu de temps à le dire.
18:57À l'époque, ils avaient trois ans.
18:59Et maintenant, ils ont trois ans de plus.
19:01Et le problème, c'est qu'aujourd'hui,
19:03ils ne s'en souviennent pas.
19:05Donc, en fait, on se dirige tout droit
19:08vers un non-lieu.
19:10Et on ne sait pas quoi faire
19:11pour que finalement, ça débouche sur un procès.
19:14Vous êtes où, Marie ?
19:15Vous êtes à Paris ?
19:16Non, en Bretagne.
19:17En Bretagne.
19:18Merci, Marie.
19:19Comment on fait avec le temps de cette justice,
19:22les souvenirs qui s'effacent ?
19:24Alors, en effet, on parle de tout petit enfant.
19:26Donc, il faut les entendre rapidement.
19:29Néanmoins, comme je l'indiquais,
19:31dans de bonnes conditions,
19:33il faut aussi également s'assurer
19:34que nous n'avons pas une ou deux victimes,
19:37mais pas potentiellement plus.
19:39Donc, ça aussi, ça nécessite
19:40qu'on effectue des vérifications.
19:42Comme je vous l'indiquais,
19:43le recueil de la parole de l'enfant,
19:45on va toujours le croiser
19:45avec l'examen de l'enfant
19:47par un psychologue.
19:48Et en réalité, la vitesse,
19:50la rapidité de nos investigations,
19:52elle va aussi dépendre
19:52de la qualité du signalement.
19:54Si nous recevons un signalement
19:56dans lequel nous n'avons qu'un surnom
19:58pour désigner le professionnel,
20:00l'animateur concerné,
20:02bien évidemment qu'il va nous falloir du temps
20:04pour vérifier déjà sur quelle temporalité,
20:08où a-t-il travaillé,
20:09au contact de combien d'enfants.
20:12Donc, ça, c'est un travail qui prend du temps.
20:14Alors, en mesure que c'est une montagne,
20:16toutes ces affaires de violences,
20:19notamment sexuelles,
20:20qui touchent les enfants,
20:21est-ce qu'il y a assez de moyens déployés
20:24face à cet Everest d'enquête, de cas ?
20:27Vous, vous êtes 13 magistrats
20:29au sein du Parquet des mineurs à Paris.
20:31Oui.
20:32Est-ce que les policiers sont suffisamment nombreux ?
20:34Est-ce que vous êtes suffisamment nombreux ?
20:36Comment est-ce que vous faites le tri
20:37dans les urgences à traiter ?
20:39Est-ce que le système est suffisamment large
20:44pour absorber toutes ces affaires ?
20:46Il est certain que nous n'avons pas suffisamment
20:48d'enquêteurs spécialisés,
20:50malgré toute la bonne volonté
20:51du ministère de l'Intérieur,
20:52de renforcer les policiers,
20:55le nombre de policiers,
20:56tant dans les commissariats
20:57qu'à la brigade de protection des mineurs.
20:59Ça reste insuffisant.
21:00Un mot pour terminer rapidement,
21:01Victoire Afring-Moulard,
21:02sur le cas de Paris,
21:03puisque Emmanuel Grégoire a dit
21:05de vouloir faire de cette question
21:07une priorité absolue.
21:08Il a annoncé un plan de 20 millions d'euros
21:09pour simplifier les signalements,
21:10mettre en place une cellule d'écoute,
21:13professionnaliser également
21:13la filière des animateurs.
21:15Est-ce que c'est suffisant ?
21:16Et est-ce que, là encore,
21:17dans le temps long,
21:18ça a été l'objet de débats
21:20pendant la campagne des municipales.
21:21Est-ce que vous considérez
21:22qu'il y a eu,
21:22certains ont utilisé le mot
21:24d'Omerta à la municipalité de Paris
21:27sur cette question des violences sexuelles
21:29dans le périscolaire ?
21:30Oui, je pense qu'on peut parler d'Omerta
21:32quand il y a des signalements
21:33qui sont faits,
21:33que les autres parents
21:34ne sont pas tenus au courant,
21:35qu'il y a des animateurs
21:36qui sont bougés d'école.
21:38Oui, je pense qu'on est
21:38dans le cadre de l'Omerta.
21:40Après, Paris a beaucoup été pointé du doigt,
21:44mais il ne faut pas oublier
21:47qu'il y a d'autres communes,
21:48d'autres municipalités
21:49qui avaient mis en place
21:52le même système.
21:53Donc, il faut voir,
21:56à mon sens, plus large.
21:57Et évidemment,
21:57la prise de conscience à Paris
21:59est très importante,
22:00mais il faut que l'État
22:03se saisisse du sujet.
22:05Merci, Victoire Afrin-Gmoulard.
22:06Je rappelle le titre de votre enquête.
22:08C'est un livre qui sort
22:09dans les jours qui viennent,
22:11Les Rois du silence.
22:12Merci, Lisa Louvip,
22:13d'avoir été avec nous ce matin.
22:14Je remercie aussi les auditeurs
22:16et notamment Marie
22:16qui nous a fait part de son témoignage.
22:19La revue de presse à suivre.
22:20Merci, Laura.
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