00:00Pour l'instant, il est 10h36, vous écoutez France Inter et il est là pour la dernière fois.
00:03La carte blanche de Cédric Salin, c'est maintenant.
00:09Cédric, pour votre dernière chronique, vous nous parlez aujourd'hui de la vie à la campagne.
00:14Eh bien oui, Eva, bien vu, c'est le thème de l'émission.
00:18Je vous félicite pour votre capacité d'attention qui n'a pas du tout été réduite par un algorithme maléfique.
00:24Bravo ma douce !
00:27Eh bien oui, la vie à la campagne, c'est le thème de l'émission.
00:29C'est un sujet que je connais très bien, puisque figurez-vous que j'ai grandi à la campagne pendant
00:3319 ans.
00:34J'y ai passé toute mon enfance, notamment à côté d'une ferme à vaches.
00:38Tous les matins, je me réveillais avec le meuglement de Colette, une brave armoricaine de 650 kilos.
00:43Et finalement, vous savez, ça ne change pas grand-chose avec aujourd'hui, vivre à Paris,
00:46puisque son meuglement de l'époque me décapait tout autant la gueule le matin que le bruit du marteau-piqueur
00:51défonçant le boulevard en bas de chez moi pour y construire le 153e coffee shop du quartier.
00:55Yes, aïe !
00:56L'enfance à la campagne, écoutez, ce sont des souvenirs heureux, de liberté, de nature.
01:02C'est aussi le souvenir de mon premier chien qui gambade dans le jardin
01:06et qui un jour partira à la rencontre de l'unique départementale du coin et n'en reviendra jamais.
01:11Car, couic, il faut dire que chance de son prénom, n'en a pas eu.
01:16Parce que oui, à la campagne, tout est beau, Eva, mais tout peut vous tuer.
01:20J'ai le souvenir de mon petit frère qui, dans un élan de bonheur, pédale depuis son bicycle à toute
01:25vitesse vers la joie,
01:26mais également vers un fil à vache qui, flip-flop, l'aura presque égorgé, lui laissant à vie une cicatrice
01:32de guillotine paysanne.
01:34Tip-top, vraiment ! J'ai le souvenir aussi, pardon, de cette mort à moi qui m'a frôlé lorsque
01:39je visitais la ferme de mes voisins
01:41et que je me suis pris allègrement, en pleine tronche, un plomb à vache, comme j'aime le qualifier.
01:46Alors, oui, un plomb à vache, c'est quelque chose, en fait, Eva, qui est suspendue par un gros fil
01:51qui pend, en fait, dans les airs
01:52et qui sert à tapoter doucement la joue de la vache quand elle est à la traite pour ne pas
01:57qu'elle s'endorme, en fait.
01:58Voilà.
01:59Donc, écoutez, se faire réveiller à petits coups de plomb dans la gueule, déjà, c'est un procédé qu'on
02:06pourrait remettre en question sur une vache,
02:09mais sur un être humain de 10 ans à la fragilité certaine, c'est tout simplement dévastateur.
02:14En tout cas, mes pieds à moi n'ont pas donné de lait, mais évidemment du sang.
02:19Voilà.
02:19Voilà. Passer son enfance à la campagne, écoutez, c'est tout simplement chouette, mais passer son enfance à la campagne
02:24bretonne, c'est encore plus délicieux, Eva.
02:28C'est vrai, j'ai grandi, moi, dans la campagne du Finistère, à côté de Brest.
02:32J'ai connu très tôt, là-bas, la joie des fesnozes, ces rassemblements festifs sur des lopins de terre,
02:37où des êtres celtiques exécutent de minuscules pas de danse avec le sérieux d'un directeur de recherche du CNRS.
02:42Vous le faites très bien, parce que vous êtes en train de faire l'invitation.
02:44Merci, je le pratiquais, évidemment.
02:46Mais en plus de ça, grandir entre les champs bretons, en fait, ça m'a appris à parler une deuxième
02:50langue,
02:51une sorte de breton rural, familial, que personne ne comprend dès qu'on s'enfonce un petit peu trop dans
02:55les ribines.
02:56Les petits chemins pour les non-bretons.
02:58Quand je suis arrivé à Paris à 19 ans, j'ai vite compris qu'il y aurait un problème.
03:02Moi, je disais, bah, salut, ça gaze avec toi, que c'est quoi ?
03:05Celui-ci, il va aller boire une tasse ou bien ?
03:08Et à la question, Eva, ai-je développé une vie sexuelle en arrivant à Paris ?
03:13La réponse est évidemment non.
03:16Comme Paris m'a fait découvrir mon état de campagnard,
03:19eh bien, Paris m'a donc fait réaliser la chance que j'ai eue d'avoir connu le vrai vert
03:22enfant.
03:23Du vert qui tâche, qui apaise, mais qui s'épuise aujourd'hui beaucoup trop.
03:28Les saisons se dérèglent, les sols s'assèchent, les agriculteurs se fatiguent.
03:32Préservons-la, notre campagne.
03:34Voilà, Eva, c'était ma dernière chronique avec vous.
03:37Merci infiniment, Eva, pour votre gentillesse, pour votre accueil.
03:41Notre petite Mireille Dumas à nous.
03:42Ah non, vous n'allez pas continuer avec ça ?
03:44Bah, j'étais obligé.
03:45Voilà, c'était une petite référence à l'émission d'hier où je me suis fait traiter de Mireille Dumas.
03:50Merci infiniment, vraiment.
03:51Aujourd'hui, sachez que je repars heureux d'avoir pu dire des bêtises sérieuses,
03:54aussi librement dans ce micro rouge mythique du service public.
03:58Allez, maintenant, je vous laisse.
03:59J'ai très envie d'aller marcher dans la nature.
04:01De regarder une vidéo de quelqu'un qui marche dans la nature.
04:05C'est un petit peu trop chaud pour aller marcher.
04:06Allez, tchuss !
04:07Merci, merci infiniment.
04:09Cédric, je voulais vous dire à quel point ça a été merveilleux de passer cette semaine avec vous.
04:12Vous avez un talent fou et en plus, vous êtes un être délicieux.
04:15J'encourage toutes les personnes qui nous écoutent à venir vous applaudir au Théâtre du Marais.
04:19Ce sera tous les jeudis à 19h30 du 17 septembre au 17 décembre
04:23avec votre spectacle, vous l'avez fait exprès.
04:25Déjà 17h, co-écrit et mis en scène par Laura Felpin et Nicolas Vital.
04:30Une tournée est prévue entre avril et juin 2027 partout en France.
04:33On va vous réserver le théâtre toute une soirée.
04:35Trop bien, je serais trop content de vous accueillir.
04:37Merci Eva.
04:38Et je voudrais aussi remercier les équipes de ceux qui préparent ces émissions.
04:41En gros, je les avais fait bosser en plus cette semaine.
04:44Ils ont été sympas avec vous.
04:46Ils ont été sympas avec vous.