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  • il y a 4 semaines
Mike Gautier, plus connu sous son nom de drag-queen Piche, a toujours été soutenu et poussé par sa mère Nadia, dans sa vie comme dans sa carrière. Ils se racontent ce matin dans "Photo de famille".

Retrouvez tous les épisodes de "Photos de famille" sur le site de France Inter : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/photo-de-famille

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Transcription
00:09Lui, le fils, Mike alias Pich, s'est fait connaître dans l'émission Drag Race sur France TV avant d
00:15'être vraiment identifié par 2 milliards de personnes.
00:18A la cérémonie d'ouverture des JO de Paris 2024, une validation à grande échelle qui s'est doublée de
00:24menaces et d'insultes.
00:25Mais Mike Gauthier, jeune homme aux origines Algéro-Gitan, élevé dans le sud de la France, en a vu d
00:31'autres.
00:31Quant à elle, sa mère, Nadia Gauthier, elle l'a toujours soutenue et même compris avant lui-même.
00:36A 13 ans, lorsqu'il a dû quitter la maison, elle l'a accompagnée, puis à chacune des étapes qui
00:41ont compté.
00:42La formation en danse, le fashion freak show de Jean-Paul Gauthier, la naissance de son double Pich, Drag Queen,
00:49Gitan et Barbu,
00:50puis les premières grandes salles à Paris, la tournée et bientôt l'Olympia, où elle viendra écouter ses fils.
00:56Car Mike Pich produit sa musique avec son frère jumeau, binôme créatif et double diamétralement opposé, Morgane.
01:03Comment se construit-on sur un paradoxe familial entre position déchirante et socle indestructible ?
01:10Comment l'art du drag a-t-il réconcilié Pich avec ses racines arlésiennes ?
01:14Comment Nadia, sa mère, a retrouvé ses propres aspirations artistiques à travers son fils ?
01:19Et pourquoi la pop culture sauve des vies ? On a la chance de pouvoir leur poser la question.
01:24Un air de famille.
01:27Mathilde Serrel sur France Inter.
01:29Bonjour Nadia, la mère, et Mike Gauthier, le fils.
01:34Bonjour Mathilde.
01:35Bonjour Mathilde.
01:36Je vais vous demander d'abord cet exercice, Mike, c'est vous qui allez commencer, de me présenter votre mère,
01:42de me la décrire.
01:44Ah, ma mère, essayons d'être structurés et percutants.
01:50Je dirais que c'est un peu la maman du Sud dans toute sa splendeur, comme on la connaît.
01:55Elle est généreuse, elle est altruiste.
01:58Et surtout, tu ne peux pas chier, elle est maintenant quand même.
02:01C'est un peu tôt Nadia.
02:02Et chez Oprah Wilfrey, on ne commence pas par, on attend cinq minutes.
02:07De toute façon, ma mère, c'est tout le temps ça.
02:09Donc, je vais rajouter émotive avec, mais dans le meilleur des sens, non, non, c'est une personne qui est
02:15fondamentalement gentille.
02:17Même des fois, quand elle ne devrait pas l'être, des fois, ça peut porter aussi un petit peu préjudice.
02:20Ma mère, c'est un peu trop, mais je pense qu'on ne l'est jamais trop, en tout cas
02:23dans son cas, elle.
02:24Et vous Nadia, est-ce que vous pouvez nous décrire votre fils, Mike, mais aussi cette autre version de lui
02:28-même, qu'épiche son personnage de drag queen ?
02:32Mike, c'est un enfant extraordinaire.
02:37Ce sont des jumeaux extraordinaires.
02:39Moi, j'ai du mal à dissocier, même si là, on est là pour Mike, effectivement.
02:43Mais c'est un enfant plein de vie qui, très tôt, était intéressé, curieux, très exigeant.
02:51Très exigeant avec lui-même, d'abord.
02:55Et piche, piche, je ne l'ai pas vu venir, j'avoue.
03:00Piche, voilà, c'est au fur et à mesure, je pense, de sa construction.
03:03C'est mon interprétation en moi.
03:06C'est comme ça que je l'ai ressenti, au fur et à mesure de l'évolution de sa carrière,
03:10de ses rencontres, etc.
03:13Notamment dans la chaîne Freak Show avec Jean-Paul Gauthier, où tu as interprété Conti Tavers, si je ne me
03:18trompe pas, etc.
03:19Qu'on a vu après cet intérêt et tout.
03:22Et puis, elle n'est piche.
03:24Et puis, moi, piche, je l'adore.
03:25Elle est pleine d'humour.
03:27Elle est très engagée.
03:28Et moi, je suis très, très engagée.
03:30Donc, tous ces messages pour la défense de la communauté, la défense tout court, de l'humain.
03:36La communauté LGBTQIA+.
03:38La défense de l'humain, contre toutes les discriminations, de toute façon.
03:42Et du coup, il mêlait l'art, il mêlait les messages profondément humains.
03:47Et faire ça avec beaucoup d'humour et d'intelligence, je trouve ça magnifique.
03:51Et me dire, j'ai engendré cet artiste, un petit peu de fierté quand même.
03:55Fierté de le, l'avoir heureuse.
03:58De le, l'avoir heureuse.
03:59C'est tout ce qui compte, en fait.
04:00Votre première scène, Mike, avant d'être piche, c'est vers 5 ans et demi, devant le miroir du garage
04:07de vos grands-parents.
04:08Et vous dansez sur ça.
04:13Est-ce que vous pourriez me décrire votre tenue à ce moment-là ?
04:16Évidemment, j'ai les claquettes de ma grand-mère et j'ai un t-shirt sur la tête qui est
04:22mis en arrière pour me faire de longs cheveux.
04:24Et je ne sais pas pour ce qui se passe entre les claquettes et les t-shirts.
04:27Je pense que je suis peut-être nue, je n'en sais rien du tout, en vrai, de ce qu
04:30'il y a entre les deux.
04:32Je ne suis pas certaine, mais je sais ce qu'il y a en haut et en bas.
04:34Grosso merdo.
04:36Oui, c'était vraiment, c'est une des premières personnalités, en vrai, dans la musique et même mainstream, tout ça.
04:43Shakira qui m'a donné envie de danser.
04:45Je sais que j'aimais beaucoup, je m'y retrouvais, je m'y retrouvais grave, j'aimais grave sa musique.
04:48Et j'ai même fini, d'ailleurs, pour la petite anecdote, par faire tatouer ses hanches sur le bas de
04:52mon dos.
04:52Mais oui, j'avais entendu ça.
04:54J'ai les hanches de Shakira dans le dos, justement, du clip Whenever.
04:56Moi, ça m'avait tellement marqué.
04:58J'étais trop impressionné par les mouvements de hanches, en fait, toutes les isolations qu'elle faisait avec son corps.
05:02Et du coup, je m'entraînais devant le miroir à recréer ce truc-là.
05:05C'était évidemment très mauvais à l'époque, mais ça a fait naître une vocation.
05:09Comment vous le voyez, à ce moment-là, Nadia, cet petit garçon de 5 ans et demi qui danse son
05:13Shakira ?
05:14Parce que là, il parle du t-shirt, mais il faut savoir que c'est quotidien le t-shirt.
05:17Dès qu'on passait au bain, que c'était fini, qu'on enfilait le pyjama, etc.
05:22On avait... Mike devenait sûrement quelque chose qui allait devenir...
05:27Prépiche, voilà, prépiche.
05:28Et le t-shirt s'enclenchait.
05:30T'es comme hiver, hein, peu importe la température.
05:32On t'envoyait tout ça.
05:33Il y avait un espèce de mouvement comme ça, tu te rappelles pas ?
05:35Mouvement de tête à l'arrière, les yeux comme ça.
05:37Et puis, d'un coup, ça partait.
05:39Les claquettes, comme ils disaient, avec le petit talon ou pas.
05:41Et puis, ce que t'as oublié de dire, quand même, c'est qu'il y avait un petit passage,
05:44des fois,
05:46par le coin maquillage de maman,
05:48et tu voyais passer quelqu'un au teint assez clair,
05:51et tout à coup, une espèce de petit visage un petit peu orangé, un peu terracotta, tu vois,
05:57pas bien positionné, tu sais pas où ça partait,
06:00tu disais, ok, là, il y a quelque chose qui s'est passé.
06:02Tu sais pas quoi, mais tu t'en fiches parce que c'est mignon et que c'est rigolo,
06:05mais tu sais qu'il va falloir que tu fasses avec ça.
06:09Et donc, ça déambule, ça danse partout.
06:11Ça déambule, donc le t-shirt en arrière pour faire la chevelure,
06:14et le terracotta approximatif.
06:16Tu sais pas pourquoi, mais voilà.
06:17Oui, parce que, oui, oui, j'ai pas eu la chance de n'être aussi bronzé que toi,
06:21donc, du coup, j'ai dû faire des raccords maquillage.
06:24Mais à coups pas.
06:25Et vous avez dû vous débrouiller aussi avec les petits camarades à l'école,
06:28qui étaient pas toujours sympas, mais vous aviez du bagout, Mike, pour vous défendre.
06:31Oui, ça va, en vrai.
06:32Enfin, ça va.
06:34Quand on est jeune, le bagout s'est fait aussi avec ça,
06:37avec les expériences et les gens.
06:41Mais j'ai eu la chance de jamais être trop seul à l'école, en vrai.
06:46J'ai eu mon frère aussi pendant une grande période,
06:48donc c'est vrai que ça aide aussi.
06:52Mais ouais, l'école, il y a de tout.
06:55Il y a eu très, très bien.
06:56Enfin, j'en garde des souvenirs assez exceptionnels,
06:58parce que je me suis fait parmi les amis mes plus proches et tout ça.
07:01Que vous avez toujours ?
07:02Que j'ai toujours.
07:03Ouais, ouais.
07:04C'est très important chez moi.
07:05La longévité et la loyauté, c'est...
07:06Je trouve que c'est à ça qu'on voit véritablement les amitiés.
07:08C'est celle qui dure dans le temps, en vrai.
07:09Il n'y a que le temps qui prouve les amis.
07:12Et qui prouve aussi les traumas, en vrai.
07:14C'est un peu le deux.
07:15Le temps prouve qu'on a été vraiment amis et vraiment traumatisés aussi.
07:19C'est un bon test.
07:20Vous parlez de votre frère à l'instant dans le documentaire L'Absent, dans le cœur de Piche.
07:24C'est disponible sur France TV.
07:26D'ailleurs, toujours disponible, je crois, jusqu'en février 2028.
07:29Vous imaginez, vous avez le temps de le voir.
07:31Il y a cette compétition intense avec votre frère jumeau, Morgane.
07:34Il y a même une preuve sur Caméscope.
07:37Je suis une star.
07:40Non, c'est moi la star.
07:44Aujourd'hui, votre jumeau, Micah, c'était ça ?
07:48C'était vraiment ça ?
07:49Ouais, en vrai, ouais.
07:50Mais parce que...
07:52Je ne sais pas pourquoi.
07:53Je ne sais pas vraiment d'où ça vient, cette compétition.
07:56Mais je pense qu'en vrai, quand on est jumeau, il y a un truc où les gens, par essence,
07:59nous comparent.
08:00Parce que comme on est pareil dans la tête des gens, du coup, ils vont chercher des espèces de petites
08:05différences.
08:05Et nous aussi, on va se prendre à ce jeu-là et on va se dire en quoi moi je
08:09suis unique quand j'ai quelqu'un sur la surface de la Terre
08:11qui a exactement le même visage que moi, le même ADN que moi, etc.
08:15Comment, où est-ce qu'on trouve son identité là-dedans ?
08:17Et je pense que du coup, on a besoin de se démarquer.
08:19Et c'est vrai que comme tous les deux, on a eu beaucoup de sensibilité artistique très jeune.
08:22Il y avait ce truc de vouloir être vu, de vouloir être entendu, de vouloir créer des choses et tout
08:27ça.
08:28Et au fur et à mesure du temps est né ce truc-là.
08:30Il faut savoir que mon frère et moi, on est un peu pareil.
08:32On aime beaucoup les jeux, on aime jouer, on est très très joueurs.
08:35La mère valide des yeux.
08:36Oui, je confirme.
08:37Mais tu verrais, c'est même dans les jeux de société, on est sans pitié.
08:41Il n'y a rien.
08:42Les jeux où il faut se mentir, les loups-garous, les trucs comme ça.
08:45Mais on adore avec mon frère.
08:47Et du coup, ça s'est retranscrit au final un petit peu aussi dans la musique.
08:50Parce que c'est votre binôme créatif, je le disais.
08:52C'est à la fois votre antithèse aussi maintenant aujourd'hui, c'est aussi comme ça qu'il se raconte
08:57dans ce film, et votre binôme.
08:59Oui, clairement.
09:00C'est les deux et c'est la preuve aussi, je pense, en termes de messages, qu'on n'est
09:03pas forcément obligé d'être pareil que d'une des personnes avec lesquelles on est le plus proche pour se
09:07retrouver aussi sur d'autres choses.
09:08Dans la confrère, on se retrouve sur plein plein plein de choses, même si on est complètement opposé en vrai.
09:13Vous parliez de messages, on va écouter justement celui de Nadia dans l'émission Drag Race saison 2, donc votre
09:18mère.
09:18C'est là que vous avez été révélé, Mike, avec votre personnage de piche.
09:21Et Nadia, vous vous adressez aux parents de l'autre côté de l'écran, c'est un message qui est
09:26devenu viral.
09:27Moi, je voulais laisser un petit message à piche, donc, te dire que j'aime mes trois enfants de la
09:33même manière, tu le sais.
09:34Mais j'avais envie de te dire que, excusez-moi, je suis émue.
09:38Souvent, on me dit, on te dit, on nous dit, waouh, t'as de la chance d'avoir une maman
09:43qui est compréhensive, qui est sympa, qui est présente et tout.
09:47Et moi, j'ai envie de dire à tout le monde ce soir, à tous les parents devant leur écran,
09:53que c'est nous qui sommes chanceux d'avoir des enfants comme vous.
09:57Donc, je voudrais dire que soyez vous, soyez humaines, bienveillantes et heureuses.
10:05C'est le plus important.
10:09Nadia ?
10:10C'est quand même s'émotion.
10:12Je ne peux pas vous refaire pleurer.
10:14Non, non, mais je ne pleure pas.
10:15Je le garde là parce qu'il y a un petit make-up, donc je vais essayer de garder ça
10:18au niveau des paupières.
10:21Comment est-ce que vous revivez cette scène et surtout, qu'est-ce que vous avez eu comme retour après
10:24ce message ?
10:26Alors moi, je ne m'attendais pas du tout au retour qu'on a eu, même si, si je peux
10:31le nommer, Raph Siophi, qui est le producteur, lorsqu'il m'avait demandé si je souhaitais avoir une prise de
10:36parole.
10:37Le producteur de Drag Race.
10:38Voilà.
10:39Et donc, j'ai dit mes quatre mots.
10:41Il m'a dit, mais demain, tu es viral.
10:43Il faut que tu saches, Nadia.
10:44Je lui ai dit, mais non, Raph, quand même.
10:46Il m'a dit, si, si, tu ne peux pas t'imaginer.
10:48Mais un parent qui tient des propos comme ça concernant son enfant, compte tenu de tous les traumas qu'on
10:53peut voir, etc., il m'a dit, c'est important.
10:56Mais je lui ai dit, en fait, moi, je n'ai pas fait...
10:58Je le dis souvent quand on me reconnaît maintenant et que je suis sur les concerts, Max, deux fois où
11:04je peux y aller parce que j'ai des problèmes de santé, donc je ne peux pas être tout le
11:06temps là.
11:07Mais quand j'y suis, je leur dis toujours, ce n'est pas un discours, c'est vraiment les mots
11:11que j'ai sur le cœur en permanence.
11:13Et pourquoi je me suis adressée aux parents ? C'est parce que si nous, les parents, le premier rempart
11:18pour expliquer aux autres ce qu'endurent nos enfants
11:23et ce que vivent nos enfants dans cette société qui n'est pas encore prête, malgré tous les combats, on
11:29le voit, on l'a vu.
11:30Malheureusement, j'ai une pensée profonde pour le petit Noam, il y a trois jours, qui est décédé.
11:34Je ne peux pas passer à côté.
11:36Alors, comme on est en juillet, le petit Noam se situait, du coup, il ne sera pas il y a
11:41trois jours.
11:42Par rapport à l'acte très grave qui a mené le décès de cet enfant, l'assassinat même, on peut
11:47l'appeler comme ça, de Noam.
11:49Vous pouvez expliquer ce qui s'est passé ?
11:50Voilà, qui a été agressé par des individus parce qu'il était homosexuel.
11:55Je dis qu'il était parce qu'il n'est plus, et c'est inadmissible en 2026 en France,
12:01que des enfants décèdent parce que, orientation sexuelle différente, pardon, différente, genre différent, etc.
12:11Mais je pourrais dire la même chose pour la couleur de peau, je pourrais dire la même chose pour plein
12:15de choses.
12:15À quel moment on va décider d'ôter la vie à un individu ?
12:21Et moi, je ne peux pas.
12:22Donc, j'ai voulu dire aux parents que si nous, les parents, tous autant que nous sommes,
12:25parce qu'il y a malheureusement encore beaucoup trop de parents qui mettent leur enfant dehors,
12:29qui ne sont pas d'accord, etc.
12:30Si on ne leur laisse pas ce cocon, et si on ne crée pas ce cocon-là pour eux,
12:34où est-ce qu'ils vont pouvoir se sentir en sécurité ?
12:36Ce n'était pas possible, ce n'était pas envisageable pour moi de ne pas être avec mon enfant,
12:41de ne pas éduquer son frère et sa sœur à ça,
12:45et de les préparer à vivre ensemble tout ce qui allait arriver.
12:48Parce que je savais, je sais pertinemment comment ça se passe.
12:51J'ai quand même été éduquée, j'ai des amis qui sont de la communauté LGBTQIA+.
12:56Donc, moi, je n'ai aucun souci.
12:59On me dit oui, mais certains te disent oui, mais je m'en foutiste.
13:01Non, non, je suis tout amour, si vous voulez, mais je suis tout sauf, je m'en foutiste.
13:07Je suis passionnément maman, et je n'ai que faire de l'orientation sexuelle du genre de mon enfant.
13:15Et je l'aime comme il est, tel qu'il est, et je le veux tel que lui se ressent.
13:19Et tel que lui a envie de découvrir qui il est.
13:22Tel qu'il est réellement, parce qu'en fait, il est...
13:25C'est un trajet !
13:26Ah oui, qui n'est jamais fini.
13:29Ah c'est ça ?
13:30On a revu la séquence avec l'équipe.
13:33À l'image, piche, le maquillage ne bouge pas.
13:36Mais à l'intérieur, vous craquez quand vous voyez l'image de votre mère.
13:39Ah, il faut se dire qu'il se passe plein de choses à ce moment-là.
13:46C'est vrai que je suis très...
13:48C'est quelque chose qui était sorti d'ailleurs, je n'étais pas au courant du tout.
13:51Et c'est rigolo parce qu'en plus, il y a plein de gens qui appellent ma mère Nina,
13:55qui en fait est le nom de ma sœur.
13:56Donc moi, quand je suis sur l'émission et qu'on dit Nina,
13:58je m'attends à ce que ma sœur se lève, donc je ne comprends rien à ce qui se passe.
14:01Et donc, je vois ma mère.
14:03Et il faut savoir que ce jour-là, je portais...
14:05C'est anecdotique, mais assez important de le dire.
14:07Une espèce de fausse barbe en cristaux de partout,
14:09qui fait que je ne peux pas tellement bouger le visage.
14:11Donc je suis vraiment hyper guindé, même du visage.
14:14Il n'y a rien qui bougeait vraiment, c'était très intense.
14:17Donc je suis surpris, un peu choucte aussi.
14:19Et il y a ceux où je ne suis pas forcément quelqu'un de très démonstratif,
14:24moi, en vrai, dans les émotions, pour être honnête.
14:26Donc à ce moment-là, je ne sais pas trop comment réagir,
14:28parce que tout le monde me regarde.
14:30Et j'ai ce moment que je vis avec ma mère,
14:31où elle me dit des choses qui sont évidemment très importantes et qui me touchent.
14:33Qu'elle ne vous avait jamais dites comme ça ?
14:36Si. En vrai, ma mère, elle est émotive et démonstrative.
14:40Ce qui est merveilleux, parce que du coup,
14:41elle n'a pas peur de me dire quand elle m'aime.
14:43Elle me le dit 14 fois par jour et j'en suis très très heureux.
14:46En vrai, j'ai beaucoup de chance, je le sais.
14:48Donc, c'est des choses qu'elle m'avait déjà dit.
14:50Mais c'est vrai que dans ce cadre-là, c'est différent.
14:51Devant autant de personnes, ça change.
14:53Mais je suis très touchée.
14:54Mais surtout, en vrai, je suis fière d'elle.
14:55Et de voir qu'elle prend cette place de parole.
14:58Et je sais à quel point ça va aider des gens.
15:00Il y a énormément de messages qu'on a reçus de parents et tout ça.
15:03Ça a aidé pour faire des liens avec leurs enfants.
15:05Ou alors des enfants qui ont pu ensuite avoir des conversations
15:07avec leurs parents par rapport à ça.
15:09Et je pense que c'est ça le plus important de ce message-là.
15:12C'est les répercussions que ça a apprêt dans les familles.
15:14Et donc, moi, j'en suis très fière à ce moment-là.
15:16On parlait de trajet.
15:17Il y a évidemment dans votre trajet cette scène
15:19à la cérémonie d'ouverture des JO Paris 2024.
15:22Là, vous rentrez vraiment dans le quotidien,
15:23non seulement des Français, mais de la planète entière.
15:26Deux milliards de téléspectateurs.
15:27C'était quasiment il y a deux ans, jour pour jour.
15:30C'était le 26 juillet 2024.
15:33Vous êtes au milieu d'un tableau festif.
15:35D'autres drag queens.
15:36Il y a la DJ Barbara Butch.
15:37Vous êtes sous une pluie torrentielle.
15:39Vous faites 30 secondes de danse sur « Freed from Desire » de Gala.
15:43Et vous dites, Piche, que vous avez une tête de gremlin parce que...
15:46Parce que c'est le casse.
15:49Dégouliné.
15:49Et vous allez vous prendre aussi, il faut dire, une douche de cyberharcèlement.
15:53Là, c'est quand même l'étape 2.
15:55C'est la validation et la douche froide en même temps ?
15:59Oui.
16:00En vrai, c'est surtout...
16:03Parce que le cyberharcèlement, même le harcèlement tout court,
16:05en vrai, je l'ai déjà vécu dans ma vie.
16:07Donc, il n'y a rien de nouveau.
16:08Ce qui était, on va dire, plus surprenant cette fois-ci,
16:10c'était la quantité.
16:12C'est juste ça.
16:13Mais c'est vrai que recevoir des messages de haine dans toutes les langues du monde,
16:17ça, ça change.
16:18C'était un petit peu nouveau.
16:19Bon, l'avantage, c'est qu'il y a les trois cas que je ne comprends pas.
16:20Donc, ça a aidé aussi un petit peu.
16:22Et en vrai, je ne lisais pas.
16:23Donc, ça me va très, très bien.
16:25Et je ne suis pas du genre très, très affectée, en vrai, par la vie des autres gens.
16:29Mais en tant que mère, Nadia, j'imagine que quand vous voyiez des messages,
16:32voilà, où on prie pour la mort de votre fils, etc., comment vous le vivez ?
16:37Moi, j'ai très mal vécu au début,
16:40quand j'ai lu les messages, moi, je répondais, moi, je répondais...
16:43Ah, vous étiez sur les réseaux à répondre à chaque message ?
16:46Oui, moi, je répondais, parce que quand tu lis...
16:48Parce que, pour revenir à tout à l'heure, le lendemain de Drag Race,
16:50c'était des milliers de messages hyper positifs.
16:52C'était génial.
16:53Mais là, au lendemain des Jeux Olympiques, entre ceux qui n'avaient pas compris la représentation,
16:58qui n'était pas du tout religieuse, et les autres qui avaient décidé
17:00qu'ils devaient s'y greffer pour déverser leur haine et leur homophobie permanente et récurrente,
17:06je me suis dit, waouh !
17:08Et j'ai lu, et j'ai répondu.
17:10Mais après, on a beaucoup échangé à Emma, il m'a dit,
17:12mais maman, tu sais, il y a des...
17:14Il a eu un exemple, je ne sais pas si tu te souviens, qui était très probant,
17:17il m'a dit, maman, il y a des femmes qui sont agressées tous les jours.
17:20Pour autant, elles ne sont pas homosexuelles, elles ne sont pas drag queens,
17:22mais parce qu'on a considéré qu'elles ne devaient pas avoir un décolleté comme ça
17:25ou une jupe comme ça, tu te souviens de cet échange ?
17:27Ben, on y va.
17:28D'autres, c'est pour d'autres choses, etc.
17:30Et donc, j'ai décidé maintenant de le prendre avec légèreté.
17:33Mais à l'occasion, faites 2-3 raids sur les réseaux pour répondre.
17:35Moi, j'en ai fait un il n'y a pas longtemps où j'ai quand même dit,
17:37on m'a dit, oui, quelle fierté d'avoir engendré un lance, pourquoi et tout.
17:42J'ai répondu en riant.
17:44Oui, parce que c'est important à le dire,
17:47et c'est pour ça que je dis qu'il faut parler quand on n'est pas d'accord avec
17:51certaines choses,
17:52mais il y a des combats qu'on ne peut pas gagner parce qu'il y a des gens,
17:54c'est de la mauvaise foi,
17:55ce n'est même pas de l'argumentaire dont tu ne peux rien faire en vrai.
17:58Don't feed the troll, ne nourrisse pas les trolls.
18:00Exactement.
18:02Il y a évidemment aussi dans cette image un absent,
18:05puisque c'est le nom aussi du documentaire qui est autour de vous et autour de votre père.
18:09Piche, on va en reparler parce que c'est une rupture à 13 ans lorsque vous êtes encore Mike.
18:13Cette déchirure, c'est un démarrage aussi.
18:15Qu'est-ce qui s'est passé à ce moment-là ?
18:16Pourquoi ça fait aussi du bien de chanter Whitney Houston seule dans la Camargue ?
18:21Piche alias Mike Gauthier et sa mère Nadia Gauthier.
18:24C'est notre histoire, fils-mère sur France Inter.
18:27C'est sexy, c'est stroboscopique, c'est parfaitement adapté pour inventer une Corée.
18:32C'est Lonely, à l'instant, issu du premier album du duo new-yorkais,
18:36Fkuckers, et on l'aime beaucoup.
18:38Le chanteur et drag queen Piche alias Mike Gauthier et sa mère Nadia Gauthier sont nos invités sur France Inter.
18:44On va remonter le temps jusqu'à la fin des années 2000 près d'Arles en Camargue.
19:01Piche, est-ce que vous pouvez me raconter ce que vous faisiez dans ce conservatoire sauvage
19:06qui est la nature où vous alliez, je crois, dans cette époque où vous n'étiez pas encore devenu Piche,
19:14chanter du Whitney Houston pour vous libérer ?
19:18Ouais, c'est vrai que c'est ce que j'allais faire en grande partie.
19:21Je me suis dit, mais il y avait aussi du Céline, il y avait aussi du Maria, soyons honnêtes.
19:27Ou Kalas, ça pouvait arriver très rarement.
19:29Vous vous y arrivez à faire du Maria Kalas ?
19:32Je me suis tenté à...
19:36Ouais, en vrai, ça a toujours été pour moi un moyen d'expression.
19:42Évidemment, le chant, je me suis toujours retrouvé là-dedans.
19:44Et je pense que je ne criais pas beaucoup.
19:47Il y a des gens qui crient des fois pour lâcher la pression, ce genre de choses.
19:49Et moi, quand je chantais des chansons de chanteuses à grosse voix, etc.,
19:54je crois que ça me faisait le même effet que quand les gens hurlent
19:57parce qu'ils ont besoin de lâcher des choses.
19:58Et du coup, les espèces de high notes sur My Heart Will Go On et autres,
20:01ça me faisait un bien.
20:03Je trouvais ça génial de pouvoir pousser.
20:05J'étais dans la nature, donc personne ne m'entendait.
20:07Il y avait quelque chose qui était vraiment...
20:09Ça me faisait trop du bien.
20:11Et du coup, je suis tombé amoureuse de toutes les performeuses vocales, etc.
20:17Ça me rendait ouf et j'avais envie de faire pareil.
20:20Et ça vous libérait aussi de cette ville, à ce moment-là, qui n'est pas votre amie.
20:26On est donc fin des années 90, début 2000.
20:29À ce moment-là, pour vous,
20:30Arles, c'est l'archétype de la ville sans horizon, sans identification possible ?
20:35Oui, c'est la ville dans laquelle on peut, en tout cas à ce moment-là, moins rêver.
20:41Ou pour le coup, tout est petit, où je vois des gens qui sont nés ici,
20:43qui ont grandi ici, qui travaillent ici et qui meurent ici.
20:46Et ce qui n'est absolument pas grave, évidemment, avec du recul maintenant,
20:50mais qui, moi, à l'époque, me terrifiait.
20:51Je me disais que je voulais voir des choses, je voulais vivre plein de choses différentes.
20:55J'avais des messages à porter, des choses à raconter.
20:58Et j'ai l'impression que Arles, à ce moment-là, ne me permet pas de faire ça,
21:01que tout ce que je rêve de faire ne se trouve pas ici.
21:03Et c'est bête, mais des fois, c'est juste des...
21:07Sans même parler artistiquement parlant, je veux dire, d'avoir des espaces culturels,
21:12grands, je ne sais pas, des centres commerciaux très très grands, des choses...
21:14Enfin, j'avais envie de grandeur.
21:16J'avais envie de grandeur, oui. J'ai toujours eu envie de grandeur, en vrai.
21:21Elle valide votre mère.
21:23Comment ?
21:23Elle valide votre mère.
21:24Non, d'un espace plus urbain.
21:25Parce que l'espace, on l'a.
21:27Oui, on va pas dire qu'elle a d'espace.
21:29Mais d'un espace plus urbain et plus vivant qui correspondait plus à ses attentes et à ses goûts.
21:34Ouais, ouais, ouais.
21:35Et puis, encore une fois, c'est une histoire aussi d'opportunités, ce genre de choses-là.
21:40Et j'ai fait un aller-retour à Paris quand j'étais jeune avec ma mère.
21:43Et dès que je suis arrivé à Paris, je me suis dit, mais mon Dieu, c'est là que je
21:45veux vivre.
21:46C'est merveilleux. Je marche dans les rues.
21:48Il y a tellement de gens que personne ne me regarde.
21:49Et puis au final, j'ai fait un métier pour qu'on me regarde.
21:52Donc, je pense qu'il y a un truc bizarre à...
21:55Regardez-moi quand je le décide.
21:57Oui, voilà, c'est un peu ça.
21:59En vrai, c'est ça.
22:01Et puis un jour, il y a eu ça à la radio, à la télé.
22:08Cette fille qui chante, c'est Katy Perry.
22:11Elle chante qu'elle a embrassé une autre fille et qu'elle ne regrette rien.
22:16I kissed a girl and I liked it.
22:20Ça crée un séisme en vous.
22:22C'est l'ouverture que vous attendiez après les chanteuses à voix.
22:26En vrai, dans le message, oui.
22:27Mais alors, c'est assez drôle.
22:30C'est à l'époque un peu aussi des débuts de YouTube et tout ça.
22:33Et en fait, je découvre cette chanson donc sur YouTube avec le clip.
22:37Il faut savoir qu'à l'époque, il y avait des versions alternatives.
22:39qui s'appelait Aikist Boy.
22:40Et en fait, c'est pour ça que cette chanson, elle m'a aussi autant marqué.
22:44Parce que c'est une des premières chansons qui, pour moi, va parler justement de la découverte d'une orientation
22:50sexuelle
22:50qui est moins hétéronormée, qu'on a moins l'habitude de voir et tout ça.
22:53Et je vais me reconnaître assez rapidement dedans.
22:55Et donc, je vais tomber dans ce panneau de ouf.
22:59Et ça va résonner en moi, évidemment, de manière un peu plus particulière que d'autres chansons.
23:03Et vous, Nadia Gauthier, la maman de Mike, à ce moment-là, vous saviez depuis longtemps qu'il...
23:08Vous en parlez dans le documentaire, d'ailleurs, qu'il lui est consacré, qu'il aurait peut-être des amours
23:13pour quelqu'un du même genre, du même sexe.
23:15Et que finalement, vous vous attendiez juste le moment où vous en parlerez.
23:18Je crois que vous êtes allée à la pêche une ou deux fois avec des questions sans succès.
23:24Moi, je savais.
23:26On ne me demande pas pourquoi, comment, je ne sais pas.
23:28Je savais quand on est au plus près de ces enfants qu'on vit au quotidien, qu'on les élève
23:33et qu'on se pose un petit peu.
23:35On les voit, on les voit au quotidien évoluer.
23:37Et je pensais que Mike ferait partie de la communauté d'Egypte-EQI.
23:41La seule question que je ne savais pas, c'est serait-il gay, serait-il bi ?
23:44Voilà, je me disais...
23:46Et c'était là où souvent on en a parlé, etc.
23:48Mais j'ai toujours dit à mes enfants, à chaque fois que je le pouvais, sur le trajet de l
23:52'école notamment,
23:53surtout au collège.
23:55Avant, mais au collège, j'ai pensé que c'était le moment, les premiers amours, les premiers émois, etc.
23:59J'ai dit voilà, surtout si vous avez le cœur qui palpite, si vous avez des sentiments pour un, deux,
24:04trois...
24:05Je me rappelle, je t'ai dit des fois quand même...
24:07Oui, oui, des fois je me dis, mais garçon, fille, parlez-moi-en, parlez-vous-en, ne vous jugez pas,
24:16aimez-vous, soyez d'accord ou pas d'accord.
24:18Parce que moi, j'accepte le fait qu'on puisse avoir un avis...
24:20Je préparais le terrain.
24:21Je préparais.
24:22On se sente bien.
24:23Inconsciemment ou si avant, je préparais le terrain pour que tout le monde soit bien avec ça et qu'on
24:27puisse échanger là-dessus si on avait besoin d'échanger.
24:30Et il s'est passé ce qui s'est passé, malheureusement, j'en parle puisque, de toute façon, vous en
24:34avez parlé aussi dans la saison 2 de Drag Race, il y a eu ce outing.
24:38Donc, outing, c'est quand quelqu'un va révéler votre homosexualité ou votre orientation sexuelle sans qu'il y ait
24:43votre consentement.
24:45Et c'est ce qui va vous arriver justement à 13 ans, à l'âge où vous écoutez Katy Perry,
24:49I Kissed a Girl.
24:50Mike, qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ?
24:52C'est votre mère qui vous dit qu'elle a reçu un message sur son téléphone ?
24:58Oui, je crois que c'était ça.
25:00On rentrait, on était garés devant le masque, tu te rappelles, dans le 4-4, on était devant le masque.
25:04Je t'ai dit, voilà, j'ai eu un message et tout d'un copain à toi.
25:08Et je t'ai dit, voilà, moi, je te mets à l'aise avec tout ça, il n'y a
25:11pas de souci.
25:12Vis ce que tu as à vivre comme tu dois le vivre et viens me parler si tu as envie
25:15de me parler.
25:16Tu n'étais pas chaud dans l'instant T pour m'en parler.
25:19Mais je lui ai dit, voilà, tu viens, tu m'en parles si tu veux m'en parler.
25:23On en parle quand tu veux, mais il faudra de toute façon qu'on en parle.
25:27Si tu le ressens comme ça, mais quand même, je pense qu'il faudra qu'à un moment donné, on
25:32en parle.
25:32Il y a des discussions à avoir, évidemment.
25:33Et on en a après parlé.
25:36Mais déjà là, c'était...
25:38Oui, oui, c'est sûr que c'est...
25:41Il y a quelque chose qui ne se fait pas, évidemment, dans l'outing pour une autre personne
25:45parce que ce n'est pas à qui que ce soit de prendre la décision pour vous et de prendre
25:47votre parole.
25:48Mais forcément, il y a aussi un côté où ça a permis d'amorcer quelque chose.
25:52J'en aurais parlé quand même, évidemment, parce que ma mère m'avait mis à l'aise pour ça et
25:55tout.
25:56Mais c'est vrai que ça m'a fait sauter le pas de gré ou de force, du coup, dans
25:59le truc.
26:00Peut-être plus tôt.
26:01Peut-être plus tôt, ouais.
26:03Peut-être plus tôt.
26:03À 13 ans.
26:03Mais c'est le début d'une rupture aussi avec votre père parce que lui, il ne va pas du
26:07tout bien réagir.
26:07C'est vous qui décidez de partir ou c'est lui qui vous chasse, d'une certaine manière, à ce
26:13moment-là ?
26:14Je vais laisser ma mère répondre à ça.
26:16C'est compliqué.
26:17On n'a pas été chassés.
26:18Moi, je veux quand même mettre les choses dans leur contexte.
26:23On n'est pas d'accord.
26:24On a des avis différents.
26:26Et c'est là où il dit que moi, je suis trop gentille et que je suis toujours à vouloir.
26:31Vous allez essayer de répondre, vous remarquez.
26:33Oui, mais bien sûr, c'est le respect qu'on a mutuel, mais on n'est pas d'accord.
26:39Et donc, il y a deux visions différentes.
26:41Mais il n'y a pas d'agression, ni verbal ni physique, même si un rejet est une forme d
26:46'agression et très, très fort.
26:49Mais je considère que je savais, pour avoir eu des échanges, que ce ne serait pas compatible.
26:55Et donc, pour que Mike ait une adolescence de la même qualité et de la même amplitude
27:04et de la même intensité que son frère et sa sœur, j'ai pris la décision de partir
27:09parce que, de toute façon, il n'y avait pas de possibilité de rester.
27:12On n'a pas dit part, mais on savait que c'était impossible parce que c'est impossible.
27:19Il y a des personnes qui ne peuvent pas vivre avec ce sujet-là, même quand ça touche leurs proches.
27:25Malheureusement, moi, c'est mon opinion, on n'engage que moi.
27:27Et de fait...
27:28Mais c'est très fort, quand même, d'accompagner son fils dans ce départ, Mike, que votre mère vous soutienne.
27:32Ma mère ne m'aurait jamais laissé partir.
27:34Jamais, ce n'est pas possible.
27:35Vous ne pouvez pas laisser un enfant qui, après...
27:36Ah si, il y en a quelques fois.
27:38Oui, on le voit avec le beau travail de l'association qui pallie à ça.
27:42Ce qui est justement de ces personnes qui doivent partir sans leur mère, sans rien.
27:45Excusez-moi, et c'est pour ça que j'ai parlé aux parents.
27:48Parce que je disais que s'il n'y a pas au moins un des parents qui prend sa responsabilité
27:53par les cornes,
27:53comme on dit chez nous, ce n'est pas possible.
27:55Mais c'est impensable.
27:56Vous dites à ce moment-là...
27:57Je crois que votre père est venu vous voir à la sortie du collège,
27:59mais il vous a proposé un...
28:00Un an et quelques après.
28:03Finalement, un accord qui n'était pas possible.
28:05C'était quoi ?
28:06Qui a été possible après.
28:08Moi, pour le coup...
28:10Parce que ça, c'est quelque chose qu'on ne peut pas enlever à mon père.
28:12Et c'est quelque chose que je dis, d'ailleurs, dans le documentaire.
28:13Ce n'est pas qu'il ne m'aime pas, c'est qu'il m'aime mal.
28:16Et en vrai, il y a une vraie nuance là-dedans qui est quand même importante.
28:20Il n'y a pas d'envie de couper les ponts fondamentalement avec moi et ce genre de choses.
28:25Mais en même temps, c'est ce côté paradoxal de...
28:28J'ai envie de faire partie de ta vie, mais je n'ai pas envie de faire partie de ta
28:32vie comme elle est réellement.
28:33Ce qui compose ta vie.
28:34Oui, voilà ce qui compose ta vie et ce que tu es.
28:37Je peux rester dans ta vie tant que tu restes dans tel cadre, tel cadre,
28:40et que tu es comme ça et comme ça et comme ça.
28:41Sauf que ça, moi, ce n'est pas possible. J'ai beaucoup trop de fierté et d'égo pour ça.
28:44Ou même peut-être d'envie de vous accomplir tout simplement.
28:47Alors à 14 ans, moins pour le coup.
28:49À ce moment-là, j'accepte parce que je suis juste content de repartir chez moi.
28:52Parce que je me dis aussi, mine de rien, qu'on le veuille ou non,
28:54il y a la sensation à 14 ans un peu de culpabilité parce que tu vis loin,
28:58que ta soeur et ton frère du coup ne sont plus avec toi,
29:00que du coup, la famille...
29:02Donc, il y a aussi un peu ce truc-là.
29:04Donc, je me dis, ça va arranger tout le monde et tout.
29:08Donc, prends un peu sur toi.
29:09C'est déjà bien.
29:10En tout cas, c'est déjà mieux que la situation.
29:12Donc, tu vas rentrer chez toi et juste,
29:13tu n'en parles pas et ça ne fera pas partie de ta vie.
29:15Et quand tu auras des mecs,
29:16tiens, allez voir en douce.
29:18En gros, tu vas vivre un peu...
29:20On va jouer à l'autruche.
29:21Clairement, ça va être ça.
29:22Et ça va être ça pendant 8 ans, 9 ans, je crois.
29:25Jusqu'à ce que je décide de ne plus faire l'autruche et que je sois en mode...
29:29Tu aimes inconditionnellement ou alors tu n'auras pas.
29:31Moi, j'ai culpabilisé aussi d'en avoir parlé.
29:34Je me suis dit, peut-être que tu en parles trop tôt.
29:36Et puis après, avec le temps, je me suis dit non.
29:38Finalement, tu avais pris la bonne décision parce que si...
29:41Moi, après, très vite, je disais à Mike, voilà,
29:43maintenant, tu as besoin d'aller quelque part.
29:45Tu as un ami.
29:45Tu veux que je t'amène un rendez-vous avec un petit copain de ça et tout.
29:48Je l'amenais.
29:48J'attendais devant le parc.
29:50Contente d'être sûre qu'il lui arriverait.
29:53De vérifier.
29:54Oui, mais non.
29:55Mais je ne voulais pas qu'il parte tout seul, qu'on me les agresse.
29:58Qu'on me les agresse.
29:59Qu'on me les agresse.
30:01Oui, mais non, mais c'est ça.
30:02Je veux dire, tu es dans une petite ville.
30:04Tu ne sais pas.
30:04Il y a des fous partout.
30:06Donc, non, non, non.
30:07Je voulais maîtriser leur sécurité.
30:09C'était tout ce qui comptait pour moi.
30:11Et du coup, on a fait plein de choses.
30:12Il a pu s'amuser, faire plein de trucs super.
30:14Moi, ça me va, quoi.
30:15Et encore une fois, c'est la pop culture qui vous a donné de l'élan.
30:18On va écouter ce générique magnifique.
30:29J'ai des images en tête.
30:31C'est la série espagnole.
30:33Un de stress.
30:34Yes.
30:34Yes.
30:35Alors ça, c'est le moment qui vous propulse.
30:39C'est un peu un effet starter, comme ça, pour aller vous inscrire,
30:43pour faire un cursus de danse-études.
30:47Complètement.
30:48J'avoue que, en fait, je regarde une dose 13 et j'arrive à ce moment-là,
30:51un peu charnière où on fait des stages d'orientation en troisième,
30:54ce genre de choses.
30:55On se dit, OK, on va aller au lycée.
30:57C'est un peu maintenant que tu dois presque choisir un peu ton métier
31:00ou de commencer véritablement à te projeter.
31:02Et là, je me dis, je ne suis pas à école.
31:04Je ne vais pas faire 8 heures, 17 heures tous les jours.
31:06Je vais me foutre envers.
31:07Ce n'est pas possible.
31:08Donc, je me dis comment je fais pour trouver quelque chose
31:10qui me permet de continuer à faire des études,
31:12mais en même temps, il faut que je me sente commencer à vivre.
31:15Et j'aime danser.
31:16Et je ne dois stress, je ne sais pas.
31:18Je fais le lien automatiquement.
31:19Je me dis, mais en fait, c'est ça que je veux faire.
31:20Je vais être dans un dortoir avec des gens qui dansent, etc.
31:23J'ai envie de vivre cette vie-là.
31:25Alors, évidemment, il faut savoir qu'Undo Stress est très romancée.
31:28Donc, la vie après…
31:30Ne ressemblait pas à Undo Stress.
31:32Ça ne ressemblait pas exactement à Undo Stress.
31:33Quand on est en conservateur, c'est un petit peu différent.
31:35Mais j'ai quand même retrouvé un petit peu ce truc-là et ça me faisait rêver.
31:38Et oui, évidemment, la pop culture, ça permet de rêver.
31:40Mais on le voit bien.
31:43Shakira, Undo Stress, Akati Perry.
31:45On voit que ça joue un rôle fondamental.
31:47Complètement.
31:48Ça peut sauver d'une certaine manière ce que je disais.
31:50La musique, les séries, le cinéma.
31:52C'est pour ça que la culture, c'est tellement, tellement important.
31:55C'est ce qui permet très souvent de pouvoir se projeter et de ne pas rester dans une forme de
32:01déterminisme
32:02qui sont malheureusement souvent là par rapport à des privilèges et des choses comme ça.
32:06Ça permet de rêver grand, en fait, la culture.
32:09L'arrivée est tellement grand que dans ton immense bonté, moi qui n'aime pas conduire autant que tu aimes
32:14danser,
32:14je suis devenue routier quand même.
32:16Ah, Nadia, parce que vous l'avez emmené partout pour les concerts, les shows, le conservatoire.
32:21C'était tous les jours, 45 bornes allées, 45 bornes autour.
32:23Quand même, on ne sait pas.
32:24Ensuite, c'était Marseille.
32:25Parce que ça, c'est une vraie anecdote.
32:27Pour le coup, quand je suis rentrée, que je n'en ai pas souvent parlé, je crois en plus.
32:30Quand je suis rentrée au conservatoire d'Avignon la deuxième année, le premier jour de la rentrée,
32:36vu que je suis tellement content d'avoir déménagé depuis l'être à Arles et tout ça,
32:38et de me dire, je vais pouvoir m'assumer, c'est une grande ville et tout ça.
32:40J'arrive au collège dans des looks assez affriolants, etc.
32:44Enfin, j'assume, je suis content, j'ai un gros blazer, j'ai des grosses bottes, j'ai les cheveux
32:47en l'air.
32:47Enfin, c'est la totale.
32:48Et en fait, le premier jour, ça passe très, très mal.
32:50Ça ne va pas du tout.
32:51Je me dis, j'ai quitté ma petite ville pour aller dans une ville où ce sera moins compliqué d
32:54'être comme je suis et tout.
32:56Et en fait, ça ne va pas du tout.
32:58Tout le monde me dévisage à la récré, c'est un enfer.
33:00À Avignon, c'est pire qu'à Arles.
33:01En tout cas, ce jour-là, ça a été très intense.
33:05Alors qu'en plus, c'était le poste, je viens de re-rentrer chez moi avec mon père depuis peu
33:09de temps.
33:09En fait, je me suis dit, ça va être une bouffée d'oxygène de pouvoir aller à l'internat là
33:12-bas.
33:13Sauf que j'arrive, encore une fois, ça se passe très, très mal.
33:15À 10 heures, je sors à la récré, ça ne va pas, je re-rentre en classe.
33:17Et moi ?
33:18Et vraiment, je ne sais pas, quelques minutes après, je me lève dans la classe et je dis à la
33:22prof, il faut que je me casse, je ne vais pas rester.
33:24Donc, je me barre et je vais aux chiottes.
33:26Et j'appelle ma mère et je lui dis, il faut que tu viennes me chercher, on ne va pas
33:28rester ici.
33:29Tant pis, alors que c'est le rêve de ma vie de danser et tout ça.
33:31Et j'étais en mode, on ne peut pas rester, ce n'est pas possible, je ne revivrai pas les
33:33mêmes choses.
33:35Et donc, elle arrive, on se fait un rendez-vous chez le CPE, le directeur qui me dit, mais t
33:37'es sûr, tu ne veux pas tester un ou deux jours ?
33:38Je dis, non, je ne veux pas tester. C'est hors de question, mais par contre, je veux danser.
33:41Donc, la seule solution qui s'offre à nous, c'est de rester au conservatoire, de retourner à mon collège
33:46dans ma ville et de faire des allers-retours tous les jours pour aller danser.
33:50Et ma mère va le faire. Et du coup, elle va m'emmener tous les jours après les cours à
33:56la danse, etc.
33:57À Avignon pour que je puisse quand même danser en ayant des horaires aménagés dans un collège qui ne fait
34:01pas d'horaires aménagés de base.
34:02Enfin, tout s'est aligné. Non, les gens ont fait en sorte que ça s'aligne.
34:06Il y a eu la variable d'ajustement.
34:08Oui, voilà. Il y a eu la variable d'ajustement, clairement.
34:10Je suis allée au collège à Robert-Moray, leur expliquer, leur dire, il faut absolument qu'eux.
34:14Donc, ils m'ont dit, mais sport-études, on n'a que foot. On va le mettre dans la classe
34:17foot.
34:17Mettez-le dans la classe foot, ce n'est pas grave, je te rappelle.
34:20Il fera de la danse sur le terrain.
34:21Non, mais ils étaient deux danseurs puisqu'il y avait aussi Enzo.
34:25Et donc, ils sont partis. Et après, nous voilà partis tous les jours jusqu'à Avignon.
34:29Ouais, c'était quelque chose.
34:31Alors, il y a une deuxième naissance ensuite qu'est liée à ce titre.
34:38Après ce parcours de danse, donc aidé par le compteur de la voiture de la mère de Mike, qui fait
34:46tous les allers-retours.
34:47Mike va devenir piche avec cette chanson de Conchita Verse, star de l'Eurovision, Rise Like a Phoenix.
34:53Vous produisez pour le spectacle de Jean-Paul Gauthier, le Fashion Freak Show.
34:57Et vous avez une révélation dans ce numéro.
34:59Vous qui avez été formé à la danse et à beaucoup de disciplines d'ailleurs artistiques avant d'arriver au
35:03Fashion Freak Show, Mike.
35:04Ah oui, clairement. Pour le coup, je faisais déjà de la danse en talons, ce genre de choses.
35:09Donc, j'avais exploré du coup beaucoup une part de ma féminité à travers ça.
35:11Mais ça devient complètement différent à partir du moment où j'ai la robe, la perruque et que je fais
35:17du lip-sync.
35:18En fait, je commence à toucher à...
35:19C'est les paroles synchronisées sur la musique.
35:21C'est ça.
35:22C'est un playback.
35:23Un playback, exactement.
35:24Et en fait, je commence à toucher à ce que ça peut être sur scène de chanter.
35:27Oui.
35:28Je crois qu'il y a de ça aussi.
35:29C'est qu'en fait, je me retrouve solo sur une scène, comme si c'était ma voix.
35:34Et en fait, je commence à trouver ça génial de le faire en plus dans ces apparets-là.
35:38C'est merveilleux.
35:38C'est la découverte de la queerness pour moi, en plus de le faire pour Monsieur Gauthier.
35:41C'est un grand privilège.
35:43Vous dites que c'est votre mère drague.
35:44Elle n'est pas jalouse, Nadia ?
35:45Non.
35:47Ah non.
35:48Ah non.
35:48Ah non.
35:48Ah non.
35:52Je suis admirative du parcours, de la personne et tout.
35:55Donc, c'est un honneur.
35:56C'est parti de la famille.
35:57Mais oui.
35:58Mais comment vous le voyez arriver, du coup, la Piche, là, pour le coup, là, c'est vraiment
36:01la naissance de Piche.
36:02Oui, parce que les gens ont vu la naissance de Piche, mais moi, j'ai tout vu.
36:06J'ai vu aussi quand t'es un prince, quand t'es dans d'autres personnages.
36:09Donc moi, je l'aurai.
36:10Moi qui suis passionné de théâtre, qui ai fait beaucoup de théâtre et qui, quand je vois
36:15Piche, je vois le personnage.
36:17Donc moi, je vois un humain qui est passionné.
36:21Je vois un artiste qui performe.
36:22Donc moi, je ne mélange pas.
36:25Je scène bien tout ça.
36:27Donc, je n'ai pas de problème avec ça.
36:28Et je trouve ça fabuleux.
36:30C'est pour ça que j'admire le drague autant que j'admirerais un autre acteur sur tel type
36:34de film ou autre.
36:35Ou un tableau impressionnant.
36:36Exactement.
36:37L'art est fait pour vous procurer des émotions, quelles que soient les émotions, quelles
36:41que soient la critique qui va en ressortir.
36:42Donc, pour moi, c'est fabuleux.
36:44Je suis contente.
36:45Et c'est là où on se dit, elle est un peu tarée, celle-là, il a une mère qui
36:48n'est pas tout le monde, heureusement.
36:49Mais les autres vont servir de ça.
36:50Je pense avoir des demandes d'adoption, à mon avis.
36:53J'en ai eu après le discours de Drag Race, dont Mamie Ouata, la plus célèbre.
36:58Mamie Ouata qui est une des dragues de l'émission.
37:00Et Mouni Mouni.
37:00Je voudrais qu'on écoute cette scène du documentaire dont on parlait « L'absent
37:04dans le cœur de piche » de Julien Gaspar Oliveri qui a été diffusé et qui est
37:08toujours disponible.
37:08On y entend votre frère jumeau avec vous et à la guitare dans une séance de travail.
37:17« C'est sympa en vrai ça ! »
37:20« Hein ? »
37:20« Hein ? »
37:21« Hein ? »
37:22« C'est sympa ! »
37:35C'est votre frère qui chante Morgan à la guitare.
37:38Vous vous retrouvez avec le drague et avec le travail avec lui, c'est Racine Gitane
37:43qu'au départ vous aviez un peu mis à distance, Mike, à ce moment-là, et avec le personnage
37:48de Piche.
37:49« Oui, oui, complètement.
37:50C'est vrai que je n'associais pas véritablement d'où je venais les racines avec la culture
37:56drague.
37:57Ce n'est pas quelque chose qui existe chez moi du tout.
38:01Et en fait, mon frère étant quelqu'un de très bienveillant et de très ouvert, ça
38:06me permet aussi de faire ce lien à travers lui.
38:08C'est-à-dire que je peux redécouvrir qui je suis, d'où je viens, m'en inspirer
38:13et le vivre avec quelqu'un qui a les mêmes origines que moi et qui n'a pas honte de
38:17ce
38:17truc-là et qui aime aussi me voir mélanger ces choses-là dans mes musiques ou avec lui
38:21ou dans mes messages.
38:22C'est un privilège.
38:25Qui t'aime et qui t'accepte.
38:27Oui, mais qui transmet aussi quelque chose.
38:29Il y a presque un trajet.
38:31On pourrait appeler ça de la réappropriation.
38:33Je dirais que vous avez réapproprié votre culture.
38:35Complètement.
38:36En vrai de vrai, je me suis rendu compte déjà qu'il y avait beaucoup plus de personnes
38:41que ce que je pensais dans la communauté gitane qui était aussi LGBT et tout ça.
38:45Parce que c'est tellement tabou chez nous.
38:47C'est tellement, tellement caché que du coup, on finit par croire qu'on est toutes seules.
38:49Enfin, c'est vraiment un truc.
38:51Je pense qu'un jour, je me suis dit, j'ai peut-être un cousin qui y est.
38:54Mais alors vraiment, on n'en parle pas.
38:57Et donc, je redécouvre cette communauté-là et je me dis surtout,
39:03je prends confiance en moi en me disant c'est qui je suis.
39:06C'est pas parce que je suis drague que je ne suis pas gitane.
39:08En fait, ça n'a rien à voir.
39:10En fait, on ne peut pas changer.
39:11C'est une donnée.
39:11C'est factuel.
39:12C'est dans mon sens.
39:13C'est une addition d'identité.
39:14Exactement.
39:15Et c'est ce que je suis.
39:16Et je vais pouvoir même, au contraire, faire du bien et peut-être apporter un autre
39:19type de représentation.
39:20Oui, c'est ça.
39:21Vous allez en faire presque aussi une nécessité d'être cette drague gitane barbu.
39:26Ouais, parce qu'en vrai, je...
39:28Mais aussi aux origines algériennes, mais aussi...
39:30C'est ça.
39:30Mais en vrai, j'ai une identité qui est double.
39:33Et il y a ce truc où je connaissais déjà pas mal de représentations maghrébines,
39:37LGBT qu'il y a plus.
39:38Là ou chez les gitans, je n'en connaissais pas du tout.
39:41Il n'y en a rien.
39:41Déjà, les gitans, de manière générale, dans la pop culture, en France, on connaît Kenji
39:47et les Gypsy Kings.
39:48Ça ne va pas plus loin pour les gens.
39:50Et je me suis dit...
39:50Django Renard, quand même.
39:52Oui, mais pas tout le monde.
39:54Il faut se dire que c'est quand même assez...
39:56Ça peut rester niche.
39:58Mais alors, pour le coup, des personnalités en plus LGBT, ça n'existe pas.
40:02Queer, ça n'existe pas.
40:03Enfin, ça n'existe pas.
40:03En tout cas, ça n'a jamais été mis en avant, ni dans les médias, ni dans l'audiovisuel,
40:07etc.
40:08Donc là, j'étais trop content de pouvoir représenter ça.
40:11Et franchement, quand je vois les messages que j'ai reçus de personnes...
40:13Vous avez reçu des messages...
40:14Bien sûr.
40:15C'est comme pour Nadia, après son message en drag race, vous avez énormément d'écho.
40:19Bien sûr.
40:19J'ai des gens qui m'envoient des messages pour me dire...
40:21Écoute...
40:22Moi, les messages qui me font un peu le plus marrer et qui, en même temps, sont un
40:26peu tristes aussi à dire, c'est quand je reçois des messages de personnes de la
40:29communauté gitane qui me disent...
40:30« Ah, mais t'es vraiment gitane ? »
40:31Puisqu'en plus, on s'écrit comme si on se connaissait tous.
40:33C'est assez hilarant.
40:34Et ils m'envoient juste des messages en direct, etc.
40:36« Mais non, mais t'es pas vraiment gitane et tout. »
40:38Parce qu'ils y croient pas.
40:39Ils se disent...
40:39« T'y est pas, c'est écrit.
40:40T'y est accepté. »
40:42Non, mais en fait, c'est tellement...
40:44Enfin, je te jure, il faut être dedans pour le comprendre, mais c'est tellement impensable
40:49ce que je fais en étant ce que je suis, que du coup, les gens se disent...
40:53Enfin, en tout cas, les gens de chez nous nous disent « Mais c'est pas vrai, tu l'es
40:56pas vraiment et tout. »
40:57« Si, si, je vous assure, on peut vraiment s'assumer, vraiment aller là-dedans. »
41:01Et du coup, il y a des gens à qui ça fait du bien, qui me disent que dans leur
41:03famille,
41:03c'est pas possible, qu'ils peuvent pas ni en parler ni rien, mais qu'ils m'écoutent
41:06en cachette ou qu'ils ont regardé des émissions sur les sorties en cachette aussi,
41:10et ce genre de choses-là, et ça fait du bien.
41:12Parce que moi, personne n'a regardé en cachette.
41:14Enfin, c'est même pareil.
41:14Carré de Piche sur France Inter avec Césaire, un peu de gypsy, justement.
41:22Cette racine vitale qui remonte jusqu'au bout des ongles du personnage de Piche.
41:27Comment vous regardez, vous en tant que mère, Nadia, cette collaboration entre les deux frères ?
41:32Moi, j'adore, je suis ravie.
41:34Parce qu'ils travaillent avec lui sur ce morceau.
41:36Je suis ravie.
41:38Et puis, ils travaillent comme ils vivent.
41:39C'est-à-dire que depuis qu'ils sont tout petits, ils s'aiment passionnément,
41:43mais c'est vrai qu'ils sont en compétition.
41:45Ils ne s'en rendent même pas compte ou si c'est volontaire.
41:48Je ne sais pas comment c'est arrivé.
41:50On en peut parler.
41:51Mais ça les pousse.
41:55Ça leur donne un peu plus de niaque à aller à chaque fois un peu plus chercher plus loin.
42:00Donc, ça les oblige, entre guillemets.
42:02Donc, ils performent.
42:03Et moi, j'aime.
42:04Moi, j'aime.
42:05Et puis, ils sont tellement différents.
42:06Mon Morgane, il est magique aussi, mais différemment.
42:10Donc, je veux dire, je l'ai quitté il y a trois jours.
42:13J'adore.
42:14J'ai quitté ma fille il y a six jours.
42:17Ils ont une complicité.
42:20Tous les trois ?
42:20Tous les trois.
42:21Et tous les deux particulièrement.
42:23Mais ça, c'est la géménéité qui veut ça.
42:25La géménéité.
42:25Et j'ai fait en sorte de ne pas les habiller.
42:28Dès qu'ils sont arrivés en primaire, j'ai dit on arrête.
42:30Je ne les habille plus pareil.
42:32Vous n'avez pas forcé ?
42:32Non.
42:33On a changé de classe.
42:34On a changé de classe.
42:35Pour que chacun puisse vivre comme il était, comme il le ressentait.
42:42Voilà.
42:42Mais non, je suis super heureuse.
42:44Alors, Morgane, puisqu'on parle de lui, votre frère Piche,
42:46il a appelé votre père quand vous avez fait votre première grosse salle parisienne.
42:51L'Elysée Montmartre.
42:53Pour qu'il voit ça, justement, ce qui était en train de se passer.
42:56Pour qu'il soit un peu avec vous, même s'il ne faisait pas ce trajet.
42:59On écoute la scène de ce coup de fil qui est très forte.
43:03Regarde.
43:03Je ne sais pas si tu vois, mais il y a 1500 personnes.
43:07Regarde, ils sont tous déplacés pour écouter nos musiques.
43:15C'est toujours extrait de ce documentaire.
43:18Donc, l'absent dans le cœur de Piche.
43:20C'était important pour vous, même si c'est un peu médié par votre frère,
43:23qui voit ces images de votre père à ce moment-là avec Mike Piche, maintenant.
43:27Pas pour moi, parce qu'en vrai, moi, je ne savais pas qu'il avait appelé mon père.
43:30Je l'ai découvert pendant le documentaire.
43:32En voyant le film ?
43:33Ouais.
43:33Je ne savais pas du tout qu'il avait appelé.
43:34Et puis mon frère, ce n'est pas du genre à me dire « j'ai appelé papa ».
43:37C'est pour ça qu'ils sont très pudiques.
43:38Pas du tout.
43:38Ah oui, non, non.
43:39Il ne va pas du tout me dire ça.
43:42Donc, je le découvre à ce moment-là.
43:45Et c'est important pour moi, quand même, que lui puisse avoir cette relation avec son père.
43:52Et que…
43:53Parce qu'en vrai, on en pense qu'on en veut et tout ça, de la relation que j'ai
43:56avec mon père, etc.
43:57Mais je sais qu'il y a une forme de fierté de l'autre côté.
44:00C'est ça qui est hyper paradoxal.
44:01C'est ce côté…
44:03C'est comme si ce qu'on avait était d'une forme de fatalité.
44:07Comme si c'était la faute de personne, ce qui m'énerve un peu des fois aussi.
44:10Mais c'est un peu ce côté, voilà, on est différents.
44:12Donc, la vie fait qu'on ne peut pas s'entendre.
44:13En vrai, ce n'est pas vraiment la vie.
44:16C'est la vie dans la tête des gens, plutôt.
44:17D'une des deux personnes, en tout cas, dans la relation culturelle.
44:19Voilà, c'est quand même un autre sujet et tout ça.
44:23Mais je suis content qu'il puisse être fier aussi, voilà, du travail de son fils.
44:26Parce que Morgane met énormément dans notre musique et il est hyper présent.
44:30Donc, je suis content à ce moment-là pour lui.
44:33Que ça ne crée pas une rupture, disons…
44:35Le fait que moi, je sois comme je suis et que je fasse ce que je fais.
44:37Et que je suis en drague, pardon, de surcroît sur scène.
44:40Que ça n'empêche pas mon père de pouvoir profiter de ce que son autre fils produit aussi.
44:44Ça, c'est important pour moi.
44:45Ça m'aurait un peu dérangé.
44:46Sans qu'il soit en conflit de loyauté entre vous deux.
44:49Ah oui, oui, complètement.
44:50Et pareil pour mon frère.
44:51Je suis ravi qu'il ait de la relation aussi avec son père.
44:53Mon idée à moi, c'est pas de…
44:55J'aurais détesté qu'il soit séparé à cause de moi ou autre.
44:59Ce qui se passe avec mon père ne concerne que mon père et moi.
45:01Il vous a écrit une très belle chanson, d'ailleurs, qui s'appelle « Respire ».
45:03Vous lui rendez hommage dans ce concert à l'Élysée Montmartre.
45:05Où il a compris ce qui vous arrivait, c'est ça ?
45:07Il a presque su mieux dire ce que vous aviez vécu.
45:09Il l'a compris et il l'a vécu d'une certaine manière.
45:11Ce qui est assez fou, c'est qu'il y a une période de vie où moi, je vis tout
45:16ce que je vis de mon côté.
45:17Et lui vit l'effet miroir, en vrai, de ça, de l'autre côté.
45:24On parle de ce départ à 13 ans, de cette rupture.
45:26Et il va la vivre et la sentir plus fort que ce que vous n'auriez imaginé sans que vous
45:31en ayez parlé, comme le coup de fil au père, finalement.
45:33Bien sûr. Et lui, il va vivre aussi les traumas qui sont liés à cette période-là.
45:38Mais c'est vraiment l'autre phase de la même pièce.
45:41C'est-à-dire que moi, je le vis parce que j'ai la sensation d'en être responsable.
45:44Et lui, du coup, il se retrouve de cet autre côté à subir aussi les conséquences, à se séparer de
45:49son frère, etc.
45:51Parce que du coup, son autre frère est différent.
45:55Il vit l'autre phase des traumas, on va dire, de ça.
45:58Vous dites, puis, je suis une personne algérienne et gitane qui fait à la fois du rap et du drag
46:02sur le papier.
46:03Ça ne fait pas forcément sens.
46:05Mais je suis quelqu'un qui essaie de recoller les morceaux, de créer des passerelles entre les communautés.
46:09Je ne m'adresse pas qu'aux personnes queer. Je m'adresse à tout le monde.
46:13C'est ça, le moteur.
46:15Vous parlez des ponts que vous ne vouliez pas briser entre votre frère et son père.
46:20Vous êtes finalement le bâtisseur de ponts.
46:24Ouais, je suis dans le BTP un peu aussi.
46:28C'est ça, la vraie profession.
46:29En vrai, c'est hyper important pour moi parce que je pense que, notamment dans le climat politique actuel, etc.
46:36En France, la division, ce n'est clairement pas bénéfique pour qui que ce soit.
46:40Moi, je suis quelqu'un qui aime rassembler vraiment les gens.
46:42Et c'est pour ça que j'aime toujours rappeler aussi que ma musique et ce que je fais,
46:45c'est fait par une personne qui vient d'une niche, mais ce n'est pas forcément niche.
46:49Et ça ne s'adresse pas qu'à des niches.
46:50Et c'est fait avec quelqu'un qui, d'ailleurs, n'est pas du tout de la même communauté que
46:54vous.
46:54Parce que votre frère est complètement hétéro.
46:58Il est complètement hétéro.
46:59Du rap massif.
47:01Ouais, bien sûr.
47:02Mais en vrai, je pense que c'est pour ça aussi que ce qu'on a réussi à construire, ça
47:05touche les gens.
47:06Parce qu'en vrai, il y a mes codes à moi qui sont un peu plus niches et qui vont
47:10parler à des gens qui se reconnaissent dans ce que j'ai vécu et tout ça.
47:12Et il y a les codes de mon frère.
47:14Et lui, il a des codes plus mainstream et tout ça.
47:15Et du coup, ça touche des gens qui lui ressemblent aussi.
47:17Donc c'est pour ça qu'on arrive à avoir, j'ai l'impression, un public hyper éclectique.
47:20Il y a un héritage familial auquel vous êtes reconnecté, Piche.
47:24C'est celui de votre grand-père paternel danseur.
47:27On va en parler juste après votre dernier single Petit Homme, Mike Gauthier, alias Piche.
47:31Et sa mère sur France Inter.
47:33Et j'ai l'impression, là, Piche, que vous êtes éclaté sur la voix.
47:36Puisqu'on parlait de votre plaisir d'aller hurler de Whitney Houston ou du Célinon dans la Camargue.
47:41Ouais, j'avoue que là, je me suis amusé.
47:43Ben, j'essaie de jamais trop me détourner du propos.
47:47Même si c'est une musique, en vrai, qui paraît assez légère quand on l'écoute comme ça.
47:50Parce que c'est très dansant et tout ça.
47:52Mais j'avoue que j'avais envie de faire deux choses.
47:55Je voulais dénoncer un petit peu aussi les formes de relations toxiques qu'on peut avoir avec les gens, etc.
47:59Et notamment avec les hommes, surtout.
48:01Petit homme.
48:02Petit homme.
48:03Et en même temps, si au passage, on peut un peu essayer de flex et pousser la performance vocale à
48:08un moment donné.
48:08Ben, pourquoi pas, en vrai ?
48:10L'un va avec l'autre.
48:12On a entendu Céline Dion chanter des choses absolument merveilleuses avec des fonds très, très profonds.
48:16Et en poussant la voix.
48:17Donc, c'est possible.
48:18Nouveau territoire.
48:19Alors, je vais vous demander, Piche et Nadia, de participer à notre séquence Madeleine de Proust.
48:27C'est quoi votre Madeleine familiale à vous, Mike et Nadia ? C'est le ragoût du pêcheur ? C
48:36'est le couscous ?
48:36Oui.
48:37Je peux vous appeler Piche maintenant, ce que vous êtes transformé ? On a avancé dans la biographie.
48:41Un petit peu carrément.
48:44Ouais, en vrai, le couscous, c'est le ragoût du pêcheur.
48:46Parce que c'est vraiment les plats que ma mère faisait beaucoup à la maison.
48:50Donc, c'est vrai que c'est resté un petit truc.
48:52Comme maintenant, quand tu manges un couscous ou que...
48:53Le couscous, c'est un peu moins parce que j'ai l'habitude de le retrouver un peu partout.
48:56Le ragoût du pêcheur, c'est vrai que c'est un truc qui est très, très, très spécifique.
48:58C'est quoi alors le ragoût du pêcheur ?
49:00Oui, voilà.
49:02Je ne sais pas si ça existe en vrai.
49:03Je ne sais même pas si le nom existe.
49:04J'en sais rien.
49:05Je crois que c'est peut-être ma mère qui a appelé ça.
49:07Ah, c'est vous qui l'avez appelé comme ça ?
49:08Ah oui, je l'ai appelé comme ça parce que...
49:09Ah, je pense que c'est ma mère.
49:09Je ne sais même pas si c'est un vrai plat.
49:11En fait, un jour...
49:12Vous l'avez demandé un jour dans un restaurant, je ne vois pas de quoi vous parlez.
49:17Nadia, racontez-nous votre ragoût du pêcheur.
49:19En fait, je voulais faire un jour une bouillabaisse.
49:21Je n'avais pas tout ce qu'il fallait.
49:22Donc, je me suis dit, tu vas faire genre et tu vas faire ton ragoût à toi.
49:26Et tu vas appeler le ragoût du pêcheur puisque c'est à base de poissons et de crustacés.
49:30Et je me suis dit, vas-y, tu mets mes limélo, ton poisson blanc, tes crevettes,
49:34tes gambas, tu mets tes moules, tu mets un peu ci, tu mets des sèches et tout.
49:38Et j'ai fait mon petit plat qui a énormément de plu, qui est devenu le plat familial.
49:42Il y avait de tout.
49:43C'était bien.
49:43J'étais fière de moi.
49:45Je suis contente.
49:46Et puis, tout le monde mangeait.
49:47Puis, ça leur faisait manger du poisson parce qu'ils étaient petits.
49:49C'était compliqué.
49:50Et après, c'est devenu le plat à la maison.
49:53Des fois, il y avait l'aïoli à côté, la rouille.
49:55Des fois, il n'y avait pas.
49:56Mais l'orème du pêcheur.
49:57Le couscous, c'est culturel parce que ma mère le faisait.
50:00Je le faisais aussi.
50:01J'aime bien quand il y a du monde.
50:02Quand l'équipe de tournage...
50:03Il y a quoi dans votre couscous ?
50:05Classique, je veux dire.
50:06À moi, c'est classique.
50:08Agneau, poulet.
50:10Et après, en termes de légumes, c'est courgettes, carottes, pommes de terre, navets et pois chiches.
50:15Vous avez grandi dans l'odeur aussi du cumin, je crois, Nadia.
50:20À un moment donné, il me disait, maman, tu n'es pas obligée d'en mettre partout ?
50:24Mais non, mais je sais.
50:26Moi, j'adore.
50:26J'ai une passion pour les épices et le cumin.
50:30Je trouve que c'est...
50:31Madeleine de Proust, à vous, ça vous emmène où dans la tête quand vous sentez cette odeur ?
50:34À l'appartement où j'ai grandi, moi, dans mon quartier, à la Griffeuil, avec maman.
50:40On était quatre enfants, ma soeur et mes deux frères.
50:43Et mon père est parti très tôt.
50:45J'avais trois ans.
50:47Et plus de relation aucune avec lui.
50:50Donc, jamais dans la même ville, pour habiter de l'autre côté du pont, puisqu'on parlait des ponts,
50:55pour recréer avec sa maîtresse qui allait devenir sa femme une famille, avoir deux filles.
51:01Je le dis, c'est hyper important pour que les gens sachent qu'il ne faut pas faire ça à
51:05des enfants
51:05à qui il offrira une piscine, une villa, tout ça, pendant que nous, maman, se démenait
51:09pour nous offrir à quatre dans une petite chambre de 10 mètres carrés,
51:13comme on l'est dans les quartiers populaires, dans les QPV.
51:17C'est pour ça que je travaille beaucoup avec la mairie.
51:20Je suis chargée mission à la politique de la ville.
51:22Là, je vais partir, j'espère, en tout cas dans une autre ville,
51:26pour continuer à œuvrer auprès des jeunes et des moins jeunes.
51:30Et le cumin, ça vous ramène là-bas ?
51:32Maman, cet appartement, nous, on n'avait pas d'ascenseur,
51:35donc on ne me dira pas, mais on mettait des escaliers.
51:39Et puis, t'arrivais à la maison, voilà, il y avait ces ragoûts.
51:41Maman faisait beaucoup, nous, chez les Algériens,
51:43les Algériens, pardon, chez l'Apsus avec Carlésien, on appelle ça jouez.
51:47Et donc, du coup, dans tous les ragoûts, qu'ils soient de tel légume ou de telle viande,
51:52comme les tajines, etc., t'as toujours ces épices
51:55que, voilà, les Occidentaux vont appeler « rasel ranout »
51:59et que moi, j'appelle « rasel hanout ».
52:01Et donc, on a tout ça, le cumin et tout.
52:03Et oui, c'est mon enfance.
52:10Puisqu'on est presque dans un repas de famille,
52:12maintenant, j'aimerais que vous nous parliez d'un aïeul.
52:15Le grand-père paternel, donc, c'est lui.
52:17Puis, au fond, on peut rajouter sa photo, là, dans notre grande photo de famille.
52:22C'est lui qui vous transmet la danse ?
52:25Oui, en vrai, c'est une des premières personnes aussi qui m'encourage
52:30et que je vois content de me voir danser.
52:33C'est un truc, à chaque fois que je dansais et tout ça,
52:36il se mettait à danser avec moi et c'était toujours des « olé, olé ».
52:39C'est un cri un peu d'encouragement chez les Gitans.
52:43Et il était toujours là, en fait, très présent sur cette partie-là.
52:47Je me rappelle que les dimanches, on regardait sur France 3,
52:49c'était des balles de musettes.
52:51Il était passionné de musettes et de danse.
52:53Il était passionné de musettes.
52:54Et du coup, je sais qu'à chaque fois,
52:55même quand on se retrouvait dans une dîner de famille ou autre,
52:58s'il y avait la musette qui passait à la télé,
53:01il arrêtait les gens en mode « regarde, regarde, prends le temps de regarder »
53:03et tout ça, ce qu'il aimait.
53:04Il était hyper passionné.
53:05Je pense que ça m'a donné le goût de la danse, entre autres.
53:08Et vous, Nadia, mère de piche, c'est votre fils,
53:11quelque part, qui vous a réouvert à votre univers artistique
53:14quand vous avez accompagné son parcours ?
53:16Moi, oui.
53:17J'ai fait du théâtre, je suis venue vivre à Paris au tout début,
53:19que j'avais 20 ans.
53:20Moi, je me suis moins faite à Paris à l'époque,
53:22parce que c'était différent.
53:23Il n'y avait pas les réseaux, il n'y avait pas tout ce qu'il y a maintenant.
53:25C'était beaucoup plus difficile.
53:26Et je suis retournée donc à enseigner le théâtre.
53:28Mais après, quand Mike est devenu piche
53:32et qu'effectivement il y a eu tout ça,
53:34j'ai un ami, Yannick, qui dirige un théâtre dans le 19ème
53:38et qui m'a dit « mais si tu veux venir sur Paris,
53:41qui m'a dit « si tu veux venir et tout, viens et tout ».
53:43Et je me suis dit, suite à cette intervention d'Andra Greil,
53:47je me suis dit « mais si je reviens, je reviens pour mon enfant
53:51et pour tous les autres enfants qui vivent ça ».
53:53Et donc j'ai co-écrit avec Yannick, avec Eric,
53:55un ami qui scénarise sur Perpignan,
53:57on a co-écrit « Habillez-vous d'amour ».
54:00Et c'est l'histoire d'une maman du Sud
54:02qui vient pour le mariage de son fils sur Paris.
54:06Ce qui n'est pas encore le cas, j'espère bientôt.
54:11Et du coup, on a toute l'histoire de cette maman qui arrive
54:14et qui cumule un enfant qui cumule pour les autres,
54:18pas pour moi évidemment, l'homosexualité, le drag et végétarien.
54:24Toute ressemblance avec des personnages existants est absolument fortuite.
54:30Merci beaucoup à Pich, Mike Gauthier et sa maman Nadia Gauthier d'avoir été avec nous.
54:36Les dates de Pich, il y en a beaucoup notamment, vous pourrez en profiter au mois de novembre
54:39à Bordeaux, Angoulême, Metz, Lausanne, Dijon, l'Olympia évidemment.
54:43Vous serez là Nadia, ça va être la folie.
54:45Le 24 novembre et puis d'autres dates ensuite à Rennes, Rouen, Clermont-Ferrand, Perpignan, Strasbourg.
54:51Nouveau titre disponible depuis le mois de juin, Petit Homme.
54:54Et puis à voir absolument, je le conseille, l'absent dans le cœur de Pich
54:57de Julien Gaspard-Oliveri.
54:59C'est dispo sur la plateforme France TV et jusqu'en février 2028.
55:05Merci.
55:05Merci Mathilde, merci à toi.
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