- il y a 1 semaine
Deux femmes qui ont témoigné publiquement contre le chanteur, présumé innocent, étaient les invitées de France Inter ce matin, aux côtés de la journaliste de Mediapart qui mène l'enquête depuis dix ans. Elles reviennent sur leur parcours et sur l'accélération judiciaire de cette affaire. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20/l-invite-de-8h20-du-we-du-samedi-13-juin-2026-8120786
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00:01France Inter, Ali Badou, Marion Lourd, le 6-9
00:06Il y a un grand entretien ce matin consacré à l'affaire Patrick Bruel.
00:11Vous savez que le chanteur est accusé de violences sexuelles et sexistes par près de 30 femmes.
00:16Mise en examen cette semaine, il fait désormais l'objet d'un contrôle judiciaire.
00:21On va y revenir longuement.
00:22Et pour en parler ce matin, sur le studio Audinter,
00:25nous recevons une journaliste qui mène l'enquête depuis 10 ans à Mediapart.
00:30Mediapart qui a fait les premières révélations concernant les accusations visant le chanteur en mars 2026.
00:36Question réaction amis auditeurs au 01 45 24 7000 ou l'application Radio France.
00:43Bonjour Marine Turquie.
00:44Bonjour.
00:44Merci d'être avec nous.
00:46Avec nous également deux femmes qui ont pris la parole,
00:48osé prendre la parole pour dénoncer des faits de violence
00:51qui ont porté plainte pour viol pour l'une d'entre elles contre Patrick Bruel
00:55dont je rappelle qu'il est toujours présumé innocent.
00:59Bonjour Karine Wieser.
01:01Oui, bonjour.
01:02Vous êtes attachée de presse.
01:04Vous vivez en Belgique et vous avez déposé plainte en mars dernier pour agression contre Patrick Bruel.
01:10Agression requalifiée en tentative de viol par le parquet de Nanterre cette semaine.
01:14Merci infiniment d'être avec nous ce matin depuis la Belgique.
01:18Bonjour Maïdi Roth.
01:19Bonjour.
01:20Vous êtes la première femme à avoir parlé à Mediapart et à Marine Turquie
01:24pour dénoncer une agression de Patrick Bruel dont vous avez été victime.
01:28C'était en 2018, vous aviez 27 ans.
01:31Vous allez nous raconter comment vous avez entamé cette démarche
01:34et vous Marine, comment vous avez recueilli ces paroles.
01:38Mais même question pour commencer à toutes les deux, Maïdi Roth et Karine Wieser.
01:42Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris la mise en examen de Patrick Bruel
01:46et son placement sous contrôle judiciaire ?
01:50Karine Wieser.
01:52Oui, moi j'ai évidemment suivi attentivement tous les faits qui se sont passés
01:59en attente d'un verdict par rapport à ces longues attentes, évidemment.
02:06J'étais soulagée déjà parce que ça voulait dire que nous étions entendues,
02:10qu'on avait été prises en considération et donc c'est déjà un grand acte qui a été donné.
02:17Merci Maïdi Roth.
02:19Même question ?
02:20La même chose, le soulagement.
02:21C'est-à-dire que ça libère la parole des femmes.
02:24On est entendus.
02:26Voilà, il y a une écoute qui se met en place.
02:29Une écoute qui se met en place puisqu'il y a un contrôle assorti de plusieurs obligations.
02:35Concernant Patrick Bruel, Marine Turquie, vous disiez cette semaine que l'affaire Bruel
02:40était une affaire qui ne faisait que débuter.
02:43Expliquez-nous pourquoi et comment tout a commencé pour vous il y a dix ans ?
02:47Alors comment tout a commencé, c'est justement avec Maïdi Roth qui est ici
02:50parce que je rencontre Maïdi Roth en marge d'une autre enquête sur Luc Besson
02:54et au détour de cette conversation, elle me dit, vous me dites que celui sur qui il faudra enquêter,
03:01c'est Patrick Bruel.
03:03Maïdi me raconte qu'elle aurait subi une agression dans un taxi au festival d'Acapulco au Mexique en 1997
03:11et que d'autres personnes auraient été agressées également en marge de ce festival.
03:15Et donc c'est ça mon premier point de départ de cette affaire et de cette enquête
03:19qui va durer plus de sept années quand même.
03:21Pourquoi ? Parce que ce n'est pas le moment pour beaucoup de femmes à l'époque de parler.
03:25Patrick Bruel est extrêmement puissant, c'est le chanteur de variétés le plus connu en France.
03:28C'est le plus populaire ?
03:29Bien sûr, c'est l'artiste le plus invité aux enfoirés, il est invité aux hommages nationaux d'Emmanuel Macron,
03:34aux Invalides, au Panthéon.
03:35Il faut se rendre compte quand même, parce qu'aujourd'hui on le voit effectivement mis en examen.
03:38Mais il a porté la flamme olympique ?
03:40Bien sûr, évidemment.
03:41Donc à l'époque, ces femmes, beaucoup ont l'impression que c'est comme se jeter d'une falaise que
03:46de parler pour dénoncer des violences sexuelles.
03:49Maïdi, vous avez eu le sentiment de vous jeter d'une falaise en contactant Marine Turki ?
03:54Non, alors c'est elle qui m'a contactée.
03:59Mais qu'est-ce qui vous a décidé à parler ?
04:01C'était une évidence en fait.
04:04Je me suis retrouvée dans ce festival, Patrick Bruel m'a agressée dans ce taxi.
04:09Et c'est surtout que le lendemain ou le jour d'après, je suis témoin.
04:15Je vois une femme sortir d'un bungalow en larmes, les habits un peu déchirés, etc.
04:20Je lui amène de l'eau, on lui porte secours.
04:22Il y avait une autre actrice qui vient m'aider à la soutenir.
04:25Et elle nous raconte que Patrick Bruel l'a agressée.
04:29Et là je me dis mais c'est pas possible, là quelque chose ne fonctionne pas du tout.
04:34Vous avez même fait une liste après, du nombre de personnes concernées.
04:37Et le soir, avec quelques comédiennes qui étaient présentes, on se dit
04:43et si on faisait une liste ?
04:44Et si on mettait sur un bout de papier les agressions qu'on a déjà subies ?
04:50Et qu'on transmet cette liste entre nous pour protéger les nouvelles comédiennes qui arrivent,
04:56les jeunes actrices, etc.
04:58Et ça a été le point de départ.
05:01C'est un peu Me Too avant Me Too finalement.
05:02Me Too avant Me Too, parce que c'est 97 comme vous l'appelez.
05:06Les femmes se protègent entre elles.
05:07On est en 97 et en fait ces sujets ne sont pas un sujet.
05:10Les violences sexuelles, on n'en parle pas.
05:11Et donc comme dans d'autres affaires, PPDA notamment,
05:14les femmes se protègent et s'alertent entre elles.
05:16Ce qui ne devrait pas exister.
05:18Et c'est je crois ce qui a rendu aussi cette enquête difficile.
05:20C'est qu'en fait il y avait des consignes qui étaient données.
05:22On l'a montré à Mediapart dans des enquêtes aux enfoirés,
05:24dans différentes rédactions où on envoyait des journalistes hommes pour interviewer Patrick Bruel.
05:28Au lieu de ne pas inviter Patrick Bruel,
05:30en fait on prévenait les femmes qu'il fallait faire attention de ne pas se retrouver seule avec lui.
05:34Ça pose une question.
05:35S'il n'a pas de comportement problématique, comme il le dit Patrick Bruel,
05:38pourquoi des consignes étaient données ?
05:39Pourquoi les femmes se prévenaient entre elles ?
05:41A Capulco, ce que raconte Maïdi Roth est intéressant.
05:43Plusieurs femmes dénoncent lors de ce même festival,
05:46en l'espace de quatre jours,
05:47plusieurs agressions sexuelles ou tentatives de viol,
05:49dont Daniela Elsner, qui est aujourd'hui la patronne d'Unifrance,
05:53institution phare du cinéma français,
05:55qui justement a porté plainte pour tentative de viol,
05:57qui est l'une des personnes qui va me parler
05:59et pouvoir permettre ma première enquête publiée au mois de mars dernier
06:02qui déclenche en fait toute l'affaire.
06:03Mais vous dites que vous n'avez jamais reçu autant de plaintes,
06:06une trentaine de témoignages,
06:08parce que certaines victimes veulent parler.
06:10Est-ce que finalement ça crée aussi un effet masse ?
06:12Il y a d'autres plaintes qui arrivent, qui arrivent encore d'ailleurs ?
06:15Bien sûr.
06:16À partir du moment où vous avez publié une première enquête étayée,
06:18recoupée, qui justement a un petit peu d'écho,
06:21d'autres gens vous contactent.
06:22Même aujourd'hui ?
06:23Même aujourd'hui, mais surtout depuis la parole de Flavie Flamand,
06:26qui a pris la parole dans Mediapart au mois de mai,
06:27qui a porté plainte pour viol,
06:28en dénonçant un viol alors qu'elle était mineure en 1991.
06:31C'est important de dire que cette parole a permis
06:33un coup de projecteur médiatique,
06:35enfin sur cette affaire qui est tentaculaire.
06:37Je reçois des dizaines et des dizaines de témoignages,
06:39je travaille dessus,
06:40donc je ne peux pas vous en parler à ce stade.
06:41Non mais vous en pouvez m'y donner aujourd'hui.
06:44Vous révélez dans Mediapart de nouvelles plaintes ?
06:45Oui, on a révélé justement hier soir
06:47deux nouvelles plaintes qui viennent,
06:49tout juste d'être déposées là au Parquet de Nanterre.
06:51Il y a une femme qui dénonce un viol en 2012,
06:54une femme qui dénonce une tentative de viol en 2012.
06:57C'est-à-dire qu'on se plaint rien qu'à Nanterre ?
06:59Alors c'est difficile de compter les plaintes,
07:00parce qu'il y a des femmes qui ont fait des signalements,
07:01d'autres femmes qui veulent simplement être auditionnées.
07:03Et ce qui est intéressant,
07:04c'est qu'en fait les femmes parlent beaucoup plus
07:06pour appuyer la parole des autres que pour elles-mêmes.
07:08C'est à rebours du stéréotype d'une femme
07:11qui voudrait actionner le levier MeToo pour se venger,
07:13qui arriverait à Mediapart avec une clé USB,
07:15des SMS, etc.
07:16pour démonter la statue patriguelle.
07:18Ce n'est pas ça la réalité des choses.
07:19C'est que c'est difficile de parler, c'est long,
07:21et elles le font pour appuyer la parole des autres.
07:23Parce que quand elles entendent les dénégations de Patrick Bruel
07:25qui dit « c'est faux, tout ça est une chasse »,
07:27ou « ce sont des rumeurs »,
07:29elles disent « moi je sais que c'est vrai, j'ai vécu ça ».
07:30Son avocate lui conteste les faits,
07:32et il entend démontrer son innocence,
07:34je cite l'avocate de Patrick Bruel.
07:37Karine Wieser, vous avez porté plainte en mars
07:39contre Patrick Bruel,
07:42une plainte pour agression survenue en 2010.
07:45Elle a été requalifiée cette semaine
07:46par le parquet de Nanterre en tentative de viol.
07:50Qu'est-ce que vous ressentez lorsque vous voyez
07:51de plus en plus de femmes prendre la parole ?
07:55Je suis plus que satisfaite, évidemment.
07:58Quant à ma plainte qui a été requalifiée,
08:00je suis évidemment agréablement surprise
08:05parce que les juges ont mis les mots
08:07sur la réalité de la plainte
08:09et elle a été considérée comme telle.
08:12Donc je suis vraiment très satisfaite.
08:15Maintenant, de plus en plus de femmes parlent
08:18et c'est le but de la médiatisation.
08:20C'est de leur faire prendre la parole,
08:22leur dire que c'est possible,
08:23qu'elles doivent avoir confiance en elles,
08:25qu'on est soutenus dans ce combat
08:28et que maintenant on se fait entendre.
08:30Donc oui, une médiatisation est nécessaire.
08:32Mais Maïdi Roth, vous ne vous dites pas
08:34que vous aussi, vous pourriez porter plainte,
08:36vous seriez qualifiée à le faire ?
08:38Alors moi, mon intention, ça a vraiment été
08:41de soutenir Daniela
08:44et de témoigner non-anonymement
08:46pour que ce papier puisse exister le 18 mars.
08:50Voilà, ça a été vraiment ça.
08:52Et maintenant, je suis là
08:54parce que je pense qu'il faut protéger nos jeunes.
08:57Vous êtes lanceuse d'alerte ?
08:58Je ne sais pas.
08:59Je ne sais pas ce que je suis,
09:00mais je ne me pose même pas la question.
09:02Il faut protéger nos jeunes.
09:04Il faut créer des structures
09:07qui existent déjà,
09:08mais les renforcer
09:09de formation contre les violences sexistes
09:13et sexuelles.
09:14Il faut protéger les femmes.
09:17Il faut surtout qu'il n'y ait plus
09:19le moins possible de possibilités
09:21de complicité
09:22sur les structures,
09:25spectacles, cinéma, etc.
09:27Alors, il faut rappeler parce que nous sommes
09:29dans un état de droit
09:30et que ce studio n'est pas un tribunal
09:32que Patrick Bruel est présumé innocent.
09:34Mais c'est important de recueillir votre parole.
09:36Marine Turki,
09:37vous, vous avez constaté
09:40que c'est la première fois
09:41que le parquet se saisit aussi rapidement
09:42d'une affaire de viol et d'agression
09:44après des révélations dans la presse
09:46qui datent maintenant.
09:47Il se passe quelque chose
09:48au niveau de la justice ?
09:50Vous avez le sentiment
09:50que ça bouge ?
09:51La meilleure des preuves,
09:52c'est qu'en fait,
09:53le parquet a demandé
09:54la mise en examen
09:54pour 9 cas.
09:55Il avait déjà entre les mains
09:567 des cas.
09:57Enfin, la justice belge
09:58et la justice française.
09:59Donc aujourd'hui,
10:00il demande la mise en examen
10:01pour des faits
10:02qu'il a lui-même classés
10:03il y a quelques années.
10:03Qu'est-ce que ça raconte ?
10:04Ça raconte que la justice,
10:06comme la société,
10:06elle évolue dans son regard
10:08posé sur ces affaires
10:09de violences sexuelles.
10:09Elle les comprend mieux.
10:10Et je crois aussi
10:11que le fait
10:12qu'il y ait une enquête
10:12sérieuse, étayée,
10:13qui soit publiée
10:14et même deux sur Mediapart
10:15a fait avancer les choses.
10:17Est-ce que sans enquête
10:18de la presse,
10:18sans travail de la presse,
10:19il y aurait eu
10:19cette grande enquête judiciaire ?
10:21C'est la question
10:21qu'on peut poser aujourd'hui.
10:22On peut poser la question.
10:24Vous dites d'ailleurs
10:24dans les colonnes de Mediapart
10:25que tous les témoignages
10:26que vous avez recueillis
10:27racontent un récit,
10:28je vous cite,
10:29quasiment similaire,
10:30sans se connaître.
10:32Oui, ce sont des femmes
10:33sur une période de 40 ans
10:35aux quatre coins de la France
10:36qui racontent des choses
10:37extrêmement similaires
10:37sans se connaître.
10:38Elles sont figurantes,
10:40chanteuses en début de carrière,
10:42masseuses ou esthéticiennes,
10:44techniciennes dans la musique
10:45ou le cinéma.
10:46Et ce qu'elles racontent,
10:47c'est un chanteur
10:48qui se jetterait sur elles
10:50sans signer avant-coureur
10:52et sans se soucier
10:53de leur consentement.
10:53Ce sont leurs témoignages.
10:55Elles dénoncent des faits,
10:56vous l'avez dit,
10:56qui sont de gravité pénale
10:57différentes,
10:58qui vont du harcèlement sexuel
10:59au viol, en gros,
11:00pour résumer,
11:00mais qui racontent
11:01un même homme
11:02qui ne se soucierait pas
11:03de leur consentement.
11:03Et c'est important de le dire
11:04ce que Patrick Bruel,
11:05vous l'avez dit,
11:06il dit, moi,
11:06je n'ai jamais outrepassé
11:07un refus.
11:07Les 30 témoignages
11:08qui sont sortis dans la presse
11:09et ceux qui sont aussi
11:10aujourd'hui entre les mains
11:11de la justice,
11:12racontent l'inverse.
11:13Un homme qui n'entend pas le nom.
11:15Certaines disent,
11:16moi, j'ai dû le repousser physiquement.
11:18Certaines disent,
11:18moi, je lui ai dit non
11:19100 fois.
11:20Mais justement,
11:21est-ce qu'il y a un effet,
11:22on parlait de l'accélération,
11:23du fait que c'est allé vite,
11:25il y a 4 juges d'instruction
11:26qui ont été nommés,
11:27c'est énorme pour ce type d'affaires.
11:28Est-ce qu'il y a un effet,
11:30l'IANA aussi,
11:31qui fait que,
11:32cette petite collégienne
11:33qui a été tuée
11:35peut-être par ce suspect
11:36qui est actuellement
11:37mis en examen lui aussi,
11:40est-ce que cette médiatisation
11:41aussi de cette affaire
11:42fait que, enfin,
11:44les choses vont peut-être plus vite,
11:45la justice accélère en tout cas
11:47dans ce type d'affaires ?
11:47Ces deux actualités,
11:48elles se percutent
11:49et elles s'alimentent.
11:50Elles n'ont rien à voir.
11:51Elles n'ont rien à voir,
11:52c'est tout à fait évident
11:52qu'elles n'ont rien à voir.
11:53Mais le point commun,
11:54c'est qu'en fait,
11:55la justice avait déjà en main
11:56dans les deux cas
11:57beaucoup d'éléments
11:58et que, peut-être,
12:00il y a des gens
12:00qui n'ont pas été protégés.
12:01C'est évident.
12:02Donc, aujourd'hui,
12:03il y a un miroir
12:03qui est tendu à la justice
12:04qu'il faut qu'elle saisisse
12:05mais je crois que, plus largement,
12:06ce sont les pouvoirs publics.
12:07Gérald Darmanin avait en main
12:08un rapport qu'on a révélé
12:09à Mediapart,
12:10un rapport de 2023
12:11qui montre une chaîne pénale
12:13asphyxiée de plaintes
12:14qui montre que des plaintes pour viol
12:15n'ont pas été investiguées
12:16pendant des années.
12:17C'est précisément ce qui se passe aussi
12:19dans le cas de l'affaire Liana
12:20et ça, je pense qu'aujourd'hui,
12:21il y a peut-être quelque chose
12:22qui se passe,
12:22il y a peut-être une parole
12:23qui est davantage entendue.
12:24Maïdi, est-ce que vous vous parlez
12:26entre victimes,
12:27entre personnes
12:28qui ont vécu des situations comparables
12:30pour vous soutenir mutuellement ?
12:32Alors, pas du tout.
12:33Pas du tout ?
12:33Mais pas du tout.
12:34Même Daniela,
12:36quand j'ai apporté mon témoignage
12:39à Mediapart,
12:40je ne lui ai jamais parlé, en fait.
12:43Je l'ai croisé au Festival de Cannes,
12:46là, à ce Festival de Cannes,
12:48on est tombés dans les bras
12:49l'une de l'autre.
12:49C'est donc la directrice générale
12:50d'Unifrance qui était à Capulco ?
12:53Mais elle a mis un visage
12:56sur mon nom, en fait.
12:57Elle me dit « Ah, ben c'est toi ! »
12:58Voilà.
12:58Mais pendant tous ces mois,
13:02on ne s'est pas parlé.
13:03Donc c'est vous, Marine,
13:03qui faites le lien
13:05entre ces femmes pour le moment ?
13:07Ce que raconte Maïdi Roth
13:08est intéressant.
13:09Ça veut dire qu'en fait,
13:09il n'y a pas de complot.
13:10Il n'y a pas de gens
13:11qui se coordonnent.
13:12Il n'y a pas de gens
13:13qui se parlent plus que ça.
13:14Ce sont des femmes
13:15qui dénoncent la même chose
13:16sans s'être parlé.
13:17Elles étaient présentes ensemble
13:18au festival de 97
13:20sans forcément savoir
13:21à l'époque ce qui était arrivé
13:22l'une à l'autre.
13:23Donc en fait,
13:23c'est moi qui révèle
13:25leur témoignage
13:25mais ces femmes
13:26ne se sont pas parlées entre elles
13:27et c'est important de le dire.
13:28Karine Wieser,
13:29vous avez reçu des insultes,
13:30vous avez reçu des courriers
13:32jusqu'à la...
13:33enfin, dans la boîte à l'aide
13:34de votre domicile ?
13:36Oui, tout à fait.
13:37Oui, tout à fait.
13:38La salve de haine,
13:40d'injures
13:41et de menaces des femmes
13:42est présente aux...
13:44La haine !
13:44Ah oui, oui, vraiment.
13:45Oui, tout à fait.
13:46Les injures,
13:47c'est vraiment quelque chose
13:49qui rythme mon quotidien
13:50depuis deux mois et demi.
13:52Mais de la part de fans
13:54de Patrick Bruel,
13:55de personnes qui vous en veulent
13:56d'atteindre leur icône
13:58sur son piédestal ?
14:00Exactement.
14:01J'en tâche la personnalité
14:04qu'est Patrick Bruel.
14:05Ces femmes ont vécu
14:06toute leur vie.
14:07Leur vie a été rythmée
14:09par Patrick Bruel
14:10de l'adolescence
14:11à maintenant.
14:13Et là,
14:15toucher à Patrick Bruel,
14:16c'est toucher à leur éducation,
14:18à leur façon de vivre.
14:19Et donc,
14:20elles se sentent
14:20elles-mêmes
14:22agressées.
14:23Donc,
14:23c'est le dommage collatéral
14:25que je subis,
14:25en effet,
14:27depuis plus de deux mois.
14:28Mais Maïderroth,
14:28c'est vrai qu'on a dit
14:29pendant des années
14:30que DSK,
14:32que Patrick Poivre d'Arvor,
14:33que Patrick Bruel,
14:35c'était des séducteurs,
14:37qu'ils avaient une drague lourde.
14:39Elle est où la limite
14:40entre la drague lourde,
14:41entre la séduction
14:42un peu pataude
14:43et le harcèlement
14:45et le viol ?
14:46Et surtout,
14:47à quel moment
14:47on ose se dire
14:48que la limite
14:49est franchie en fait ?
14:50Merci,
14:51merci pour cette question.
14:52Je voulais parler de ça justement.
14:53J'ai fait la formation
14:54au VSS du CNC
14:55et c'était formidable.
14:57du Centre National
14:57de la Cinématographie.
14:58Pardon, pardon,
14:59excusez-moi,
14:59du Centre National
15:00de la Cinématographie
15:01et j'ai vraiment pu mettre
15:03des mots
15:04sur des actes.
15:06C'est-à-dire qu'il y a eu
15:07un cadre d'un coup
15:07et ça fait tellement du bien
15:09de savoir qu'il y a le pénal,
15:12il y a le droit du travail,
15:13qu'une main sur un genou,
15:14qu'est-ce que c'est ?
15:16Un homme qui vous embrasse...
15:17Alors, une main sur un genou,
15:17qu'est-ce que c'est ?
15:18Alors, à partir du moment
15:20où un homme vous touche
15:22sans votre consentement,
15:24il y a une forme
15:26d'agression sexuelle en fait.
15:29Voilà.
15:29Et après,
15:30il y a toute une série
15:31de repères
15:35pour qualifier tout ça
15:37et c'est tellement bien
15:40d'avoir un cadre juridique
15:41et je pense que plus
15:43on a un cadre juridique
15:44autour de tout ça,
15:45un cadre juridique
15:46sur quelque chose
15:46qui avant était confus
15:48et qui du coup
15:53nous atteint
15:53parce qu'on n'a pas les mots.
15:55C'est important de dire
15:55que la séduction,
15:56ce n'est pas les violences sexuelles.
15:58Certains font mine
15:59quand même de confondre les deux.
16:00Moi, l'une des femmes
16:01qui témoigne dans mon enquête
16:02m'a dit
16:02« Moi, je sais ce que c'est
16:03que la drague,
16:04je sais ce que c'est
16:04que le harcèlement sexuel
16:05et moi, ce n'est pas
16:06de la drague que j'ai vécue. »
16:07Donc en fait,
16:07il faut quand même
16:08remettre les mots.
16:08Patrick Bruel
16:09a beaucoup justement
16:10entretenu cette image
16:11du chanteur romantique,
16:12de la séduction.
16:13C'est les réponses
16:13qu'il fait à Mediapart.
16:14Il dit
16:14« J'ai pu séduire
16:15de manière directe
16:16ou maladroite. »
16:16Il plaide la séduction
16:17maladroite.
16:18On ne parle pas de séduction,
16:19on parle d'accusation
16:20de violences sexuelles,
16:20c'est bien différent.
16:22Quand il insiste
16:23qu'une femme dit non
16:23plusieurs fois,
16:24on n'est pas dans
16:25de la séduction visiblement.
16:26Mais ce mythe justement
16:27du séducteur,
16:28je pense que cette affaire
16:29l'écorne aujourd'hui.
16:30Je pense que contrairement
16:31aux fans de Bruel
16:32qui disent
16:32« Il n'a pas besoin
16:33de violer Patrick Bruel,
16:34il y a des hordes de femmes. »
16:35On disait la même chose
16:35pour DSK.
16:36Exactement,
16:37dans l'affaire DSK,
16:38la ministre Elisabeth Bigou
16:39avait dit
16:39« Il n'a pas besoin de violer. »
16:40On l'a entendu
16:40dans l'affaire Nicolas Hulot.
16:41Je crois qu'aujourd'hui,
16:42ça, grâce à la parole
16:43de toutes ces femmes
16:44et grâce au coup
16:44de projecteur médiatique
16:45sur cette affaire,
16:46on commence à faire
16:47la différence
16:47entre la séduction
16:48qui est bien claire
16:49et puis les accusations
16:50de violences sexuelles.
16:51Maïdirotte ?
16:52Oui, parce que moi
16:52sur le moment,
16:53je me suis dit
16:56« C'est un séducteur. »
16:58Et même si je me suis sentie
16:59en danger
17:00parce que je lui ai dit
17:01« Fais gaffe,
17:02il y a mon mec
17:03qui m'attend
17:03à la sortie du taxi
17:05et il m'a répondu
17:06« Je ne suis pas jaloux. »
17:07Et sur cette phrase,
17:08je me suis dit
17:09« Je suis une proie finalement. »
17:11Mais c'est vrai
17:11que j'ai minimisé
17:12et c'est en voyant
17:14l'autre agression
17:15deux jours plus tard
17:16que j'ai pris conscience.
17:17C'est juste pour expliquer
17:18qu'on minimise
17:19beaucoup nous les femmes
17:20et qu'on se dit
17:21« On lui plaît,
17:22il nous a embrassées. »
17:24Alors il y a une question
17:25de Chantal
17:26sur l'appli Radio France.
17:28Elle vous a adressé
17:29au fond Marine Turquie
17:30parce que vous avez
17:31beaucoup travaillé
17:32sur le sujet
17:32mais qu'est-ce qui peut
17:33expliquer de tels comportements ?
17:35Comment peut-on
17:36en arriver là
17:37quand on est un homme ?
17:38Vous vous êtes posé
17:39la question
17:40quasiment en termes
17:41psychologiques
17:41comme journaliste.
17:42Il y a beaucoup de gens
17:43qui pensent
17:43que c'est une question
17:44de pulsions sexuelles,
17:45de besoins,
17:46qu'on entend souvent
17:47les hommes auraient plus
17:47de besoins sexuels.
17:48Ça c'est quelque chose
17:49que je vois sous tous
17:49mes articles dans les commentaires.
17:51Il ne s'agit pas
17:52de pulsions sexuelles.
17:52Il s'agit de rapports
17:54de domination.
17:55Les violences sexuelles
17:56sont des affaires
17:57d'abus de pouvoir
17:57et de domination
17:58qui peuvent prendre
17:59les atours de la sexualité
18:00mais ce sont des crimes
18:01et des lits potentiels
18:02de propriété
18:03de domination.
18:05Et donc en fait
18:05c'est ça que raconte
18:06cette affaire.
18:07Que vous soyez
18:07l'instituteur,
18:09le prêtre,
18:10l'animateur périscolaire,
18:12le présentateur du JT de 20h
18:13ou que vous soyez
18:14Patrick Bruel,
18:14le point commun
18:15c'est vous avez
18:16de la notoriété du pouvoir,
18:17qu'est-ce que vous en faites ?
18:18Avec quel levier
18:20vous actionnez ?
18:20Ce sont des affaires
18:21d'abus de pouvoir.
18:22Merci en tout cas
18:23à toutes les trois
18:23d'avoir été
18:24les invités de France Inter
18:25ce matin.
18:27Marine Turquie,
18:28je renvoie donc
18:28à l'article
18:29qui vient de paraître
18:31sur le site
18:32de Mediapart
18:33où vous dites
18:34que le dossier
18:35s'alourdit
18:35concernant Patrick Bruel.
18:38Merci infiniment
18:39à toutes les deux
18:40d'avoir témoigné
18:41également avec nous
18:43ce matin
18:43et merci d'avoir été
18:45avec nous
18:45Maïdi Roth
18:46et Karine Wieser
18:48depuis la Belgique.
18:50Bonne journée.
18:50Merci.
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