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  • il y a 5 heures
Dans la santé, on peut se servir de l’IA pour la médecine prédictive, l’imagerie ou les diagnostics. Mais elle pourrait être rendue plus efficiente pour répondre à des problèmes urgents : l’organisation et les sous-effectifs. Dans son édito, Thomas Breuzard appelle à revoir l’usage de l’IA dans les hôpitaux pour améliorer le travail des équipes.

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Transcription
00:13Et place à ton édito Thomas, et tu constates, tu fais le constat d'un biais collectif dans l'IA
00:18en santé.
00:18Alors je ne le fais pas personnellement, il est très partagé ce constat, mais bon tu l'as évoqué en
00:23lancement,
00:23l'IA en santé c'est fascinant parce qu'il y a des cas d'usage qui sont formidables pour
00:27améliorer la médecine prédictive,
00:29l'imagerie, les diagnostics, ces usages sont les plus visibles et les plus enthousiasmants.
00:33Mais dans les hôpitaux, dans les centres de santé, la réalité elle est sans doute plus prosaïque,
00:37des problèmes de planning, parfois des sous-effectifs, une fatigue chronique, une coordination fragile entre services.
00:43Alors je regardais une étude notamment de la direction de la recherche, des études d'élévation des statistiques,
00:48qui nous disait en 2023, et j'ai bien peur que le chiffre ne soit pas meilleur aujourd'hui,
00:51un soignant hospitalier sur trois présente un risque d'épuisement professionnel.
00:55Il y a déjà là une première piste de cas d'usage en IA en santé qui est évidemment très
00:59intéressante.
01:00Alors aujourd'hui on valorise beaucoup avec l'IA ce qu'elle sait faire,
01:04peut-être plus que l'importance de savoir bien l'intégrer dans les dispositifs pour qu'elle soulage les équipes.
01:10Alors pourquoi justement ce décalage persiste-t-il entre l'IA qui fait rêver et l'IA qui soulage vraiment
01:15sur le terrain ?
01:15Sans doute parce qu'à l'heure de cette révolution technologique qui excite tous les techniciens,
01:19on oublie un tout petit peu une chose, c'est que dans une entreprise, dans une organisation,
01:22quelle qu'elle soit, ce qui compte ce n'est pas la technologie,
01:25ce sont les liens entre les individus d'une chaîne de soins, de décisions.
01:29Et ça c'est un vrai problème qui n'est clairement pas technologique,
01:31c'est le fameux facteur humain et les cas d'usage sont très documentés.
01:35Donc je pense qu'aujourd'hui on a largement la matière pour bien faire et mieux faire.
01:38Le problème donc il est organisationnel, intégrer l'outil que peut être l'IA générative
01:42dans des processus complexes, composé avec des contraintes humaines multiples,
01:46réglementaires, opérationnelles bien sûr,
01:47et puis accompagner le changement sur le terrain, surtout quand on touche à la santé de personnes
01:51qui parfois sont dans des situations de précarité et ça évidemment on ne peut pas jouer avec.
01:55Alors l'Agence Nationale d'Appui à la Performance des établissements de santé
01:59nous dit que près de 70% des projets numériques en santé n'atteignent pas leurs objectifs initiaux,
02:03principalement parce qu'on ne les a pas suffisamment intégrés dans l'organisation.
02:06Ça montre bien à quel point on peut beaucoup mieux faire aujourd'hui
02:09et autrement dit une IA qui est performante mais mal intégrée,
02:12ça devient surtout une charge cognitive,
02:14donc finalement quelque chose d'inutile ou de presque contre-productif,
02:16un caillou dans la chaussure des professionnels de santé.
02:18Alors qu'est-ce qui fait la différence entre une IA qui aide et une IA qui complique ?
02:21Déjà une IA bien intégrée c'est une IA qui ne remplace pas les professionnels,
02:25elle vient plutôt stabiliser un système, les épauler.
02:27Les premiers bénéfices cités par des établissements sont très clairs
02:30et on l'évoquera aujourd'hui,
02:31des gains de temps, un confort de travail
02:33et aussi souvent du coup une meilleure qualité de service.
02:36Dans une étude de McKinsey, branche santé de 2024,
02:40il est évoqué que les usages d'IA appliqués à l'organisation des soins
02:43peuvent améliorer de 10 à 15% les gains de temps opérationnels.
02:47Donc ça commence à devenir vraiment significatif
02:49et du temps, à l'hôpital par exemple,
02:51c'est certainement pas un luxe,
02:52c'est plus une condition de robustesse aux établissements de santé
02:54qui en ont besoin.
02:55Donc la valeur de l'IA en santé,
02:56elle ne se mesure certainement pas que en termes de précision médicale
02:59comme on le met tout le temps en avant
03:00pour justifier l'essor fulgurant de l'IA générative
03:03mais peut-être en temps humain libéré,
03:05en qualité de vie au travail,
03:06en disponibilité cognitive
03:08pour que celles et ceux qui prennent soin de nous
03:09puissent eux-mêmes être dans des bonnes conditions.
03:11Et est-ce que finalement la promesse la plus forte de l'IA
03:14n'est pas celle de sauver nos hôpitaux ?
03:16Alors l'affirmation est peut-être un petit peu forte évidemment
03:19mais en tout cas ils peuvent contribuer à améliorer la situation
03:22qui est souvent dépeinte comme assez problématique
03:25dans un système sous tension.
03:26L'IA utile, elle aura une certaine sobriété
03:28parce qu'elle ciblera les usages,
03:29elle sera évidemment sécurisée
03:31parce qu'on parle de données de santé,
03:32elle sera bien intégrée dans le fonctionnement
03:34et du coup appropriée par les équipes
03:35d'autant plus qu'on co-construira avec ces équipes
03:37l'évolution de leur mode de fonctionnement
03:39en intégrant ces nouveaux usages.
03:41La transformation d'un service aussi public soit-il parfois
03:44ça vient pas de la techno seule,
03:45ça vient de l'alignement entre trois formes d'innovation
03:47technique, organisationnelle et humaine.
03:49C'est un petit peu le propos central de cet édito
03:51et nos invités aujourd'hui l'incarneront précisément
03:53par des solutions ancrées dans le réel,
03:55par des outils pensés pour le quotidien
03:56et par une IA qui augmente plutôt qu'elle ne remplace
03:59parce que la meilleure IA en santé,
04:00c'est certainement pas celle qui promet un futur spectaculaire
04:02comme on nous le dit souvent,
04:03c'est plutôt celle qui prend soin du présent.
04:06Merci beaucoup Thomas,
04:07on passe à la prochaine séquence.
04:08Sous-titrage Société Radio-Canada
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