00:00Alors, je vous raconte une histoire qui se passe hier, 23h15, 23h15, c'est-à-dire 6h, et avec 6h
00:07de moins au Québec,
00:08où je commente les émeutes françaises, en fait, ce qui s'est passé de samedi soir à dimanche soir, à
00:12la radio québécoise.
00:12J'explique un peu ce qui s'est passé.
00:14Et là, l'intervieweur, le présentateur, m'arrête avec cette question, il dit « les Français sont révoltés, ils ne
00:20trouvent pas ça normal.
00:21Les Français ne sont pas habitués quand même à ces violences qui se répètent.
00:25Est-ce qu'ils sont aussi scandalisés que nous aujourd'hui? »
00:28Je ne dirais pas des choses comme ça.
00:30Ils sont habitués.
00:31Ils sont habitués.
00:32Ils me disent « mais comment peut-on s'habituer à de telles violences?
00:35Ce n'est pas normal de voir des hordes de barbares tout ravager régulièrement, qu'on gagne, qu'on perde,
00:40que ce soit le Nouvel An, que ce soit une bavure policière ou non? »
00:43Il dit « ils ne comprenaient pas. »
00:45Et cette stupéfaction de mon ami québécois qui m'interviewait, je l'ai retrouvée aujourd'hui partout dans la presse
00:51internationale,
00:52où il y a une stupéfaction, c'est-à-dire comment les Français peuvent-ils s'habituer à cela?
00:58Il y a la version, on pourrait dire, Émilienne Paris, c'est-à-dire « où est la douce France?
01:03»
01:03C'est-à-dire, ce n'est pas censé ressembler à ça la France telle qu'on se l'imagine,
01:06telle qu'on la fantasme, telle qu'on la désire.
01:09On s'imagine la France à la manière d'une forme de doux pays, de pays de désir, de pays
01:13de charme, de pays d'abondance, de pays de liberté,
01:15et pas exactement de pays où les uns décident de passer de temps en temps pour ravager le paysage urbain.
01:23À droite de la droite, comme on dit de manière polie, certains se sont même dit, on l'a vu
01:27aux États-Unis, on l'a vu aux Pays-Bas, on l'a vu en Allemagne,
01:30les gens disent « bon, mais devant cela, remigration. »
01:32C'est-à-dire, leur explication est très sommaire, je ne dis pas qu'ils ont raison, qu'ils ont
01:34tort,
01:35mais leur explication devant ça, c'est que ces gens, peu importe les papiers qu'ils ont, ne veulent pas
01:39vivre en France.
01:39Ils veulent piller la France, ils veulent agresser la France, ils veulent s'emparer de la France sur le bas
01:43de conquérants, disent-ils.
01:44Il ne s'agit pas d'être d'accord avec eux, évidemment.
01:46Donc, ils doivent repartir. Ça, je l'ai lu à quelques reprises.
01:50Alors, la question qu'on doit se poser, laissant de côté l'étranger un instant,
01:53c'est comment la population française a-t-elle pu accepter au fil du temps cette violence?
01:58Alors, j'entends des politiques nous dire « nous ne devons pas accepter cette violence, on ne doit pas s
02:03'y habituer. »
02:04On ne doit plus, on doit refuser.
02:05J'entends ça, franchement, j'entends « bla, bla, bla, bla, bla. »
02:09Ça fait longtemps qu'on s'est habitués à cette violence.
02:11Ça fait longtemps qu'on a accepté l'idée qu'elle reviendrait par cycle, qu'elle irait en s'amplifiant.
02:16Ça fait longtemps que nos, on le disait hier, que nos comportements quotidiens se sont adaptés à cette violence conquérante
02:22et hégémonique.
02:24Alors, on a beau nous dire sans arrêt qu'il ne faut pas s'habituer,
02:26« nous nous sommes habitués depuis longtemps. »
02:29Alors, quelle était l'histoire de cette habitude?
02:31Ça, c'est plus intéressant.
02:32Pour la première étape, évidemment, c'était comme d'habitude le déni.
02:35C'est-à-dire, quand les gens voyaient ce qui se passait,
02:38les autorités morales du régime ont dit « mais il ne se passe rien. »
02:42« Qu'est-ce que vous dites là? »
02:43« Il n'y a pas de violence à Paris. »
02:44« Il y en a même moins qu'il n'y en a jamais eu. »
02:46Pendant longtemps, on entendait ça.
02:47Et là, on nous faisait une histoire de la violence depuis le Moyen Âge
02:50pour nous expliquer que finalement, ça va mieux qu'en 1412.
02:52Bon, merci franchement, les gars.
02:55Ensuite, il y a eu l'autre.
02:56Certains ont demandé en disant « vous savez, par ailleurs,
02:58l'histoire des deux derniers siècles est une histoire du progrès des mœurs
03:01qui fait en sorte que, de mémoire d'homme,
03:03nous n'avions plus la connaissance de cette société hyper violente au quotidien. »
03:08Mais quoi qu'il en soit, le déni, c'était l'habitude.
03:10Le déni est la règle partout.
03:11Déni migratoire, déni sécuritaire, déni pour les finances publiques.
03:14C'est le parti du déni qui nous dirige.
03:18Cela dit, à un moment donné, encore une fois,
03:19quand le réel frappe à la porte et qu'on ne peut plus nier, nier, nier,
03:22qu'est-ce qu'on voit ? Une théorie est apparue il y a une vingtaine d'années environ,
03:26un peu plus, et c'était la théorie des zones de non-droit.
03:29Donc, on a dit « oui, c'est vrai, il y a des endroits qui sont violents,
03:32il y a des endroits qui sont 25 ans même, je dirais,
03:34il y a des endroits où on ne peut pas pénétrer,
03:36il y a des lieux où on ne peut plus aller,
03:37mais ce sont des zones de non-droit. »
03:39Donc, sachez-le, n'y allez pas.
03:41Si vous êtes assez imbécile pour y aller,
03:43vous cherchez un peu après les coups que vous recevrez,
03:47n'y allez pas et vous n'aurez pas de souci.
03:50Soit dit en passant, quand les Américains ont dit la même chose
03:52en parlant de « no-go-zone » en France,
03:54soudainement, on a dit « vous êtes fous,
03:55il n'y a pas de no-go-zone » en France,
03:57il n'y en a aucune, c'est une invention,
03:58c'est une théorie conspirationnaliste d'extrême droite.
04:01Une autre.
04:02Mais ce qui est intéressant là-dedans,
04:04c'est qu'on a cherché à cantonner géographiquement
04:07la violence qui partout ravage le quotidien.
04:10Donc, on disait « pour peu qu'on n'habite pas dans ces quartiers,
04:12on n'aura pas de souci. »
04:13Sauf que les no-go-zone se sont multipliés.
04:16Et un jour, on a découvert, c'est ce qu'on se disait hier,
04:18qu'il n'y a plus aucune partie du territoire
04:20qui est théoriquement à l'abri de cette violence.
04:23Elle peut frapper à la boule,
04:24elle peut frapper sur les Champs-Élysées,
04:26elle peut frapper dans les beaux quartiers,
04:28et demain, et pour ne pas dire aujourd'hui,
04:30et en fait hier, elle peut même cogner chez vous.
04:32Et on verra des images dans un instant.
04:34Ça, je pense que c'est une des choses les plus importantes
04:35qu'on doit dire.
04:36Le récit, même le plus inquiet sur l'état de la violence,
04:40est en retard sur la réalité.
04:42Mais puisqu'on ne veut pas s'avouer jusqu'où c'est rendu,
04:44eh bien, on est en retard sur la réalité,
04:47croyant et trop dacieux,
04:48alors qu'on est tout simplement à petite vitesse
04:50dans le diagnostic.
04:51Par ailleurs, les politiques, dans tout cela,
04:53se sont évitées, inévitablement,
04:55avec ce qu'on pourrait appeler une forme
04:57de théorie auto-accusatrice.
04:59Certes, il y a des bouts de France
05:00qui ne sont plus la France.
05:01Certes, il y a des endroits où on risque
05:02de se faire molester, chaparder, gorger.
05:05Mais ce n'est pas un peu de notre faute,
05:07parce qu'on a parqué, apparemment,
05:09les populations nouvelles là-bas,
05:10les populations issues d'immigration.
05:11C'est vrai que c'est grave,
05:14mais c'est notre faute.
05:15On n'a pas su transmettre la France,
05:17on n'a pas su donner le goût de la France
05:19aux populations nouvelles,
05:20sans se demander s'ils en avaient le goût
05:22par elles-mêmes,
05:22sans se demander si elles voulaient
05:23qu'on leur transmette ce pays
05:25qui n'est pas qu'une idée,
05:26mais qui est une réalité,
05:27sans se demander si c'était possible
05:28de transmettre à partir d'un certain seuil
05:31de démesures démographiques.
05:32Quoi qu'il en soit, on nous a expliqué
05:34que cette violence n'existait pas.
05:36Pourtant, au quotidien,
05:37chacun d'entre nous savons aujourd'hui
05:38comment chercher à l'éviter,
05:40tout en sachant qu'elle peut frapper
05:42à n'importe quel moment.
05:43On verra dans un instant
05:45des images de Tony Pitaro,
05:47le lanceur d'alerte,
05:48où on voit les casseurs,
05:51les violents,
05:52entrer dans les immeubles,
05:54effectivement,
05:55et c'est déjà le cas.
05:56Vous parlez, Mathieu Bocoté,
05:57ici des violences ordinaires.
05:59Oui.
05:59Depuis quand, selon vous,
06:00les Français se sont-ils habitués
06:02aux émeutes anti-françaises ?
06:04Parce que c'est une autre réalité.
06:05Effectivement, je décrivais
06:06ce qui se passait dans les RER,
06:07les transports.
06:08Je décrivais la violence
06:09des jours quotidiens.
06:10Mais il y a aussi les grands moments,
06:12les flambées de violence,
06:13comme on parle de manière poétique.
06:14Et ça, il y a un...
06:15Bon, on pourrait dire,
06:15il y en a avant 2005.
06:16Mais il y a le moment de bascule
06:17avec 2005,
06:18avec les émeutes,
06:19où on prend conscience
06:20d'émeutes urbaines,
06:22ethno-culturelles,
06:23orientées,
06:24et anti-françaises
06:25à bien des égards.
06:26Mais immédiatement,
06:27le régime se mobilise,
06:28comme d'hab,
06:29pour nous dire,
06:30en fait,
06:30ce ne sont pas
06:30des émeutes anti-françaises.
06:32Ils n'ont aucun contenu
06:33identitaire ou culturel
06:34ou ethno-culturel.
06:35Leur contenu,
06:36elles sont strictement sociales.
06:37Ce sont des émeutes.
06:38Elles ne sont pas agréables.
06:40Elles brisent tout.
06:41Mais ce sont des émeutes sociales.
06:42Circulées,
06:42il n'y a rien à voir.
06:43Donc, le régime,
06:44obligé d'enregistrer
06:45la réalité des choses,
06:47explique alors
06:47que ça n'a rien à voir
06:48avec ce que l'on voit.
06:50C'est la même période,
06:512005,
06:51cette période-là,
06:52où on voit émerger,
06:53si je peux me permettre,
06:53un savoir non institutionnel
06:55pour décrire
06:57cette réalité
06:58d'un pays
06:59avec des tensions
06:59ethno-culturelles
07:00de plus en plus vives.
07:01Donc, c'est l'émergence,
07:02par exemple,
07:02de F2Souch.
07:04F2Souch
07:05qui va faire un travail
07:05pour chercher
07:06à documenter
07:07l'expérience quotidienne
07:09des uns et des autres
07:10qui est niée
07:11par le grand discours officiel.
07:12C'est une époque
07:13où Hugues Lagrange,
07:14sur un tout autre registre,
07:15le sociologue,
07:15parle du déni des cultures
07:16pour parler du choc culturel
07:17et ses effets sécuritaires
07:19pour d'autres.
07:20C'est une époque
07:20qui nous a été racontée
07:21par Alexandre Devicchio
07:22dans son dernier livre
07:22« Soit dit en passant ».
07:23Donc, dès lors,
07:24s'installe une conviction
07:25en 2005,
07:26puis elle va revenir,
07:26c'est celle
07:27de l'inévitable répétition.
07:28Il y a des violences,
07:30il y en aura encore plus.
07:32On ne peut pas faire
07:32grand-chose.
07:33D'une certaine manière,
07:34les autorités
07:35cherchent à les contenir
07:36en faisant preuve
07:37d'une forme
07:37de dispositif de sécurité
07:39toujours plus musclé,
07:40mais nous ne croyons plus
07:41qu'il est possible
07:42de casser une fois pour toutes
07:43la mécanique de la violence.
07:44On peut la contenir.
07:45On n'est pas assez
07:46de l'idée
07:46d'une société sans violence
07:47à une société
07:48où la violence est permanente,
07:50mais on cherche
07:50à s'en protéger
07:51d'une manière ou de l'autre.
07:52Donc, soit sur le plan collectif
07:53avec le dispositif
07:54des forces de l'ordre
07:54dont on parle souvent,
07:56soit en fuyant
07:57dans sa vie personnelle
07:58tout simplement
07:58et plusieurs fuient.
08:00C'est aussi une époque
08:01les 25 dernières années,
08:02soit dit en passant,
08:03où on va avoir
08:04une forme d'inversion
08:04dans le récit public
08:06des victimes de l'insécurité.
08:07Donc, finalement,
08:08les victimes de l'insécurité,
08:09ce ne sont pas tous ces Français
08:10qui doivent fuir leur territoire,
08:12qui doivent fuir leur ville,
08:13qui doivent fuir leur commune,
08:13qui vont constituer
08:14la France périphérique
08:15à la manière...
08:16Ils quittent leur quartier
08:17pour retrouver la France
08:18en quelque sorte.
08:18Ils quittent leur ville
08:19pour retrouver la France ailleurs,
08:20même si ça devient
08:21la France périphérique.
08:22Et on aura plutôt
08:23le récit alternatif
08:24de la gauche indigéniste
08:25avec, par exemple,
08:26Adama Traoré, Théo,
08:27et ainsi de suite.
08:28Donc, les véritables victimes
08:29de l'insécurité
08:30seraient les victimes
08:30d'une police
08:31qui créerait de l'insécurité
08:33partout en France.
08:34Donc, non seulement
08:35on nie l'expérience
08:35du commun immortel,
08:36mais à la fin,
08:37il y a une inversion totale
08:39du récit.
08:40Alors, je l'ai dit,
08:41on fuit.
08:41On fuit de mille manières.
08:43On fuit vers la France périphérique.
08:44On fuit en changeant
08:45de ligne de métro.
08:46On fuit en s'habillant autrement.
08:47On fuit en restant
08:48chez soi les soirs de fête.
08:50On fuit concrètement
08:52tout ce qui peut ressembler
08:53à la possibilité
08:54d'un affrontement
08:54dans la ville.
08:55C'est la politique
08:56de la fuite.
08:56Je ne suis pas certain
08:57qu'elle soit irresponsable.
08:58Il se peut
08:59qu'elle soit lucide.
09:01Ces scènes françaises
09:02ne sont-elles pas
09:03de plus en plus
09:04des scènes européennes ?
09:06Absolument.
09:06Alors, la France
09:06est à l'avant-garde
09:07dans la matière.
09:08Je ne suis pas certain
09:08qu'elle en soit heureuse.
09:09Mais quoi qu'il en soit,
09:10ce qui se passe ici
09:11se passe ailleurs.
09:12Gabriel nous parlera
09:13dans un instant
09:14d'Henri Novak.
09:14C'est une histoire
09:15absolument atroce.
09:16Je lui laisse le récit.
09:17On a eu l'occasion
09:17d'en parler, je pense,
09:18sur la chaîne
09:18il y a quelques semaines.
09:19C'est une seule atroce
09:21parce qu'est-ce qu'on voit
09:21là-dedans ?
09:22Il y a un criminel,
09:23il y a une victime
09:25et la police se tourne
09:26d'essayer de persécuter
09:27la victime
09:27et de laisser tranquille
09:28le criminel.
09:29Pourquoi ?
09:29Parce qu'on a accusé
09:30la victime de racisme.
09:31Ça, c'est la structure
09:32de base de notre époque
09:33en la matière.
09:35On raconte de plus en plus
09:36les tensions ethno-culturelles
09:38qui façonnent notre époque
09:39en Grande-Bretagne.
09:40La question des grooming gangs
09:41vient encore d'être évoquée
09:42à la Chambre des communes,
09:43à la House of Commons
09:44pour raconter
09:45ce que ça voulait dire
09:46ces scandales à grande échelle
09:48d'esclavage sexuel.
09:49Et dans plus en plus de villes,
09:51et je terminerai avec cela,
09:52on voit se multiplier
09:54les fameuses
09:54no-go-zone dans la française.
09:55On en voit en Suède,
09:56il y en a 65,
09:57en Allemagne,
09:58en Belgique,
09:59bien évidemment.
10:00Et j'ajoute,
10:01soit dit en passant,
10:01que les pays
10:02qui connaissent
10:03des tensions sécuritaires
10:04comme celles-là,
10:04ce ne sont pas tous
10:05des pays qui ont eu
10:06des grands empires coloniaux
10:07qui viendraient se venger
10:08chez eux plus tard.
10:09On dit souvent ça,
10:10la France perd
10:10et le prix de sa colonisation.
10:12Dans les faits,
10:12c'est faux.
10:13Je n'ai pas souvenir
10:14du grand empire colonial suédois.
10:15Pourtant, la Suède
10:16connaît aujourd'hui
10:17cette flambée
10:17de racisme anti-blanc.
10:18Bien, je terminerai
10:19avec la phrase suivante.
10:20Nous avons connu
10:21depuis 25 ans
10:21une expérience idéologique
10:23à grande échelle
10:23avec des apprentis sorciers
10:25qui ont soumis nos sociétés
10:26au fantasme
10:26de la diversité heureuse.
10:27Aujourd'hui,
10:28tout le monde se met aux abris.
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