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Dans son édito du 01/06/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]
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00:00Je vous parlerai d'une première violence indirecte mais réelle.
00:04C'est le déni de réel qui nous est imposé par une bonne partie du commentariat et de la classe
00:09politique.
00:10C'est-à-dire, nous voyons devant nous ce qui arrive et des politiques importants,
00:14des journalistes importants, des commentateurs importants nous expliquent qu'il ne se passe rien.
00:19Circulez, il n'y a rien à voir. Vous voyez les choses, mais vous êtes fous parce que ce que
00:23vous voyez n'arrive pas.
00:25Ça, c'est le point de départ. J'étais hier au grand rendez-vous avec Thierry Breton.
00:29Et Thierry Breton, qui est un homme intelligent, personne ne dira le contraire,
00:32mais son commentaire des événements m'a sidéré.
00:36Très honnêtement, il nous explique d'abord et avant tout, pour parler des événements de la veille,
00:39que c'est un moment de grande joie et de grande communion et de grande unité.
00:43Là, on se dit, est-ce que le sport professionnel est plus important qu'un pays qui connaît de telles
00:50émeutes
00:50que certains qualifieront avec raison d'émeutes anti-françaises.
00:53Donc, on nous dit, ça explose, ça brûle, mais non, joie et unité.
00:58Alors là, il faut quand même nommer le fait qu'il y a quand même des violences.
01:01Deux explications nous sont présentées.
01:04Un, les hooligans. Franchement, c'est un peu déphasé.
01:07J'avais l'impression de voir un vieux film des années 80.
01:09Deux, on nous dit, puisque l'État n'est pas exemplaire, comment voulez-vous que la jeunesse le soit?
01:15Donc, puisque l'État n'est pas exemplaire, et exemplaire en quoi?
01:18Dans la gestion des comptes publics.
01:20Il l'a dit. Il l'a dit.
01:22Eh bien, puisqu'il n'est pas exemplaire dans la gestion des comptes publics,
01:26une partie de la population serait légitimement, bien que de manière regrettable,
01:30presque en droit symbolique de protester.
01:33On est devant une situation lunaire.
01:35Donc, les émeutes, la violence, le pillage, l'agression des passants,
01:39l'agression liquide, l'agression des policiers,
01:41seraient une réponse à une forme d'injustice structurelle causée par un État
01:45qui n'est pas à la hauteur de ses promesses.
01:47J'entends ça et je me dis, comme dirait l'autre, on marche sur la tête.
01:51Autre grand commentateur qui se prend pour un futur président de la République,
01:54Dominique de Villepin, qui nous explique, quant à lui,
01:57qu'il n'y a absolument rien à voir dans les émeutes avec l'immigration.
02:00Il nous le dit, sans gêne, il n'y a aucun lien avec l'immigration.
02:04D'ailleurs, les banlieues n'ont rien à voir avec l'immigration.
02:06D'ailleurs, je me demande si l'immigration a quelque chose à voir avec l'immigration.
02:09Parce qu'à l'entendre, il nous expliquait qu'on était devant un dysfonctionnement classique
02:13du modèle social que la République, encore une fois, ne tient pas ses promesses.
02:18Il ne voit pas, ou refuse de voir, je ne sais pas, l'expression très nette des meutes antifrançaises.
02:24Des meutes qui sont sur le mode de l'agression, du pillage, de la volonté d'humilier,
02:29de la volonté de s'emparer d'une capitale, d'une ville, de territoire, sur le mode de la conquête.
02:34La gauche, toujours au rendez-vous du déni, la gauche, qu'est-ce qu'elle nous dit?
02:38Elle nous dit, vous n'avez pas le droit de parler d'immigration, sauf, en fait, je dirais autrement,
02:42l'immigration, on ne peut la nommer que pour dire qu'on ne doit pas la nommer.
02:45Donc là, on avait, partout, dans l'Ibée notamment, mais pas que, Fabien Roussel, d'autres nous disent,
02:51c'est pratiqué l'amalgame.
02:52Ils ont ressorti de la boîte des antiquités conceptuelles le pas d'amalgame.
02:57Donc, ce qu'on voit devant nous, il ne faut pas dire,
03:00donc il n'y a que quelques casseurs ici et là isolés, mais il n'y a aucun échec de
03:05l'intégration,
03:06il n'y a aucune aversion culturelle antifrançaise, il n'y a aucune volonté de pillage,
03:10il n'y a aucune volonté de razia, non, non, non, non, non.
03:12Et en fait, le véritable problème, ce que révélerait de tels événements,
03:15c'est le racisme d'une partie du commentariat.
03:18Et là, il y a aussi le pouvoir, le pouvoir qui nous a dit, c'est moins pire que prévu.
03:21Ça, c'est ma préférée, finalement.
03:23Autrement dit, on a intégré l'idée qu'il y aura toujours des violences de grande ampleur.
03:27Nous ne vivons plus dans un monde où on peut se dire que dans une fête comme celle-là,
03:31il n'y aura pas de violences.
03:32Ah, miraculeusement, ça peut arriver.
03:34Donc, on accepte l'idée qu'on est désormais dans un monde très violent
03:36qui, quel que soit l'événement, a besoin d'un dispositif de sécurité quasiment militaire
03:41pour espérer contenir les émeutes.
03:44Et là, on se demande à quel moment les privilégiés vont-ils comprendre que ce qui arrive est grave.
03:50Est-ce que c'est lorsque ça va se passer chez eux, par exemple à La Baule,
03:52moi, je crois que c'était la semaine dernière,
03:54en soudainement, on s'est rendu compte que ce qui se passait à la télé pouvait arriver chez soi.
03:57Est-ce que c'est lorsque ça frappe dans les beaux quartiers ?
03:59Est-ce que lorsque, lors de nos amis...
04:01Vous savez, il y a une forme de presque corrélation.
04:03Vous vous sentez bien dans la société, vous trouvez que tout va bien, vous votez Macron.
04:06Bon, je ne dis pas qu'il n'y a pas de bonnes raisons de voter pour lui,
04:08mais quelquefois, c'est l'expression d'une satisfaction sociale.
04:11Eh bien, quand vous comprenez que demain, ou après-demain, ou après-après-demain,
04:15et Bardella le suggérait, plusieurs vont rentrer dans les maisons,
04:18peut-être que vous allez vous dire que finalement, l'insécurité,
04:20ce n'était pas simplement quelque chose qu'on pouvait laisser dans les fameux quartiers.
04:23Vous savez, les petits blancs, les petits français, les petits ci, les petits ça
04:27qui se faisaient tabassés d'une manière ou de l'autre.
04:29Alors, on doit nommer ce qui s'est passé, tout simplement.
04:31Nous étions devant des hordes, des hordes venues pour l'essentiel des banlieues.
04:36Il n'est pas possible d'affirmer qu'il n'y a aucun lien avec l'immigration.
04:39Si vous affirmez ça, et que vous voyez simplement...
04:41Là, je le répète pour ceux qui ne comprendraient pas,
04:43je ne parle pas de tous les immigrés, évidemment,
04:45je ne parle pas de tous ceux qui sont issus de l'immigration,
04:47je parle d'un phénomène sociologique significatif,
04:49où ce que certains appellent la Nouvelle-France,
04:52un nouveau peuple animé par une conscience revancharde,
04:55s'empare de tous les événements de cette ampleur
04:57pour exprimer son rejet de la France sur le mode assez violent.
05:02Si vous décidez de bannir...
05:04Parce qu'on le voit bien, on nous dit social, social, social.
05:07Si vous décidez de bannir le facteur ethno-culturel,
05:10vous vous condamnez à ne pas comprendre.
05:12Je pense que ça, c'est une des leçons à retenir les dix dernières années.
05:15C'est désagréable de reconnaître ça,
05:16mais le facteur ethno-culturel est un facteur aujourd'hui central
05:19pour comprendre les relations sociales.
05:21On peut décider que ce n'est pas républicain,
05:23l'avocée peut-être,
05:24mais le fait est que c'est une réalité.
05:26Ce facteur émerge sous le mode violent dans nos villes.
05:30On nous a dit aussi,
05:31il faut distinguer les casseurs des autres jeunes.
05:33C'est très vrai, on a tout à fait raison de le dire.
05:36Avec une nuance,
05:37s'il y a un affrontement entre les forces de l'ordre et les casseurs,
05:40les autres jeunes qui ne sont pas des casseurs,
05:41pour qui, quels étendards, en diront-ils?
05:44Est-ce qu'ils vont se dire,
05:45je me range sous l'autorité des policiers?
05:46Ou est-ce qu'ils vont se solidariser des casseurs?
05:49Est-ce que, finalement,
05:49la distinction qu'on fait entre casseurs et pas casseurs
05:52n'est pas un peu rapide?
05:53D'autant que si on s'intéresse à la psychologie des foules
05:55comme elle a toujours existé,
05:57une foule, qu'est-ce que c'est?
05:58C'est un effet d'épidémie,
06:00c'est un effet de contamination.
06:01Il y a une minorité bruyante, radicale,
06:03qui réussit à contaminer le reste,
06:04et tous se laissent entraîner dans un mouvement d'émeute,
06:06un mouvement de foule, un mouvement de violence.
06:08Les policiers sont agressés,
06:10les passants aussi,
06:11les voitures sont caillassées,
06:12les magasins sont pillés,
06:13et il s'agit de Razia.
06:14À certains égards,
06:15c'est un rappel de ce qui a déjà eu lieu dans l'histoire
06:17sous ce même nom.
06:19Et je note aussi que quand des slogans s'expriment dans tout ça,
06:21vous avez vu les drapeaux palestiniens,
06:22en fait, il y avait plein de drapeaux,
06:23on a juste oublié les drapeaux français,
06:24on ne doit pas en produire suffisamment, je devine.
06:26Et les slogans n'étaient pas des slogans
06:27qui témoignaient d'un amour immodéré de la France.
06:29Donc, voyant tout cela,
06:31je pense qu'il nous faut avoir le diagnostic
06:32à la hauteur des événements.
06:33Nous ne sommes pas devant des événements
06:36savamment contrôlés.
06:37Vers 1945, débat justement entre vous,
06:40des mousquetaires, peut-être sur cette question,
06:43lorsque vous dites au Cognier avec l'immigration,
06:45il n'est pas possible d'affirmer cette phrase.
06:47On en parle dans un instant.
06:48Mathieu, le dispositif de sécurité mis en place
06:50n'aurait-il pas dû dissuader les manifestants ?
06:54Je pense que non, je pense qu'il les excite.
06:56C'est-à-dire que là, on est dans une séquence,
06:58disons les choses à ce calmement.
07:00Imaginons que rien ne se soit passé.
07:02Imaginons finalement,
07:03tout se soit vraiment bien passé.
07:05Pas bien passé selon les critères du ministère de l'Intérieur,
07:07c'est-à-dire que ça n'explose que moyennement.
07:09Non, non, rien ne se passe.
07:11Mais il se serait déjà passé quelque chose.
07:13J'entends par là que si vous êtes obligés
07:14de mobiliser, quel que soit l'événement,
07:16un dispositif de sécurité quasi-militaire
07:19pour protéger votre ville
07:20et que vous n'y parvenez même pas à la fin,
07:22c'est que vous avez déjà reconnu
07:23que vous êtes dans une situation
07:24d'insurrectionnelle permanente.
07:27Le fait d'avoir besoin en toutes circonstances
07:29de ces forces de répression potentielles
07:31dit beaucoup sur l'état d'esprit de chacun.
07:35Donc, premier élément.
07:37Deuxième élément, on sait que n'importe quel événement
07:40peut servir de catalyseur
07:43pour cette espèce d'explosion de violences identitaires.
07:45Le Nouvel An, bien évidemment,
07:47cette tradition française très originale
07:49de compter le nombre de voitures brûlées
07:50pour la Saint-Sylvestre.
07:51Il fallait quand même y penser.
07:52Tiens, c'est le Nouvel An, qu'est-ce que je vais faire?
07:54Je vais brûler une voiture.
07:55Formidable.
07:55Ou je vais sauter sur une voiture sur le capot.
07:56Tiens, formidable.
07:57Quelle que soit ma fonction, formidable.
08:00Les matchs de sport,
08:03j'allais dire de soccer, pardonnez-moi.
08:04Les matchs de foot,
08:05où on voit un affrontement,
08:07mais quelquefois,
08:07soit les matchs internationaux
08:08qui mettent en scène une équipe du Maghreb,
08:10soit quelquefois les matchs comme hier, tout simplement.
08:13Et les compétitions sportives, plus largement,
08:14n'importe quel grand événement
08:16peut être un lieu où la violence se condense
08:20et finalement explose
08:21et vient troubler l'ordre social.
08:24Et on pourrait dire,
08:25et ça, je pense que c'est important,
08:26la fonction régalienne de l'État est morte.
08:28Alors, évidemment,
08:29ce n'est pas notre premier réflexe
08:30quand on voit tous les flics,
08:31tous les policiers, tous les gendarmes.
08:33Dans les faits,
08:34on ne fait plus confiance à l'État.
08:35Vous ne...
08:36Enfin, je me permets de dire,
08:37je ne connais pas le détail de votre vie,
08:38mais je crois que vous ne faites plus confiance à l'État.
08:39Je ne fais plus confiance à l'État.
08:41Marc, peut-être.
08:43Alors, j'entends par là,
08:45on décide de modifier notre trajet dans les transports
08:47lorsqu'on marche
08:48en fonction des personnes que l'on craint de croiser.
08:51Les femmes apprennent
08:52les méthodes d'autodéfense.
08:53Elles portent souvent
08:54un spray, comme on dit,
08:56pour se défendre.
08:57Elles changent de tenue
08:58selon le chemin de transport qu'elles prendront.
09:01Plutôt que de prendre le transport en commun
09:02pour lequel nous payons,
09:03on prend finalement un transport,
09:04soit Uber, taxi, ainsi de suite.
09:06Pourquoi?
09:07Parce qu'on se dit,
09:08on ne fait plus confiance à l'espace commun,
09:10je veux me protéger.
09:11Donc, on a déjà accepté la privatisation,
09:14en quelque sorte,
09:15de la vie sécuritaire.
09:18En fait, l'Éviathan est au chômage,
09:19disons ça comme ça.
09:20Et on peut aller plus loin.
09:22On sait qu'il y aura de la violence.
09:24Moi, ce qui me frappe,
09:25c'est qu'on a décidé que finalement,
09:26la seule violence intolérable,
09:27c'était si la violence frappait les casseurs.
09:29On a accepté la violence qui frappe les passants,
09:32la violence qui frappe les policiers,
09:33la violence qui frappe les kidams,
09:35la violence des pillards.
09:37Ça, il n'y a pas de souci,
09:38on l'accepte.
09:39Mais pourquoi on n'inverserait pas le rapport
09:42en disant,
09:42la violence est tolérable
09:43dans la mesure où elle frappe les pillards,
09:45les agresseurs, ainsi de suite.
09:46Donc, vous agressez la police,
09:47oui, il y aura de la violence,
09:48mais ce sera la violence
09:49de l'autorité légitime contre les casseurs
09:50et non pas la violence des casseurs
09:52contre les gens ordinaires.
09:53Mais on a accepté mentalement l'idée
09:55que la seule violence illégitime
09:57était celle de l'État qui se défend.
09:59Eh bien, on en voit de ce point de vue,
10:01tout le monde est aux abris
10:02et nous ne faisons plus confiance aux autorités.
10:04À vous entendre, Mathieu,
10:05nous sommes devant une guerre de territoire,
10:07presque une guerre civile.
10:08Ah, je ne dirais pas guerre civile,
10:09vous savez pourquoi,
10:10parce que pour moi,
10:11vous connaissez ma thèse,
10:11une guerre civile,
10:12c'est dans un même peuple.
10:13Alors, manifestement,
10:14Nouvelle-France et France,
10:15à l'ancienne, éternelle,
10:16je ne sais pas trop,
10:17les deux Frances,
10:18à tout le moins,
10:18ne se vivent pas comme le même peuple.
10:20Oui, il y a la nationalité administrative
10:22et juridique qui recouvre tout ça,
10:23mais si on prend au sérieux l'idée
10:25qu'il y a des identités plus profondes,
10:26je pense qu'on n'est pas dans la logique
10:28d'un seul peuple qui se diviserait.
10:30Ensuite, à l'échelle de l'histoire,
10:32je reviens souvent à cette thèse,
10:33nous sommes devant une conquête
10:34contre-coloniale.
10:35À l'échelle, dans un siècle,
10:36ou dans 50 ans,
10:37quand ça sera terminé,
10:38mais quand on aura probablement perdu,
10:40eh bien, on constatera simplement
10:41que le sud est remonté vers le nord
10:42et il a soumis le nord
10:44qui vit désormais en étranger chez lui.
10:46C'est comme ça,
10:46on va dire que c'est banal.
10:47À l'échelle de l'histoire,
10:48des civilisations qui se font conquérir,
10:50dominer, c'est banal,
10:51c'est désagréable quand ça tombe sur nous.
10:53Ensuite, c'est aussi un monde jeune
10:55qui se jette sur un monde vieux,
10:56un monde qui ne doute pas
10:57de sa légitime violence
10:58contre un monde qui ne se croit plus
10:59au droit de se défendre,
11:00un monde animé par un esprit de revanche,
11:03la revanche contre-coloniale,
11:04contre un monde dévoré
11:05par la mauvaise conscience
11:06et qui n'ose plus,
11:07pour cela, se défendre,
11:09et un monde qui vivra de plus en plus
11:10cette espèce de guérilla
11:11urbaine civilisationnelle.
11:13Je pense que c'est à la lumière
11:14de ce diagnostic
11:15que nous devrons remettre à jour
11:16nos doctrines de sécurité.
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