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  • il y a 11 heures
35°C en mai, une canicule historique, plusieurs morts liés à la chaleur. L'Etat est-il préparé à la vague de chaleur ? Quelles marges de manœuvre existent encore pour parler d'écologie ? François Gemenne, co-auteur du 6ème rapport du GIEC et auteur du livre "Parler du climat sans plomber l'atmosphère" (Ed. Odile Jacob) est l'invité de RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 29 mai 2026.

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Transcription
00:00RTL Matin, Thomas Soto
00:05Il est 8h19, l'interview de Marc-Olivier Fogiel face à la fournaise qui vient.
00:08Est-il encore temps de réagir ?
00:10C'est un peu la question qu'on se pose tous et pour y répondre,
00:12vous recevez ce matin François Gemmène, spécialiste du climat.
00:15Il est l'homme qui sait nous parler du climat sans nous endormir.
00:18Bonjour François Gemmène.
00:19Bonjour Marc-Olivier Fogiel.
00:20Merci d'être là.
00:21Vous avez été l'un des auteurs du rapport du GIEC en 2023.
00:24Ce rapport affirmait d'ailleurs déjà que les risques d'augmentation de la chaleur s'aggraveraient.
00:28Et quand vous voyez cette situation actuelle,
00:30sous le regard de Louis Baudin qui est à côté de vous,
00:32est-ce que vous dites qu'elle est aussi exceptionnelle que ça ?
00:35Non, je dirais qu'elle est inédite.
00:37C'est la première fois que ça se produit si tôt dans l'année et aussi longtemps.
00:41Par contre, malheureusement, elle sera amenée à se reproduire dans le futur.
00:45Et tant qu'on la verra comme une situation exceptionnelle,
00:48ça veut dire qu'on ne prendra pas les décisions d'investissement pour nous adapter sur le long terme.
00:51C'est-à-dire qu'hier, Sébastien Lecornu a présidé une réunion interministérielle de préparation à la canicule.
00:56et le timing a surpris l'opposition.
00:59Est-ce qu'elle vous a surpris également ?
01:01Est-ce que l'État prend la mesure de ce qui nous arrive ?
01:08Je ne suis pas sûr.
01:09On a l'impression que chaque année, c'est un peu la journée de la marmotte,
01:11comme dans ce film Un jour sans fin avec Bill Murray et Andy McDoelle,
01:14où les protagonistes revivent la même journée indéfiniment jour après jour.
01:18À chaque canicule, c'est un peu pareil.
01:20On se dit qu'on n'est pas prêts, on est pris par surprise.
01:23Grande réunion interministérielle.
01:24Et puis la température retombe.
01:26Les médias cessent un peu d'en parler.
01:28Et du coup, on se retrouve à la prochaine canicule avec le même scénario.
01:31Mais qu'est-ce qu'il faudrait que le gouvernement fasse pour anticiper ?
01:35Parce que finalement, c'est vrai, nous, dans les journaux, chaque année, on répète la même chose.
01:39Qu'est-ce qu'il faudrait que le gouvernement anticipe en fait ?
01:42Parce que, qu'est-ce qui est anticipé ?
01:43Je pense que la première chose à anticiper, c'est la question des écoles.
01:46On a aujourd'hui seulement 7% des bâtiments scolaires qui sont climatisés.
01:49On a eu hier et avant-hier, et hélas, aujourd'hui sans doute encore, plusieurs malaises, des étudiants, des enseignants
01:55également.
01:56On a eu des collégiens qui ont passé leur brevet pro dans de mauvaises... leur bac pro parlementaire.
02:02Et aujourd'hui, il y a le bac.
02:04Et aujourd'hui, il y a le bac.
02:04Donc, ils vont le passer dans de mauvaises conditions parce qu'on sait que la chaleur affecte nos capacités de
02:08concentration.
02:09Et donc...
02:10Mais vous entendez le gouvernement à chaque fois dire, il n'y a plus de sous dans la caisse, monsieur
02:14Germaine ?
02:14Mais le problème, et c'est une des idées que je défends dans le livre, c'est l'idée qu
02:17'il faut arrêter, pour financer la transition, de s'appuyer uniquement sur la subvention publique.
02:22On a en France une sorte d'idée où on se dit, l'État va tout régler, il faut mobiliser
02:27des investissements privés.
02:28Nous avons toute une série de véhicules d'épargne qu'on pourrait mobiliser.
02:32Il y a des investisseurs privés qui peuvent investir sur la rénovation des bâtiments scolaires et se rembourser sur le
02:36long terme.
02:36En fait, il faut être créatif.
02:37Il y a plein d'idées et ça fait partie des idées que je développe dans le livre.
02:40Donc ça, c'est une des choses, le scolaire, vous dites, l'État doit anticiper et pas tout seul, quoi
02:45d'autre que l'État devrait anticiper ?
02:46Les horaires de travail. On a un jeune ouvrier qui avait 19 ans, qui est mort dans la Drôme hier
02:52d'un coup de chaleur.
02:53A l'évidence, il faut réaliser que le climat a changé en France, va continuer à changer, que les épisodes
02:59que nous connaissons ne sont pas des épisodes exceptionnels,
03:01au sens où ils vont se reproduire, et donc il faut s'adapter, il faut arrêter de voir l'adaptation
03:06comme une défaite, comme un renoncement.
03:07Le climat qui va changer, Louis Baudin, à court terme ?
03:11Alors, pas forcément à court terme, mais justement, les changements qu'on doit faire dans la société, il faut les
03:16prévoir à long terme.
03:17Donc justement, ce n'est pas une réaction à chaque événement.
03:20Mais quand on dit donc, va changer, et pas forcément à court terme, à quel terme justement ?
03:24Parce que donc là, on est en 2026, on crève de chaud au mois de mai, ça va se reproduire
03:30comme ça régulièrement, et ça va même s'aggraver ?
03:33Ça va s'aggraver, en réalité, et je ne veux pas ici plomber l'atmosphère, évidemment, je vous écoute ce
03:37matin,
03:39mais tant qu'on émet des gaz à effet de serre, ça veut dire que les températures vont continuer à
03:44grimper,
03:45et les températures vont se stabiliser à partir du moment où on atteint la neutralité carbone,
03:49qui est un concept qu'on emploie beaucoup, mais je ne suis pas sûr que tous sachent ce que ça
03:52recouvre.
03:53La neutralité carbone, c'est quand vous atteignez l'équilibre entre les quantités de gaz à effet de serre qu
03:57'on envoie dans l'atmosphère chaque année,
03:58et les quantités de gaz à effet de serre que la Terre est capable d'absorber via les océans, les
04:02forêts, les sols, etc.
04:04Et donc c'est le point de zéro émission nette.
04:06Et on n'y est pas, donc ?
04:08Et on n'y est pas du tout, et dans le meilleur des cas, on y sera vers le milieu
04:10du siècle.
04:11Donc ça veut dire que pendant les 25 prochaines années, dans le meilleur des scénarios,
04:15les températures vont continuer à grimper alors même qu'on baissera nos émissions.
04:18C'est un peu contre-intuitif, mais ça implique...
04:21En gros, on va faire beaucoup d'efforts, les efforts que vous décrivez, et j'y vais y revenir,
04:26mais malgré ces efforts, ça va continuer à augmenter au moins jusqu'à 2050.
04:30Bien sûr.
04:30Et donc, si on le voit comme des efforts, ça ne va pas marcher.
04:34Parce qu'on cherche tous à faire le moins d'efforts possibles.
04:37Il faut être honnête, on cherche tous...
04:39Je reviens sur ces efforts dans un instant, mais Louis, ça va remonter jusqu'à combien ?
04:43Ça, on a des estimations, peut-être encore 1 ou 1,5 degré de plus.
04:47Tout va dépendre de nos comportements, encore des progrès de la science,
04:50parce qu'il y a toujours un petit peu d'incertitude.
04:52Mais c'est sûr que de toute façon, ce qu'il faut retenir, c'est que ça va continuer à
04:55grimper.
04:56Quels efforts il faudrait faire en plus, François Gemmène ?
04:58Je dirais que la priorité, c'est de sortir de notre dépendance aux énergies fossiles.
05:02Le gouvernement président a présenté, il y a quelques jours, le grand plan d'électrification de la France,
05:06qui est globalement assez salué, même si on pourrait toujours, évidemment, aller un peu plus loin.
05:10Ce qui est intéressant, c'est que ce plan d'électrification, qui est absolument nécessaire pour lutter contre le changement
05:15climatique,
05:16il est présenté comme un plan de souveraineté pour le pays, pour l'Europe.
05:19Il est présenté comme un plan de compétitivité pour les entreprises.
05:22Et oui, ça va également servir le climat.
05:24Ce n'est pas un plan en réaction à la vague de chaleur,
05:26c'est un plan en réaction à la situation dans le détroit d'Hermouk.
05:29Et donc, on voit bien que ce que nous voyons, en fait, comme des efforts,
05:33en réalité, c'est dans l'intérêt du pays, dans l'intérêt des entreprises,
05:35et dans l'intérêt du pouvoir d'achat des ménages.
05:37Mais vous entendez aussi les Français qui disent, à quoi ça sert, finalement, de faire ces efforts,
05:41si d'autres ne les font pas ?
05:43Et notamment les États-Unis, qui, avec Donald Trump, ont l'air d'en faire de moins en moins.
05:48On ne vit pas dans une bulle, on vit dans une planète.
05:51Est-ce que d'autres font des efforts plus que nous, et d'autres moins que nous, François Gemmène ?
05:55Alors, il faut d'abord rappeler qu'on n'est pas tout seul à agir.
05:59La Chine, par exemple, est devenue aujourd'hui le leader de la transition énergétique.
06:04Pour chaque euro qui est investi dans la transition énergétique dans le monde,
06:07il y a deux euros qui sont investis en Chine.
06:09La Chine investit deux fois plus que l'ensemble des autres pays du monde.
06:12Parce qu'ils sont vertueux ou parce que ça va leur apporter ?
06:14Parce que ça va leur apporter.
06:15Pourquoi est-ce que la Chine en fait autant ?
06:17Pas parce que le gouvernement chinois est devenu écolo la nuit dernière,
06:20mais évidemment parce qu'ils en font un projet de modernisation de leur économie,
06:23et un projet aussi de puissance géopolitique.
06:25Mais les États-Unis ?
06:26Les États-Unis, je pense, se fourrent complètement le droit dans l'œil
06:30d'un point de vue géopolitique et stratégique.
06:32On a aujourd'hui la Chine qui regarde vers le 22e siècle,
06:34les États-Unis qui regardent vers le 19e siècle.
06:36Oui, mais donc tout ça, ça s'équilibre ?
06:38Ou alors au contraire ?
06:39Ce que fait la Chine est plus important que sauf qu'on les États-Unis.
06:41D'accord, mais c'est très important à dire.
06:42La Chine pèse deux fois plus lourd que les États-Unis.
06:44Or, on a tendance à avoir les yeux rivés sur les États-Unis
06:48et être complètement aveugle à ce qui se passe à Pékin,
06:50alors que ce qui se passe à Pékin est plus important.
06:51Et nous, au milieu de tout ça, on se situe où alors ?
06:53Et nous, on a peur d'être l'indindon de la farce.
06:56On se dit, ah là là, les États-Unis se retirent du jeu,
06:58est-ce qu'on ne serait pas plus catholique que le pape Léon lui-même ?
07:01Et donc, le problème, c'est que tant qu'on le voit,
07:04et je comprends qu'on pense ça,
07:05mais tant qu'on le voit comme un effort,
07:07comme une contrainte qu'on s'impose,
07:08on va chercher à éviter cette contrainte,
07:11a fortiori, si on a un prétexte aux États-Unis pour le faire.
07:13Il faut le voir comme un projet qui soit dans notre intérêt.
07:16Et projet, par exemple, des écolos.
07:17Vous avez entendu Marine Tandelier proposer son congé climatique.
07:20Cinq jours de repos pour les travailleurs
07:22lors des épisodes de canicule.
07:23C'est quoi ?
07:24Pourquoi pas ?
07:25Tout le monde s'est moqué d'elle
07:26parce qu'elle l'a proposée alors qu'il faisait froid.
07:28Et puis, quinze jours après, on a la vague de chaleur
07:29et on a un ouvrier qui meurt dans la Drôme.
07:31Et on se dit, finalement,
07:32il y a peut-être un vrai souci sur la question du travail.
07:34Et il y a une vraie question.
07:35Alors, je ne sais pas s'il faut faire un congé climatique,
07:37on peut discuter des options,
07:38mais il y a une vraie question sur les horaires de travail,
07:41sur la pénibilité des métiers.
07:42Il y a une vraie question aussi sur les travailleurs sans papier
07:45qui sont souvent engagés pour faire ces métiers très pénibles
07:48dans l'agriculture, dans le terrassement, etc.
07:50Il y a un vrai sujet sur le travail.
07:52Vous dites quoi au climato-sceptique ?
07:54Louis, je ne sais pas si vous,
07:55vous avez reçu, comme beaucoup de présentateurs météo,
07:59des mails ou des notifications Instagram
08:02qui vous insultent.
08:03Je ne suis pas trop sur les réseaux sociaux,
08:04donc peut-être que je me fais insulter.
08:06Vous avez de la chance.
08:06Mais je ne lis pas.
08:07Mais vous avez vu cette vague de climato-sceptiques
08:11et ces présentateurs météo
08:12qui se font harceler aujourd'hui.
08:13Bien sûr.
08:14Et ça doit nous interroger sur le rapport qu'on a à la réalité,
08:17sur le rapport qu'on a à la science.
08:19Les présentateurs météo, jadis,
08:20c'était les figures les plus rassembleuses,
08:22les plus connues du public.
08:24Et aujourd'hui, l'information même devient un sujet polarisant.
08:27On a l'impression qu'on vit dans des réalités
08:29qui sont complètement différentes.
08:30Et je crois que si on a une telle vague aujourd'hui
08:32d'agressivité,
08:33si c'est devenu tellement polarisant,
08:35c'est que les gens perçoivent l'écologie
08:37comme une contrainte,
08:37comme quelque chose qui va leur mettre des taxes en plus,
08:40qui va les priver de certaines libertés.
08:41Et c'est là, c'est ce que j'essaie de faire avec ce livre,
08:43de renverser la table et de dire
08:45que ce n'est pas une contrainte,
08:45ça peut être un projet qui nous amène à vivre mieux demain
08:48et pas moins bien.
08:49Il nous reste une minute.
08:50On est à un an de l'élection présidentielle,
08:53François Gémen.
08:54Votre message aux candidats,
08:56on sent bien qu'ils parlent tous d'écologie en creux
08:58sur le thème.
08:59Oh, au fait, j'ai oublié de cocher la case écologie.
09:02Bien sûr, ce n'est pas du tout rentable électoralement.
09:04Si vous promettez aux gens du sang et des larmes
09:06que vous leur dites les températures vont de toute façon
09:08continuer à augmenter,
09:09ce n'est pas du tout rentable électoralement.
09:11Je comprends que les candidats n'en parlent pas du tout
09:13dans la campagne.
09:14Vous sentez bien qu'ils disent même
09:15« Oh, j'ai oublié d'en parler. »
09:17Rassurez-vous, c'est bien sur ma liste des choses à faire.
09:19Si on en fait un vrai projet
09:20qui permet de vivre mieux,
09:21un projet de compétitivité et de souveraineté,
09:24je pense que ça change complètement
09:25notre perspective sur les choses.
09:26Et vous qui n'avez pas l'air d'avoir la langue de bois,
09:28ça s'entend ce matin,
09:29parmi les candidats en course aujourd'hui,
09:31il y en a un qui incarne le mieux
09:33ce que vous êtes en train de nous décrire ?
09:36Sincèrement, pas encore pour le moment,
09:38mais il nous reste un peu moins d'un an.
09:39Même pas la candidat écolo ?
09:41C'est-à-dire que j'attends de voir les propositions.
09:44Sincèrement, aujourd'hui,
09:45je pense que ce qui est très chouette
09:47et une grande victoire des écologistes,
09:48c'est que ce sujet s'est imposé
09:50à l'agenda de tous les partis.
09:51La question, c'est quels sont ceux
09:53qui aujourd'hui le développeront le plus
09:55avec une vision qui soit aussi
09:56une vision à l'international ?
09:57L'écologie, ce n'est pas juste
09:58des petits gestes et des aménagements,
09:59c'est aussi une vision du monde.
10:01Passionnant.
10:01François Gemmène,
10:02parler du climat sans plomber l'atmosphère,
10:03donc chez Odile Jacob.
10:05Merci François Gemmène.
10:05Merci à vous.
10:06C'est la recette magique.
10:09C'est l'éditrice elle-même
10:10qui l'a choisi.
10:12Il est bon,
10:13mais il est un peu faillot.
10:14Merci beaucoup.
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