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Jour après jour, catastrophe après catastrophe, un constat dramatique se dessine avec toujours plus de précision : 2026 pourrait entrer dans l'histoire climatique comme l'une des années les plus extrêmes jamais observées. Les premiers mois ont déjà vu s'accumuler records de chaleur océanique, canicules précoces, incendies géants et pluies diluviennes. Mais comment faire pour aborder le sujet important du climat sans plomber l'ambiance ? Partant de 40 questions, parfois provocatrices mais au cœur du débat public, François Gemenne réussit le pari de parler autrement du climat. Et contribue à en faire un projet pour l'avenir.
Regardez L'invité de RTL Soir avec Vincent Parizot du 20 mai 2026.
Regardez L'invité de RTL Soir avec Vincent Parizot du 20 mai 2026.
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00:01L'invité d'RTL Soir
00:03L'invité d'RTL Soir, François Gemmène, bonsoir.
00:06Bonsoir.
00:07Merci d'être avec nous en direct.
00:09Pour ceux qui ne vous connaissent pas, je vais résumer en quelques mots votre carte de visite.
00:14Expert climat, d'ailleurs vous avez été expert pour le GIEC, vous avez été l'un des auteurs du rapport
00:18de 2023,
00:19politologue, chercheur, enseignant, Sciences Po, HEC, j'en passe,
00:23et auteur d'un livre sorti il y a quelques jours,
00:25« Parler du climat sans plomber l'atmosphère », c'est aux éditions Odile Jacob.
00:30Je vous cite dans votre introduction,
00:33« Moi-même, je dois confesser qu'il m'arrive régulièrement de zapper quand on parle de climat dans les
00:38médias ».
00:39Alors on va essayer d'éviter le zapping.
00:43Et surtout, je veux dire que quand je suis invité dans d'autres médias que le vôtre,
00:46souvent c'est pour commenter des catastrophes et des mauvaises nouvelles,
00:49les gens vont se dire « Voilà encore, je mène à la télé ou à la radio », ça va
00:52encore être des mauvaises nouvelles.
00:53Là, ce n'est pas l'idée, c'est pour parler quand même d'un phénomène,
00:57c'est qu'autour du réchauffement climatique, on dit souvent qu'il faut faire des efforts,
01:02qu'il faut changer nos habitudes, et vous là, vous dites « Stop, il ne faut pas faire comme ça
01:07».
01:07Je pense que ça ne marche pas.
01:08Et que si aujourd'hui, tellement de gens en ont un peu marre d'entendre parler d'écologie, de climat,
01:13etc.,
01:14c'est parce que le discours sur ce sujet est un peu systématiquement culpabilisant,
01:18ou alors parle systématiquement de coups, d'efforts, de sacrifices, de renoncements,
01:23c'est-à-dire de trucs dont personne n'a envie.
01:25Et je pense qu'il est possible d'en parler autrement,
01:27et que si on veut réussir cette transition qui est dans l'intérêt de nos entreprises, du pays et de
01:32l'Europe,
01:32il faut un propos qui soit plus engageant et qui montre ce qu'on a à gagner.
01:36Et peut-être plus positif et moins punitif.
01:39Prenons l'exemple de la rénovation thermique des logements.
01:42On sait qu'en France, on a mis en place un classement avec, pour le propriétaire,
01:48l'impossibilité de louer à partir du moment où on a dépassé une certaine lettre de ce classement.
01:54Et vous, vous faites deux propositions sur la rénovation thermique.
01:58Vous pouvez nous les rappeler rapidement ?
02:00D'abord, il faut rappeler qu'on a un vrai problème avec le parc immobilier en France qui est très
02:05vieillissant.
02:05On est un des rares pays modernes où on a des immeubles qui s'effondrent littéralement en centre-ville
02:10et d'ailleurs qui provoquent des morts, malheureusement.
02:12Et donc, il y a un vrai enjeu sur la rénovation thermique des bâtiments.
02:15Le problème, c'est que l'État n'a plus d'argent.
02:16D'ailleurs, je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur usage de l'argent public.
02:20Mais par contre, il y a moyen de mobiliser, effectivement, d'autres systèmes d'investissement.
02:25Par exemple, en modulant les droits de succession de ceux qui engageraient des travaux de rénovation
02:30avant de léguer le bien à leurs enfants et à leurs petits-enfants.
02:33Et c'est un enjeu de justice intergénérationnelle.
02:35Donc, vous dites sur les droits de succession qu'on réduise le montant de ces droits de succession
02:40du montant des travaux de rénovation qui ont été effectués par le propriétaire avant de décéder.
02:44Bien sûr.
02:45C'est-à-dire que ça sera retiré des droits de succession.
02:47Parce que souvent, ça coûte quand même assez cher de faire rénover son logement.
02:49Bon, on est sur 30 000, 40 000, 50 000 euros.
02:52C'est-à-dire une grosse somme.
02:53Et par ailleurs...
02:54On le fera peut-être plus facilement.
02:55On le fera plus facilement si on sait que ça va servir à ces enfants et à ces petits-enfants.
03:00Et que ça va leur permettre d'accéder plus rapidement à la propriété.
03:02Parce qu'avec la génération des boomers qui va s'éteindre peu à peu,
03:06on va avoir un énorme transfert de propriétés immobilières, d'appartements, de maisons,
03:10d'une génération vers une autre.
03:11Et vous dites aussi qu'on peut imaginer que les crédits pour ces travaux soient associés au bien immobilier et
03:17pas à l'emprunteur.
03:17C'est ça.
03:18C'est-à-dire révolutionner le crédit sur la rénovation des logements
03:21de manière à ce que ça ne soit plus des crédits à la consommation qui soient associés à la personne,
03:26mais des crédits, effectivement, d'infrastructures qui soient associés au bâtiment.
03:30Et ça permet, effectivement, à des tiers investisseurs de venir investir.
03:33Et donc, ça permet, en fait, de lever l'argent qu'aujourd'hui, on n'a pas pour la rénovation
03:38des logements.
03:39Alors, il y a d'autres injonctions.
03:41Il y a quand même une injonction aujourd'hui, c'est de changer sa voiture et d'acheter une voiture
03:46électrique.
03:47On l'entend matin, midi et soir.
03:49Ça, c'est changer nos habitudes.
03:51Ça, c'est un effort financier.
03:53Alors, c'est vrai qu'aujourd'hui, avec les carburants chers, l'effort peut paraître acceptable.
03:57En fait, vous avez une démonstration en temps réel de ce que je dis dans le livre.
04:02Au mois de mars, au mois d'avril et sans doute encore au mois de mai,
04:05on a une augmentation spectaculaire des ventes de voitures électriques en France.
04:08Ce n'est pas des gens qui sont devenus écolos du jour au lendemain.
04:11C'est simplement des gens qui voient le prix du litre à la pompe et qui se disent
04:15économiquement, ça fait sens maintenant d'acheter une voiture électrique, de faire cet investissement,
04:19parce qu'on a à y gagner.
04:20Et je me fiche un peu qu'ils le fassent, pas spécialement pour des raisons écologiques.
04:25Ce qui compte, c'est l'acte qu'ils vont poser.
04:28Ne pas plomber l'atmosphère, c'est par exemple mettre en place une taxe carbone,
04:33mais lui donner un nom moins agressif, c'est ça ?
04:36Et avoir aussi des...
04:37Ce n'est pas un peu prendre les gens, comme on dit, pour des jambons.
04:40Non, parce qu'il faut mettre en place un dividende carbone également.
04:44Le problème aujourd'hui, c'est qu'on a plein...
04:48Il faut intégrer dans le prix des biens et des services leurs coûts réels,
04:52c'est-à-dire leurs coûts sociaux et environnementaux.
04:55Et aujourd'hui, on a des véritables distorsions.
04:56On cite souvent le cas du prix du biais de train,
04:58qui est souvent beaucoup plus cher que celui du biais d'avion,
05:01parce que ça n'intègre pas du tout le coût environnemental,
05:03le coût pour la collectivité.
05:05Et donc, il faut parvenir à internaliser cela,
05:07ce qui fait effectivement que ça rétablit, je pense,
05:11une meilleure concurrence entre les biens qui sont décarbonés
05:14et ceux qui ont une très lourde empreinte carbone.
05:16Vous évoquez là un point essentiel.
05:18On en parlait encore d'ailleurs en préparant cette émission,
05:22de ces liaisons, par exemple, entre la capitale et le sud de la France.
05:28Ça coûte moins cher de prendre l'avion que de prendre le train.
05:31Or, vous avez fait le calcul, vous dites que l'avion est responsable,
05:35j'ai trouvé que c'était énorme,
05:36l'avion est responsable de 5% du réchauffement climatique,
05:41alors que, on rappelle, 90% des terriens ne prennent jamais l'avion.
05:46Et donc, on est face à un paradoxe,
05:48parce que l'avion apporte énormément de bénéfices culturels,
05:51sociaux, pour le tourisme, etc.
05:53Et qu'il y a un vrai enjeu à ce que davantage de gens puissent prendre l'avion.
05:56Mais l'enjeu, c'est comment ne faire exploser
05:59les émissions mondiales de gaz à effet de serre,
06:00puisque, vous l'avez rappelé, l'avion représente déjà
06:02à peu près 5% du réchauffement,
06:043% à cause de la combustion du kérosène,
06:08et 2% à cause des traînées de condensation,
06:11on oublie souvent.
06:12Il y a des tas de choses à faire, en réalité,
06:14pour décarboner le secteur de l'aviation
06:17sur le fuselage des avions,
06:18sur les trajectoires,
06:20sur les procédures d'atterrissage et de décollage,
06:23ou même sur ces fameuses traînées de condensation,
06:25parce qu'en fait, c'est une toute petite partie des vols
06:27qui sont responsables de la majorité de ces avions.
06:29Donc, il ne faut pas pointer du doigt ceux qui prennent l'avion
06:30pour partir en vacances ?
06:31Je ne pense pas.
06:32Je pense que dès l'instant où vous allez juger
06:34les comportements des gens,
06:36vous allez faire fausse route,
06:37parce qu'on ne sait rien des obligations des gens,
06:40des contraintes auxquelles ils font face,
06:42de ce qui est important pour eux,
06:43ou de ce qui est accessoire.
06:44Et je pense qu'une erreur qu'on a fait vraiment,
06:47c'était d'avoir un discours sur le climat
06:49qui jugeait les comportements des gens,
06:51avec des gens qui s'érigeaient un peu en modèles de vertu
06:53et en poseurs sur Instagram,
06:55alors que parfois, l'arrière-cuisine
06:57n'était pas toujours joli à voir.
06:58On parlait tout à l'heure de taxes carbone.
06:59C'est normal que le kérosène soit détaxé ?
07:02Non, je ne pense pas.
07:04Mais on ne peut pas y faire grand-chose, c'est ça ?
07:06Le problème, c'est que c'est une réglementation internationale
07:09et qu'effectivement, si on taxait le kérosène d'Air France-KLM,
07:12c'est sûr qu'on pénaliserait Air France
07:14par rapport à d'autres compagnies aériennes.
07:15C'est pour ça qu'on a besoin de coopération internationale
07:19sur la question de la fiscalité et du kérosène aérien comme maritime.
07:23Un pays tout seul ne peut pas prendre cette mesure
07:26sauf à pénaliser ses propres entreprises.
07:28C'est pour ça qu'on a besoin de coopération internationale,
07:30particulièrement au moment où elle est très menacée aujourd'hui.
07:33Donc le sujet est politique.
07:35La lutte contre la région...
07:35Le climat, c'est très, très, très politique.
07:37Alors justement, est-ce que ça doit être un sujet,
07:40le sujet peut-être même de la prochaine présidentielle,
07:43pour des candidats qui ont un objectif à 5 ans
07:47et avec un argument massue qui revient souvent.
07:49La France n'est responsable que de moins de 20% des émissions.
07:53Alors elle fait déjà largement sa part
07:55et rien ne changera sans la Chine, sans l'Inde, sans les Etats-Unis.
08:00Et nous, franchement, on nous demande déjà beaucoup
08:01par rapport à ce qu'on pollue.
08:02Mais le problème, c'est qu'effectivement,
08:04tout le discours est cadré en termes d'efforts.
08:06Et on se dit, pourquoi est-ce qu'on devrait faire cet effort
08:08alors qu'on ne représente que X% des émissions ?
08:11Et donc, tout candidat qui va en parler
08:13en promettant de la sueur et des larmes,
08:15ça ne va pas être très rentable électoralement.
08:17Je déconseillerai au candidat à la présidentielle d'en parler.
08:21Par contre, il faut parler de transition
08:23et montrer pourquoi on a besoin de la transition,
08:26pourquoi c'est dans notre intérêt.
08:27Et pourquoi même, égoïstement,
08:29on a intérêt à décarboner notre économie,
08:31je vous le dis de façon presque provocatrice,
08:33même si le changement climatique n'existait pas,
08:36même si c'était un problème résolu,
08:38on aurait quand même intérêt à décarboner notre économie,
08:40parce que c'est un enjeu de compétitivité
08:42et de souveraineté géopolitique.
08:44Le livre est sorti il y a quelques jours,
08:46c'est une mine d'or,
08:48un parler du climat sans plomber l'atmosphère.
08:51C'est aux éditions Odile Jacob.
08:52Je vous remercie beaucoup, François Gemmène.
08:54Vous allez rester avec nous,
08:55parce qu'on est avec notre petite équipe de chroniqueurs,
08:58et vous allez manger du fromage.
09:00Je voulais juste avoir une question,
09:01parce que vous êtes enseignant,
09:02vous enseignez, je le disais, à Sciences Po à HEC.
09:04On va faire un débat tout à l'heure
09:06sur le bac,
09:07que vaut le bac aujourd'hui ?
09:09Je parle du bac en France, en Belgique,
09:13mais quelle est votre opinion là-dessus,
09:16et sur le niveau en sciences, en maths,
09:18notamment des Français ?
09:20Je vous réponds par une question provocatrice.
09:21Est-ce que c'est encore une bonne idée
09:23de faire passer les épreuves du bac au mois de juin,
09:26c'est-à-dire dans un mois qui va connaître des canicules,
09:29alors qu'on sait l'effet des canicules
09:31sur nos capacités cognitives ?
09:33Je ne suis pas sûr qu'en termes d'adaptation,
09:35ce soit le meilleur moment pour faire passer le bac.
09:36Je poserai la question tout à l'heure à nos spécialistes.
09:39Restez avec nous François Gemmène, à tout de suite.
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