00:007h43 sur BFM Business et sur AMC Live, notre invité depuis 4 PME cette journée est dédiée aux solutions des
00:06entrepreneurs.
00:07Notre premier invité c'est Patrick Martin. Bonjour.
00:09Bonjour.
00:10Vous êtes le président du Medef. Je vais vous dire comment j'ai nommé cette journée.
00:14Notre objectif c'est de ne pas laisser le narratif économique à ceux qui considèrent que les entreprises sont des
00:19ennemis.
00:20Voilà ce qu'on va faire aujourd'hui toute la journée avec un contexte compliqué,
00:24avec un gouvernement qui est plutôt positif en disant que l'économie résiste, qu'elle est résiliente,
00:30qu'il y a des vents contraires mais que tout va bien et des entrepreneurs que moi je reçois et
00:33avec lesquels vous parlez tous les jours
00:34qui n'ont pas du tout le même discours. Pourquoi cet écart ?
00:39Parce qu'il y a des logiques et des calendriers politiques qui viennent interférer avec les réalités
00:47et parce qu'il y a par ailleurs une situation budgétaire sur laquelle le gouvernement ne se veut pas trop
00:52alarmiste
00:53mais dont il est parfaitement conscient et qui nous met tous, à vrai dire, le gouvernement lui-même y compris,
00:59le dos au mur.
01:00Donc à la fois en termes de priorité et en termes de calendrier, on n'a pas les mêmes grilles
01:05de lecture.
01:06Mais la réalité c'est qu'effectivement sans en faire une généralité, sans dramatiser,
01:10il y a un vrai ralentissement économique et il y a ici et là des situations critiques.
01:14Mais qu'est-ce que ça nous dit pour la campagne Patrick Martin ?
01:16Ça veut dire que celui qui dans la campagne va émerger en disant il faut travailler plus,
01:20il faut faire des économies, il n'aura pas de voix, ça ne se vend pas du sang et des
01:24larmes en fait.
01:25Il va falloir avoir un autre discours, donner de l'espoir, peut-être raconter des sirènes aux Français.
01:30Est-ce qu'on va pouvoir avoir un discours de vérité économique ?
01:33Écoutez-nous, à notre place, on veut absolument contribuer à l'objectivation de la situation
01:40et à des choix courageux, mais des choix éclairés et des choix qui ouvrent un horizon.
01:45C'est pour ça qu'on a alimenté le débat avec nos propositions sur la santé,
01:49qu'on a fait sur le processus budgétaire, que je viens de le faire sur le financement de la protection
01:53sociale.
01:54Moi j'ai une petite frustration, c'est que dans ce débat, il faudrait que les partenaires sociaux,
01:58collectivement, soient plus vocaux.
02:00Le MEDEF l'est de manière très républicaine, très posée, très argumentée.
02:04Il ne faut pas laisser le champ aux seuls politiques.
02:06Il y a deux sujets que vous voulez faire émerger pour la prochaine année.
02:09C'est un, le salaire net et la question de la protection sociale.
02:12Et deux, les jeunes.
02:13Je commence avec cette histoire du salaire net.
02:15C'est important, évidemment, pour l'ensemble des Français, le rapprocher du brut,
02:18faire en sorte que l'ensemble de la protection sociale ne repose plus sur le travail.
02:23Vous relancez l'idée d'une TVA sociale.
02:26On sait que ça a assez peu marché ces dernières années,
02:29qu'à chaque fois que ça émerge dans le débat, on dit non, ça va faire du mal au pouvoir
02:32d'achat.
02:32Pour vous, c'est fondamental ?
02:33Il faut tout remettre à place sur la question de la protection sociale ?
02:36Non, le plus fondamental, et on ne va pas tarder à s'exprimer là-dessus,
02:39c'est de maîtriser la dépense sociale qui dérive complètement
02:42et qui dévore en quelque sorte une part excessive de la richesse nationale
02:46avec, ici et là, des comportements abusifs.
02:50Après, il y a le financement à proprement parler.
02:52Moi, je veux dire, je me lâche, on est en début de matinée.
02:54Allons-y.
02:54Je rigole, parce que certains poussent des cris d'orfraie en disant
02:58la TVA sociale, c'est une atteinte au plus modeste, etc.
03:01Primo, on a fait chiffrer que non, notre proposition serait bénéfique
03:05en termes de pouvoir d'achat au plus modeste,
03:07mais surtout, il se trouve que la TVA sociale, elle existe déjà.
03:11Alors, il y a une espèce de tour de passe-passe,
03:14les mêmes qui disent il ne faut pas de TVA sociale
03:17acceptent qu'il y ait déjà 50 milliards de financement de la protection sociale par la TVA
03:20et par ailleurs, beaucoup plus par la CSG.
03:23Donc, nous, une de nos ambitions, c'est d'apporter de la transparence,
03:27de la loyauté, de la clarté dans ce débat.
03:29C'est comme sur les retraites, les mêmes qui disent
03:31retraite par capitalisation, il faudra marcher sur le corps.
03:34Ils ont eux-mêmes, dans la fonction publique,
03:36la gestion, d'ailleurs,
03:37de la capitalisation avec le préfond.
03:40Et ça existe d'évidence dans le privé,
03:42puisqu'il y a 150 milliards qui, d'ores et déjà,
03:44ont été placés spontanément, volontairement,
03:46par nos concitoyens.
03:47Ce qui veut dire que les Français sont prêts, en fait ?
03:48Ils le font tout seuls, en gros.
03:50Il faut arrêter de parler pour ne rien dire.
03:52Sur la question de la TVA sociale,
03:54qu'on soit bien clair,
03:55vous parlez de ne pas toucher aux biens de première nécessité.
03:57Ce qui veut dire que
03:59ceux qui sont achetés par ceux qui en ont le plus besoin,
04:01eux, ne seraient pas touchés.
04:03Ce qu'on appelle la TVA à taux réduit,
04:05quand on regarde la structure de consommation des ménages modestes,
04:08auquel nous, on veut être particulièrement attentifs.
04:10Parce qu'il y a un vrai sujet de pouvoir d'achat en France,
04:12qui soit du temps passant,
04:13tient surtout au fait qu'on ne produit pas assez.
04:14Mais enfin, quand on regarde la structure de consommation des ménages modestes,
04:18à 50%, c'est le logement.
04:20Il n'y a pas de TVA sur le logement.
04:21Donc on peut augmenter le taux de TVA,
04:22ça n'impactera pas les dépenses de logement qui sont excessives, malgré tout.
04:26Et c'est par ailleurs l'alimentation.
04:27Et de l'alimentation, surtout sur des produits à taux réduit.
04:30Donc l'impact négatif, pardon,
04:34sur les prix pour les ménages modestes serait extrêmement faible.
04:37Et par ailleurs, on aurait des revalorisations salariales,
04:40en réduisant le différentiel entre le brut et le net.
04:42Tout ça tient la route.
04:44Et à un moment donné, il faut le dire, il faut le poser.
04:45Nous, on le fait.
04:46Vous voulez aussi changer l'idée que les retraités sont une caste qui est homogène.
04:51On a des gens qui sont favorisés, d'autres pas.
04:55Donc là aussi, vous voulez faire en sorte de mettre à contribution les retraités les plus aisés.
04:59Qu'est-ce que ça veut dire précisément dans votre esprit ?
05:01Non, je n'ai jamais dit que les retraités étaient une caste.
05:04Évidemment non.
05:05Mais il y a une distorsion de traitement, en quelque sorte,
05:07entre les actifs et les retraités.
05:09Par exemple, sur le taux de CSG,
05:11il y a une niche fiscale pour les retraités,
05:14supposément frais professionnels,
05:16ce qui est un peu étonnant quand on est en retraite.
05:17Donc nous, on veut revisiter tout ça.
05:19Mais je reviens sur ce que je disais tout à l'heure.
05:21C'est par défaut.
05:22Parce qu'en réalité, ce qu'il faudrait, c'est déjà baisser la dépense.
05:25Votre autre sujet majeur, c'est les jeunes.
05:27Vous voulez vraiment pousser ce sujet des jeunes.
05:30Le chômage chez les jeunes est à des niveaux au-dessus de 20%.
05:32C'est quand même très important.
05:34Vous aviez proposé un CDI jeune.
05:36Là aussi, ça a été mal reçu,
05:38avec aucune proposition contraire.
05:41Est-ce que le terme est mal placé ?
05:42Est-ce que le sujet est bon ?
05:43Est-ce qu'il faut là aussi différencier des contrats pour les jeunes ?
05:46Est-ce que vous restez sur cette proposition ?
05:48Non, mais plus globalement,
05:49je pense que c'est la responsabilité des entreprises,
05:52du MEDEF, de son président,
05:53de poser ce sujet des jeunes,
05:55ce qui est un scandale national dont tout le monde n'a pas conscience.
05:58Si on regarde la Suisse,
05:59la Suisse, deux fois et demi plus le PIB industriel,
06:02une balance commerciale excédentaire.
06:04Taux de chômage des jeunes, 3,2%.
06:06En France, on est dorénavant à 21%.
06:08Taux d'emploi des jeunes en France, 35%.
06:10En Allemagne, 51%.
06:12Au Pays-Bas, 75%.
06:13Si on rejoignait ne serait-ce que le taux d'emploi de l'Allemagne,
06:16on réglerait essentiellement nos problèmes de financement de la protection sociale.
06:19Donc c'est bien le moins qu'on s'y intéresse.
06:21Donc je pense légitime qu'on le fasse.
06:23Après, moi j'ai posé un certain nombre de propositions
06:27pour discussion.
06:28Alors comme toujours, dans ces cas-là,
06:30il y a des gens plus malins que la moyenne
06:32qui instrumentalisent, qui déforment, etc.
06:34Et notamment ce sujet de CDI jeunes.
06:37Moi ça me fait rigoler là aussi.
06:38Parce qu'y compris des gens supposément informés,
06:41y compris au sein de l'exécutif,
06:43on dit, oh là là, on ne peut pas payer,
06:45même si en contrepartie un engagement très ferme,
06:48très lourd de formation de la part d'entreprise,
06:50on ne peut pas payer en dessous du SMIC.
06:51Et moi je dis, et alors les apprentis sont payés
06:53au-dessus du SMIC, au SMIC ou en dessous du SMIC.
06:56Je ne citerai personne, mais on m'a répondu,
06:58pas au-dessus du SMIC évidemment.
06:59Non, ils sont payés en dessous du SMIC.
07:01Donc là aussi, il faut arrêter de brasser,
07:04il faut être objectif et il faut trouver des solutions.
07:06Qu'est-ce qui vous remonte des entreprises ?
07:08Et évidemment, la guerre au Moyen-Orient,
07:10on va y revenir tout au long de la matinale,
07:12les difficultés de trésorerie.
07:13Est-ce que vous sentez, et c'est peut-être ça le plus grave,
07:16une sorte de découragement du côté des entrepreneurs ?
07:19Je disais, il y a 500 000 entreprises
07:21qui vont être à reprendre d'ici 10 ans.
07:22Il y a des entrepreneurs qui vont partir à la retraite.
07:25On a besoin de jeunes qui ont envie de reprendre ces boîtes.
07:28Une génération PME qui émerge.
07:30Si elle sent que c'est trop difficile avec cette permacrise,
07:33elle fait autre chose.
07:35Oui, alors en contrepartie,
07:36on a un niveau de création d'entreprise,
07:38même si on le corrige,
07:41des créations de micro-entreprises
07:43dont le régime a été largement dévoyé d'ailleurs.
07:45On a un niveau de création d'entreprise
07:47qui se maintient à un niveau très élevé.
07:49Donc c'est encourageant.
07:51Moi, je ne perds pas de vue qu'il y a quelques années,
07:5340% des jeunes voulaient rentrer dans la fonction publique.
07:56Pourquoi pas ?
07:56Mais pas trop.
07:58Dorénavant, ils veulent massivement,
08:00quel que soit leur niveau de formation,
08:01créer des entreprises.
08:02Il faut qu'ils s'intéressent à la reprise d'entreprise.
08:04Parce que ça va plus vite,
08:05ça peut être un peu plus cher initialement,
08:06mais vous acquérez un fonds de commerce,
08:09des compétences, etc.
08:10Et effectivement, on a cette démographie patronale
08:13qui emporte des enjeux très importants.
08:15C'est 750 000 emplois par an
08:17qui sont concernés par des transmissions d'entreprises.
08:19Donc en France, le ministre Papin le fait,
08:23Mme Louvagie l'avait fait avant lui,
08:24on est en train de s'intéresser à ce sujet-là.
08:27Il y a plein d'évidence dans le panorama.
08:29Arrêtons de parler de trucs qui sont polémiques,
08:31qui sont stériles,
08:32qui conduisent à ce qu'on se fracture.
08:33Quand on parle des jeunes, c'est essentiel.
08:35Quand on parle de la reprise d'entreprise,
08:37c'est essentiel.
08:37Quand on parle de technologie, c'est essentiel.
08:39Nous, on veut porter un message très exigeant,
08:42très lucide,
08:42mais de construction et d'avenir.
08:44En ne touchant pas au pacte du treil,
08:46qui fonctionne ?
08:47Mais bien sûr.
08:48Mais là aussi, il peut y avoir des corrections à la marge.
08:50Mais enfin, le mot sacro-saint dorénavant
08:52dans tous les débats publics,
08:53c'est les effets d'aubaine.
08:54S'il faut corriger tous les effets d'aubaine,
08:56je peux vous dire qu'on va remettre complètement à plat
08:57l'assurance chômage,
08:59les retraites, la santé.
09:00Oui, il faut des petites corrections à la marge.
09:02Mais ne touchons pas au du treil,
09:04qui, je le rappelle, est moins favorable
09:06que les régimes de transmission de pays voisins.
09:09Mais il est bien en état.
09:10Laissons-le.
09:10Je voudrais qu'on finisse sur la communication
09:12des chefs d'entreprise.
09:14Bon, vous, évidemment, vous prenez la parole régulièrement.
09:16Vous les poussez tous à s'engager dans le débat,
09:18à regarder les programmes économiques.
09:20Au MEDEF, vous recevez tous les candidats,
09:21les uns derrière les autres.
09:23Il faut aller dans le détail
09:24pour combattre certaines idées anti-entreprise
09:26et ne pas hésiter à mouiller la chemise ?
09:29Oui, alors pour l'instant,
09:30on reçoit les chefs de parti,
09:31les candidats,
09:32on attend que ça se décante un petit peu.
09:34C'est vrai, c'est vrai.
09:35Laissons du temps au temps,
09:36comme fait le président.
09:37C'est vrai, ça aurait du monde.
09:38Non, on veut les sensibiliser
09:41à un certain nombre de problématiques
09:43dont ils ne sont pas toujours conscients
09:45ou s'ils le sont,
09:46qu'ils ne prennent pas suffisamment en considération.
09:48Alors, on a lancé, par exemple,
09:49une grande enquête
09:50auprès de tous les chefs d'entreprise de France
09:52qui rencontrent un succès incroyable.
09:54Je ne cite pas de chiffres,
09:56mais il n'y a jamais eu dans l'histoire
09:57de consultation avec autant de réponses.
10:00Donc avec une envie de faire remonter
10:01ce qui se passe dans les boîtes.
10:03Sur medef.com,
10:04ça se termine le 15 juillet.
10:06Non mais, pourquoi je fais ça ?
10:07Pourquoi le fait-on ?
10:08C'est pour qui aurait le moindre doute
10:11signifier qu'on exprime
10:14une volonté collective,
10:15à la fois très critique,
10:17très inquiète,
10:18mais en même temps très ambitieuse.
10:19Donc il faut répondre
10:20à ce questionnaire
10:22qui est légitimable.
10:23Et il faut parler
10:23quand on est chef d'entreprise ?
10:24Il faut parler,
10:25il y avait eu ce sondage
10:26à l'automne dernier
10:27selon lequel 70% des Français
10:29attendaient des chefs d'entreprise
10:30qui s'expriment.
10:31Je le fais,
10:31faisons-le tous.
10:32Merci beaucoup Patrick Martin
10:33d'avoir été avec nous ce matin
10:35depuis Cap PME,
10:36cette journée dédiée
10:37aux solutions des entrepreneurs
10:39pour les faire émerger
10:40dans la campagne présidentielle
10:42qui arrive.
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