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  • il y a 2 jours
Le 27 juin 2023 à Nanterre, la mort du jeune Nahel après un refus d’obtempérer provoque un séisme politique et médiatique. En quelques heures, les images font le tour des réseaux sociaux et déclenchent six nuits d’émeutes à travers toute la France : 500 policiers blessés, bâtiments publics incendiés, commerces pillés. Mais que s’est-il réellement passé ce matin-là ?
Le journaliste William Molinié revient sur les zones d’ombre de l’affaire Nahel avec son ouvrage "Dernier recours - Enquête sur l'affaire Nahel".
➡️ Que s’est-il passé durant les 7 secondes précédant le tir ?
➡️ Les policiers étaient-ils réellement en danger ?
➡️ Comment Emmanuel Macron et Gérald Darmanin ont-ils réagi après le drame ?
➡️ Qu'est-ce qui a réellement mis fin aux émeutes ?
➡️ Que révèle l’autopsie ?
➡️ Pourquoi cette affaire continue-t-elle de fracturer la société française ?
À partir de documents judiciaires, d’expertises et d’éléments rarement évoqués dans les médias, William Molinié apporte un éclairage inédit sur l’une des affaires les plus explosives du quinquennat.

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Transcription
00:00– Bonjour à tous, bienvenue dans notre Zoom et bienvenue à notre invité William Molinier.
00:10Bonjour Monsieur. – Bonjour.
00:11– William Molinier, journaliste, et vous publiez cet ouvrage « Dernier recours en quête sur l'affaire Naël »,
00:19ouvrage que vous pourrez, comme d'habitude, retrouver sur la boutique de TV Liberté.
00:23Alors cette affaire Naël, c'était le 27 juin 2023 à Nanterre, cet adolescent de 17 ans perd la vie
00:32après avoir refusé d'obtempérer lors d'un contrôle de police.
00:36La scène est filmée et relayée sur les réseaux sociaux et cela va provoquer six nuits d'émeutes urbaines et
00:44un milliard d'euros de dégâts.
00:46Revenons sur les faits avec vous, William Molinier. C'est donc ce jour-là, le 27 juin 2023, vers 8h
00:54du matin,
00:55Naël prend le volant d'une voiture sportive en compagnie de deux autres adolescents pour une partie de rodéo.
01:02L'adolescent est déjà connu des services de police. Excusez-moi, que se passe-t-il avant son interpellation par
01:10deux policiers à moto ?
01:11En fait, les deux policiers à moto sortent de l'hôtel de police de Nanterre et ils vont voir sur
01:18leur gauche une Mercedes jaune
01:22passer sur la voie de bus et ils vont se dire, en voyant le profil des adolescents, dire qu'ils
01:36sont jeunes.
01:38C'est une voiture qui est immatriculée en Pologne.
01:42Pour eux, ça compte parce qu'il y a eu des notes de renseignements indiquant que ce type de voiture
01:49pouvait être impliquée dans des trafics de stupéfiants.
01:52Et ils vont se dire, on le contrôle.
01:54Et donc, ils remontent la file, la file de voiture.
01:58Et là, à ce moment-là, ils demandent donc au conducteur de se garer, de se ranger.
02:04Et au lieu de se ranger, le conducteur tourne à gauche, prend un sens interdit, le refuse d'obtempérer et
02:10consommer.
02:11Et s'ensuit une course-poursuite dans les rues de Nanterre pendant 2 minutes 40,
02:16au cours de laquelle des piétons, des cyclistes vont manquer d'être renversés.
02:23On est aux alentours de 8h, 8h15 du matin.
02:26C'est l'heure du chemin du travail, du chemin de l'école.
02:32Et donc, il y a beaucoup de monde dans les rues.
02:33Et cette voiture, en fait, va être stoppée au terme de 2 minutes 40.
02:38Non pas parce qu'elle s'arrête volontairement, mais parce qu'elle est prise dans les bouchons matinaux, dans les
02:43embouteillages.
02:44Et c'est à ce moment-là où les policiers vont pouvoir mettre un pied à terre et se rapprocher
02:51de la voiture.
02:51Et c'est la vidéo, la fameuse vidéo que tout le monde, que tous les Français a vu.
02:57Une course-poursuite en moyenne à 70 km heure avec un maximum à 116.
03:02Donc, ce jeune homme s'arrête dans la montée du passage à Arago.
03:08Les deux policiers, lancés à sa poursuite, descendent de leur moto et arrivent au niveau de la voiture.
03:15Qu'est-ce qui se passe avant le coup de feu ?
03:18Tout se passe là en 7 secondes.
03:197 secondes, c'est le moment qu'il a fallu pour les policiers pour ordonner l'injonction de couper le
03:28moteur,
03:29de se rapprocher, de donner les coups sur le pare-brise de la voiture pour attirer, pour fixer le regard
03:35du conducteur.
03:36Et lui demander de couper le volant.
03:40Alors, on voit un policier…
03:41Couper le moteur.
03:41Le moteur, pardon.
03:43Donc, on voit un policier s'affairer au niveau de la fenêtre du conducteur, rentrer les bras à l'intérieur.
03:50Il y a, sur cette vidéo, on voit de loin, une sorte de bousculade, en tout cas d'agitation.
04:00Et au lieu de ça, en fait, le conducteur va redémarrer la voiture et accélérer.
04:06Et en un quart de seconde, à ce moment-là, le coup de feu part, le policier tire.
04:12– Donc, Florian M. est ce policier qui a ouvert le feu sur cet adolescent.
04:21Il va être placé en garde à vue avant d'être mis en examen pour meurtre et incarcéré cinq mois
04:27avant, finalement, d'être libéré.
04:29Est-ce qu'on connaît le profil de ce policier ? Quels sont ses états de service ?
04:33– C'est un policier qui… Donc, c'est un ancien militaire qui a été envoyé, enfin, qui a eu
04:39grosse expérience de militaire.
04:42Il a été envoyé, notamment, en Afghanistan, où il a fait des patrouilles mixtes, à l'époque, de sécurisation à
04:50Kaboul,
04:50mais aussi dans d'autres régions en Afghanistan.
04:54Il a été envoyé aussi, de mémoire, en Nouvelle-Calédonie pour une mission, pareil, de sécurisation, d'assistance.
05:03À la population. Il est félicité un certain nombre de reprises.
05:07Il a des états de service. Il a eu des médailles, la médaille de la sécurité intérieure.
05:14Il a eu des lettres de félicitations de ses ministres, notamment pour avoir, sur son temps de repos,
05:24avoir fait cesser une prise d'otage, ou en tout cas, une séquestration liée au trafic de stupes
05:30dans un commerce, dans une petite ville de région parisienne.
05:34Donc, c'est un policier expérimenté qui maîtrise son arme.
05:40– Bien vu de ses supérieurs, bien vu de ses collègues.
05:43– D'ailleurs, de ses collègues. Alors, il est passé, il a eu, ça lui a été reproché a posteriori,
05:51mais ce n'était pas de son fait. C'est-à-dire qu'il est passé par des services de
05:55police
05:55autour desquels il y a eu un certain nombre de polémiques.
05:59– La braverne.
06:00– Même la CSI du 93, mais même en service à l'intérieur de ces unités
06:06qui ont fait l'objet de polémiques, de critiques, autour notamment de violences
06:14ou d'arrestations musclées, il n'a jamais eu un seul problème à l'intérieur de ces…
06:22Il n'a jamais été sanctionné administrativement ou judiciairement.
06:27– Est-ce qu'on sait si ce policier avait déjà fait usage de son arme avant ce jour-là
06:33?
06:33– Non, jamais, c'est la première fois.
06:35– Ok. Alors, Emmanuel Macron et son ministre de l'Intérieur de l'époque, Gérald Darmanin,
06:42réagissent à la mort de ce jeune. Qu'est-ce qu'ils disent ? Quelles sont leurs réactions ?
06:48– Alors, effectivement, dès le lendemain matin, donc le tir a lieu un mardi matin
06:54et le mercredi matin, Emmanuel Macron est en déplacement à Marseille
06:58sur la thématique des fusillades, du narcotrafic qui sévit à Marseille
07:04et un micro-tendu, donc il y a un micro-tendu avec la presse à l'issue de ce déplacement
07:10le mercredi matin et Emmanuel Macron va dire que cet acte est inexcusable,
07:22inacceptable, inexcusable, voilà. Alors, inacceptable, bon, on est de l'ordre peut-être
07:28de la morale ou en tout cas de la parole politique, inexcusable, on tombe quand même
07:31dans le champ juridique puisque si ce n'est pas excusable, c'est que ce policier
07:36en fait n'a pas tiré dans le cadre qui lui était conféré et donc des sanctions judiciaires,
07:43en tout cas des poursuites judiciaires doivent s'imposer et c'est vraiment un moment
07:49de bascule pour l'opinion publique puisque, alors déjà la veille à Nanterre,
07:54il y avait eu quelques heures des violences urbaines, un début d'émeute,
08:00mais c'était circonscrit, on va dire, à la région parisienne et le lendemain en fait,
08:06après ces mots d'Emmanuel Macron, ça va partir un peu partout en France,
08:10comme si en réalité, alors Emmanuel Macron, j'imagine qu'il le dit pour apaiser,
08:16pour calmer, pour faire retomber la pression, en réalité ça va avoir l'effet inverse,
08:21une forme de désinhibition ou en tout cas, une forme de, par cette parole,
08:27il a légitimé la colère et donc les émeutes qui s'en sont suivies.
08:34– Et quant à lui, Gérald Darmanin a ses paroles, il y aura des sanctions administratives
08:39s'il est avéré, en effet, comme le montrent manifestation, les images,
08:44manifestement les images que ces gestes ne sont absolument pas conformes
08:47aux instructions et à la loi de la République,
08:49donc ils vont à l'encontre du travail de la justice tous les deux.
08:52– Et ça va lui être beaucoup reproché par les policiers d'avoir prononcé ces mots,
08:58c'est de mémoire à l'Assemblée nationale le mardi après-midi,
09:03première réaction publique, où effectivement Gérald Darmanin dit ces mots
09:09en sous-entendant en fait que vraisemblablement le policier n'a pas agi
09:15dans le cadre de la loi.
09:19– Donc certains à ce moment-là pensent que c'est quasiment ces deux personnages de l'État
09:24qui déclenchent un petit peu, en tout cas, qui légitiment ce qui va s'en suivre,
09:31à savoir des nuits d'émeute, six nuits d'émeute en région parisienne
09:35avant de s'étendre à l'ensemble de la France.
09:39Après cela, 60 000 infractions relevées, 1174 interpellations,
09:46comment Gérald Darmanin a à ce moment-là fait face à la situation ?
09:51– Alors, plutôt d'une manière, par la manière forte,
09:55et j'allais dire plutôt bien en termes d'ordre public,
10:02c'est-à-dire que lui, ce qu'il veut, son objectif,
10:05et la volonté des Français à ce moment-là quand même aussi,
10:07c'est que le calme revienne, c'est qu'on arrête de mettre le bazar partout,
10:10toutes les nuits dehors, que les biens ne soient pas détruits,
10:15de protéger la population.
10:17Et il va, sur le retour d'expérience qui avait été fait au moment des Gilets jaunes,
10:24il va prendre la voie de la manière forte,
10:28ne surtout pas laisser s'enquister ses émeutes,
10:32et donc il va envoyer, il va faire la démonstration de la force
10:36et de la puissance de l'État, déjà un, pour rassurer la population,
10:40mais deux aussi pour figer, en fait, pour figer, pour saisir les émeutiers.
10:45Il va envoyer, notamment, le RAID, la BRI, le GIGN,
10:49qui sont des unités d'élite antiterroriste.
10:52C'est la première fois que c'est fait.
10:55Il va l'envoyer sur des épisodes de violences urbaines,
10:58donc, et ça aussi, ça va lui être reproché, mais lui, il assume.
11:01Il va envoyer, donc, ses forces d'intervention contre les émeutiers,
11:06et il va déployer aussi, pour la première fois, le Centaure,
11:12qui est le nouveau blindé de la gendarmerie, très imposant, puissant.
11:19Voilà, il va être déployé pour la première fois sur la voie publique à ce moment-là.
11:23On déplore 50 000 émeutiers, dont une moitié de mineurs,
11:28500 policiers blessés, 500 mairies ou bâtiments attaqués,
11:32et puis, c'est finalement une saisie de mortiers d'artifices,
11:36et puis, au niveau du calendrier, les vacances d'été qui mettent fin aux émeutes,
11:42et non pas les dealers des quartiers qui, voyant le bazar s'installer dans leur quartier,
11:48se seraient dit, c'est nuisible à notre business, donc, on dit aux gamins de se calmer.
11:53Ça, c'est une explication qui a été donnée, honnêtement,
11:58en ayant relu un certain nombre de notes ou d'éléments,
12:05en étant allé interroger les personnes qui étaient aux manettes à ce moment-là.
12:09C'est une explication, mais qui, en réalité, a pu être vraie,
12:14je veux dire, ponctuellement, géographiquement, de façon très limitée.
12:19En fait, l'explication la plus globale et la plus rationnelle,
12:24c'est que la stratégie de la police et de la gendarmerie a été de ratisser,
12:31enfin, de vider la rue, vider la rue pour qu'il n'y ait plus personne dans la rue,
12:34c'est-à-dire avec des interpellations massives.
12:37Pour une fois, la justice, en tout cas, a joué le jeu.
12:41– Oui, vous dites une hausse des mandats de dépôt.
12:45– Hausse des mandats de dépôt.
12:46– Malgré le fait que les prisons soient pleines, paraît-il, les juges, oui, voilà.
12:50– On a trouvé de la place parce qu'on a différé des entrées en prison.
12:55Toutes les personnes qui avaient été jugées et qui devaient aller en prison,
12:58on a retardé de 2, 3, 4 semaines leur incarcération
13:02pour faire de la place pour ces émeutiers.
13:05Et donc, en fait, quand ils sont sortis, soit de garde à vue, soit de prison,
13:09ils se sont retrouvés dans la rue, il n'y avait plus personne avec eux,
13:11ils étaient tout seuls et surtout, effectivement, vous l'avez rappelé,
13:13c'est assez important, il y a eu un gros travail d'assèchement
13:18des filières d'approvisionnement des mortiers d'artifices.
13:21Et donc, ils n'avaient plus de munitions, ces émeutiers,
13:24quand ils ont voulu repasser à Lac.
13:27Ça a duré quand même 6 nuits.
13:29Mais effectivement, au regard des précédentes émeutes
13:32qu'on a pu connaître en France, c'est-à-dire les plus récentes avant…
13:37– 2005.
13:37– C'était 2005, il y a des bounacs lichis-sous-bois.
13:41Ça avait duré 3 semaines.
13:42Là, ça a duré 6 nuits.
13:44Et pour retrouver un niveau d'avant-crise.
13:49Voilà.
13:50– Donc, les autorités judiciaires procèdent ensuite
13:53à une reconstitution de l'interpellation de Naël.
13:56Toute la question, donc, sera de savoir si le policier a fait usage
14:00de son arme dans le cadre de la légitime défense ?
14:04Le refus d'obtempérer était manifeste, les policiers l'ont souligné.
14:10Le danger pour les policiers était-il lui aussi manifeste ?
14:13– C'est en tout cas le ressenti et les déclarations des deux policiers.
14:19Elles ont toujours été constantes depuis le début de l'affaire.
14:23Alors même qu'on a voulu…
14:27Ils ont été accusés d'avoir menti,
14:32d'avoir changé, de s'être accordés sur une version.
14:36Aujourd'hui, la justice est revenue là-dessus et ne les poursuit pas.
14:40Mais ça a été une constante, en tout cas dans leur déclaration,
14:44de dire qu'ils se sont sentis en danger, ils étaient en danger.
14:48À la fois, eux, enfin lui, le policier qui a tiré,
14:53son collègue qui avait passé les bras à l'intérieur de la voiture
14:56et qui risquait d'être entraîné par la voiture au moment du redémarrage,
14:59mais aussi pour des tiers,
15:02puisque d'autres passants, d'autres personnes,
15:05d'autres usagers de la route avaient été mis en danger.
15:07Eh bien, au moment du redémarrage,
15:11même si sur la trajectoire immédiate, il n'y avait personne,
15:15ils pouvaient, en reprenant la route, mettre en danger d'autres personnes.
15:19Et donc ça, ce cadre-là a été fixé,
15:22mais dès le début, dès le départ des auditions et des interrogatoires.
15:26– Alors on se souvient sur les images de cette interpellation,
15:31donc que les policiers se situent entre le véhicule et un muret derrière eux,
15:36mais vous soulignez dans votre ouvrage,
15:38William Moignet, que selon l'expert,
15:40il n'y a, entre guillemets, aucun risque d'écrasement, déclare cet expert.
15:45– C'est ce que l'expert dit…
15:47– Après, c'est une interprétation.
15:49– C'est une interprétation qui, d'ailleurs,
15:51va être reprochée à l'expert par les avocats de la défense,
15:54qui explique que l'expert est là, en fait, pour donner des mesures.
15:58C'est-à-dire dire la voiture était à 1 mètre, 2 mètres, 3 mètres ou 10 mètres du muret,
16:04et non pas de se prononcer sur la dangerosité ou le risque d'écrasement.
16:11Donc, ça a été reproché aux…
16:14Mais en tout cas, sur les mesures, voilà,
16:17il y a, entre toutes les versions, toutes les mesures qui ont été prises,
16:22on est aux alentours d'un mètre trente entre la voiture et le muret.
16:271 mètre trente, en fait, je vous laisse imaginer ce que ça peut être.
16:30Et surtout avec un véhicule de forte puissance qui donne des coups d'accélérateur,
16:36le moteur vront brissant, les policiers sont dans un état de stress absolu,
16:42puisque ça fait 2 minutes trente où il y a cette course-poursuite,
16:47et ils voient manifestement le conducteur refuser d'obtempérer.
16:52– Et alors, lors de cette vidéo, on entend, certains ont pu le dire,
16:59avoir entendu le mot « shoot-le ».
17:02Est-ce que ce mot a été prononcé, oui ou non ?
17:06Ça, ce sont les gendarmes qui se sont penchés sur cette question
17:10en rehaussant les voix et les niveaux de sonorité de cette fameuse vidéo
17:17où, sous les commentaires, des personnes avaient écrit « il dit shoot-le, shoot-le ».
17:23Effectivement, quand vous lisez « shoot-le » et que vous entendez la vidéo,
17:28c'est un biais cognitif connu, vous pouvez entendre « shoot-le ».
17:33Donc, pour s'assurer que « shoot-le » a été ou non prononcé,
17:39les experts réhaussent les niveaux et arrivent à la conclusion
17:43que la probabilité la plus importante est que c'est le terme « coupe-le ».
17:50– En parlant du moteur.
17:52– Qui a été prononcé en parlant du moteur.
17:55Un des policiers qui demandait donc au conducteur de couper le moteur.
17:59– Alors, cet adolescent était dans son véhicule avec deux autres jeunes hommes
18:06et ils assurent tous deux que leur ami décédé aurait reçu des coups pendant le contrôle,
18:14ce qui lui aurait fait lever le pied et fait redémarrer la voiture avec une voiture automatique,
18:20c'est ce qui arrive. Alors, qu'est-ce qui a relevé l'autopsie du corps de Naël ?
18:25Est-ce que des traces de coups ont été relevées sur son visage ?
18:28– C'est le mensonge, j'allais dire, originel de cette affaire.
18:32C'est que cette version-là, à l'épreuve de l'enquête et des investigations,
18:38ne tient pas, notamment par l'autopsie,
18:41puisque l'autopsie montre qu'il n'y a aucun coup qui a été porté au visage de Naël,
18:49aucune trace n'a été décelée et donc aucun coup de nature à lui faire perdre le contrôle du véhicule
18:56n'a pu être donné.
18:58L'autopsie, ça c'est l'autopsie qui le dit,
19:01bon, c'est une médecin légiste, voilà, difficile,
19:05enfin, cette version est difficilement, on peut difficilement la remettre en cause,
19:10mais cette absence de coups ne tient pas uniquement que sur cette expertise.
19:15Il y a aussi, pendant la reconstitution,
19:19on a remis les protagonistes et les intervenants,
19:24en tout cas les témoins, au même endroit que la scène du départ
19:29et des photos ont été prises pour voir les points de vue de telle ou telle personne
19:35et les personnes qui disaient que le policier avait donné des coups avec la crosse de son revolver
19:44sur le crâne de Naël, on s'est aperçu qu'à l'aune de ces photographies prises,
19:51ils ne pouvaient pas le voir, ils ne pouvaient pas voir cette scène,
19:55parce que soit ils étaient trop loin, soit il y a le fauteuil,
19:59soit ils sont cachés par du mobilier urbain ou d'autres voitures,
20:06voilà, donc, il y a eu cette, on le voit à la vidéo,
20:10il y a eu cette sorte de bousculade, en fait, c'est le policier
20:14qui essaye de trouver soit la clé, soit le bouton start and stop
20:18pour forcer le conducteur à éteindre le moteur.
20:22– Alors, vous indiquez bien, William Moliné, qu'il y a plusieurs dizaines de pages
20:27de documents, de textes et de circulaires parfois contradictoires
20:31qui encadrent les règles d'engagement des forces de police
20:34en cas de refus d'obtempéré, vous l'indiquez aussi,
20:38les syndicats de police réclament l'instauration d'une présomption
20:42de légitime défense, quelles ont été les décisions politiques,
20:46s'il y en a qui ont été prises à la suite de cette affaire ?
20:48– Alors, il y a eu une harmonisation territoriale
20:53des règles d'engagement sur les refus d'obtempéré.
20:58Avant, il n'y avait, ce n'était qu'en région parisienne,
21:02c'est-à-dire, il n'y avait qu'à Paris, en Petite Couronne,
21:06où les policiers pouvaient systématiquement engager la poursuite.
21:13Ce qui n'était pas le cas dans le reste de la France,
21:15parce que c'est l'organisation policière qui est faite ainsi,
21:18vous avez un préfet de police qui a une zone de compétence territoriale
21:22qui avait fait une note pour dire, vous pouvez systématiquement
21:26engager la poursuite, mais dans le reste de la France,
21:29qui est sous autorité de la place Beauvau,
21:32du directeur national de la sécurité publique,
21:35cette note-là n'avait pas été prise,
21:37on restait sur une note précédente
21:40qui, en fait, limitait les règles d'engagement des poursuites.
21:45Et donc ça, ça a été harmonisé, notamment par Bruno Retailleau,
21:48quand il est arrivé.
21:49Donc ça, c'est harmonisé.
21:50En revanche, ce qui reste toujours,
21:53c'est le flou juridique et l'absence de règles claires.
21:59C'est-à-dire que cette affaire de ce policier,
22:04même si à la fin des fins, 2, 3, 4, 5 ans, il est innocenté,
22:10et que donc la justice considère que son tir était légitime,
22:15quel policier aujourd'hui prendrait le risque d'ouvrir le feu
22:19sur un véhicule, sur une scène similaire ?
22:24Aucun policier n'a envie de traverser ce que le policier a traversé,
22:28d'avoir la mort d'un enfant sur la conscience,
22:32d'avoir derrière des émeutes partout dans le pays.
22:36Aucun policier n'a aujourd'hui envie de prendre ce risque-là.
22:41Et donc, d'une certaine manière, le mal est fait.
22:45– On rappelle que ce policier auteur du tir
22:48a été emprisonné 5 mois avant d'être relâché.
22:53Y a-t-il aujourd'hui une date de procès qui est fixée pour lui ?
22:57Y aura-t-il un procès ?
22:58– Y aura-t-il un procès ?
22:59C'est la question qui va arriver,
23:03puisqu'il y a eu une décision de la chambre de l'instruction
23:07de la cour d'appel de Versailles,
23:09qui requalifie les faits en coup mortais,
23:15c'est-à-dire en violence ayant entraîné la mort
23:17sans intention de la donner.
23:18Elle abandonne le caractère intentionnel de l'homicide.
23:25Mais pour cette juridiction,
23:27les policiers n'ont pas agi dans le cadre de la légitime défense
23:31ou non plus dans le cadre des règles
23:36leur permettant d'ouvrir le feu sur des véhicules en fuite.
23:38Et donc, il est renvoyé, pardon, le policier qui a tiré
23:44devant une cour criminelle départementale.
23:47Le policier a fait un pourvoi en cassation
23:49et la chambre criminelle de la cour de cassation
23:51doit se prononcer à la fois sur la qualification des faits,
23:54homicide volontaire ou coup mortel,
23:57et sur le fait que, est-ce qu'il rentre dans la légitime défense ?
24:04Oui ou non.
24:05S'ils ne rentrent pas dans la légitime défense,
24:07eh bien, ils seront renvoyés devant une juridiction de jugement.
24:10Cette date d'audience devant la chambre criminelle
24:13de la cour de cassation n'a pas encore été fixée.
24:17Dernier recours, William Moliné,
24:18c'est donc le titre de votre ouvrage.
24:21Très belle enquête, donc, sur l'affaire Naël,
24:24à retrouver sur la boutique de TV Liberté.
24:26Merci, monsieur.
24:27Merci à vous.
24:27Merci.
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