- il y a 2 jours
Le 27 juin 2023 à Nanterre, la mort du jeune Nahel après un refus d’obtempérer provoque un séisme politique et médiatique. En quelques heures, les images font le tour des réseaux sociaux et déclenchent six nuits d’émeutes à travers toute la France : 500 policiers blessés, bâtiments publics incendiés, commerces pillés. Mais que s’est-il réellement passé ce matin-là ?
Le journaliste William Molinié revient sur les zones d’ombre de l’affaire Nahel avec son ouvrage "Dernier recours - Enquête sur l'affaire Nahel".
➡️ Que s’est-il passé durant les 7 secondes précédant le tir ?
➡️ Les policiers étaient-ils réellement en danger ?
➡️ Comment Emmanuel Macron et Gérald Darmanin ont-ils réagi après le drame ?
➡️ Qu'est-ce qui a réellement mis fin aux émeutes ?
➡️ Que révèle l’autopsie ?
➡️ Pourquoi cette affaire continue-t-elle de fracturer la société française ?
À partir de documents judiciaires, d’expertises et d’éléments rarement évoqués dans les médias, William Molinié apporte un éclairage inédit sur l’une des affaires les plus explosives du quinquennat.
Le journaliste William Molinié revient sur les zones d’ombre de l’affaire Nahel avec son ouvrage "Dernier recours - Enquête sur l'affaire Nahel".
➡️ Que s’est-il passé durant les 7 secondes précédant le tir ?
➡️ Les policiers étaient-ils réellement en danger ?
➡️ Comment Emmanuel Macron et Gérald Darmanin ont-ils réagi après le drame ?
➡️ Qu'est-ce qui a réellement mis fin aux émeutes ?
➡️ Que révèle l’autopsie ?
➡️ Pourquoi cette affaire continue-t-elle de fracturer la société française ?
À partir de documents judiciaires, d’expertises et d’éléments rarement évoqués dans les médias, William Molinié apporte un éclairage inédit sur l’une des affaires les plus explosives du quinquennat.
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NewsTranscription
00:00– Bonjour à tous, bienvenue dans notre Zoom et bienvenue à notre invité William Molinier.
00:10Bonjour Monsieur. – Bonjour.
00:11– William Molinier, journaliste, et vous publiez cet ouvrage « Dernier recours en quête sur l'affaire Naël »,
00:19ouvrage que vous pourrez, comme d'habitude, retrouver sur la boutique de TV Liberté.
00:23Alors cette affaire Naël, c'était le 27 juin 2023 à Nanterre, cet adolescent de 17 ans perd la vie
00:32après avoir refusé d'obtempérer lors d'un contrôle de police.
00:36La scène est filmée et relayée sur les réseaux sociaux et cela va provoquer six nuits d'émeutes urbaines et
00:44un milliard d'euros de dégâts.
00:46Revenons sur les faits avec vous, William Molinier. C'est donc ce jour-là, le 27 juin 2023, vers 8h
00:54du matin,
00:55Naël prend le volant d'une voiture sportive en compagnie de deux autres adolescents pour une partie de rodéo.
01:02L'adolescent est déjà connu des services de police. Excusez-moi, que se passe-t-il avant son interpellation par
01:10deux policiers à moto ?
01:11En fait, les deux policiers à moto sortent de l'hôtel de police de Nanterre et ils vont voir sur
01:18leur gauche une Mercedes jaune
01:22passer sur la voie de bus et ils vont se dire, en voyant le profil des adolescents, dire qu'ils
01:36sont jeunes.
01:38C'est une voiture qui est immatriculée en Pologne.
01:42Pour eux, ça compte parce qu'il y a eu des notes de renseignements indiquant que ce type de voiture
01:49pouvait être impliquée dans des trafics de stupéfiants.
01:52Et ils vont se dire, on le contrôle.
01:54Et donc, ils remontent la file, la file de voiture.
01:58Et là, à ce moment-là, ils demandent donc au conducteur de se garer, de se ranger.
02:04Et au lieu de se ranger, le conducteur tourne à gauche, prend un sens interdit, le refuse d'obtempérer et
02:10consommer.
02:11Et s'ensuit une course-poursuite dans les rues de Nanterre pendant 2 minutes 40,
02:16au cours de laquelle des piétons, des cyclistes vont manquer d'être renversés.
02:23On est aux alentours de 8h, 8h15 du matin.
02:26C'est l'heure du chemin du travail, du chemin de l'école.
02:32Et donc, il y a beaucoup de monde dans les rues.
02:33Et cette voiture, en fait, va être stoppée au terme de 2 minutes 40.
02:38Non pas parce qu'elle s'arrête volontairement, mais parce qu'elle est prise dans les bouchons matinaux, dans les
02:43embouteillages.
02:44Et c'est à ce moment-là où les policiers vont pouvoir mettre un pied à terre et se rapprocher
02:51de la voiture.
02:51Et c'est la vidéo, la fameuse vidéo que tout le monde, que tous les Français a vu.
02:57Une course-poursuite en moyenne à 70 km heure avec un maximum à 116.
03:02Donc, ce jeune homme s'arrête dans la montée du passage à Arago.
03:08Les deux policiers, lancés à sa poursuite, descendent de leur moto et arrivent au niveau de la voiture.
03:15Qu'est-ce qui se passe avant le coup de feu ?
03:18Tout se passe là en 7 secondes.
03:197 secondes, c'est le moment qu'il a fallu pour les policiers pour ordonner l'injonction de couper le
03:28moteur,
03:29de se rapprocher, de donner les coups sur le pare-brise de la voiture pour attirer, pour fixer le regard
03:35du conducteur.
03:36Et lui demander de couper le volant.
03:40Alors, on voit un policier…
03:41Couper le moteur.
03:41Le moteur, pardon.
03:43Donc, on voit un policier s'affairer au niveau de la fenêtre du conducteur, rentrer les bras à l'intérieur.
03:50Il y a, sur cette vidéo, on voit de loin, une sorte de bousculade, en tout cas d'agitation.
04:00Et au lieu de ça, en fait, le conducteur va redémarrer la voiture et accélérer.
04:06Et en un quart de seconde, à ce moment-là, le coup de feu part, le policier tire.
04:12– Donc, Florian M. est ce policier qui a ouvert le feu sur cet adolescent.
04:21Il va être placé en garde à vue avant d'être mis en examen pour meurtre et incarcéré cinq mois
04:27avant, finalement, d'être libéré.
04:29Est-ce qu'on connaît le profil de ce policier ? Quels sont ses états de service ?
04:33– C'est un policier qui… Donc, c'est un ancien militaire qui a été envoyé, enfin, qui a eu
04:39grosse expérience de militaire.
04:42Il a été envoyé, notamment, en Afghanistan, où il a fait des patrouilles mixtes, à l'époque, de sécurisation à
04:50Kaboul,
04:50mais aussi dans d'autres régions en Afghanistan.
04:54Il a été envoyé aussi, de mémoire, en Nouvelle-Calédonie pour une mission, pareil, de sécurisation, d'assistance.
05:03À la population. Il est félicité un certain nombre de reprises.
05:07Il a des états de service. Il a eu des médailles, la médaille de la sécurité intérieure.
05:14Il a eu des lettres de félicitations de ses ministres, notamment pour avoir, sur son temps de repos,
05:24avoir fait cesser une prise d'otage, ou en tout cas, une séquestration liée au trafic de stupes
05:30dans un commerce, dans une petite ville de région parisienne.
05:34Donc, c'est un policier expérimenté qui maîtrise son arme.
05:40– Bien vu de ses supérieurs, bien vu de ses collègues.
05:43– D'ailleurs, de ses collègues. Alors, il est passé, il a eu, ça lui a été reproché a posteriori,
05:51mais ce n'était pas de son fait. C'est-à-dire qu'il est passé par des services de
05:55police
05:55autour desquels il y a eu un certain nombre de polémiques.
05:59– La braverne.
06:00– Même la CSI du 93, mais même en service à l'intérieur de ces unités
06:06qui ont fait l'objet de polémiques, de critiques, autour notamment de violences
06:14ou d'arrestations musclées, il n'a jamais eu un seul problème à l'intérieur de ces…
06:22Il n'a jamais été sanctionné administrativement ou judiciairement.
06:27– Est-ce qu'on sait si ce policier avait déjà fait usage de son arme avant ce jour-là
06:33?
06:33– Non, jamais, c'est la première fois.
06:35– Ok. Alors, Emmanuel Macron et son ministre de l'Intérieur de l'époque, Gérald Darmanin,
06:42réagissent à la mort de ce jeune. Qu'est-ce qu'ils disent ? Quelles sont leurs réactions ?
06:48– Alors, effectivement, dès le lendemain matin, donc le tir a lieu un mardi matin
06:54et le mercredi matin, Emmanuel Macron est en déplacement à Marseille
06:58sur la thématique des fusillades, du narcotrafic qui sévit à Marseille
07:04et un micro-tendu, donc il y a un micro-tendu avec la presse à l'issue de ce déplacement
07:10le mercredi matin et Emmanuel Macron va dire que cet acte est inexcusable,
07:22inacceptable, inexcusable, voilà. Alors, inacceptable, bon, on est de l'ordre peut-être
07:28de la morale ou en tout cas de la parole politique, inexcusable, on tombe quand même
07:31dans le champ juridique puisque si ce n'est pas excusable, c'est que ce policier
07:36en fait n'a pas tiré dans le cadre qui lui était conféré et donc des sanctions judiciaires,
07:43en tout cas des poursuites judiciaires doivent s'imposer et c'est vraiment un moment
07:49de bascule pour l'opinion publique puisque, alors déjà la veille à Nanterre,
07:54il y avait eu quelques heures des violences urbaines, un début d'émeute,
08:00mais c'était circonscrit, on va dire, à la région parisienne et le lendemain en fait,
08:06après ces mots d'Emmanuel Macron, ça va partir un peu partout en France,
08:10comme si en réalité, alors Emmanuel Macron, j'imagine qu'il le dit pour apaiser,
08:16pour calmer, pour faire retomber la pression, en réalité ça va avoir l'effet inverse,
08:21une forme de désinhibition ou en tout cas, une forme de, par cette parole,
08:27il a légitimé la colère et donc les émeutes qui s'en sont suivies.
08:34– Et quant à lui, Gérald Darmanin a ses paroles, il y aura des sanctions administratives
08:39s'il est avéré, en effet, comme le montrent manifestation, les images,
08:44manifestement les images que ces gestes ne sont absolument pas conformes
08:47aux instructions et à la loi de la République,
08:49donc ils vont à l'encontre du travail de la justice tous les deux.
08:52– Et ça va lui être beaucoup reproché par les policiers d'avoir prononcé ces mots,
08:58c'est de mémoire à l'Assemblée nationale le mardi après-midi,
09:03première réaction publique, où effectivement Gérald Darmanin dit ces mots
09:09en sous-entendant en fait que vraisemblablement le policier n'a pas agi
09:15dans le cadre de la loi.
09:19– Donc certains à ce moment-là pensent que c'est quasiment ces deux personnages de l'État
09:24qui déclenchent un petit peu, en tout cas, qui légitiment ce qui va s'en suivre,
09:31à savoir des nuits d'émeute, six nuits d'émeute en région parisienne
09:35avant de s'étendre à l'ensemble de la France.
09:39Après cela, 60 000 infractions relevées, 1174 interpellations,
09:46comment Gérald Darmanin a à ce moment-là fait face à la situation ?
09:51– Alors, plutôt d'une manière, par la manière forte,
09:55et j'allais dire plutôt bien en termes d'ordre public,
10:02c'est-à-dire que lui, ce qu'il veut, son objectif,
10:05et la volonté des Français à ce moment-là quand même aussi,
10:07c'est que le calme revienne, c'est qu'on arrête de mettre le bazar partout,
10:10toutes les nuits dehors, que les biens ne soient pas détruits,
10:15de protéger la population.
10:17Et il va, sur le retour d'expérience qui avait été fait au moment des Gilets jaunes,
10:24il va prendre la voie de la manière forte,
10:28ne surtout pas laisser s'enquister ses émeutes,
10:32et donc il va envoyer, il va faire la démonstration de la force
10:36et de la puissance de l'État, déjà un, pour rassurer la population,
10:40mais deux aussi pour figer, en fait, pour figer, pour saisir les émeutiers.
10:45Il va envoyer, notamment, le RAID, la BRI, le GIGN,
10:49qui sont des unités d'élite antiterroriste.
10:52C'est la première fois que c'est fait.
10:55Il va l'envoyer sur des épisodes de violences urbaines,
10:58donc, et ça aussi, ça va lui être reproché, mais lui, il assume.
11:01Il va envoyer, donc, ses forces d'intervention contre les émeutiers,
11:06et il va déployer aussi, pour la première fois, le Centaure,
11:12qui est le nouveau blindé de la gendarmerie, très imposant, puissant.
11:19Voilà, il va être déployé pour la première fois sur la voie publique à ce moment-là.
11:23On déplore 50 000 émeutiers, dont une moitié de mineurs,
11:28500 policiers blessés, 500 mairies ou bâtiments attaqués,
11:32et puis, c'est finalement une saisie de mortiers d'artifices,
11:36et puis, au niveau du calendrier, les vacances d'été qui mettent fin aux émeutes,
11:42et non pas les dealers des quartiers qui, voyant le bazar s'installer dans leur quartier,
11:48se seraient dit, c'est nuisible à notre business, donc, on dit aux gamins de se calmer.
11:53Ça, c'est une explication qui a été donnée, honnêtement,
11:58en ayant relu un certain nombre de notes ou d'éléments,
12:05en étant allé interroger les personnes qui étaient aux manettes à ce moment-là.
12:09C'est une explication, mais qui, en réalité, a pu être vraie,
12:14je veux dire, ponctuellement, géographiquement, de façon très limitée.
12:19En fait, l'explication la plus globale et la plus rationnelle,
12:24c'est que la stratégie de la police et de la gendarmerie a été de ratisser,
12:31enfin, de vider la rue, vider la rue pour qu'il n'y ait plus personne dans la rue,
12:34c'est-à-dire avec des interpellations massives.
12:37Pour une fois, la justice, en tout cas, a joué le jeu.
12:41– Oui, vous dites une hausse des mandats de dépôt.
12:45– Hausse des mandats de dépôt.
12:46– Malgré le fait que les prisons soient pleines, paraît-il, les juges, oui, voilà.
12:50– On a trouvé de la place parce qu'on a différé des entrées en prison.
12:55Toutes les personnes qui avaient été jugées et qui devaient aller en prison,
12:58on a retardé de 2, 3, 4 semaines leur incarcération
13:02pour faire de la place pour ces émeutiers.
13:05Et donc, en fait, quand ils sont sortis, soit de garde à vue, soit de prison,
13:09ils se sont retrouvés dans la rue, il n'y avait plus personne avec eux,
13:11ils étaient tout seuls et surtout, effectivement, vous l'avez rappelé,
13:13c'est assez important, il y a eu un gros travail d'assèchement
13:18des filières d'approvisionnement des mortiers d'artifices.
13:21Et donc, ils n'avaient plus de munitions, ces émeutiers,
13:24quand ils ont voulu repasser à Lac.
13:27Ça a duré quand même 6 nuits.
13:29Mais effectivement, au regard des précédentes émeutes
13:32qu'on a pu connaître en France, c'est-à-dire les plus récentes avant…
13:37– 2005.
13:37– C'était 2005, il y a des bounacs lichis-sous-bois.
13:41Ça avait duré 3 semaines.
13:42Là, ça a duré 6 nuits.
13:44Et pour retrouver un niveau d'avant-crise.
13:49Voilà.
13:50– Donc, les autorités judiciaires procèdent ensuite
13:53à une reconstitution de l'interpellation de Naël.
13:56Toute la question, donc, sera de savoir si le policier a fait usage
14:00de son arme dans le cadre de la légitime défense ?
14:04Le refus d'obtempérer était manifeste, les policiers l'ont souligné.
14:10Le danger pour les policiers était-il lui aussi manifeste ?
14:13– C'est en tout cas le ressenti et les déclarations des deux policiers.
14:19Elles ont toujours été constantes depuis le début de l'affaire.
14:23Alors même qu'on a voulu…
14:27Ils ont été accusés d'avoir menti,
14:32d'avoir changé, de s'être accordés sur une version.
14:36Aujourd'hui, la justice est revenue là-dessus et ne les poursuit pas.
14:40Mais ça a été une constante, en tout cas dans leur déclaration,
14:44de dire qu'ils se sont sentis en danger, ils étaient en danger.
14:48À la fois, eux, enfin lui, le policier qui a tiré,
14:53son collègue qui avait passé les bras à l'intérieur de la voiture
14:56et qui risquait d'être entraîné par la voiture au moment du redémarrage,
14:59mais aussi pour des tiers,
15:02puisque d'autres passants, d'autres personnes,
15:05d'autres usagers de la route avaient été mis en danger.
15:07Eh bien, au moment du redémarrage,
15:11même si sur la trajectoire immédiate, il n'y avait personne,
15:15ils pouvaient, en reprenant la route, mettre en danger d'autres personnes.
15:19Et donc ça, ce cadre-là a été fixé,
15:22mais dès le début, dès le départ des auditions et des interrogatoires.
15:26– Alors on se souvient sur les images de cette interpellation,
15:31donc que les policiers se situent entre le véhicule et un muret derrière eux,
15:36mais vous soulignez dans votre ouvrage,
15:38William Moignet, que selon l'expert,
15:40il n'y a, entre guillemets, aucun risque d'écrasement, déclare cet expert.
15:45– C'est ce que l'expert dit…
15:47– Après, c'est une interprétation.
15:49– C'est une interprétation qui, d'ailleurs,
15:51va être reprochée à l'expert par les avocats de la défense,
15:54qui explique que l'expert est là, en fait, pour donner des mesures.
15:58C'est-à-dire dire la voiture était à 1 mètre, 2 mètres, 3 mètres ou 10 mètres du muret,
16:04et non pas de se prononcer sur la dangerosité ou le risque d'écrasement.
16:11Donc, ça a été reproché aux…
16:14Mais en tout cas, sur les mesures, voilà,
16:17il y a, entre toutes les versions, toutes les mesures qui ont été prises,
16:22on est aux alentours d'un mètre trente entre la voiture et le muret.
16:271 mètre trente, en fait, je vous laisse imaginer ce que ça peut être.
16:30Et surtout avec un véhicule de forte puissance qui donne des coups d'accélérateur,
16:36le moteur vront brissant, les policiers sont dans un état de stress absolu,
16:42puisque ça fait 2 minutes trente où il y a cette course-poursuite,
16:47et ils voient manifestement le conducteur refuser d'obtempérer.
16:52– Et alors, lors de cette vidéo, on entend, certains ont pu le dire,
16:59avoir entendu le mot « shoot-le ».
17:02Est-ce que ce mot a été prononcé, oui ou non ?
17:06Ça, ce sont les gendarmes qui se sont penchés sur cette question
17:10en rehaussant les voix et les niveaux de sonorité de cette fameuse vidéo
17:17où, sous les commentaires, des personnes avaient écrit « il dit shoot-le, shoot-le ».
17:23Effectivement, quand vous lisez « shoot-le » et que vous entendez la vidéo,
17:28c'est un biais cognitif connu, vous pouvez entendre « shoot-le ».
17:33Donc, pour s'assurer que « shoot-le » a été ou non prononcé,
17:39les experts réhaussent les niveaux et arrivent à la conclusion
17:43que la probabilité la plus importante est que c'est le terme « coupe-le ».
17:50– En parlant du moteur.
17:52– Qui a été prononcé en parlant du moteur.
17:55Un des policiers qui demandait donc au conducteur de couper le moteur.
17:59– Alors, cet adolescent était dans son véhicule avec deux autres jeunes hommes
18:06et ils assurent tous deux que leur ami décédé aurait reçu des coups pendant le contrôle,
18:14ce qui lui aurait fait lever le pied et fait redémarrer la voiture avec une voiture automatique,
18:20c'est ce qui arrive. Alors, qu'est-ce qui a relevé l'autopsie du corps de Naël ?
18:25Est-ce que des traces de coups ont été relevées sur son visage ?
18:28– C'est le mensonge, j'allais dire, originel de cette affaire.
18:32C'est que cette version-là, à l'épreuve de l'enquête et des investigations,
18:38ne tient pas, notamment par l'autopsie,
18:41puisque l'autopsie montre qu'il n'y a aucun coup qui a été porté au visage de Naël,
18:49aucune trace n'a été décelée et donc aucun coup de nature à lui faire perdre le contrôle du véhicule
18:56n'a pu être donné.
18:58L'autopsie, ça c'est l'autopsie qui le dit,
19:01bon, c'est une médecin légiste, voilà, difficile,
19:05enfin, cette version est difficilement, on peut difficilement la remettre en cause,
19:10mais cette absence de coups ne tient pas uniquement que sur cette expertise.
19:15Il y a aussi, pendant la reconstitution,
19:19on a remis les protagonistes et les intervenants,
19:24en tout cas les témoins, au même endroit que la scène du départ
19:29et des photos ont été prises pour voir les points de vue de telle ou telle personne
19:35et les personnes qui disaient que le policier avait donné des coups avec la crosse de son revolver
19:44sur le crâne de Naël, on s'est aperçu qu'à l'aune de ces photographies prises,
19:51ils ne pouvaient pas le voir, ils ne pouvaient pas voir cette scène,
19:55parce que soit ils étaient trop loin, soit il y a le fauteuil,
19:59soit ils sont cachés par du mobilier urbain ou d'autres voitures,
20:06voilà, donc, il y a eu cette, on le voit à la vidéo,
20:10il y a eu cette sorte de bousculade, en fait, c'est le policier
20:14qui essaye de trouver soit la clé, soit le bouton start and stop
20:18pour forcer le conducteur à éteindre le moteur.
20:22– Alors, vous indiquez bien, William Moliné, qu'il y a plusieurs dizaines de pages
20:27de documents, de textes et de circulaires parfois contradictoires
20:31qui encadrent les règles d'engagement des forces de police
20:34en cas de refus d'obtempéré, vous l'indiquez aussi,
20:38les syndicats de police réclament l'instauration d'une présomption
20:42de légitime défense, quelles ont été les décisions politiques,
20:46s'il y en a qui ont été prises à la suite de cette affaire ?
20:48– Alors, il y a eu une harmonisation territoriale
20:53des règles d'engagement sur les refus d'obtempéré.
20:58Avant, il n'y avait, ce n'était qu'en région parisienne,
21:02c'est-à-dire, il n'y avait qu'à Paris, en Petite Couronne,
21:06où les policiers pouvaient systématiquement engager la poursuite.
21:13Ce qui n'était pas le cas dans le reste de la France,
21:15parce que c'est l'organisation policière qui est faite ainsi,
21:18vous avez un préfet de police qui a une zone de compétence territoriale
21:22qui avait fait une note pour dire, vous pouvez systématiquement
21:26engager la poursuite, mais dans le reste de la France,
21:29qui est sous autorité de la place Beauvau,
21:32du directeur national de la sécurité publique,
21:35cette note-là n'avait pas été prise,
21:37on restait sur une note précédente
21:40qui, en fait, limitait les règles d'engagement des poursuites.
21:45Et donc ça, ça a été harmonisé, notamment par Bruno Retailleau,
21:48quand il est arrivé.
21:49Donc ça, c'est harmonisé.
21:50En revanche, ce qui reste toujours,
21:53c'est le flou juridique et l'absence de règles claires.
21:59C'est-à-dire que cette affaire de ce policier,
22:04même si à la fin des fins, 2, 3, 4, 5 ans, il est innocenté,
22:10et que donc la justice considère que son tir était légitime,
22:15quel policier aujourd'hui prendrait le risque d'ouvrir le feu
22:19sur un véhicule, sur une scène similaire ?
22:24Aucun policier n'a envie de traverser ce que le policier a traversé,
22:28d'avoir la mort d'un enfant sur la conscience,
22:32d'avoir derrière des émeutes partout dans le pays.
22:36Aucun policier n'a aujourd'hui envie de prendre ce risque-là.
22:41Et donc, d'une certaine manière, le mal est fait.
22:45– On rappelle que ce policier auteur du tir
22:48a été emprisonné 5 mois avant d'être relâché.
22:53Y a-t-il aujourd'hui une date de procès qui est fixée pour lui ?
22:57Y aura-t-il un procès ?
22:58– Y aura-t-il un procès ?
22:59C'est la question qui va arriver,
23:03puisqu'il y a eu une décision de la chambre de l'instruction
23:07de la cour d'appel de Versailles,
23:09qui requalifie les faits en coup mortais,
23:15c'est-à-dire en violence ayant entraîné la mort
23:17sans intention de la donner.
23:18Elle abandonne le caractère intentionnel de l'homicide.
23:25Mais pour cette juridiction,
23:27les policiers n'ont pas agi dans le cadre de la légitime défense
23:31ou non plus dans le cadre des règles
23:36leur permettant d'ouvrir le feu sur des véhicules en fuite.
23:38Et donc, il est renvoyé, pardon, le policier qui a tiré
23:44devant une cour criminelle départementale.
23:47Le policier a fait un pourvoi en cassation
23:49et la chambre criminelle de la cour de cassation
23:51doit se prononcer à la fois sur la qualification des faits,
23:54homicide volontaire ou coup mortel,
23:57et sur le fait que, est-ce qu'il rentre dans la légitime défense ?
24:04Oui ou non.
24:05S'ils ne rentrent pas dans la légitime défense,
24:07eh bien, ils seront renvoyés devant une juridiction de jugement.
24:10Cette date d'audience devant la chambre criminelle
24:13de la cour de cassation n'a pas encore été fixée.
24:17Dernier recours, William Moliné,
24:18c'est donc le titre de votre ouvrage.
24:21Très belle enquête, donc, sur l'affaire Naël,
24:24à retrouver sur la boutique de TV Liberté.
24:26Merci, monsieur.
24:27Merci à vous.
24:27Merci.
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