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  • il y a 12 minutes
Plus de cinq ans après la mort de Samuel Paty, le réalisateur Vincent Garenq présente le long-métrage l'Abandon, chronique des onze jours qui ont séparé l'assassinat de Samuel Paty et le moment où il a montré, en classe de 4e, deux caricatures de Mahomet tirées du journal Charlie Hebdo. Un film très attendu, projeté ce mercredi soir à Cannes, hors compétition. La sœur de Samuel Paty, Mickaëlle Paty a été consultante sur le film, elle est l'invitée d'Olivier Boy dans RTL Matin.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Olivier Boy du 14 mai 2026.

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Transcription
00:002 sur RTL.
00:00RTL Matin, Olivier Bois.
00:03Et l'invité d'RTL Matin est la sœur de Samuel Paty,
00:06Mickaël Paty. Bonjour madame.
00:08Bonjour à vous.
00:09Vous êtes à Cannes en direct avec nous ce matin.
00:12Hier soir le festival a vécu le premier moment très attendu,
00:15la projection hors compétition du film
00:17L'Abandon qui retrace les 11 derniers jours
00:20de la vie de votre frère Samuel Paty,
00:22professeur d'histoire à Conflans-Saint-Honorin.
00:24Ces jours entre secours sur la liberté d'expression
00:27pendant lesquels sont montrées les caricatures de Mahomet,
00:29jusqu'à son assassinat le 16 octobre 2020
00:32par un terroriste islamiste.
00:35Et tout cela après avoir été l'objet d'une campagne de haine
00:38et de diffamation sur Internet.
00:40Mickaël Paty, vous avez vécu hier effectivement cette projection
00:43dans la grande salle de Cannes,
00:442000 spectateurs qui se sont levés pour applaudir le film.
00:48Quel a été votre sentiment à la fin de ce film
00:52quand vous avez vu tous ces gens, tous ces spectateurs se lever ?
00:56Alors moi personnellement,
00:57comme à chaque fois que j'ai pu voir le film,
00:59de toute façon, les derniers instants
01:01où on voit que finalement le destin inéluctable de mon frère arrive,
01:07c'est déjà difficile pour moi de me dire que finalement
01:12rien n'a permis d'éviter cet attentat.
01:15Et après que hier, la salle soit debout,
01:21applaudisse pendant le long générique de fin,
01:24c'était un petit peu une sorte de consécration
01:27à se dire que je ne me bats pas
01:30et je dirais également les producteurs,
01:33le réalisateur, les acteurs,
01:35on n'a pas fait tout ça pour rien en fait.
01:39Donc c'était un moment qui nous a tous beaucoup touchés.
01:42Les spectateurs qui se lèvent hier à Cannes
01:46ou ailleurs dans les salles,
01:47vous rencontrez après le film,
01:49quand ils applaudissent,
01:50ils applaudissent aussi votre frère ?
01:52Est-ce que vous le pensez ?
01:54Moi, j'en suis convaincue.
01:56C'est à ce moment-là
01:56où tout le monde, en fin de compte,
02:00reconnaît quelque part l'injustice
02:03de mon frère avec ses victimes.
02:05Qu'il soit mort,
02:07je le résume assez facilement,
02:08pour rien.
02:10Et donc, ces moments-là,
02:13oui, quelque part,
02:14on est tous en train de l'invoquer.
02:16C'est le vrai visage de Samuel Paty
02:18que vous montrez dans ce film,
02:20effectivement,
02:20entre son dramatique assassinat en 2020
02:23et aujourd'hui,
02:24il y a eu des procès,
02:25on a beaucoup parlé de ce qui s'est passé,
02:27mais c'est aussi ce professeur
02:29qui est présenté hier.
02:31Et c'est pour moi, dans ce film.
02:34Oui, je suis parfaitement d'accord.
02:35D'ailleurs, quand j'ai rencontré l'acteur,
02:37Antoine Reinhardt,
02:39qui joue le rôle de Samuel,
02:43je vous avoue,
02:43lui a ordonné très, très peu de directives
02:45et lui a laissé une grande liberté
02:47parce qu'en fait,
02:49avant tout,
02:49d'interpréter mon frère,
02:52son histoire,
02:53en fait,
02:54il interprète le rôle d'un professeur,
02:56je dirais,
02:57tout le monde,
02:57assez banal.
02:58Et je pense qu'il y a plein de professeurs
03:01qui pourraient se reconnaître
03:03dans cette manière d'enseigner, en fait.
03:05Et vous avez l'impression
03:07que l'objectif est atteint ?
03:08Vous avez beaucoup parlé,
03:09d'ailleurs,
03:10à l'acteur,
03:11Antoine Reinhardt,
03:11sur la manière de préparer le rôle,
03:14d'incarner votre frère ?
03:16Alors,
03:17dans nos échanges,
03:18j'ai eu quelques,
03:19je dirais,
03:20quelques petites notions
03:21qui étaient presque,
03:23à mes yeux,
03:26indispensables
03:26pour le représenter,
03:28mais je ne voulais pas
03:29qu'il soit dans une forme
03:30de mimétisme.
03:32Néanmoins,
03:32ce qui s'est passé,
03:33c'est que,
03:34dans l'écriture du scénario
03:37auquel j'ai participé,
03:38donc,
03:39avec Vincent Garinck,
03:41on a mis du Samuel partout.
03:43Et je pense que,
03:45donc,
03:46l'acteur a eu l'intelligence
03:47de s'approprier totalement,
03:50en fin de compte,
03:51le personnage.
03:52Parce qu'on le rappelle,
03:53c'est vraiment ce qu'on voit
03:54dans ce film,
03:54c'est un mensonge
03:55qui a déclenché
03:56cette vague de haine
03:57contre votre frère Samuel Paty.
03:59Une élève,
03:59on le rappelle qu'a dit
04:01qu'il avait exclu
04:01les élèves musulmans,
04:02qu'il les avait humiliés
04:04au moment de montrer
04:04ses caricatures de Mahomet.
04:06C'est exactement le contraire
04:07qu'on voit dans ce film.
04:08Précisément,
04:09votre frère,
04:09il avait été très prévenant,
04:11il savait que c'était
04:12un sujet sensible,
04:13il voulait accompagner
04:13au mieux les élèves.
04:15Ça aussi,
04:15c'est la vérité
04:16d'un homme,
04:17d'un enseignant
04:18qui était proche
04:18de ses élèves,
04:19qui est livré dans ce film.
04:22Ben oui,
04:22en fait,
04:22ce film est un peu là,
04:24tout de même,
04:26pour réhabiliter
04:29son intégrité,
04:29d'homme,
04:30de professeur
04:31que mon frère pouvait être
04:32et que dans ses salles
04:34de classe,
04:35il a simplement essayé
04:36de faire cohabiter
04:37en fin de compte
04:38nos principes,
04:40c'est-à-dire la laïcité
04:41qui est également
04:42en fin de compte
04:44le fait de respecter
04:45la liberté de conscience
04:46des uns et des autres.
04:47Et qu'est-ce qu'ils vous disent
04:48les spectateurs ?
04:49Peut-être hier soir,
04:50avez-vous eu des spectateurs,
04:52des gens qui sont venus
04:53vous voir,
04:53vous saluer ?
04:54Quels sont les mots
04:55que vous retrouvez
04:55dans les spectateurs
04:56qui découvrent ce film,
04:57l'abandon ?
04:58Eh ben,
04:59en fin de compte,
05:00ce qui peut paraître étonnant,
05:02mais il y a une forme
05:03de sidération
05:04après avoir vu ce film
05:06qui fait que
05:07la plupart des spectateurs
05:09sont presque
05:10en manque de mots.
05:11et je dirais que
05:14c'était peut-être...
05:15Les gens sont venus me voir
05:17et ont exprimé
05:18une sorte de silence
05:20je pense qu'ils en disaient
05:22beaucoup plus long
05:22qu'une grande phrase.
05:24On est assez effaré
05:25par la solitude
05:27qu'on découvre,
05:28je crois,
05:29l'avoir perçu
05:29de votre frère
05:30tout au long
05:31de ces 11 jours,
05:32d'où le titre d'ailleurs
05:33l'abandon.
05:34Il a été abandonné
05:36par qui,
05:36votre frère ?
05:37Si vous deviez
05:37nous le résumer ce matin,
05:39votre conviction.
05:40Alors, ma conviction
05:41en fait,
05:43c'est que c'est plutôt
05:43une somme
05:44de renoncements,
05:46de lâchetés,
05:47de renoncements
05:47qui quelque part
05:48ont fait système
05:49et qui créent
05:51quelque part
05:52cet abandon
05:54qui est donc
05:55effectivement
05:56le titre du film
05:57qui vient de sortir.
05:58Vous,
05:59vous ne supportez pas
05:59d'entendre dire
06:01on ne pouvait pas
06:02anticiper
06:02un tel drame,
06:04un tel assassinat,
06:05une telle violence ?
06:06Vous ne pouvez pas
06:06l'entendre ça ?
06:07Non,
06:08je ne peux pas l'entendre
06:09parce que
06:10les faits
06:11ne sont pourtant
06:12pas tant.
06:13Depuis le début
06:14des années 2000,
06:15Jean-Pierre Aubin
06:16avait dénoncé
06:18justement
06:18les risques,
06:20les menaces
06:20qui étaient
06:22envers les enseignants.
06:24Ensuite,
06:24en 2015,
06:26il y avait
06:27Al-Qaïda
06:27qui avait
06:28officiellement
06:29dans un journal
06:31islamiste
06:32lancé
06:33à appeler,
06:35je dirais même
06:35à tuer
06:36des enseignants
06:37les traitants
06:38de mécréants
06:39et qui...
06:41Donc,
06:41pour moi,
06:42en fin de compte,
06:43le ciel était sombre
06:44et qu'on a refusé
06:46de voir
06:47qu'en France,
06:48un enseignant
06:49pouvait mourir
06:50pour un simple cours.
06:52Vous nous avez dit
06:53que vous vouliez
06:54montrer effectivement
06:55et que c'était réussi
06:56de ce point de vue-là
06:56le vrai visage
06:57de votre frère.
06:58Vous avez aussi
06:59un autre objectif
07:00que ce film serve
07:02maintenant,
07:02qu'il soit montré
07:03par exemple
07:04dans les écoles.
07:05Pour quelles raisons ?
07:08Ce film,
07:08je dirais
07:09a un pouvoir
07:10éducatif
07:12patent.
07:13Que ça soit
07:14envers les enseignants
07:15qui pourraient
07:16l'utiliser
07:16comme support
07:18pour expliquer
07:19à leurs élèves
07:20ce qui s'est passé.
07:21Les minutes de silence
07:22sont devenues
07:23un petit peu obsolètes
07:24puisqu'on n'explique pas
07:26forcément
07:27tout le déroulé.
07:28Ce qui est arrivé
07:29à mon frère,
07:29c'est une histoire
07:30quelque part
07:31un peu complexe.
07:32Moi,
07:33j'en suis convaincue.
07:34Nous avons sollicité
07:35en ce sens
07:36M. Édouard Geoffray.
07:37Je vous avoue
07:38qu'il n'était pas là
07:39hier au visionnage.
07:41Néanmoins,
07:41il a vu le film.
07:43Maintenant,
07:43je dirais
07:44que tout reste
07:44entre ses mains.
07:45Vous auriez aimé
07:45qu'il soit là,
07:46le ministre de l'Éducation nationale
07:47hier soir ?
07:48Oui,
07:49j'aurais voulu.
07:50Ça aurait eu sens.
07:51Étant donné
07:52qu'il y avait
07:53un autre ministre
07:53qui était présent hier.
07:54Mais qu'est-ce que vous
07:55dites ?
07:56Ça veut dire
07:56que c'est une forme
07:58là encore
07:59de prise de conscience
08:00qui n'est pas tout à fait là
08:01quand vous voyez
08:01l'absence du ministre
08:02de l'Éducation
08:02hier soir ?
08:03Oui,
08:04en fait,
08:06on a encore
08:07à mettre
08:07la poussière
08:08sous le tapis.
08:10Ils ont
08:11la plupart du temps
08:12les ministres
08:13conscience
08:15des mots
08:15qui touchent
08:16notre société
08:17et pour autant
08:18ils ne s'en emparent
08:19pas à la hauteur
08:20où on aimerait
08:22tous en fait.
08:23Alors justement,
08:23il y a un projet
08:24dont on parle régulièrement,
08:25c'est la panthéonisation
08:26de votre frère
08:27Samuel Paty.
08:28Est-ce que vous,
08:29vous l'appelez de vos voeux
08:30justement pour que cette
08:31prise de conscience,
08:31elle aille jusque-là ?
08:33Que Samuel Paty
08:34soit à cet endroit
08:35au Panthéon
08:37pour symboliser
08:37la lutte
08:38qu'il a incarnée,
08:39le message
08:40qu'il voulait faire passer ?
08:41Alors,
08:42ça rejoint un peu
08:44le fonctionnement
08:44des hommages
08:46qui sont arrivés
08:47un petit peu
08:47à obsolescence
08:48parce qu'elles ont
08:49une vertu symbolique
08:51mais en termes
08:52de pratiques
08:53sur le terrain
08:53ce sont un petit peu
08:54minimisées.
08:55Mais je vous avoue
08:56que si la décision
08:59de M. le Président
09:00serait en ce sens,
09:03je reconnaîtrai
09:04que ça serait tout de même
09:04une avancée
09:05puisque c'est un vœu.
09:07Vous lui demandez
09:08ce matin
09:10si M. Macron
09:12veut bien se positionner
09:14sur ce sujet
09:15avant cet été,
09:16je pense que ça serait
09:17un geste important
09:18pour nos enseignants
09:19qui eux veulent vraiment
09:20que mon frère
09:21rentre au Panthéon.
09:22Un dernier mot avec vous,
09:23je crois qu'il y a une scène
09:24qui compte beaucoup
09:24dans le film,
09:25c'est le moment où
09:26est lu le message
09:28d'une élève
09:29de Samuel
09:29qui est lu
09:30au moment d'un hommage.
09:31Pourquoi il est si important
09:32ce moment
09:33et si important
09:34qu'il soit dans le film ?
09:36Parce que ce moment
09:39vous savez
09:40juste après l'attentat
09:41de mon frère
09:41on est parfois
09:42un peu noyé
09:43dans des méandres
09:44où il y a
09:44beaucoup de zones
09:46qui sont dures,
09:48qui sont sombres
09:49et de recevoir
09:51peu de temps
09:52après son attentat
09:53un écrit
09:54d'une élève
09:56de troisième
09:56qui avait vu mon frère
09:57l'année précédente,
09:59elle était là
10:01pour venir
10:02expliquer quelque part
10:02presque à tout le monde
10:04qui était mon frère
10:05et c'est pour ça
10:06que c'est à la fin
10:07et elle a vu le film
10:09et ce qui a été
10:10très très très touchant
10:11de sa part
10:12c'est qu'elle a été
10:12voir l'acteur
10:13qui joue Samuel
10:14et qu'elle lui a dit
10:16ah ouais
10:17vraiment vous lui ressemblez.
10:19Merci beaucoup
10:20Michael Paty
10:21d'avoir été avec nous
10:22ce matin sur RTL
10:23depuis Cannes justement
10:24puisqu'il y a eu
10:25la projection hier soir
10:26de ce film
10:26l'abandon
10:28sur l'histoire
10:29et la mort
10:30de votre frère
10:30Samuel Paty
10:31film d'ailleurs
10:31qui est sorti en salle
10:32aux quatre coins
10:33du pays
10:34dès hier
10:35et puis on remercie
10:35évidemment Stéphane Boutsoc
10:36qui t'esprit
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