- il y a 3 mois
Avec Bruno CLAVIER, psychanalyste et psychologue clinicien
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00:00Nous sommes avec Aurélie maintenant. Merci d'être avec nous. Aurélie, bonjour.
00:04Bonjour Brigitte et bonjour Bruno.
00:06Bonjour.
00:07Alors justement, c'est votre oncle qui a abusé de vous, donc on est bien dans l'inceste.
00:13Dès que c'est un membre de sa famille, on parle d'inceste.
00:16Même sans lien de sang, on rappelle.
00:19C'est-à-dire que si c'est le frère de ma tante, c'est un inceste.
00:24C'est ça.
00:25D'accord.
00:26Pas le frère, excusez-moi, j'ai une bêtise.
00:27C'est le mari.
00:28Le conjoint, excusez-moi.
00:29Le mari, excusez-moi, en plus moi j'avais compris.
00:33Il y a un petit bug.
00:33Donc si c'est le conjoint de la tante, c'est bien un inceste, même s'il n'y a
00:37pas de lien de sang.
00:38Voilà, le lien de sang, ce serait avec votre tante, mais pas...
00:41Pas avec l'oncle.
00:43Donc c'est par alliance.
00:44Par alliance, c'est juridique.
00:46C'est-à-dire que c'est une définition juridique de l'inceste.
00:49Et même si c'est le concubin, heureusement maintenant que la loi est comme ça,
00:53il n'y a même pas besoin d'être marié.
00:55Dès qu'il est concubin de la tante, par exemple, c'est un inceste.
01:01Voilà.
01:02C'est important de toujours bien rappeler...
01:04Et c'est pour ça que c'est important, parce qu'un inceste, c'est encore plus violent
01:10qu'un abus sexuel par un inconnu ou par quelqu'un pour un ami de la famille.
01:16Un ami de la famille, ce n'est pas terrible,
01:18mais un inconnu, on va dire, c'est moins impactant que votre oncle, par exemple, Aurélie.
01:25Parce que, justement, c'est quelqu'un de votre famille,
01:27donc c'est quelqu'un qui, a priori, doit vous faire du bien.
01:32Oui, et puis c'est surtout tout ce qui est lié, après, au viol en lui-même.
01:36C'est à 8 ans, je veux dire, je n'ai pas fait l'acteur studio,
01:39mais ce qui va en découdre de ça pendant des années,
01:41puisque j'ai gardé le silence jusqu'à mes 17 ans,
01:44c'est tenir le sourire au repas de famille,
01:47ne jamais montrer qu'il y a quelque chose.
01:50Je veux dire, c'est tenir mon oncle et tout le système qu'il y a derrière de la famille.
01:54Et ça, c'est très dur pour un enfant qui a été violé, abusé,
01:59de rester dans un schéma comme s'il ne s'était rien passé à la vue des autres.
02:03Oui, et je suppose que, comme le disait Catherine il y a un instant,
02:07il vous avait dit de vous taire, parce que sinon, il vous a menacé, je suppose.
02:13Oui, oui, à chaque fois.
02:14C'était toujours des menaces.
02:17Et moi, ce n'était pas des menaces vis-à-vis de moi,
02:19c'était toujours de m'en prendre à ma mère.
02:23Toujours, si tu fais ça, je ferais la même chose à ta mère, voire pire.
02:29Ma mère, vu qu'on était toutes les deux, puisque mes parents étaient séparés,
02:32ça n'allait pas toucher à ma mère.
02:35Vous avez protégé votre maman, oui.
02:37Excusez-moi, c'était un oncle maternel ou paternel ?
02:41Non, c'était le frère de mon père.
02:43C'est ça, donc un oncle paternel.
02:45Oui.
02:46D'accord.
02:48Il avait fait des avances à ma mère déjà à l'époque,
02:51alors qu'elle était en couple avec mon père.
02:53C'est ça.
02:55Il y avait déjà quelque chose.
02:58Oui, et votre mère était donc restée en relation avec cet oncle,
03:03malgré qu'elle était séparée du père, de votre père.
03:07Alors, ils ne sont pas restés en relation, c'était surtout qu'il y a des moments où mon oncle
03:12se proposait de me garder,
03:15comme mes grands-parents, parce que mon père, j'avais un père plutôt absent.
03:20Donc, je suis allée chez cet oncle-là sans que ma mère ait suspicion de quoi que ce soit.
03:26Et bon, à chaque fois, c'était...
03:28Surtout que ce qui est...
03:29Enfin, on n'en a jamais parlé de ça.
03:31Je n'en ai jamais parlé non plus.
03:33Et ce qui est drôle, c'est que cet homme avait comme une mécanique de faire les choses.
03:37Parce qu'à chaque fois que j'allais chez lui, c'était toujours de la même manière.
03:40Il y avait toujours le même rituel.
03:44Et c'était toujours la même chose.
03:45On commençait par aller...
03:46À l'époque, j'habite à Paris, donc on allait à la Cour boulevard.
03:49Après, il y avait le restaurant.
03:51Puis, on rentrait.
03:52Et nous coucher comme une enfant normale.
03:53Il revenait comme un prédateur, comme vraiment un pervers.
03:57Et c'était toujours dans le même sens du film.
04:01C'était toujours le même scénario.
04:04Ce qui est assez fréquent, d'ailleurs.
04:064 ans, vous avez subi le virus.
04:09Oui, de 8 à 12 ans.
04:124 ans, de 8 à 12 ans, vous voulez dire ?
04:14Oui, c'est ça.
04:17Et donc, vous avez été en surpoids, c'est ça ?
04:20Au moment de l'adolescence, j'imagine.
04:23Alors, j'ai commencé à prendre du poids.
04:25En effet, en fait, je suis devenue boulimique.
04:27Jeune, très très jeune.
04:29Je cachais déjà une quantité monstrueuse de nourriture dans ma chambre.
04:34Et ma mère, des fois, trouvait les sacs de nourriture.
04:36Je pense que c'était déjà des appels à l'aide.
04:39Je me crachais dessus dans la glace quand j'étais jeune.
04:41Et je m'arrachais les cheveux.
04:42Et je m'étais débauche quand j'étais toute seule.
04:44Et en grandissant, je suis tombée dans l'obésité morbide
04:46qui pesait 237 kilos pour 1m63, 4.
04:52Je me suis enfermée totalement.
04:53Je me suis murée totalement à l'intérieur de mon corps.
04:58Mais bon, aujourd'hui, j'ai perdu 165 kilos en tout.
05:02Donc, on peut s'en sortir malgré l'obésité de Paris.
05:05Oui, bien sûr.
05:08Quelle souffrance, quel parcours, encore une fois, difficile.
05:12Bien sûr, on l'entend à votre voix que ça va bien.
05:16Mais on entend aussi comment vous avez...
05:21Je ne sais pas si vous deviez vous détester et vous abîmer en mangeant pour...
05:28Enfin, on sait l'addiction.
05:30On sait ce que signifie l'addiction et quelle qu'elle soit.
05:34Alors, j'ai cette addiction-là et j'ai cette addiction à l'hygiène aussi.
05:38Parce que je me sentais sale.
05:39Et encore aujourd'hui, si vous venez chez moi, j'ai une hygiène de déodorants qui m'attendent d'avance
05:44et de gel douche parce que je ne supporte pas sentir mauvais.
05:46Je ne supporte pas être sale, sûrement.
05:49C'est quelque chose qui est resté l'hygiène.
05:51Je ne supporte pas ça.
05:52Oui, alors ça, c'est intéressant parce que ça voudrait dire que quelque part,
05:56il y a quelque chose de lui, de son odeur qui reste là.
06:00Oui, oui.
06:01Ah, c'est exactement ça.
06:03Pendant des années, alors désolé pour ce que j'ai à dire, si c'est un peu parcouru et un
06:06peu déplacé.
06:08Pendant des années, je pensais que ce qu'il avait mis en moi, par rapport à l'éjaculation,
06:13c'était resté à l'intérieur de moi.
06:15Ben oui.
06:16Je ne sais pas comment l'expliquer autrement, parce que c'est vraiment comme ça que je le voyais.
06:21Oui, c'est vraiment intéressant parce que c'est une sorte de symbolisation du fait qu'il était resté dans
06:26votre corps.
06:27Vous voyez ?
06:27Ah, totalement, oui.
06:28Et c'est pour ça que c'est comme ça que moi j'explique les scarifications à l'adolescence.
06:32Très souvent, c'est ça.
06:34C'est-à-dire, c'est se scarifier pour enlever l'abuseur de son corps.
06:38Puisqu'il est, vous l'avez très bien dit, puisqu'on pourrait vous dire, mais ça n'a pas de
06:42sens, le sperme n'est plus là.
06:44Mais pour vous, il est toujours là.
06:46Il est toujours dans votre corps.
06:47Ah oui, oui.
06:48C'est comme s'il mettait de lui en moi.
06:50Oui, c'est ça.
06:51Bien sûr.
06:52Et d'ailleurs, je pensais à ça parce qu'aujourd'hui, j'ai un petit-fils qui a 14 mois.
06:57Et je n'ai pas pu changer les couches de mon petit-fils jusqu'à le dernier travail que j
07:03'ai fait à l'entérarité.
07:05J'ai réussi à enlever cette peur-là.
07:07Mais même ma petite-sœur, quand j'étais jeune, quand je la gardais, je ne pouvais pas la laver.
07:11Ou surtout la laver parce qu'elle était nue et lui changer la couche, c'était impossible.
07:16Parce que j'avais l'impression de reproduire sur elle ce que j'avais vécu.
07:21Alors que pas du tout.
07:22Mais cette peur, cette phobie d'impulsion, je crois que ça s'appelle.
07:26Oui, exactement.
07:27Je l'ai gardée jusqu'à pas longtemps.
07:29Voilà, parce que dans ce cas-là, vous vous prêchez pour ma chapelle.
07:33C'est-à-dire que c'est quand même bien les thérapies.
07:35Les thérapies, ça aide quand même.
07:37Vous voyez, dans ce cas-là, c'est...
07:38Parce que vous l'avez très bien dit, tant qu'il n'y a pas la thérapie, ça reste vraiment
07:42tel quel.
07:44Ah oui, oui.
07:45Je veux dire, j'ai écouté ce que vous disiez tout à l'heure par rapport à Catherine.
07:49Il y a quelque chose aussi de très vrai, c'est la peur physiologique.
07:55Moi, aujourd'hui, je souffre, j'ai 40 ans, j'ai toujours de l'hypervigilance.
07:59Dès qu'il y a un bruit, je suis en alerte, je suis quelqu'un de nerveux.
08:04Dès que je ne maîtrise pas les choses, je suis toujours en sur-contrôle.
08:08Et cette peur, je sens qu'elle est physiologique au-delà du psychologique.
08:12Mon corps réagit avant même le danger.
08:14C'est-à-dire que ce sont vraiment, je l'ai dit tout à l'heure, des zones du cerveau
08:18qui vont être impactées.
08:20Bien sûr, on l'a prouvé d'ailleurs avec les militaires qui sont revenus du Vietnam.
08:28Le corps n'oublie jamais, quoi.
08:29C'est quelque chose...
08:31Alors, c'est vrai pour les militaires qui ont vécu des scènes de guerre et donc des peurs extrêmes.
08:38Mais c'est valable aussi pour les abus sexuels.
08:40C'est la même chose.
08:42Il faut imaginer, c'est comme si vous aviez une maison avec une sirène d'alarme et que la sirène
08:47d'alarme ne s'éteint jamais.
08:50Ou en tout cas, s'allume au moindre souffle.
08:52Oui, mais même elle est un peu là, quoi.
08:56Je dis ça parce que j'ai remarqué que beaucoup de gens abusés avaient des acouphènes.
09:00Attention, ça ne veut pas dire que parce qu'on a des acouphènes, on a été abusé, qu'on entend
09:03bien.
09:04Mais que ça fait partie de multiples symptômes.
09:06Comme s'il y avait une alarme dans l'oreille.
09:09Je pense que ça pourrait s'expliquer très bien physiologiquement.
09:12Moi, ce que j'ai envie de dire, grâce à votre témoignage Aurélie, et qui va parler peut-être à
09:17tout le monde.
09:18Quelqu'un qui a subi des abus sexuels ne respecte pas son corps, quelque part, à un moment donné.
09:23Il a perdu le respect de son corps.
09:27Parce qu'il l'avait avant.
09:28Oui, oui, mais j'entends bien.
09:30Bien sûr qu'il l'a perdu à cause des abus.
09:32Et ce que vous racontez Aurélie, c'est vraiment ça.
09:35Et bravo d'avoir repris les choses, si je puis dire, pour votre corps.
09:40Parce que c'est tellement important d'être bien dans son corps et de respecter son corps.
09:47Donc voilà, encore une chose importante à dire.
09:49Je peux rebondir pour ce que vous dites.
09:50Oui, bien sûr Aurélie.
09:51C'est qu'aujourd'hui, en toute honnêteté, je suis bien dans ma tête.
09:56Parce que j'ai beaucoup travaillé et je continue à le faire.
09:58Mais avec mon corps, la relation est encore très...
10:02Pas douloureuse parce que j'ai nettoyé ce côté-là.
10:04Mais c'est encore difficile.
10:05Le fait de s'accepter vraiment et de s'aimer.
10:09Je sais que j'ai la chance de 40 ans.
10:11Donc j'ai encore plus de 40 ans devant moi pour travailler cette relation.
10:14Mais ça reste très compliqué.
10:19Faites-vous confiance.
10:20Là, je vous dis quelque chose d'un peu spécial.
10:22Je ne me suis pas du tout caché.
10:23Je l'ai lu dans les livres.
10:24J'ai beaucoup été abusé moi-même.
10:27J'ai lu vos livres.
10:28Vous avez lu mon livre à part.
10:29Je suis bien content.
10:31Eh bien, c'est pour dire que vous avez très bien vu.
10:34Il y a plusieurs étapes.
10:35Et à un moment donné, dans les étapes, moi j'ai trouvé qu'une fois qu'on va mieux dans
10:39sa tête,
10:39après on apprend à s'aimer et ce n'est pas facile.
10:42Mais on y arrive un jour.
10:43Et on apprend même à aimer son corps, ce qui est spécial.
10:48Le problème, c'est que mon corps, il est...
10:51Enfin, quand on se voit, quand je me regarde, mon corps aujourd'hui, il a encore tous les traumatismes que
10:56j'ai vécu.
10:57Parce que j'ai gardé la peau.
10:58Là, je vais m'enlever la peau l'année prochaine.
11:01J'ai déjà rendez-vous à l'hôpital parce qu'il est temps que je le fasse.
11:03Parce que garder cette peau, c'est tout le temps que je me ramène en arrière.
11:05Parce que le surpoids a provoqué des problèmes de peau qui débordent.
11:13Chez moi, c'est partout.
11:14Oui, mais vous avez...
11:16Enfin, moi, on entend votre voix et je pense que vous allez y arriver.
11:19Vous êtes sur le chemin.
11:21C'est un chemin qui est long, mais continuez.
11:23Moi, je suis très, très heureux de vous entendre dire
11:26j'ai 40 ans et j'ai encore 40 ans devant moi.
11:29Parce que malheureusement, on est obligé de dire qu'il faut du temps dans ces thérapies-là.
11:33On ne peut pas y aller vite.
11:34Donc, c'est bien que les auditeurs vont vous entendre.
11:37Non, ce n'est pas grave.
11:38Ce qui est important, c'est d'avancer.
11:39Vous faites un petit pas après l'autre.
11:42Et chouette.
11:43Et merci parce que vous avez une voix qui donne espoir à tous ceux qui peuvent nous écouter.
11:49Merci beaucoup Aurélie.
11:50Merci.
11:50Merci.
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