- il y a 8 mois
Avec Jean-Charles BOUCHOUX, psychanalyste, psychothérapeute
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00:00Bonne chance à tous. Sarah est avec nous maintenant. Bonjour Sarah, merci de prendre la parole.
00:06Oui, bonjour Brigitte et bonjour Jean-Charles.
00:08Bonjour Sarah.
00:11Bonjour. Moi je vous appelle parce que je suis en couple depuis 11 ans avec mon chéri qui est en dépression depuis peut-être deux ans.
00:23Deux ans, oui.
00:24Peut-être même plus parce qu'il n'a jamais vraiment été heureux.
00:30Vous voulez dire que quand vous le rencontrez, c'est déjà quelqu'un qui est un peu déprimé ?
00:34Non, il était bien. Je m'en suis rendue compte au fur et à mesure des années.
00:41Et là, ça fait vraiment deux ans que son état se dégrade.
00:47Et il y a quelques jours, il m'a demandé de quitter la maison.
00:52J'habite chez lui, donc il m'a demandé de partir.
00:56On se sépare. Ce n'est pas la première fois qu'il me dit ça.
01:01Donc ça fait 11 ans en février qu'on est ensemble.
01:04Et la première fois qu'il m'a dit, c'était le lendemain de nos deux ans.
01:10Le soir, on avait préparé un petit repas en amoureux.
01:12Et le lendemain, en rentrant du travail, on n'a aucune raison.
01:16Quand vous étiez ensemble depuis deux ans, c'est bien ça.
01:18Oui, quand on est ensemble depuis deux ans, j'ai fait un petit repas pour fêter nos deux ans.
01:24Et le lendemain, en rentrant du travail, il m'a dit qu'on voulait qu'on arrête.
01:30Sarah, on entend votre mal-être et on comprend tout à fait.
01:34Et ce que je peux déjà vous dire, et je pense que c'est important que vous l'entendiez,
01:38les personnes qui ont un fond comme ça, très déprimé,
01:42on ne va pas parler forcément de dépression quand il s'était il y a neuf ans,
01:48c'est souvent des gens qui ne veulent pas le bonheur
01:51et qui sont capables, en effet, de quitter quelqu'un
01:54qui pourtant est quelqu'un de positif pour eux
01:56et quelqu'un qu'ils aiment même parfois.
01:59Donc ce qu'il faut que vous compreniez vraiment,
02:02c'est qu'à la limite, c'est peut-être même pas contre vous
02:04quand ils vous demandent de partir.
02:05Oui, mais malgré tout, Brigitte Lai, excusez-moi Sarah,
02:09que ce soit contre vous ou que ce soit pas contre vous,
02:11ça reste sadique quand même.
02:12Je vous fais du mal.
02:14Je vous fais du mal une première fois au bout de deux ans.
02:16Je pourrais m'être rendu compte que je me suis trompé et m'en excusé.
02:19Je vous refais du mal un petit peu plus tard.
02:20Et ça recommence aujourd'hui.
02:22Donc on a affaire à quelqu'un qui n'est pas bienveillant.
02:24C'est pas votre amie, Sarah, en fin de compte.
02:28Est-ce que vous êtes heureuse, Sarah ?
02:30Depuis deux ans, je suis heureuse quand ça va.
02:34Et je suis triste, je suis malheureuse quand ça va pas.
02:36Vous ne pouvez pas l'aider ?
02:38Alors médicalement, il faut qu'il soit aidé, ça c'est sûr,
02:42parce que c'est une maladie, la dépression.
02:43Mais vous, vous n'y êtes pour rien et vous ne pouvez rien faire.
02:48Oui, moi ça, j'ai accepté de ne plus pouvoir l'aider.
02:51Je m'occupe de moi, je fais plein de choses pour moi,
02:54je lâche pas mal de choses.
02:55Est-ce que ça vous met en difficulté financièrement d'être obligée de partir ?
03:01Non, je sais très bien que je m'en sortirai toute seule et que...
03:07Que vous en sortirez mieux même ?
03:09Peut-être, mais j'ai du mal à...
03:13Qu'est-ce qui vous fait le plus mal ?
03:14Dites-nous ce que vous ressentez justement,
03:16puisque c'est un peu notre sujet aujourd'hui.
03:18Qu'est-ce que vous ressentez ?
03:20Déjà, j'ai l'impression de vraiment perdre quelqu'un de...
03:26de vraiment merveilleux, en fait, quand ça se passe bien.
03:31Pour moi, j'ai l'impression que c'est l'homme de ma vie, quoi.
03:34Quand ça se passe bien ?
03:35C'est l'homme de votre vie à mi-temps.
03:37Oui.
03:38Et à mi-temps, c'est votre bourreau.
03:41Il y a un phénomène, vous savez, dans notre cerveau, Sarah,
03:44et on le voit bien dans les phénomènes,
03:47avec les personnes qui sont dans l'addiction,
03:50le cerveau a toujours envie de revenir au bon moment.
03:54Et il y a une sorte de nostalgie répétitive
03:58qui nous fait toujours oublier les moments qui ne sont pas bons.
04:02Et donc, votre cerveau, il vous joue un tour,
04:05parce qu'il vous laisse croire qu'à 90%, vous êtes heureuse,
04:08alors qu'en fait, vous êtes heureuse,
04:10je ne suis même pas sûre que ce soit à 50% de votre temps.
04:15Oui, et puis ça dépend de la volonté d'un tiers.
04:17Pierre, vous êtes quand même prise en otage dans sa dépression.
04:20Comment est-ce qu'il peut vous jeter un jour
04:22et le lendemain être l'homme idéal ?
04:24Après, il s'est déjà excusé d'être comme ça.
04:27Des fois, il revient vers moi et il me dit qu'il ne t'excuse.
04:30Il me dit qu'il ne le fait pas exprès,
04:31qu'il n'est pas bien, qu'il ne sait pas quoi faire.
04:34Mais qu'il aille voir un thérapeute.
04:35Est-ce qu'il va voir un thérapeute ?
04:37Oui, il est déjà allé quand il était petit,
04:40parce qu'il a eu pas mal de soucis à l'école.
04:43Visiblement, il serait temps qu'il y retourne.
04:45Il a des mauvais souvenirs par rapport à ça.
04:49Oui, mais Sarah, vous n'êtes pas son coaching ball ?
04:52Ça d'abord, et puis ensuite, Sarah, c'est vous le sujet.
04:55Et vous, est-ce que vous iriez voir un thérapeute ?
04:57Moi, j'ai vu souvent quelqu'un,
05:01et là, je vois quelqu'un aussi depuis six mois.
05:04D'accord.
05:05Vous avez quel âge, Sarah ?
05:0724 ans.
05:08Vous êtes jeune, vous avez toute la vie pour rencontrer quelqu'un de bien,
05:12quelqu'un qui vous mérite.
05:14Là, vous êtes dans une situation...
05:19Je me demande si quand vous l'avez rencontré,
05:21vous n'aviez pas un peu justement ce fameux syndrome de sauveur,
05:24encore une fois,
05:25et puis vous avez eu l'impression justement,
05:27parce que comme il était très gentil, etc., etc.,
05:31qu'au moins, il ne vous abandonnerait pas.
05:34Mais la preuve que ça ne marche pas,
05:37puisque là, il vous dit de partir.
05:38On en revient à ce qu'on a dit tout à l'heure.
05:40C'est bien, il y a un thème qui se dessine,
05:42en plus du thème que vous avez choisi,
05:43c'est l'ambivalence.
05:45C'est l'ambivalence.
05:46Sarah, encore quelqu'un de clivé,
05:48c'est où je t'aime, où je te hais.
05:50Mais on ne peut pas arriver à entendre
05:52que ce garçon n'est pas bon pour vous,
05:55il vous agresse, ce n'est pas votre ami.
05:57Après, il peut y avoir des moments sympas.
05:59Mais c'est toujours la même personne.
06:01Ce n'est pas un jour, je suis avec mon amoureux,
06:04et le jour d'après, je suis avec mon bourreau.
06:05C'est toujours le même.
06:06Il est bon et mauvais.
06:07C'est comme ça qu'il faut arriver à entendre.
06:09C'est ça l'ambivalence.
06:11Et à un moment donné,
06:12si vous voulez rester avec lui,
06:14il faut choisir d'accepter d'être maltraité.
06:18Et si vous ne voulez plus être maltraité,
06:20vous devez partir et prendre soin de vous.
06:23Si vous rencontrez le docteur Jekyll,
06:26vous êtes obligé d'épouser Mr Hyde.
06:28Et si vous voulez vous débarrasser de Mr Hyde,
06:30vous êtes obligé de perdre le docteur Jekyll.
06:32Il n'y a pas de solution intermédiaire.
06:34Sarah, franchement, je sais que c'est difficile,
06:37et je l'entends, votre souffrance.
06:39Mais il vaut mieux, je vous assure,
06:42c'est un petit peu quand on a,
06:43vous savez, un peu d'un abcès qui s'est beaucoup infecté.
06:48Il vaut mieux prendre le cutter,
06:49ouvrir l'abcès,
06:51enlever tout le pus,
06:53partir,
06:54et puis ça va se refermer proprement.
06:56Vous comprenez ?
06:57Là, vous allez souffrir à petit feu encore,
07:00je ne sais combien de temps.
07:01Soyez un tout petit peu courageuse.
07:04Je dis courageuse parce qu'en effet,
07:05votre cœur va souffrir.
07:06J'aime bien rappeler que le courage et le moqueur,
07:09c'est la même origine.
07:12Et puis, vous allez vraiment souffrir.
07:15Il va même certainement essayer de vous retrouver
07:17à un moment ou à un autre.
07:18Il ne faudra pas céder.
07:20Et puis, dans quelques temps,
07:22vous aurez fermé un peu la cicatrice
07:25et vous serez prête à rencontrer quelqu'un
07:27qui ne sera pas docteur Jekyll et Mr Hyde,
07:29qui sera juste docteur Jekyll et qui vous réparera.
07:32Et pour revenir sur notre sujet,
07:34si la vie vous pousse à vivre ça,
07:36c'est que vous avez une crise à vivre.
07:38Il faut la vivre idéalement sensoriellement
07:40et vous en ressortirez grandi.
07:43C'est-à-dire que c'est difficile à comprendre maintenant,
07:46mais ça, ce que je vais dire là,
07:47vous n'allez pas l'accepter,
07:48mais peut-être que dans un an,
07:49vous y repenserez, vous direz,
07:50oui, effectivement, c'est une chance.
07:52C'est une chance pour vous de vivre votre trauma
07:54et c'est une chance pour vous de vous reconstruire
07:57là où vous avez envie de vous reconstruire en mieux.
08:01Enfin, oui, soulagé en tout cas.
08:03Soulagé des traumas que vous aurez vécu.
08:04Je vais donner une formule
08:06qui vient de m'arriver grâce à vous, Sarah,
08:08et je la trouve très très juste.
08:10Dans une rupture,
08:12soit la personne qui nous quitte,
08:15c'est une mauvaise personne
08:16et donc il faut dire,
08:17youpi, je suis débarrassée,
08:21soit il nous quitte
08:22ou on le quitte
08:23parce que, de toute façon,
08:24la relation a fait son temps
08:26et donc il était temps de s'arrêter.
08:28C'est très très rare
08:29quand l'un des deux décide de partir,
08:32il faut essayer de retenir la relation.
08:34C'est qu'un jour il la quitte,
08:35un jour il la reprend.
08:36Mais oui.
08:36Voilà, c'est ça.
08:37C'est du sadisme.
08:38Excusez-moi, Sarah,
08:39je parle fort,
08:40mais c'est du sadisme.
08:41Je n'arrive pas, en fait,
08:42à partir comme ça
08:43et j'ai l'impression...
08:46Eh bien, il faut que vous alliez travailler
08:48en vous-même.
08:49Qu'est-ce qui vous empêche de partir ?
08:51Avec quoi ça fait quoi ?
08:52Avec quoi ça fait écho ?
08:54Qui est-ce que vous ne vouliez pas abandonner, petite ?
08:57Est-ce que c'est la peur d'être seule ?
08:58Est-ce que c'est la peur de...
09:00Non, ce n'est pas la peur d'être seule
09:01parce que j'aime beaucoup être seule
09:02et on a besoin de...
09:03Alors, est-ce que c'est parce que
09:04vous vous en voudriez de l'abandonner
09:06et à ce moment-là...
09:07Oui, c'est ça.
09:08Et bien, c'est parce que j'ai l'impression que...
09:11Je sais quand même qu'il m'aime, quoi,
09:13et qu'il ne le fait pas exprès,
09:15qu'il n'est pas bien.
09:16C'est vous le sujet de la relation.
09:17On s'en fout qu'il vous aime
09:19ou qu'il ne vous aime pas.
09:19Et d'ailleurs, il y a une façon de vous aimer
09:21qui laisse à désirer, quand même.
09:24Non, mais à ce moment-là,
09:25il faut que vous arriviez à trouver
09:27à quoi ça vous renvoie, cette...
09:31Je pense que ça me renvoie à mon père
09:34qui a été tout très malheureux.
09:37Je fais souvent rencontre lui et mon père
09:39et qui a toujours été malheureux.
09:41Très bien.
09:42Ça, c'est une vraie piste.
09:44Vous voulez sauver papa.
09:45Voilà.
09:45C'est que la petite fille qui est en vous,
09:47elle n'a pas pu sauver papa
09:49et vous voulez réparer la petite fille
09:51qui est en vous en essayant de sauver cet homme.
09:53Mais la petite fille qui est en vous,
09:54il faut la réparer autrement.
09:56Oui.
09:56C'est-à-dire que la petite fille qui est en vous,
09:58il faut qu'elle comprenne
09:58qu'elle ne pouvait rien faire.
10:00elle n'était pas lâche,
10:02elle était impuissante.
10:04Et qu'à vouloir sauver papa,
10:05on perd son temps.
10:07Il se débrouille, papa.
10:08Et s'il n'en est pas capable,
10:09il va voir un thérapeute.
10:11Il va se faire aider.
10:12C'est pas une petite fille.
10:13Sinon, la petite fille,
10:14elle est parentifiée, quoi.
10:16C'est-à-dire rendue parent.
10:17Comprenez ?
10:18Parent de son parent.
10:19Allez travailler ça avec quelqu'un
10:20et ça va vous permettre de vous libérer.
10:23Merci, Sarah.
10:24On fait une petite pause
10:25et c'est Véronique qu'on retrouve dans un instant
10:28et qui doit prendre aussi une décision
10:29difficile.
10:30Mais avec Jean-Charles Bouchoux
10:31qui vous bouscule,
10:32vous allez pouvoir y arriver.
10:33Merci.
10:34Merci.
10:34Merci.
10:34Merci.
10:35Merci.
10:35Merci.
10:35Merci.
10:35Merci.
10:35Merci.
10:35Merci.
10:35Merci.
10:35Merci.
10:35Merci.
10:35Merci.
10:36Merci.
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