00:01Bonjour Jacques Lemoisson, merci de nous accompagner depuis Genève, fondateur de Gay Capital Management.
00:05Avec vous dans un instant, on va revenir sur cette réunion très attendue en milieu de semaine
00:09avec cette rencontre historique entre Donald Trump et Xi Jinping.
00:15En attendant, sur les marchés américains, vendredi tout allait bien.
00:18Plus 4,6% sur l'ensemble de la semaine pour le Nasdaq Composite,
00:22sixième semaine consécutive dans le vert, plus haut pour le S&P 500 également.
00:27avec l'intelligence artificielle qui tire encore et toujours les indices américains.
00:32Bonjour Étienne, merci de me recevoir.
00:35Je dirais qu'il y a quelques petites choses qui sont intéressantes à noter sur vendredi.
00:40On a eu principalement les actions qui étaient en hausse, également finissant une belle semaine.
00:45On a eu la volatilité aussi qui a fini en hausse et toutes les commodities, matières premières, ont fini en
00:50hausse également.
00:51C'est pour ça que je parle dans ma note le Global Macro Insight de « bunker market ».
00:58C'est-à-dire qu'on a des marchés qui sont sur les plus hauts, mais c'est un peu
01:01un faux mot, un « fear of missing out » sous anxiolytique.
01:05En gros, les gens achètent le marché parce qu'ils n'ont pas le choix et il y a des
01:09indicateurs techniques qui ont été cassés,
01:11mais en même temps, il y a un achat de protection qui commence à arriver.
01:16Comment aujourd'hui, cette rencontre Trump-XI peut changer un petit peu la vision de ces marchés ?
01:22Comment vous percevez, vous, cette réunion qui va se tenir ?
01:26Pour moi, la rencontre Xi Jinping, ce n'est pas seulement un sommet diplomatique.
01:30C'est un test de réalité entre une Amérique qui price le marché, encore, on le voit encore dans les
01:35marchés,
01:35et une Chine qui le fabrique, en fait.
01:38Trump arrive avec Wall Street, le dollar, les sanctions, les menaces tarifaires et une promesse d'un deal, en tout
01:45cas avec l'Iran.
01:46Xi arrive avec les robots, les batteries, les terres rares, les ports, les réseaux électriques, les capacités industrielles, les chaînes
01:53d'approvisionnement.
01:54Donc, en fait, pour moi, le vrai découplage, ce n'est pas entre États-Unis et Chine.
01:58Le vrai découplage, c'est entre les marchés occidentaux et la réalité physique.
02:01Il y a d'un côté Wall Street qui price une histoire et Pékin qui industrialise une trajectoire, en fait.
02:07Et en ce qui concerne l'Iran, on voit aussi que le marché anticipe très clairement une désescalade depuis des
02:12semaines.
02:13Encore, ce week-end, Donald Trump a fait un tweet en majuscule en disant que l'Iran n'était pas
02:17gentil.
02:18Bon, le marché pétrolier, ce matin, prend quatre, que ce soit sur le WTI, mais également sur le pétrole.
02:22Mais là, sur les futurs Américains, ça ne bronche pas à Wall Street.
02:26Non, non, tout à fait. Mais c'est pour ça que c'est intéressant.
02:28On a cette dichotomie entre un marché qui price la paix comme un enfant qui price Noël, en fait.
02:33Il y a beaucoup d'émotions et pas de due diligence.
02:35Et puis Hormuz, ce n'est pas une headline, c'est une artère physique.
02:38Donc, en fait, les tankers ne passent pas parce qu'un algorithme a lu d'île possible.
02:43Le pétrole ne traite pas les intentions, il traite les navires, les assurances, les missiles, les raffineries, les détroits et
02:50les primes de risque.
02:51Les actions pricent le récit pour l'instant.
02:53Et à un moment, il va y avoir un recouplage.
02:55Avec un rapport de force qui est toujours très fort entre l'Iran et les États-Unis.
03:00Un rapport de force qui est sûrement plus important qu'à ce qu'ait anticipé le marché au début du
03:05mois de mars.
03:06Oui, nous, on le symbolise avec les quatre M, en fait.
03:09Donc, il y a M comme munition.
03:11Donc, évidemment, on a vu que les États-Unis et même une partie, parfois, Israël, avaient été en manque de
03:17munition.
03:18Monnaie, chaque jour, coûte énormément cher aux États-Unis, bien sûr, à l'Iran aussi.
03:24Et les treasuries et le dix-sit américain ne sont pas vraiment à la fête, on va dire.
03:29Il y a les mid-terms, également.
03:31Et il y a UMBS qui, à une seule annonce, a décrété que l'Arabie saoudite ne serait pas le
03:39porte-avions des États-Unis.
03:41Il a changé d'avis parce qu'il y a un énorme accord sur les livraisons d'armes.
03:44Mais, in fine, le projet Freedom de Trump est tombé à l'eau juste parce que MBS a dit non.
03:51Donc, les Iraniens ont le temps, les Américains n'ont pas le temps.
03:54Et pendant ce temps, on a, sur le 30 ans américain, un taux qui flirte toujours avec les 5 %,
04:01et puis surtout le 10 ans américain qui est toujours à 4,4 %.
04:04Alors bon, on peut se dire, tant mieux, il n'y a pas de panique sur le marché obligataire.
04:07En attendant, la situation ne se détend pas sur les taux longs.
04:10Non, ça ne se détend pas.
04:11Et c'est ça qui nous inquiète le plus, en fait.
04:13C'est qu'à un moment, le marché obligataire peut commencer vraiment à s'énerver devant cette guerre qui n
04:18'en est pas une.
04:19Et il y a beaucoup de raisons pourquoi Trump ne parle pas de guerre.
04:22Sinon, il devrait retourner devant le Congrès.
04:25Et on a noté un truc intéressant.
04:27C'est Gunnlach, qui est l'un des grands traders et gérants de hedge funds obligataires aux États-Unis,
04:34a dit simplement, regardez pas seulement la duration, mais les États-Unis pourraient ne pas faire défaut sur la dette
04:41principale,
04:42mais réduire les coupons.
04:43C'est ce qu'il a avancé, c'est son mantra.
04:47Mais on commence à avoir des petites rhétoriques, en effet, où l'actif soi-disant sans risque que seraient les
04:54très jolis américains ne le sont plus.
04:58Nous, c'est ce qu'on considère.
04:59Ils ne le sont plus.
05:00Maintenant, le marché le price encore.
05:01C'est pour ça que le 10 ans tient encore à 4,40.
05:04Mais si on casse 4,45, 4,50, je pense que la rhétorique va changer.
05:08Avec des marchés américains qui, on l'a dit en préambule, sont encore et toujours tirés par l'intelligence artificielle.
05:14Si on enlève la performance de cette magnifique et de certaines de leurs liées aux semi-conducteurs,
05:18on n'est pas du tout sur des plus hauts historiques, notamment pour le S&P 500.
05:22Absolument.
05:23Mais c'est pour ça qu'en fait, l'IA, c'est intéressant, est vendu comme un logiciel à marge
05:28infinie.
05:30En fait, ça devient une industrie lourde qui consomme du capital, de l'électricité, du cuivre, du crédit, du refroidissement
05:37et de la patience.
05:38Et on voit en effet que tout l'énorme cash flow disponible des hyperscalers sont en train de fondre comme
05:45neige au soleil
05:46et que les CAPEX, en fait, sont en train de remplacer les buybacks et les rachats d'actions.
05:50Donc, on a un problème de multiple à terme qui va arriver si on n'a pas une monétisation de
05:55cette IA.
05:56Donc, pour nous, il ne faut pas shorter l'IA, il faut shorter la stupidité financière qui se colle dessus,
06:02en fait.
06:02Il nous reste deux minutes, Jacques Pamoisson.
06:04Mais aujourd'hui, comment vous, avec votre fonds chez Gai Capital Management, vous arrivez à vous positionner dans ce marché
06:09?
06:09Parce qu'il faut rester investi.
06:11Et en même temps, je comprends votre prudence, mais comment ça se traduit en termes d'allocations ?
06:16Alors, en termes d'allocations, moi, je préfère posséder les rails physiques de l'IA plutôt que les illusions financières.
06:24Donc, très clairement, on va chercher plutôt l'infrastructure, en fait, qui est liée à l'IA.
06:28La diversification, ce n'est pas une décoration.
06:32Donc, très clairement, nous, la Chine est également un axe de diversification énorme.
06:37On reste short sur les treasuries.
06:39On reste très long sur les commodities, sur les matières premières.
06:42Parce que, comme je le disais, Hormuz ne va pas se rouvrir parce que, je dirais, les algorithmes ont décidé
06:49que Trump avait dit que c'était ouvert.
06:51Et donc, c'est ouvert, c'est fermé, point final.
06:53Et on l'a vu, le PDG de Haynes a très clairement dit que les consommateurs américains commençaient à souffrir.
06:59On voit les chiffres de défauts commencer à monter aussi aux États-Unis.
07:02Donc, très clairement, pour nous, on a encore quelques, je dirais, lignes encore sur l'IA, mais l'infrastructure IA,
07:10sur les énergies vertes,
07:11beaucoup sur la Chine encore, l'action chinoise massivement, décarbonisation, AI, robotique en Chine.
07:17Et puis, par contre, on reste short sur les dettes étatiques.
07:21Et on est toujours long sur les commodities.
07:24Merci beaucoup, Jacques Lemoisson, nous a raccompagné ce matin depuis Genève, fondateur de Gay Capital Management.
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