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  • il y a 2 jours
La France est-elle entrée en économie de guerre ?

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00:04Et bienvenue comme chaque samedi matin dans les informés de l'écho, votre émission de débat de décryptage autour de
00:11l'actualité économique et sociale.
00:12Avec vous Emmanuel Cuny, bonjour.
00:14Bonjour à tous.
00:15Et avec nos deux informés aujourd'hui, Anne-Sophie Alcif, bonjour.
00:19Vous êtes professeur d'économie à la Sorbonne et chef économiste de BDO France.
00:23Je salue également Lionel Rago, bonjour.
00:25Bonjour, vous êtes membre du cercle des économistes et professeur à l'université Paris-Nanterre.
00:30Aujourd'hui, dans le contexte de guerre que nous connaissons au Moyen-Orient, Ukraine notamment, nous allons nous poser cette
00:37question.
00:38Emmanuel Cuny, la France est-elle entrée en économie de guerre ?
00:41Oui, parce qu'après cette guerre en Ukraine que vous citiez, le déclenchement des hostilités au Moyen-Orient,
00:47montre vraiment la nécessité pour les pays européens de se préparer au retour du risque de guerre,
00:53en tout cas, d'augmenter leurs dépenses de défense.
00:57En France, cette semaine, c'était jeudi précisément à l'Assemblée nationale.
01:00Les députés ont approuvé une nouvelle trajectoire des dépenses militaires jusqu'en 2030,
01:05en octroyant 36 milliards d'euros supplémentaires par rapport à ce qui est déjà prévu.
01:11On sera au total à 436 milliards d'ici la fin de la décennie.
01:15Une actualisation de la loi de programmation militaire avait été votée en 2023,
01:19mais évidemment, elle est déjà dépassée avec les différents conflits que l'on connaît.
01:24Donc 436 milliards au total d'ici 2030, avec des objectifs qu'a rappelé la ministre des Armées à l
01:30'Assemblée nationale, Catherine Vautrin.
01:32Accélérer le rehaussement des stocks de munitions.
01:35Accélérer les acquisitions d'équipements sur les segments prioritaires,
01:39notamment les drones, la lutte antidrone, la défense surface air, l'espace, la préparation opérationnelle.
01:48Adapter nos capacités aux évolutions des conflits,
01:51en prenant en compte les retours d'expériences récents provenant de l'Ukraine,
01:56comme du Proche et Moyen-Orient.
01:58La ministre des Armées, donc Catherine Vautrin, c'était cette semaine à l'Assemblée nationale.
02:02Donc question, effectivement, sommes-nous réellement entrés en économie de guerre ?
02:06Et si oui, comment la gérer au mieux avec, on le sait, des finances publiques qui ne sont pas vraiment
02:09excellentes ?
02:11Et puis surtout, quel impact pour les entreprises et les emplois ?
02:14Alors, Anne-Sophie Alcif, déjà peut-être, je sais que les économistes aiment bien ça,
02:17faisons peut-être un petit temps de définition.
02:19Est-ce que économie de guerre, ça a du sens, ce terme ?
02:23Et est-ce que ça s'applique à ce que nous devons vivre en France ?
02:27Non, économie de guerre, c'est, comme son nom l'indique, quand vous êtes en guerre,
02:31ce qui n'est aujourd'hui pas le cas de la France, pas le cas de l'Europe.
02:34Donc là, l'idée, c'est plutôt d'avoir un fléchage,
02:37un fort développement des investissements dans ce secteur de la défense,
02:40puisqu'on le sait, depuis des années, on n'a pas de défense européenne,
02:45donc on a des investissements qui ne sont pas du tout au niveau
02:47de ce que peuvent avoir nos partenaires européens ou extra-européens américains.
02:52Et avec la nouvelle position américaine, en effet, de défense qui est beaucoup moins incertaine,
02:57l'Europe doit se réarmer.
02:58Dans ce cadre-là, en effet, ce que l'on voit dans les chiffres,
03:02c'est beaucoup plus un choc d'investissement dans le secteur de la défense,
03:06avec les chiffres dont a parlé Emmanuel, qui n'est pas qu'en France.
03:10C'est également le cas en Allemagne, c'est le cas dans des pays du Sud.
03:13Donc, il y a vraiment une augmentation de l'investissement productif
03:17dans le secteur de la défense pour les prochaines années.
03:20Donc, c'est plutôt un choc d'investissement plutôt qu'une économie de guerre.
03:23Et toute l'économie, Lionel Rago, n'est donc pas tournée vers la guerre,
03:27c'est ça qu'on comprend.
03:27Comment on peut qualifier les choses ?
03:29Et surtout, est-ce qu'on est vraiment entré dans ce mouvement-là ?
03:33Non, non, je partage exactement ce que vient dire Anne-Sophie.
03:37On n'est absolument pas en économie de guerre.
03:39Une économie de guerre, c'est l'Ukraine.
03:40Ça veut dire quoi ?
03:41Ça veut dire que l'Ukraine, elle dépense 40% de son produit intérieur brut,
03:44de ses ressources, à son effort de guerre.
03:47Aujourd'hui, en France, on dépense 2,1%.
03:49Donc, on en est très loin.
03:5140%, c'est exactement le niveau des États-Unis en 1944.
03:55C'est pour vous montrer l'équivalent.
03:57Alors, comment on peut qualifier ce que nous vivons ?
03:59Justement, je pense qu'il y a les économies en guerre.
04:01Donc, c'est quand il y a une énorme mobilisation de la société, de l'économie.
04:04Vous avez des économies que je qualifierais de fortement militarisées.
04:09C'est la Russie.
04:10La Russie n'a pas basculé en économie de guerre.
04:12Elle est fortement militarisée.
04:13C'est 7,5% de son PIB qu'elle consacre à l'effort de guerre.
04:17Un pays équivalent, c'est Israël.
04:19C'est 6% du PIB.
04:20Nous, vous voyez, on était, avant la guerre en Ukraine,
04:24on était à entre 1,5 et 2%.
04:27C'était 1,8 pour la France.
04:29Ce qui était très faible.
04:30On parlait des dividendes de la paix.
04:32Donc, qu'est-ce qu'on vit aujourd'hui ?
04:34Je pense que c'est plutôt une remilitarisation dissuasive.
04:38C'est-à-dire qu'il faut se remettre à un certain niveau
04:41pour dissuader la Russie de vouloir aller plus loin dans son impérialisme.
04:45La remilitarisation de l'économie.
04:47Donc, voilà un terme qu'on apprend ce matin, effectivement,
04:50dans les informés de l'éco.
04:51Emmanuel Cuny, la question qui se pose quand même,
04:53c'est que tout ça, ça coûte de l'argent.
04:55Et donc, il y a un sujet budgétaire, évidemment.
04:57Oui, alors le problème, c'est qu'on ne sait pas combien de temps
04:59ces hostilités vont durer, que ce soit en Ukraine,
05:02avec l'évolution de la position russe,
05:04et puis, bien sûr, le conflit au Moyen-Orient, grosse incertitude.
05:08Une chose est sûre, on ne va pas regarnir du jour au lendemain
05:11nos forces, que ce soit terrestres, aériennes, etc.
05:14Et un seul exemple, vraiment parlant, qui a été cité au début de la guerre
05:18en Ukraine, il y a quelques années, par le journaliste spécialiste
05:21des questions militaires, Jean-Dominique Merchet,
05:23en cas de conflit de haute intensité, donc vraiment le gros bazar,
05:28les forces françaises ne pourraient pas tenir un front plus long
05:31que 80 kilomètres.
05:33Ça veut dire que c'est rien du tout, avec bien sûr un chiffre
05:38qui n'est pas pris au hasard, puisque c'est 80 kilomètres de front,
05:41c'est tout simplement l'état-major de l'armée de terre
05:44qui le calcule, ils ont des bases de calcul,
05:47ils s'appellent les ABAC, et donc ce chiffre,
05:49ce n'est pas une invention journalistique,
05:51et 80 kilomètres, pour se tenir combien de temps en plus,
05:54c'est toute la question.
05:55Alors, par rapport au PIB, effectivement, les 436 milliards,
05:58ça nous fait une trajectoire budgétaire annuelle
06:00de 77 milliards d'euros, donc par an d'ici 2030,
06:03ça fait environ 2,5% du PIB, la richesse nationale
06:06produite par la France.
06:07Alors, Anne-Sophie Alsif, c'est une question très simple,
06:09est-ce qu'on peut se le permettre ?
06:10Alors, là, c'est vraiment plus un choix politique qu'économique,
06:13on peut se le permettre, parce qu'on peut toujours plus s'endetter,
06:16vous le voyez, on le fait sur plein d'autres questions,
06:17donc on peut faire le choix politique de plus s'endetter.
06:19Après, au niveau européen, comme c'est une question
06:21qui n'est pas que française, il y a vraiment l'idée
06:24que ce type d'endettement pour investir dans le secteur de la défense
06:28soit peut-être mieux toléré, on le voit,
06:30ce qu'a encore rendu la Commission européenne
06:32sur les trajectoires budgétaires,
06:33si on investit dans la défense, notamment au niveau européen,
06:37en effet, on peut s'endetter, parce que l'idée,
06:39c'est d'avoir aussi un retour d'investissement
06:41sur le moyen-long terme.
06:42C'est ce que j'allais vous dire.
06:42Donc, ce n'est pas des dépenses de fonctionnement,
06:44c'est des dépenses stratégiques.
06:46C'est des dépenses stratégiques qui doivent avoir un retour.
06:48Et juste pour finir, parce que ça, à mon sens,
06:50c'est un élément très important,
06:51le grand problème, c'est, et on revient toujours
06:53à cette question de la planification et de la réindustrialisation,
06:56et c'est assez étonnant qu'on n'en parle pas dans le discours.
06:58C'est-à-dire que là, tout le monde réinvestit dans la défense,
07:00vous avez vraiment un choc de demande
07:02qui est très important,
07:03et par contre, on n'a pas l'offre européenne
07:05de l'autre côté, en termes de production,
07:07qui permet d'avoir, de pouvoir,
07:11de dire, voilà, demain,
07:14on achète européen,
07:15on va pouvoir continuer au niveau européen.
07:16Vous pensez à quoi, par exemple, de façon concrète ?
07:18Tout globalement, là, vous parlez, en effet, d'aller au sol,
07:20mais globalement, l'idée, c'est d'avoir
07:21des technologies qui soient très importantes,
07:23c'est d'avoir des données,
07:25un secteur de données qui puisse être européen,
07:27de ne plus être dépendant des Américains sur ces secteurs-là.
07:29Et là, on voit qu'on a un choc,
07:30on a beaucoup d'argent,
07:31mais aujourd'hui, comme on n'a pas l'offre européenne,
07:33c'est plutôt nos amis Américains, aujourd'hui,
07:35qui en bénéficient.
07:36Donc, à mon sens, c'est très bien de faire ça,
07:37mais il faudrait vraiment mettre en place
07:39une planification sur 10 ans,
07:41en disant, ben voilà,
07:41les dépenses de la défense vont augmenter pourtant,
07:43comment l'offre européenne
07:45va pouvoir augmenter en même temps que la demande ?
07:48Pour que cet argent investi
07:50profite à l'industrie européenne.
07:52On va parler de l'aspect, on va dire,
07:53plus micro et de l'industrie,
07:55juste après le fil info,
07:56mais d'abord, une dernière question là-dessus,
07:59Lionel Rago, sur la question des déficits.
08:01Est-ce que l'idée d'exclure ces dépenses
08:04du compte des déficits,
08:07on rappelle, en Europe,
08:08c'est 60% d'aides par rapport au PIB
08:11et 3% de déficit, si je ne me trompe pas,
08:13déficit public,
08:15est-ce qu'on pourrait exclure ça des calculs,
08:18ces dépenses de défense,
08:19vu que ce sont des investissements ?
08:20Donc, c'est une bonne question.
08:22Mais il ne faut pas se tromper,
08:23c'est-à-dire que même si on les excluait,
08:26votre endettement, il existe.
08:27Oui.
08:27Donc, ça n'améliorera pas la situation financière.
08:31Ça évitera juste d'avoir une procédure
08:33pour déficit excessif, plutôt.
08:36Mais on est déjà,
08:36la France est déjà dans le cadre de cette procédure.
08:38Ce que vous voulez dire,
08:39pardon, pour être très précis,
08:40c'est que nous, même si on enlevait
08:41les dépenses de défense,
08:42on aurait quand même la procédure
08:44pour déficit excessif.
08:45Bien sûr.
08:45Et alors, ce qu'il faut savoir,
08:46c'est que ça existe déjà plus ou moins
08:48dans le cadre du plan Rearm européen.
08:51La Commission a autorisé,
08:53par rapport à la trajectoire des États,
08:56un dépassement de 1,5% du PIB.
08:58Donc, on est déjà sur cette voie-là,
09:01mais, moi j'insiste là-dessus,
09:03ça ne change rien au fait que vous êtes endettés
09:05et qu'il faut payer les intérêts.
09:06Exactement.
09:07Et a fortiori, quand l'argent part à l'étranger,
09:09comme il vient de l'expliquer Anne-Sophie Alcif,
09:11justement, c'est la question qu'on va se poser
09:13en deuxième partie,
09:14l'industrie européenne est-il prête ?
09:15On a déjà eu un début de réponse
09:16et on va évoquer ça plus longuement,
09:17juste après l'info en une minute.
09:19Il est 10h moins 10.
09:20Et c'est Diane Ferchit.
09:22Le chef de l'Organisation mondiale de la santé
09:24attendu aux Canaries, à Tenerife,
09:25aujourd'hui, à la veille de l'arrivée du MV Ondus,
09:28ce navire de croisière
09:29où s'est déclaré un foyer d'antavirus.
09:31Les passagers vont être évacués.
09:33Le dernier bilan de l'OMS
09:35ressent six cas confirmés
09:36parmi les huit cas suspects.
09:38Les célébrations du 9 mai à Moscou,
09:40la victoire de l'URSS sur l'Allemagne nazie
09:42commémorait le défilé.
09:44Se tient en ce moment sur la place rouge.
09:46Vladimir Poutine affirme
09:47que la guerre menée en Ukraine
09:48est une cause juste.
09:50Cessez-le-feu est en cours
09:51entre les deux pays.
09:52Cessez-le-feu annoncé par les Etats-Unis.
09:54Le 9 mai, c'est la journée de l'Europe.
09:56Nous devons être fiers d'être européens.
09:59Écrit à cette occasion sur X Emmanuel Macron,
10:01le chef de l'État, parle de fierté
10:02à bâtir le continent le plus écologique.
10:05Celui, dit-il, qui défend partout
10:06les valeurs démocratiques et humanistes.
10:09Donald Trump dit attendre une réponse
10:11de la part de l'Iran
10:12à sa proposition de paix,
10:13alors que Washington a mené des frappes hier
10:15contre deux pétroliers iraniens
10:17qui cherchaient à passer le détroit d'Hormuz.
10:20Et au sud Liban,
10:21nouvel appel de l'armée israélienne
10:22à évacuer immédiatement
10:24plusieurs villages concernés.
10:26Israël qui se dit obligé d'agir
10:28avec fermeté contre le Hezbollah,
10:30l'accusant d'avoir violé la trêve.
10:36France Info
10:38Les informés de l'écho,
10:41Emmanuel Cuny,
10:42Adrien Beck.
10:43Et toujours avec Anne-Sophie Alcif,
10:45professeure d'économie à la Sorbonne,
10:46et Lionel Rago,
10:47professeur à l'université Paris-Nanterre.
10:50L'économie de guerre,
10:51c'est donc notre sujet ce matin,
10:52Emmanuel Cuny.
10:52Oui, avec la place des entreprises,
10:54car nos entreprises françaises,
10:56beaucoup de fleurons,
10:57on va le voir,
10:57font partie de cette stratégie
11:00industrielle de long terme.
11:01Alors, effectivement,
11:02il y aura toujours des voix,
11:03notamment politiques,
11:03pour dire que la guerre,
11:04ce n'est pas bien,
11:05que l'armement,
11:05ce n'est pas bien.
11:06Il y en a moins aujourd'hui,
11:08parce qu'on voit qu'on a besoin
11:09de se défendre, tout simplement.
11:10On n'est pas forcément offensif,
11:11on se défend,
11:12et ça, c'est très important.
11:13Alors, on a aujourd'hui,
11:14je le disais,
11:15des fleurons industriels,
11:16Dassault, Safran, Thalès,
11:18qui fabriquent des avions,
11:20qui fabriquent des missiles,
11:21qui fabriquent des drones,
11:22qui fabriquent de plus en plus
11:23des objets de cybersécurité.
11:25Il y a Airbus, bien sûr,
11:26avec l'A400M,
11:28qui est le transport de troupes
11:29qui remplace le fameux Transal.
11:32Donc, toutes les PME sous-traitantes,
11:33aujourd'hui,
11:34ça, c'est un tissu très important.
11:35Il y a aujourd'hui, en France,
11:36je crois, 20 000 PME
11:38qui travaillent pour le secteur
11:39de la défense.
11:40Chiffre qui peut évoluer.
11:41Anne-Sophie a évoqué la question
11:43un petit peu avant,
11:44Lionel Rago.
11:45Est-ce qu'aujourd'hui,
11:46notre tissu qu'Emmanuel Cuny évoquait
11:49est prêt à suivre la cadence ?
11:51On a eu l'impression
11:52qu'Emmanuel Macron avait des doutes
11:53très récemment.
11:54Il les a émis.
11:55Il a dit, ça ne suit pas.
11:56Alors, ce n'est pas évident.
11:57Il fallait déjà s'assurer
11:59que la commande publique sera là.
12:01Je crois que maintenant,
12:01il n'y a plus trop de doutes.
12:02Donc, ils vont pouvoir se lancer.
12:05Mais, il leur faut faire des investissements.
12:07Ça ne viendra pas de la commande publique.
12:09Ça nécessite des fonds propres.
12:11Et c'est là où on a un problème.
12:13Même si, je pense,
12:15qu'on commence à avoir des mécanismes
12:17où on va de plus en plus
12:18aller essayer de réorienter
12:20l'épargne européenne
12:21vers le financement, justement,
12:23de notre industrie de défense.
12:25Là où il y a un point de blocage,
12:27ça sera peut-être
12:28au niveau des ressources humaines.
12:30Parce qu'il faut monter, du coup,
12:31aussi en effectif.
12:33Et elles ont déjà du mal
12:34à recruter aujourd'hui.
12:35Je crois qu'il y a à peu près
12:3510 000 emplois
12:36qui ne sont pas pourvus
12:37dans l'industrie de la défense.
12:38En France ou en Europe ?
12:39En France.
12:40Je ne parle qu'en France.
12:41Je ne parle qu'en France.
12:41Et donc, vous imaginez
12:42que s'il faut monter en cadence,
12:44généralement,
12:45un soudeur
12:45pour les sous-marins nucléaires
12:46et autres,
12:48c'est plus de 18 mois
12:49de formation.
12:50Donc, vous voyez
12:51qu'il faut du temps.
12:51Et c'est peut-être là
12:52qu'on va situer
12:53le point de blocage
12:53sur les ressources humaines.
12:54En tout cas,
12:55on retient un message
12:55à nos auditeurs peut-être
12:56qui peuvent chercher
12:58ou avoir l'idée
12:59d'une reconversion.
13:01Donc, la défense
13:02est une bonne idée.
13:03Anne-Sophie Alsif,
13:04vous évoquiez
13:05il y a quelques minutes
13:06le côté européen.
13:08Bon, on ne va pas évoquer
13:09le côté stratégique
13:10parce qu'on imagine
13:11que certains de nos alliés
13:13ne veulent pas forcément
13:13acheter ou français, etc.
13:15et préfèrent continuer
13:16à s'abriter
13:16sur le parapluie américain.
13:17Mais c'est un autre sujet.
13:19La réalité,
13:19c'est qu'aujourd'hui,
13:21on n'est pas en capacité
13:23donc de fournir
13:24à toute l'Europe,
13:25que ce soit la France
13:26ou d'autres pays d'ailleurs.
13:28Oui, c'est ça.
13:28C'est vrai qu'on a
13:29un véritable avantage
13:30comparatif dans ce secteur
13:31de la défense.
13:31Donc là, c'est quelque chose
13:32d'excessivement positif,
13:34notamment en termes
13:34de contribution
13:35de valeur ajoutée.
13:36Donc ça, il faut vraiment
13:37continuer de le développer.
13:38Le problème, c'est que là,
13:39vous créez en effet
13:40un choc de demande
13:41qui est très important.
13:42Et ce qu'il aurait fallu,
13:43c'est l'anticiper
13:44et donc de dire,
13:45avoir vraiment
13:46une planification
13:47sur ce secteur
13:48en disant,
13:48voilà, année par année,
13:50tous les cinq ans,
13:51voilà quels sont
13:51les objectifs
13:52pour qu'en effet,
13:53ce soit l'industrie
13:54européenne
13:55qui en bénéficie.
13:56Aujourd'hui,
13:56quand vous mettez en œuvre
13:57un tel choc de demande,
14:00forcément,
14:00aujourd'hui,
14:01l'offre est plus
14:02américaine qu'européenne.
14:03Donc, vous allez acheter
14:06américain.
14:07Et c'est ça
14:07qui est compliqué.
14:09On revient sur
14:09l'aspect finance publique.
14:10C'est quelque chose
14:11de très important.
14:12Vous vous endettez,
14:13vous avez ce secteur
14:14qui investit massivement
14:15et vous avez
14:15l'industrie française
14:16qui en bénéficie.
14:17Vous avez un retour
14:18sur votre investissement.
14:19Le problème,
14:20ce n'est pas de s'endetter.
14:21Vous vous endettez à 1
14:22et vous avez un retour de 3.
14:23Il n'y a pas de problème
14:24pour l'endettement.
14:25Oui, si c'est les Américains
14:26qui ont un retour de 3,
14:27c'est moins intéressant.
14:28Exactement.
14:28Par contre,
14:28si c'est nous,
14:29vous êtes très content
14:29de vous être endetté sur 1.
14:31Donc, c'est pour ça
14:31que c'est absolument fondamental
14:33d'avoir vraiment une vision
14:34sur le long terme,
14:35d'avoir une planification
14:36et de faire en sorte
14:37que ce choc,
14:38ces investissements
14:39qui sont très importants
14:40en Europe
14:40et que ce soit vraiment
14:41les entreprises européennes
14:43qui en bénéficient.
14:43Est-ce que, d'un mot,
14:44peut-être tous les deux,
14:45vous pourriez nous dire
14:45quels sont les secteurs
14:46dans lesquels on est bon
14:47en Europe,
14:48les secteurs dans lesquels
14:48on est vraiment à la traîne ?
14:51Ah, l'aéronautique,
14:53effectivement,
14:53avec le rafale,
14:54on l'a vu.
14:57Symboliquement,
14:57le César aussi.
14:59Le canon César.
15:00C'est ses preuves
15:01et très demandé.
15:02Donc, on est bon
15:04sur pas mal.
15:04D'ailleurs,
15:05il faut se rappeler quand même
15:05que la France
15:06a voulu,
15:07a toujours souhaité
15:08être souveraine
15:09sur toutes les facettes.
15:10On produit nos sous-marins
15:11nucléaires,
15:12on produit notre porte-avions,
15:13on produit nos avions.
15:15Donc, on est
15:15sur toutes les facettes.
15:17Je pense qu'on est...
15:18On a les capacités
15:19techniques et technologiques.
15:21Un moine se félicite.
15:22Alors, le moi,
15:22l'aspect plus négatif,
15:23c'est en effet
15:24les systèmes de données.
15:25Aujourd'hui,
15:26on est vraiment encore
15:26très dépendants,
15:27notamment des systèmes américains.
15:29Il faudrait vraiment
15:30avoir un système
15:31de données européen.
15:32Et là, vraiment,
15:32en termes de systèmes
15:34de...
15:34Voilà, mais même plus grands.
15:36En fait, ce qui est très intéressant,
15:37on voit ce qu'ont fait
15:38les Américains.
15:38Lorsqu'ils ont voulu créer
15:39la Silicon Valley,
15:40qu'est-ce qui s'est passé ?
15:41Vous avez vraiment
15:42une vision de l'État derrière,
15:43de dire, attention,
15:44il y a une concurrence chinoise,
15:45donc on va financer massivement,
15:46notamment,
15:47l'économie de l'espace
15:48pour pouvoir être
15:50souverain et indépendant.
15:51Et ensuite,
15:51des entreprises
15:52ont pu se développer
15:53par rapport à ça.
15:54Aujourd'hui,
15:54on pourrait avoir ce cap
15:55et en créant en effet
15:56ces systèmes de données
15:57qui soient majeurs,
15:58pas que dans certains secteurs,
16:00c'est toute l'industrie européenne
16:01qui pourrait en bénéficier,
16:03automobile, chimie
16:04et autres.
16:05Exactement.
16:05Donc vous avez vraiment
16:06là aussi un cheminement
16:07de cet investissement
16:09dans la défense
16:09qui ensuite bénéficie
16:11aux civils
16:11et à toute l'industrie.
16:12Un mot peut-être,
16:13Emmanuel,
16:13sur les PME.
16:14Oui,
16:15alors on voit clairement
16:15que c'est le retour
16:16de l'État stratège
16:17que l'on attend
16:18avec le choc d'innovation,
16:20innovation avec de l'investissement.
16:22Au niveau européen,
16:23l'ancien commissaire,
16:24Thierry Breton,
16:25avait émis l'idée
16:26de créer un fonds commun
16:27de financement
16:28de défense européen.
16:28On en est loin,
16:29bien sûr.
16:30Et puis,
16:30la vraie question
16:31est celle de l'investissement.
16:33Et pour que les entreprises
16:34investissent,
16:35il faut peut-être
16:35un peu leur lâcher
16:38la grappe
16:39avec toutes les normes,
16:40les régulations,
16:42etc.
16:42Il faut peut-être alléger
16:43aussi un petit peu
16:44la fiscalité.
16:44Enfin voilà,
16:45il y a plein de choses
16:45à faire.
16:46L'État stratège.
16:47Est-ce qu'effectivement...
16:49Oui,
16:49non,
16:49juste,
16:49alors l'État stratège,
16:50je suis d'accord avec vous,
16:51mais je crois que la solution,
16:52elle n'est pas au niveau
16:53des nations,
16:54elle est clairement au niveau
16:55de l'Union européenne.
16:56Bien sûr.
16:56Et donc,
16:58il faut quand même...
16:59Surtout que la politique
16:59de défense,
17:00à ma connaissance...
17:00Ne relève pas,
17:02néanmoins,
17:02il y a quand même eu
17:03des efforts qui ont été faits.
17:04Juste citer la possibilité
17:07d'un endettement
17:07de l'Union européenne
17:09à hauteur de 150 milliards
17:10de dollars.
17:11Comme pendant le Covid,
17:11par exemple.
17:12Voilà,
17:12et qui,
17:13au nom de pays membres,
17:16dans des conditions
17:16bien plus avantageuses.
17:18Et pour être dans l'actualité,
17:20hier,
17:20la Pologne a signé
17:21justement avec l'Union européenne
17:23un prêt
17:23de plus de 44 milliards
17:25de dollars
17:26sur ces 150 milliards.
17:27Il faut acheter européen.
17:28Et pour acheter...
17:28Ah oui,
17:29c'est une des conditions,
17:29bien sûr,
17:30parce qu'Anne-Sophie
17:31n'a pas donné les chiffres,
17:31mais j'aime bien le donner.
17:33C'est plus de 80%
17:34des achats
17:35faits par l'Union européenne
17:36qui sont en dehors
17:38de l'Union européenne.
17:39C'est pour avoir l'ordre de grandeur.
17:40Il faut avoir l'ordre de grandeur.
17:41Il y a un peu de travail encore.
17:42Il y a beaucoup de travail.
17:43On comprend ça ce matin
17:44et c'est notre conclusion.
17:45Merci beaucoup Lionel Rago,
17:46membre du Cercle des économistes,
17:48professeur à Paris-Nanterre,
17:50Anne-Sophie Alsif,
17:51professeur à la Sorbonne
17:52et chef économiste de BD au France.
17:54Merci à tous les deux
17:55et merci à vous,
17:57Emmanuel Cuny.
17:57Restez sur France Info.
18:03France Info Météo
18:05avec Vérissure,
18:07géolocalisation en temps réel,
18:08bouton SOS
18:09avec la nouvelle application
18:10Vérissure Guardian.
18:11Vous êtes protégé dehors
18:12comme à la maison.
18:13Patricia Charbonnier,
18:14c'est une belle journée
18:15aujourd'hui globalement.
18:16Oui, profitons du soleil
18:18sur une bonne partie
18:19du pays aujourd'hui,
18:20du soleil.
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