- il y a 10 heures
En 2010, le site internet Wikileaks et son fondateur, Julian Assange, dévoilent des documents de l’état-major américain, classés confidentiels… Une affaire hors norme en tous points qui secoue le monde à plusieurs de niveaux : politiques, diplomatiques et journalistiques...Alors quels enseignements tirer de cette affaire ? Pourquoi le militant est-il considéré comme un héros par les uns, comme un criminel par les autres ? Où placer la frontière entre le droit de savoir et la raison d’État ? Et comment cet épisode a-t-il été un tournant pour le monde journalistique ? Rebecca Fitoussi et ses invités ouvrent le débat. Année de Production :
Catégorie
📺
TVTranscription
00:01Julian Assange, l'homme à faire taire, un film réalisé par Étienne Hubert.
00:06Voilà un documentaire qui pose des questions passionnantes et très actuels
00:09sur le traitement de l'information, sur le besoin de transparence des citoyens
00:13face aux nécessités de protection des États.
00:16Qu'est-ce que l'affaire Wikileaks a changé dans notre rapport aux vérités officielles ?
00:20Qu'est-ce qu'elle a remué dans le journalisme et le journalisme d'investigation notamment ?
00:24Doit-on tout dire et tout savoir ?
00:27Beaucoup de questions à se poser avec nos invités.
00:29Olivier Paco, bienvenue.
00:30Vous êtes sénateur LR de l'Oise et membre de la commission d'enquête
00:33sur les mécanismes de financement des politiques publiques par des organismes,
00:37sociétés ou fondations de droits privés et des risques en matière d'influence,
00:41d'absence de transparence financière et d'entrave au fonctionnement de la démocratie.
00:45Et je précise que vous êtes professeur agrégé d'histoire-géographie.
00:49Caroline Michel-Aguire, bienvenue.
00:50Grand reporter au Nouvelle Obs.
00:51Vous y avez longtemps dirigé le Pôle Investigation.
00:54Vous êtes l'autrice de nombreuses enquêtes,
00:56avec Mathieu Aron aux éditions à la Rie, Le Grand Détournement et Les Infiltrés,
01:00mais aussi La Syndicaliste chez Stock, adaptée ensuite au cinéma avec Isabelle Huppert.
01:06Jean-Marie Charot, bienvenue à vous également.
01:08Sociologue, chercheur associé à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales.
01:11Vos recherches portent sur les médias, sur l'information et le journalisme.
01:15Vous présentez tous les ans un baromètre social sur l'état du secteur
01:18à l'occasion des assises du journalisme.
01:20Vous avez publié, vous aussi, de nombreux ouvrages.
01:22Je vais citer celui-ci, « Jeune journaliste, l'heure du doute » chez Entremise.
01:27Yann Guégan, bienvenue à vous également.
01:29Vous êtes journaliste en charge de l'innovation éditoriale chez Contexte,
01:33un média qui suit et raconte la fabrication des politiques publiques de la France.
01:38Et vous êtes vice-président du Conseil de déontologie journalistique et de médiation.
01:43Merci à tous les quatre d'être ici.
01:44L'affaire Wikileaks, c'est une affaire hors normes, en tout point.
01:47Elle a secoué le monde à plein de niveaux, politique, diplomatique et journalistique.
01:51Et je voudrais qu'on tire ici le fil journalistique et informationnel,
01:55grâce au recul que nous avons, presque 20 ans.
01:57Est-ce que Julian Assange est venue, au fond,
02:00bousculer les journalistes que vous êtes, Caroline Michel-Aguirre ?
02:04Est-ce qu'il a secoué un monde journalistique qui était peut-être un peu installé ?
02:08– Installé, je ne sais pas, mais c'est un pionnier d'une nouvelle pratique journalistique
02:15à tout point de vue, en particulier sur l'accès aux sources les plus cachées,
02:23sur les secrets d'État, on va le dire comme ça.
02:26Il ouvre une ère des fuites, des leaks,
02:30qui sont l'accès pour les journalistes à une masse de données secrètes
02:36qui permet un traitement de sujets qu'on avait, nous, journalistes,
02:41beaucoup de mal à traiter auparavant.
02:45Secrets défenses, secrets des affaires, secrets fiscales.
02:51Et cette manière de…
02:54C'est Internet aussi qui le permet,
02:56mais c'est aussi un état d'esprit des pionniers de cette époque-là,
03:01un état d'esprit libertaire, communautaire, un peu anarchiste,
03:06qui a montré ses limites aussi, on en parlera,
03:09et qui a entraîné d'autres pratiques.
03:11Mais en tout cas, avant, on passe, si vous voulez,
03:15de gorge profonde dans le Watergate,
03:19c'est-à-dire une personne qu'on rencontre dans un garage,
03:24la nuit, en ayant chargé trois fois de voiture,
03:28à un accès aux sources dématérialisées,
03:32à distance, à des masses d'informations
03:35qu'on ne connaissait pas auparavant.
03:37En tout cas, il a vraiment marqué un tournant.
03:38Olivier Paco, à l'époque, certains disaient,
03:40finalement, il a fait le travail que les journalistes
03:42ne faisaient pas ou ne faisaient plus.
03:44Ça fait partie des choses que vous avez pu vous dire.
03:46Alors, est-il journaliste ?
03:48C'est une vraie question.
03:49Oui, c'est une vraie question.
03:50Moi, je pense qu'il n'est pas journaliste,
03:51mais qu'il a effectivement renouvelé ou innové
03:56dans la façon d'aller chercher l'information
03:59et l'information la plus cachée.
04:01Alors, effectivement, il a bouleversé la chronique journalistique,
04:09historique, diplomatique, pendant une dizaine d'années,
04:12avec cette volonté de transparence,
04:17notamment dans la façon d'agir de la plus grande puissance mondiale.
04:20Donc, c'est vrai qu'il a fait preuve d'une créativité,
04:25d'un génie du hacker informatique qu'il était.
04:28Il a changé beaucoup de choses.
04:30Mais depuis, donc, l'affaire Assange,
04:35beaucoup de choses technologiquement ont évolué.
04:37L'intelligence artificielle, les réseaux sociaux
04:40se sont surajoutés et complexifient encore la donne.
04:45Mais moi, ce que je retiens de Julian Assange,
04:48ce qu'il a porté, c'est cette volonté profonde de transparence
04:56qui est très présente aujourd'hui dans notre monde
04:59et qui peut, parfois, aboutir à des problématiques inverses
05:05à ce qu'on souhaitait.
05:05On pourra y revenir, c'est tellement dans l'édition.
05:06Absolument, et d'ailleurs, ça fera partie du débat.
05:08C'est évidemment la direction qu'on va prendre.
05:10Mais restons d'abord sur le tournant
05:11que peut-être il a marqué, Yann Guégan.
05:14Wikileaks, au fond, est-ce que c'était du journalisme ?
05:16Est-ce que Julian Assange vérifiait aussi les informations
05:19dont il disposait ?
05:19Qu'est-ce que ça valait journalistiquement aussi ?
05:21C'est ça qui est intéressant dans le documentaire,
05:23c'est que quand il rentre au consulat d'Équateur à Londres,
05:27il est perçu comme un activiste, un hacker,
05:30quelqu'un qui porte un combat politique,
05:32au style, en tout cas, qui veut montrer
05:35les errements des États-Unis
05:38et de la politique américaine dans le monde.
05:41Et puis, quand il en sort, quand il est finalement libéré,
05:44ses soutiens ont passé beaucoup de temps
05:46à le présenter comme un journaliste.
05:47C'est-à-dire, cet homme est journaliste,
05:49il doit être défendu comme tel.
05:51Et je pense que c'est une bonne façon,
05:53en tout cas, de présenter les choses.
05:56C'est plus compliqué pour les États-Unis
05:58de mettre en jugement quelqu'un qui est journaliste.
05:59Mais pour vous, c'est la bonne façon
06:00de dire qu'il est journaliste
06:02plus qu'un hacker ou un lanceur d'alerte ?
06:04C'est un débat infondable.
06:05Je regarde...
06:06Non, mais c'est intéressant.
06:06Le journaliste ou pas, c'est un débat infini.
06:08Et en France, on s'en est sortis
06:09en faisant une définition un peu tautologique.
06:11En disant, est journaliste,
06:12lui qui est payé comme journaliste.
06:13Voilà, débrouillez-vous avec ça.
06:14D'accord.
06:15Il dit, je ne peux pas être coupable de journalisme.
06:17Oui, oui.
06:17Sans défendre le changer, d'ailleurs.
06:19Vous avez raison de le souligner
06:20en tant que début de la France.
06:21Mais en tout cas, c'était quelqu'un
06:22qui fournissait des informations aux journalistes
06:25à toute une série de médias partenaires
06:28comme Le Guardian, comme Le Monde
06:30ou OVNI à l'époque en France.
06:32Et puis ensuite, il a lui-même publié
06:34des articles, des enquêtes qu'il a diffusées.
06:36Et donc, on voit bien l'hybridation.
06:37C'est une période aussi où on parlait
06:38beaucoup de journalisme citoyen.
06:40Il y avait cette idée que,
06:42puisque tout le monde peut se publier désormais,
06:44tout le monde peut diffuser des informations,
06:46finalement, on n'a plus besoin de journalistes.
06:47On a besoin d'activistes qui vont aller chercher
06:49les informations qui dérangent.
06:51Et ensuite, le public va, du coup,
06:53être informé et avoir accès à tout ça.
06:56Et on s'est aperçu, depuis l'époque,
06:58la grande époque de Wikileaks,
07:00les années 2005-2010,
07:01on s'est aperçu que le citoyen,
07:03il n'avait pas forcément les méthodes de travail
07:05ou l'éthique professionnelle du journaliste.
07:09Et finalement, le journaliste a un peu pris sa revanche
07:11par rapport à cette définition-là
07:13ou cette utopie-là du journaliste citoyen.
07:15Alors, votre regard de sociologue,
07:16Jean-Marie Charon,
07:17sur cette affaire Wikileaks et ses conséquences,
07:20et j'insiste sur le plan journalistique,
07:22on n'est pas sur le fond de l'affaire.
07:23Oui. Alors déjà, sur la question de la définition,
07:25c'est vrai que moi,
07:26je ne l'assimile pas à un journaliste,
07:29plutôt à une figure hybride,
07:31mais pour moi, c'est une figure du lanceur d'alerte.
07:33Et effectivement, la difficulté à le défendre
07:37et à le protéger par rapport aux révélations
07:40qui l'amènent,
07:42c'est effectivement la difficulté qu'on a
07:44à trouver un statut du lanceur d'alerte.
07:47On le voit aussi dans le cadre français.
07:50Mais sinon, si vous voulez,
07:52moi j'aurais,
07:52c'est peut-être parce que j'ai une...
07:54Je suis le journaliste d'investigation
07:56depuis assez longtemps.
07:58Je verrais moins, si vous voulez,
08:02quand vous disiez,
08:04il n'y avait pas de transparence avant.
08:06Moi, il se trouve que j'ai publié un bouquin
08:07au début des années 2000
08:09qui devait s'appeler
08:10Un secret si bien violé.
08:12C'était une décennie,
08:13la décennie 90,
08:15où il y a eu, en France en tout cas,
08:16énormément de révélations.
08:18Et on a effectivement
08:19le développement dans les rédactions,
08:21au Monde, à Libération,
08:23à l'Obs, dans beaucoup de médias,
08:24de cellules d'investigation.
08:26Et on a beaucoup,
08:28si vous revenez sur les années 90,
08:30beaucoup d'événements
08:31qui vont être influencés
08:33par ce travail journalistique.
08:35Ça veut dire qu'on en fait un peu trop,
08:36alors, autour de...
08:37Comment ?
08:37Ça veut dire qu'on en fait un peu trop,
08:38alors, autour de Gilles Lassange ?
08:39Non, je pense qu'il s'est passé
08:41des choses, effectivement.
08:43La première chose, pour moi,
08:45et ça apparaît dans le...
08:47Dans le...
08:48Documentaire.
08:48Dans le documentaire, à la fin,
08:49c'est évoqué par, je crois,
08:51la députée qui intervient
08:53à ce moment-là.
08:55C'est le passage de l'individu
08:57au collectif.
08:58Alors, c'est vrai qu'Assange,
08:59il est à la fois l'individu,
09:01mais on sait qu'en arrière-plan,
09:03il a un collectif très lourd.
09:04Donc, si vous voulez,
09:05il y a le passage de l'individu
09:06au collectif.
09:07Deuxième chose importante,
09:10les anciens journalistes
09:11d'investigation,
09:12je dirais,
09:12et certainement toujours en partie,
09:15mais travaillaient plutôt sur...
09:17Avec des lanceurs d'alerte,
09:18avec des sources personnelles.
09:23On leur parlait,
09:25ils trouvaient des documents.
09:26Par exemple, regardez, je ne sais pas,
09:27une affaire comme l'affaire de la Mnef,
09:29ça démarre...
09:30Alors, c'était donc la mutuelle étudiante,
09:32tout un scandale, etc.
09:34Ça démarre par un rapport,
09:35un rapport papier,
09:36qui va circuler dans les rédactions,
09:38que d'ailleurs,
09:39beaucoup de rédactions
09:39ne vont pas très bien traiter.
09:41Puis, d'un seul coup,
09:41l'IB se dit,
09:42« Ah, mais il y a vraiment quelque chose »,
09:43je crois que c'est Armel Toraval,
09:45qui va travailler là-dessus.
09:46On passe aussi,
09:47à ce moment-là,
09:49me semble-t-il,
09:49ce n'est pas tout à fait raccord
09:52en termes de date,
09:53mais je pense qu'on passe
09:53au consortium d'investigation.
09:55C'est-à-dire qu'un média tout seul,
09:59même,
09:59ne se sent souvent plus
10:00les épaules
10:02ou les moyens
10:04pour aborder des sujets comme cela.
10:05Et puis, on évite aussi,
10:07et c'est peut-être là
10:08une leçon de Assange,
10:10on évite la personnalisation
10:11et ses défauts,
10:12c'est-à-dire la polarisation
10:14sur un individu.
10:15Ce que lui reproche d'ailleurs
10:15la députée dans le documentaire.
10:17Elle le dit clairement.
10:18Il s'est quand même accaparé
10:18l'attention aussi mondiale
10:20sur lui-même,
10:20alors qu'il y avait
10:21un collectif derrière.
10:22Caroline Michel-Aquin.
10:22Oui, je dirais que
10:24cet accès à des données informatiques,
10:27parce que le monde a changé,
10:29ouvre deux champs.
10:30Un, c'est le côté massif
10:34de l'information qui arrive,
10:36d'où le besoin du consortium,
10:39à la fois pour mettre des garde-fous
10:41dont on pourra reparler,
10:43mais à la fois pour traiter
10:44la masse d'informations.
10:45Et aussi, il faut bien avoir conscience
10:48que ces leaks donnent accès
10:50à des informations
10:51que le journalisme d'investigation
10:53ne pouvait pas avoir auparavant
10:55et que la justice,
10:57aujourd'hui encore,
10:58a beaucoup de mal à attraper.
11:01Je parle en particulier
11:02de tout ce qui est paradis fiscaux.
11:04sans les Paradise Papers,
11:06les Panama Papers, etc.,
11:08la justice, le fisc français,
11:11n'aurait pas pu attraper
11:13des dizaines et des dizaines
11:15d'évadés fiscaux
11:16avec des sommes en milliards
11:18de dollars ou d'euros en jeu
11:21qui ont fait avancer,
11:22alors doucement,
11:23la législation,
11:25la possibilité d'avoir
11:27des impositions mondiales.
11:28Donc, ce journalisme du départ
11:32qui était très humain
11:34et qui, de mon point de vue,
11:36ne doit pas du tout être abandonné.
11:38La data, ça n'est pas
11:40tout journalisme d'investigation
11:42dans la source humaine.
11:44Oui, c'est intéressant
11:45de le dire et de le rappeler.
11:46On peut mettre en perspective
11:48et tout ça est de la matière humaine.
11:50Ça reste quand même
11:51de la matière humaine.
11:52Il ne faut pas oublier
11:53de faire du contradictoire,
11:54d'écouter les autres.
11:55La vérification.
11:56La vérification,
11:56mais aussi le témoignage de l'autre.
12:01Il faut faire attention
12:02que ce journalisme de la data
12:04ne verse pas non plus
12:06dans le tribunal.
12:07Donc, il y a tout un tas
12:08de garde-fous et de réflexions
12:11qui ont émergé de ce travail.
12:13Mais je pense que tout ce
12:15qu'on a pu connaître
12:17du travail d'espionnage économique
12:20qui était aussi dans l'air
12:22à un moment,
12:23et moi, j'ai travaillé
12:25sur ces sujets-là à l'époque,
12:26qu'on nous accusait
12:27d'être complotistes,
12:29les alliés ne feraient jamais ça,
12:31a permis de documenter
12:32un certain nombre de choses
12:33auxquelles on n'aurait pas eu accès,
12:35comme sur les paradis fiscaux,
12:37sans parler évidemment
12:37de tous les sujets défense
12:40qui restent très, très protégés
12:42par le secret défense.
12:42Olivier Pacou ?
12:43Oui, moi, ce que je veux rajouter,
12:46notamment suite à l'intervention
12:47de M. Charon,
12:49avec Assange,
12:50on a évidemment un lien
12:52avec le journalisme,
12:53mais surtout, à mon avis,
12:55avec un militantisme politique,
12:58parce qu'il s'attaque directement
12:59à la première puissance mondiale.
13:02il dénonce le fait
13:05qu'une puissance
13:07peut manipuler
13:08l'information.
13:08Oui, il y a une idée idéologique
13:09derrière tout ça.
13:10Mais totalement.
13:11Et en ce sens,
13:13la manipulation
13:14faite par le pouvoir
13:16pour effectivement
13:17tromper les masses,
13:19elle existe depuis Athènes.
13:21Le mot démagogue,
13:22il vient d'Athènes.
13:25Jules César,
13:26avec la guerre des Gaules,
13:28il présente les choses
13:29à sa façon.
13:30Et Assange s'attaque
13:31à ça, en fait, justement.
13:33Et c'est ça qui me semble
13:35aller bien plus loin
13:36que du journalisme.
13:37Alors, après,
13:37les méthodes d'Assange
13:39et notamment
13:40son génie informatique,
13:42le fait de pouvoir plonger
13:44sous les jupons sales
13:46de la République américaine,
13:48c'est son génie
13:49qui a pu être repris,
13:50dupliqué, etc.
13:51Mais il y a d'abord,
13:52avant tout,
13:53une action politique.
13:54Plutôt journalistique.
13:55Et c'est bien pour ça
13:55qu'il s'est attiré
13:56les foudres des puissances.
13:57Et d'ailleurs,
13:58l'histoire de Julian Assange
13:59est aussi révélatrice
14:00des méthodes brutales
14:01et inquiétantes
14:02que des puissances
14:03pourtant démocratiques
14:05peuvent employer
14:06pour faire taire
14:07ce qu'elles considèrent
14:07comme étant un ennemi
14:09de la démocratie.
14:10Et en cela,
14:10il y a aussi des enseignements
14:11à en tirer.
14:12On va en parler.
14:13Après cet extrait,
14:14il se trouve que c'est
14:14la femme de Julian Assange
14:16qui raconte
14:17la torture psychologique
14:18subie à l'ambassade.
14:19C'était effrayant.
14:26Mais ça a confirmé
14:30mon instinct.
14:42Vous ressentez instinctivement
14:43que vous êtes menacée
14:44dans cette sorte
14:45de relation
14:45prédateur-proie.
14:49C'est ce que je ressentais
14:50à l'intérieur
14:50de l'ambassade.
14:53Julian était une proie
14:55et moi,
14:56par conséquent,
14:57j'étais aussi une proie.
15:00Ce qui se passait
15:01était glauque.
15:02On n'en connaissait pas
15:03l'ampleur.
15:04On n'en connaissait pas
15:05les limites.
15:06Et vers la fin,
15:07on avait l'impression
15:08que tout pouvait se passer
15:09dans l'ambassade.
15:11Et encore une fois,
15:12on n'est pas sur le fond.
15:13Et au-delà du cas
15:14de Julian Assange,
15:15cette histoire dit aussi
15:16ce que nos États
15:18démocratiques fréquentables
15:19sont capables de faire
15:20quand tout d'un coup,
15:20quelqu'un vient un peu
15:21remuer des informations
15:23qu'ils n'ont pas envie
15:23qu'on révèle,
15:24Yann Guégan.
15:24Ça dit aussi quelque chose
15:25sur nos méthodes.
15:26Ah oui,
15:26on peut parler du cas
15:27d'Ariane Lavrieux,
15:28par exemple,
15:28qui a été convoqué
15:29par le service
15:32antiterroriste
15:33et placé en garde à vue,
15:35si je ne dis pas
15:35de bêtises,
15:37tout simplement
15:38parce qu'elle avait
15:39publié des informations
15:40qui ne plaisaient pas
15:41ou qui remettaient en cause
15:42le rôle de la France
15:43en Égypte.
15:45Donc là,
15:46c'est sur le sort
15:46réservé aux lanceurs
15:47d'alerte, en fait.
15:48Oui,
15:48là, pour le coup,
15:49c'est une journaliste,
15:50Ariane Lavrieux,
15:50mais on cherchait
15:52à savoir
15:53qui était sa source.
15:56La tentation
15:57pour un État
15:58de vouloir contrôler
15:59l'information,
15:59surtout sur des sujets
16:01aussi sensibles
16:01que l'armée,
16:03la défense,
16:04l'espionnage,
16:04etc.,
16:05cette tentation,
16:05elle sera toujours là.
16:06Je pense qu'on peut
16:07être d'accord là-dessus.
16:08Donc la question,
16:09c'est aussi la question
16:09des protections
16:10qu'on met en œuvre
16:12et sur le secret
16:14des sources,
16:14d'un point de vue
16:15législatif,
16:15il y a encore
16:16un travail à faire
16:17pour améliorer,
16:19sans rentrer
16:20dans les détails
16:21des différents textes,
16:22mais il y a encore
16:22un travail législatif
16:24à faire
16:24pour que le secret
16:26des sources
16:26soit vraiment garanti
16:28et que les journalistes
16:29ne soient pas convoqués,
16:31mis sous pression,
16:32voire mis en examen,
16:34tout simplement
16:35parce qu'on veut savoir
16:35qui leur a parlé.
16:37Jean-Marie Charon ?
16:38Oui,
16:38je pense qu'il y a toujours
16:40cette question
16:41du secret des sources
16:42qui, sur le plan législatif,
16:43est très mal réglée.
16:45Moi,
16:45j'ai été longtemps
16:47administrateur
16:47de Reporters sans frontières.
16:48On a travaillé
16:49sur ce sujet-là.
16:50À chaque fois,
16:51il y a un principe
16:52qui est affirmé,
16:52mais il y a énormément
16:53de cas
16:57qui vont permettre
16:58effectivement
16:58de contourner.
17:01Le deuxième aspect,
17:02on disait
17:02qu'il y avait
17:03davantage de transparence.
17:05Je me le demande
17:06parce que les secrets,
17:07on vient d'évoquer
17:08effectivement
17:09les secrets
17:09qui sont souvent
17:10mis en avant.
17:11Il faut protéger
17:13effectivement
17:13des choses
17:14extrêmement stratégiques.
17:15Moi,
17:15ce que j'ai trouvé
17:16très inquiétant
17:16dans les dernières années,
17:17c'est que le domaine
17:18économique,
17:19le domaine des affaires
17:20est protégé
17:21par des secrets.
17:22Et il est protégé
17:23par des secrets
17:23par un texte européen
17:25adapté à la France.
17:26Donc,
17:27on s'aperçoit
17:27qu'on est sans arrêt
17:29en matière d'information
17:31dans cette espèce
17:31de tension.
17:33Vous êtes de ceux
17:34qui pensent
17:34qu'il faut tout savoir,
17:35tout dire,
17:36tout publier ?
17:36Il faut une transparence totale ?
17:38Il y a cette demande-là
17:39du côté des citoyens,
17:40c'est clair.
17:40Oui,
17:41mais alors du côté
17:41des journalistes,
17:42pas forcément.
17:43Je veux dire,
17:43c'est là qu'on rejoint
17:45une question
17:45qui me paraît
17:46extrêmement importante
17:47sur tout ce qui est
17:47investigation
17:48et où je vois
17:50la ligne de partage
17:52entre des démarches
17:53type celle de Assange
17:54et celle du journalisme.
17:55C'est que le journalisme,
17:56il a,
17:57un,
17:57une question de déontologie.
18:00Alors,
18:01c'est vrai que sur la déontologie,
18:02c'est compliqué,
18:02l'investigation.
18:03Parce que,
18:04si on prend la plupart
18:05des chartes,
18:05c'est que le journalisme
18:07ne doit pas se prendre
18:07pour un policier
18:08ou un justicier.
18:10Deuxième aspect,
18:11par exemple,
18:11le journaliste,
18:12il doit se faire connaître.
18:14Donc,
18:15à chaque fois
18:16qu'on est en immersion,
18:18à chaque fois
18:19qu'on est en caméra cachée,
18:21quelque part,
18:21le journaliste
18:22devra expliquer
18:24ce qui l'a amené,
18:25finalement,
18:25à déroger la déontologie.
18:27Et c'est là
18:27qu'on est sur quelque chose.
18:28Là-dessus,
18:28moi,
18:28je ne serais pas d'accord.
18:29En fait,
18:30les textes les plus récents
18:31en déontologie
18:31prévoient ces cas
18:32du journalisme
18:33d'infiltration
18:34de la caméra cachée,
18:35justement parce qu'elles
18:36permettent d'accéder
18:37à des espaces
18:38ou à des paroles
18:39auxquelles on n'a pas accès.
18:40Mais vous voyez,
18:40c'est cadré par la déontologie.
18:42On ne peut pas dire
18:43que ce n'est pas déontologique
18:44de faire de la caméra cachée.
18:46Ça,
18:46ce n'est pas vrai,
18:46par exemple.
18:47Enfin,
18:47disons qu'on est plus,
18:48en matière d'investigation,
18:50je crois qu'on est davantage
18:51dans des problématiques
18:52autour de l'éthique
18:53de l'information.
18:53C'est-à-dire qu'effectivement,
18:55quelles sont les valeurs
18:56qui sont mises en avant
18:57par le journaliste
18:58dans son travail ?
19:00Ça peut être la vérité,
19:02ça peut être la justice,
19:03c'est surtout
19:03l'intérêt général.
19:04Et je crois que
19:05dans le débat
19:06sur l'investigation,
19:07il y a un journaliste américain
19:11qui a écrit un petit bouquin
19:12qui est assez ancien
19:12qui s'appelait
19:13sur le journaliste
19:14d'investigation
19:15et il met en évidence
19:17cette...
19:18Alors là,
19:18vous disiez tout à l'heure
19:19que c'était plutôt
19:20l'investigation à la française.
19:21Là,
19:21il prend plutôt ses références
19:23aux États-Unis
19:24et là,
19:25il met en évidence
19:25qu'à chaque fois,
19:27il y a toujours le risque
19:28du passage au voyeurisme,
19:30du passage à la recherche
19:32de l'effet,
19:34plutôt que
19:35de l'intérêt général.
19:36Donc il y a une question
19:36autour de l'intention.
19:37En tout cas,
19:38on voit bien
19:38l'importance de l'éthique
19:40et des questions
19:40de déontologie
19:41pour différencier
19:41ce qui est
19:42un simple citoyen
19:43qui s'exprime
19:44sur les réseaux,
19:45par exemple,
19:46et ce qui est
19:46un journaliste
19:46qui fait un travail
19:48professionnel
19:48avec un cadre éthique
19:50sur ce qu'on peut faire
19:52ou ce qu'on peut ne pas faire.
19:53Et on parlait
19:54de droits à garantir
19:55pour les journalistes,
19:56comme par exemple
19:57le secret des sources,
19:58mais il y a aussi
19:58les devoirs
19:59que les journalistes
20:00doivent respecter.
20:01C'est pour ça
20:01qu'en 2019,
20:03un conseil de déontologie
20:05en France,
20:06le CDJM,
20:07et qui va étudier
20:08notamment des saisines
20:10lorsque quelqu'un
20:10considère qu'un journaliste,
20:12par exemple un journaliste
20:12de public sénat,
20:13n'a pas bien fait son travail,
20:15n'a pas respecté les règles.
20:16Ou a outrepassé son...
20:16Exactement.
20:17Il y a désormais
20:18un recours possible
20:19auprès du CDJM.
20:21Donc cette articulation
20:21entre droits et devoirs,
20:22elle est essentielle
20:24parce que sinon,
20:24si les journalistes
20:25réclament des droits
20:26mais qu'on ne regarde pas
20:28s'ils respectent leurs devoirs,
20:30eh bien ils perdent en crédibilité
20:31et surtout ils perdent
20:32la confiance du public.
20:33Bien sûr.
20:33En fait,
20:34dans la personnalité,
20:37dans l'action
20:37de Julian Assange,
20:39il y a une ambiguïté
20:40entre le statut
20:41de lanceur d'alerte
20:42et le statut
20:44de journaliste.
20:45Il se place du côté du...
20:47Enfin,
20:47pas du journaliste
20:48parce qu'il n'est pas
20:50dans un collectif,
20:51parce qu'il s'affranchit
20:53d'un certain nombre
20:54de règles,
20:55parce qu'il personnalise
20:57son combat.
20:57Il le dit à un moment,
20:59il pense que sa notoriété
21:01va le protéger.
21:01Il y a une citation
21:03très intéressante
21:04où il dit
21:04« je suis intouchable ».
21:06Après, il rajoute
21:06« pour quelques jours ».
21:07pour quelques jours
21:08et c'est arrogant
21:09de le dire,
21:09mais on voit bien
21:10que c'est ça
21:11qu'il cherche
21:12et dans les consortiums
21:14de journalisme,
21:14on a beaucoup appris
21:15de ça
21:16où il n'y a pas
21:17de personnalisation.
21:19Il n'a pas de distance
21:20par rapport à son sujet
21:22et ça,
21:23je pense que c'est
21:24un enseignement
21:25pour tous les journalistes.
21:26On voit bien
21:27qu'il fait
21:27de son combat
21:29contre Hillary Clinton,
21:30un combat personnel,
21:32un combat politique
21:33et ça,
21:34c'est vraiment
21:34un enseignement
21:35du journaliste.
21:36Dès que vous êtes
21:37impliqué émotionnellement
21:38ou personnellement
21:41dans votre sujet,
21:41la première chose
21:42à faire,
21:43c'est de partir.
21:44Donc,
21:45pour toutes ces raisons-là,
21:46il a franchi
21:47la ligne du journalisme
21:48et ce qui est intéressant,
21:49c'est que ce qu'il a subi,
21:51c'est exactement
21:52ce que subissent
21:53les lanceurs d'alerte.
21:54C'est-à-dire
21:55qu'aujourd'hui,
21:56il faut bien avoir conscience
21:57que le lanceur d'alerte,
21:58aujourd'hui,
22:00subit quasiment seul
22:02les conséquences
22:03de l'alerte qui...
22:04Et là,
22:04vous parlez en France
22:05ou pas ?
22:05Parce qu'on a une loi
22:06quand même
22:06qui est entrée en vigueur
22:08il y a quatre ans
22:09et qui est censée
22:10protéger,
22:11en tout cas,
22:11les lanceurs d'alerte
22:12et qui le fait
22:12de façon assez précise.
22:13Je vais vous dire pourquoi.
22:14Le journaliste,
22:15par son collectif,
22:17est protégé d'abord
22:19par le droit de la presse
22:21qui permet quand même,
22:22même s'il y a eu,
22:23voilà,
22:23que le pouvoir essaye
22:25à chaque fois
22:25de faire des entailles
22:27en ajoutant
22:28un secret des affaires.
22:29Le journaliste,
22:30en termes de droit,
22:32de la diffamation,
22:32est quand même
22:33assez protégé.
22:34Il a sa structure
22:35qu'il protège,
22:36qu'il paye
22:40ses frais juridiques.
22:42Voilà,
22:42il y a des dispositifs
22:43qui ont été mis en place
22:44pour les journalistes indépendants.
22:46Il y a des structures.
22:47Le lanceur d'alerte
22:48se retrouve très seul.
22:49Alors,
22:50il y a une loi,
22:51en effet,
22:52qui crée un statut.
22:53C'est mieux que rien.
22:54On va voir,
22:54il y a plusieurs...
22:55Il est interdit
22:56d'obliger ou d'inciter
22:57le lanceur d'alerte
22:57à renoncer à ce statut.
22:59Il est interdit
22:59de faire subir
23:00des représailles
23:00en lien avec l'alerte.
23:01Le lanceur d'alerte
23:02est protégé
23:03contre certaines actions
23:04qui le mettraient en cause.
23:05Le lanceur d'alerte
23:05peut bénéficier
23:06d'un soutien financier
23:07ou psychologique.
23:08Il y a des choses
23:08qui ont été faites
23:09pour le lanceur d'alerte.
23:10Juste pour finir,
23:10celui qui subit
23:11le plus la pression,
23:12c'est vraiment
23:13le lanceur d'alerte.
23:14Et la figure
23:15de Julian Assange,
23:16elle est exactement
23:17au milieu.
23:18C'est bien pour ça,
23:19comme on l'a dit
23:20au début,
23:21que dans sa carrière,
23:22il passe de lanceur d'alerte,
23:24la notion n'existait pas encore,
23:26à journaliste
23:27parce qu'il a bien compris
23:28que la profession
23:29offrait des garde-fous
23:30supplémentaires.
23:31Et des protections.
23:32Vous pensez
23:32qu'il faut faire évoluer
23:34la loi concernant
23:35la protection
23:36des lanceurs d'alerte
23:36et j'allais dire aussi
23:37la protection
23:37des sources des journalistes.
23:39Certainement
23:39parce que la société
23:40elle-même a beaucoup évolué.
23:42Il y a un mot
23:42qu'on n'a pas encore prononcé ici
23:43qui est apparu
23:45il y a peut-être
23:45une quinzaine d'années,
23:47c'est fake news.
23:49Nos journalistes,
23:51j'ai beaucoup aimé
23:52le journaliste citoyen,
23:53c'est quasiment un pléonasme.
23:56C'est quasiment un pléonasme
23:57mais en fait,
23:58vous avez beaucoup parlé
23:59d'intérêt général
23:59mais le problème
24:00c'est qu'on n'a pas tous
24:01forcément la même notion
24:02de ce qu'est
24:03l'intérêt général.
24:04Ce qui est intéressant aussi
24:05dans ce passionnant documentaire,
24:08c'est que
24:09c'est dans la deuxième partie
24:10lorsqu'on parle
24:10de la jeunesse
24:11de Julian Assange
24:12et donc de sa mère
24:14qui était
24:14une écologiste militante
24:17avec une notion
24:18du bien et du mal
24:19qui est visiblement
24:21très ancrée
24:22chez ce personnage
24:23et effectivement
24:24peut-être qu'aujourd'hui
24:25nous avons besoin
24:26encore plus qu'hier
24:28de nous attacher
24:30à baser
24:32nos relations sociales,
24:34l'organisation de nos sociales
24:35sur la vérité,
24:36entre guillemets.
24:37Sauf que
24:38c'est de plus en plus compliqué
24:40avec la possibilité
24:42de présenter
24:43des vérités
24:44tout à fait alternatives,
24:45etc.
24:46et que les lanceurs
24:47d'alerte
24:48effectivement
24:48ils ont un rôle clé,
24:49les journalistes
24:50ont un rôle clé.
24:50Est-ce que la loi
24:51aujourd'hui
24:52les protège suffisamment ?
24:54Évidemment non.
24:55En même temps,
24:57ayons la modestie
24:58d'avouer que
25:00légiférer
25:00sur ces problématiques-là
25:01est très compliqué,
25:03secret des données
25:04d'un côté,
25:05secret des sources,
25:06secret défense
25:06qu'on ne peut pas
25:08balayer.
25:09Exactement.
25:10On ne peut pas
25:10les balayer
25:11et ce depuis
25:12la nuit des temps.
25:13Donc c'est des sujets
25:14passionnants.
25:14Peut-être qu'on n'y réfléchit
25:16pas assez quand même.
25:17Parce que Wikileaks
25:18c'était il y a près de 20 ans,
25:19c'est en 2008
25:20que Julian Assange
25:21publie les vidéos
25:22de l'armée américaine
25:23tuant des civils
25:23et des journalistes en Irak.
25:25Est-ce qu'aujourd'hui
25:25nous serions sidérés
25:27comme nous l'avons été
25:28à l'époque ?
25:28Pour Julian Assange,
25:29ces images-là
25:30sont maintenant
25:30quasi quotidiennes
25:32en direct
25:33sur les réseaux sociaux.
25:34Écoutez.
26:10Alors c'est intéressant
26:11parce qu'il semble grave,
26:12solennel,
26:13très inquiet.
26:13En même temps,
26:14j'ai envie de dire
26:15c'est Wikileaks
26:15qui a fait des petits.
26:16C'est-à-dire que
26:17ce qui se passe aujourd'hui,
26:18ce que tout le monde
26:19fait un peu
26:19sur les réseaux sociaux,
26:20c'est d'être un peu
26:21le lanceur d'alerte
26:22du moment
26:22et de faire du Wikileaks
26:24tous les jours.
26:25Non, c'est pas ça
26:25qui se passe aujourd'hui.
26:26C'est pas lui
26:27qui a aussi ouvert
26:27cette voie-là ?
26:28C'est aussi
26:29les possibilités technologiques
26:30qui font que tout le monde
26:31peut d'une façon
26:32ou d'une autre
26:33avec tous les canaux
26:33qu'on a,
26:34avec ces petites machines
26:35diffusées.
26:36Ce qui était son cas
26:36il y a 20 ans.
26:37Il a eu accès
26:37à un canail.
26:38Avec quand même
26:39ce bémol
26:40que tout le monde
26:40peut aussi diffuser
26:41n'importe quoi
26:42et tous les plus grands mensonges
26:43et l'intelligence artificielle
26:45est un drame absolu
26:45à ce sujet.
26:46Et altérer notre rapport
26:47à la vérité.
26:48Jean-Marie Charon ?
26:49Oui, parce que
26:49si vous prenez
26:50l'exemple qu'il prend
26:52par exemple de l'Ukraine,
26:54si je...
26:54Moi, je ne suis pas mal
26:55effectivement
26:56ce qui se dit
26:57de l'Ukraine
26:57sur les réseaux sociaux.
27:00Tous les jours,
27:02les Russes gagnent,
27:03tous les jours,
27:03les Ukrainiens gagnent.
27:04Exactement.
27:05Ça va dans tous les sens.
27:06Les drones sont omniprésents
27:07mais on voit rarement
27:09les morts.
27:10On a des...
27:11On occulte un peu.
27:13Donc, en fait,
27:14il y a au contraire
27:14je pense que les réseaux sociaux
27:16autant là
27:18le caractère exceptionnel
27:19de documents
27:21qu'on pouvait difficilement
27:22mettre en cause
27:23ou en tout cas
27:23on avait l'impression
27:24qu'on ne pouvait pas
27:25les mettre en cause
27:26autant aujourd'hui
27:27on est devenu
27:27on est dans une zone de flou
27:29où on s'interroge
27:30en permanence
27:31sur la nature
27:31des documents
27:32auxquels on a affaire.
27:33et d'ailleurs
27:33d'où le rôle
27:34très important
27:35de gens comme Yann
27:36qui ont un background
27:39technologique
27:40qui vont analyser
27:42ces documents-là.
27:43Je pense que d'ailleurs
27:45dans les collectifs
27:46de journalistes
27:47dans les consortiums
27:48de journalistes d'investigation
27:49dont on parlait
27:50tout à l'heure
27:51il y a tout un background
27:55de compétences
27:56qui s'est progressivement
27:58développé.
27:58il y a des protocoles
28:00d'analyse des documents
28:01qui font qu'on n'est pas
28:02on ne se contente pas
28:03je dirais
28:04de sortir des documents
28:04on les met en perspective
28:06on les vérifie
28:08on les contextualise
28:09oui on les contextualise
28:11c'est tout ça le travail
28:12d'un journaliste
28:13pour revenir
28:13la différence
28:14entre le lanceur d'alerte
28:15et le journaliste
28:15oui sauf qu'on a l'impression
28:16que les gens préfèrent
28:16de la matière brute
28:17plutôt que de l'analyse
28:18d'ailleurs
28:19Jean-Marie a raison
28:20de mettre en avant
28:22ce côté collectif
28:23et ces collaborations
28:23qu'il peut y avoir
28:24entre différents métiers
28:25notamment ceux
28:26qui ont des profils techniques
28:27qui ont pris du poids
28:29dans les rédactions
28:29parce qu'ils sont capables
28:30d'explorer
28:31de grosses quantités
28:32de données
28:33et de faire des synthèses
28:34et puis de produire
28:35des choses
28:35avec des journalistes
28:37qui ont des profils
28:37plus traditionnels
28:38qui font des interviews
28:39et des reportages
28:40mais moi quand même
28:42sur ce débat
28:42sur effectivement
28:43la montée des fake news
28:44les tentatives
28:45de manipulation
28:46de l'information
28:46et l'arrivée de l'IA
28:47l'arrivée de l'IA
28:48j'ai l'impression
28:49que les journalistes
28:49sont quand même
28:50un peu dans la déploration
28:51en disant
28:52mon dieu le monde
28:53c'est vrai que c'est
28:54un peu angoissant
28:55de voir que des gens
28:56parfois suivent
28:57ou croient
28:58des bêtises
28:59qui circulent
29:00sur les réseaux
29:01mais il manque peut-être
29:02une réaction collective
29:03pour dire
29:04mettons davantage en avant
29:05le journalisme de qualité
29:07le vrai
29:07qu'on est capable
29:08nous
29:08de traiter
29:10encore faut-il
29:11que les gens aient confiance
29:12dans les journalistes
29:13soyons plus prudents
29:15dans la manière
29:15dont on fait ce travail
29:17peut-être aussi
29:18dans les pratiques professionnelles
29:19donner moins de place
29:21aux commentaires
29:21et un peu plus
29:22au rappel
29:23au récit des faits
29:24voilà
29:25on sait qu'il y a
29:26une commentarisation
29:27aussi
29:27des médias
29:29bref
29:29balayons un peu
29:30devant notre porte
29:32posons-nous
29:32des questions éthiques
29:33soutenant l'action
29:35c'est bien
29:36vous ouvrez
29:36le cercle des conclusions
29:37là justement
29:38ça va être intéressant
29:39mais sinon
29:40on est tout le temps
29:40en train de rejeter
29:41la faute
29:41c'est vrai
29:41le rôle des plateformes
29:43comme Google
29:43comme Facebook
29:43c'est important
29:44la précarisation
29:45que Jean-Marie mesure
29:46avec soin chaque année
29:47c'est évidemment
29:48très important
29:49les pressions
29:50du pouvoir
29:51des pouvoirs économiques
29:52politiques
29:52je ne remets pas ça
29:53en cause
29:54ce sont des contraintes
29:56très fortes
29:56sur le travail journalistique
29:57mais il reste quand même
29:58une liberté d'action
29:59et la possibilité
30:00de s'améliorer
30:01pour aussi regagner
30:02un peu la confiance
30:03du public
30:03on ne peut pas tout le temps
30:04rejeter la faute
30:05sur l'environnement
30:06sur les contextes
30:07sur la structure
30:07alors votre conclusion
30:08Caroline Michel-Aiguille
30:09au-delà de ce qu'on vient
30:11de dire qui est très important
30:13mon sentiment
30:13avec Julian Assange
30:14là
30:15pose une question politique
30:16j'ai l'impression
30:17qu'il dit à ce moment-là
30:19qu'il dresse un constat d'échec
30:20il avait sa naïveté
30:23son idéalisme
30:24d'activisme
30:25d'activisme
30:26pensant que plus
30:27de transparence
30:29entraînerait
30:30le pouvoir politique
30:31à en tirer
30:31les enseignements
30:32et à améliorer
30:33ses pratiques
30:34or ce que tout journaliste
30:36d'investigation
30:37constate malheureusement
30:39et ça pose constamment
30:40des questions
30:41c'est que plus
30:42vous révélez
30:43de complots
30:44plus à un certain moment
30:46vous courez le risque
30:47d'alimenter
30:49le complotisme
30:50et ça c'est une question
30:52et de faire perdre confiance
30:53encore plus
30:53et de faire perdre confiance
30:55dans les institutions
30:56et d'alimenter
30:58le populisme
30:59les extrémistes
31:00ça c'est des questions
31:01auxquelles moi
31:02je suis confrontée
31:03depuis 25 ans
31:05pour avoir vu
31:06un certain nombre
31:06de choses
31:07que j'ai pu écrire
31:08ou révéler
31:09presque à regretter
31:09de les avoir révélées
31:10alors ça pose
31:11moi je considère
31:12je ne suis pas militante
31:14et que ma mission
31:16est d'avoir confiance
31:17dans les citoyens
31:18donc avec
31:19toutes les gardes fous
31:21qu'on peut
31:22qu'on a dressé
31:23c'est-à-dire
31:23l'appareillage
31:24faire attention
31:25voilà
31:26je pense que
31:27toutes les informations
31:29vérifiées
31:30sont bonnes
31:31à être révélées
31:31quoi qu'il arrive
31:33pour moi
31:34la question
31:34elle est politique
31:35c'est-à-dire que
31:36si je vais prendre
31:37une image
31:38vous explosez
31:39l'étoile noire
31:40vous explosez
31:41le système
31:42qui est mis face
31:44à ses propres
31:45contradictions
31:46de mensonges
31:47on verra
31:48que les Etats-Unis
31:49qui ont beaucoup
31:50beaucoup accusé
31:51Julian Assange
31:52d'avoir diffusé
31:53des câbles
31:54sans protéger
31:55les non
31:56ce qui est plus ou moins vrai
31:57d'ailleurs
31:57a fait exactement
31:59la même chose
31:59avec les Epstein Files
32:01donc
32:02le problème
32:04c'est que
32:04le système politique
32:06doit être capable
32:07de se réorganiser
32:09avec
32:10cette nouvelle pression
32:12de l'opinion
32:12politique
32:13de l'opinion publique
32:14et de proposer
32:16autre chose
32:17que
32:17soit un populisme
32:19primaire
32:20soit un système
32:21de défense
32:22qui est de
32:23remettre des contraintes
32:25remettre des
32:25secrets des sources
32:26etc
32:26et aujourd'hui
32:28je ne vois pas
32:29le système politique
32:30qui sait
32:30très peu
32:31s'affirmer
32:33qui s'est adapté
32:34à ces nouvelles règles
32:35qui soit inclusif
32:36avec un citoyen
32:37actif
32:38qui a accès
32:39à plus d'informations
32:40et qui puisse
32:42fonctionner comme ça
32:43j'ai l'espoir
32:44que nous sommes
32:45dans un moment
32:46de crise
32:47ou transitoire
32:48charnière
32:49charnière
32:50et qu'on va arriver
32:51à autre chose
32:52mais parce que sinon
32:53j'arrête mon métier
32:55mais non
32:56gardons espoir
32:57vous avez de l'espoir
32:58Olivier Paco ?
32:59il faut toujours en avoir
33:00pour moi
33:01une démocratie
33:02on y est tellement
33:03attaché
33:03à besoin
33:04d'une liberté
33:06de l'information
33:06c'est une évidence
33:08mais aujourd'hui
33:09de plus en plus
33:09une vérité
33:10de l'information
33:12et l'enjeu
33:13il est très fort
33:14avec cette avalanche
33:16d'images
33:17qui nous tombent dessus
33:18l'image est de plus en plus
33:20une arme
33:21une arme
33:22je vais vous prendre
33:23un seul exemple
33:24moi qui m'a profondément
33:25marqué ici
33:25fin 2023
33:27à quelques mètres de là
33:28dans la salle Médicis
33:29on a eu la diffusion
33:30du film
33:32des massacres
33:33du 7 octobre
33:35des images
33:35qui avaient été tournées
33:36par le Hamas
33:38eux-mêmes
33:39c'est eux
33:39qui avaient
33:40pris ces images
33:41et qui les avaient diffusées
33:4475 ans avant
33:45les nazis
33:45ne filmaient pas
33:46leurs horreurs
33:47aujourd'hui
33:48on les filme
33:48on les diffuse
33:49non non
33:50ils ne les filmaient pas
33:50on a dû reconstituer
33:52des choses
33:52on a des images
33:52de camps de concentration
33:53mais voilà
33:53qu'on a dû reconstituer
33:55et c'est là que
33:56il y a beaucoup de photos
33:58quelques photos
33:59il y a très peu de choses
34:01malheureusement
34:01surtout sur la Shoah Parballe
34:02malheureusement
34:03il y a trop peu de choses
34:03mais là
34:05l'image est vraiment une arme
34:06et c'est là que les journalistes
34:08ont un travail
34:08effectivement
34:09le filtre
34:11entre guillemets
34:11pédagogue
34:12qui est essentiel
34:14à faire
34:15et qui malheureusement
34:17ne l'est pas toujours
34:18voilà
34:18Jean-Marie Charon
34:20pour conclure
34:20alors écoutez moi
34:21ce que suggère
34:22cette discussion
34:23c'est qu'on est dans une période
34:25d'information de flux
34:26on a une information
34:28d'instantanéité
34:29de rapidité
34:30etc
34:30ce que nous montre
34:31tout ce débat
34:32c'est au contraire
34:33qu'on a besoin de temps
34:34qu'on a besoin de profondeur
34:37l'investigation
34:38ça se fait dans la durée
34:39et ça se fait
34:39avec des moyens importants
34:41et puis toute la discussion
34:42qu'on a autour
34:43de la perception du public
34:44ça nous renvoie
34:45à un énorme dossier
34:47sur lequel on balbutie
34:49depuis très longtemps
34:49qu'est l'éducation
34:50des médias
34:50et l'information
34:51moi j'étais
34:52pendant une vingtaine
34:53d'années au Clémy
34:54au comité d'orientation
34:56du Clémy
34:57et on a vu
34:58péniblement
34:59les choses un peu évoluer
35:00dans les écoles
35:00etc
35:01oui mais quid des citoyens
35:03quid de ceux
35:04qui sont sortis de l'école
35:05depuis très longtemps
35:06et qui voient
35:07un système d'information
35:08qui se transforme
35:09complètement sous leurs yeux
35:10qui s'informent
35:11par les réseaux sociaux
35:12pour beaucoup d'entre eux
35:13etc
35:13et donc il y a
35:15cette espèce d'enjeu
35:16aujourd'hui autour de ça
35:17comment ?
35:18il faut éduquer les seniors
35:19aussi
35:19oui c'est ça
35:20c'est ce que je viens de dire
35:21un sujet passionnant
35:22sur lequel on ne
35:23on pourrait ne pas s'arrêter
35:24mais on va devoir s'arrêter
35:25merci
35:26merci beaucoup
35:27à tous les quatre
35:28d'avoir participé
35:29à cet échange
35:29merci à vous
35:30de nous avoir suivis
35:30comme chaque semaine
35:31émissions et documentaires
35:32à retrouver en plateforme
35:33en replay
35:35sur notre plateforme
35:36publicsénat.fr
35:37à très vite
35:37merci
35:38merci à vous
35:41merci à vous
35:54merci à vous
Commentaires