- il y a 10 heures
« Au bonheur des livres » reçoit cette semaine deux écrivains largement confirmés, qui l'un et l'autre nous invitent à voyager dans le temps comme dans l'espace : Lionel Duroy pour « Une journée dans la vie de Maria Ivanova » (Ed. Flammarion) et Jérôme Ferrari pour « Très brève théorie de l'enfer » (Ed. Actes Sud).Le premier nous propose en effet une intrigue qui nous conduit vers l'Est de l'Europe à travers le destin d'un beau personnage de femme, une héroïne moldave dans un pays tenté par la nostalgie soviétique...Le second, dont on sait l'attachement à sa Corse natale, dont il a fait le territoire contrasté de divers récits, s'aventure cette fois du côté d'Alger et d'Abou Dhabi, pour interroger la question contemporaine de l'altérité, fort de son expérience personnelle de professeur de philosophie naguère expatrié.C'est donc à une possible conversation de géopolitique littéraire que nous convie Claire Chazal en compagnie de deux romanciers attentifs à l'évolution de notre monde. Année de Production :
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00:00– Sous-titrage Société Radio-Canada
00:30et de connaître, ou de mieux connaître, bien sûr, leurs auteurs.
00:34Alors aujourd'hui, deux excellents romanciers
00:36qui ne portent pas vraiment l'un et l'autre,
00:38j'allais dire une vision rassérénante du monde,
00:41mais qui est toujours lucide et sincère.
00:44Leurs deux livres font plutôt l'inventaire du malheur,
00:49des déshérités, qu'ils se trouvent d'ailleurs dans les pays de l'Est,
00:53pour l'un, ou dans les pays plus au Sud ou au Moyen-Orient, pour l'autre.
00:57Et ils nous font réfléchir en tout cas sur l'histoire de l'humanité,
01:01sur notre histoire, en s'impliquant eux-mêmes,
01:03parce qu'il y a beaucoup d'eux-mêmes dans ces récits,
01:05qui sont d'ailleurs, je le dis au passage,
01:07d'une très grande beauté et beaucoup d'émotions.
01:09Lionel Duroy, d'abord, nous emmène en Moldavie,
01:11dans une journée dans la vie de Maria Ivanova,
01:15c'est chez Flammarion.
01:16Et vous, Jérôme Ferrari, vous nous en dites beaucoup
01:20sur les difficultés, même la douleur de l'expatriation,
01:25quelle qu'elle soit, dans un livre très prenant
01:29qui s'appelle « Très brève théorie de l'enfer »,
01:32c'est aux éditions Actes Sud.
01:34Alors, bien sûr, d'abord, merci infiniment de venir nous voir.
01:37Vos livres, j'ai essayé de le dire, je pense,
01:39ont une tonalité proche et s'intéressent aux mêmes choses,
01:44pour dire rapidement, au malheur du monde,
01:47ou en tout cas à ceux qui sont dans la difficulté.
01:50Et ça nous a intéressés pour cela.
01:52Il y a bien sûr, l'un et l'autre, chez l'un et l'autre,
01:54un ancrage géographique qui va aussi,
01:56sur lequel vous allez vous expliquer,
01:59qui est donc bien différent, vous l'avez compris.
02:01Lionel Duroy, d'abord, je rappelle que vous êtes journaliste
02:03et écrivain, vous avez écrit de nombreux romans,
02:06souvent autobiographiques.
02:06Vous avez reçu le Renaud d'Eau des lycéens en 2012
02:09pour « L'hiver des hommes ».
02:10Dans une journée dans la vie de Maria Ivanova,
02:15alors là, nous partons pour la Moldavie,
02:17c'est un jour d'élection présidentielle.
02:20Nous sommes en le 20 octobre 2024.
02:23Et là, vous allez, alors c'est d'une certaine façon,
02:26donc un référendum sur l'entrée de ce pays dans l'Europe,
02:30puisque c'est l'enjeu de la question.
02:33Et vous allez, donc la présidente en titre,
02:38c'est Maya Sandou, et elle remet son titre en jeu,
02:40et elle, elle est pour la présence de la Moldavie dans l'Europe.
02:44C'est intéressant d'ailleurs d'en parler,
02:46puisque la Hongrie vient de nous montrer
02:47que c'est un thème, évidemment, qui nous concerne directement.
02:51Absolument.
02:52Donc, j'allais dire, heureusement,
02:53la Hongrie a fait le choix aussi de l'Europe,
02:55comme d'ailleurs, enfin, on ne va pas le révéler,
02:58parce que c'est aussi un des suspens du livre,
03:00puisqu'il se déroule le jour de l'élection.
03:02Alors, on suit cette Maria,
03:04elle, elle est directrice d'un mensuel culturel
03:06dans la capitale moldave, c'est ça.
03:08Elle part avec sa fille de 6 ans,
03:10qu'elle élève toute seule, dans sa ville natale,
03:12tout simplement pour voter.
03:14Et elle va retrouver sa famille.
03:17Elle est aussi un écrivain qui l'accompagne,
03:20qui s'appelle Marc Orban.
03:23Alors, il y a des photos.
03:24Alors, autant dire qu'on vous aperçoit sur ces photos,
03:27Lionel Duroy, c'est vous qui accompagne.
03:29Absolument.
03:29Et pourquoi avoir changé le nom ?
03:31C'est une idée d'Alix Penant,
03:33et ça m'a beaucoup plu.
03:33Elle m'a dit,
03:34pourquoi tu ne mets pas tes photos de travail dans ton livre ?
03:37Moi, à la place des carnets de notes,
03:39maintenant, je fais des photos.
03:40Mais ça fait longtemps,
03:40quand j'écrivais Eugénia, c'était pareil.
03:43Ça va très vite.
03:45Partout où vous passez, on fait des photos.
03:48Et donc, ça me sert, en fait, de carnets de notes.
03:50Et quand j'écris, j'ai 500 photos
03:51de tous les lieux, des personnages qui parlent, etc.
03:56Et ça me passionne.
03:57Et ça vous aide à écrire, bien sûr,
03:58parce que je ne comprends plus des choses.
03:59Voilà. Alors, je comprends votre question,
04:01parce que tout d'un coup, c'est un roman,
04:02et il y a des photos des personnes que je rencontre,
04:06de Maria, qui a souhaité garder son nom.
04:09Oui, d'accord.
04:10Et le livre a démarré comme ça, en fait.
04:12J'ai passé tout l'automne là-bas.
04:13Je pensais faire un roman autour de Maya Sandou,
04:16que j'aime beaucoup, la présidente.
04:17Qui est donc la présidente de la Moldavie.
04:19Voilà.
04:20Et qui allait remettre son titre en jeu,
04:21comme vous l'avez dit.
04:22On ne savait pas si elle allait être réélue.
04:25Moscou est très présent tout le temps à Kishino,
04:27la capitale, et dans les campagnes,
04:29avec des influenceurs.
04:31C'est même assez dangereux.
04:33La présidente Maya Sandou me disait
04:34qu'elle est à peu près menacée de mort
04:36une fois par semaine, quand même,
04:37par un envoyé de Poutine.
04:39Donc, c'est un pays très violent,
04:41très dangereux.
04:43Et au départ, je m'étais dit,
04:45je vais construire un roman autour de cette femme
04:47que j'aime beaucoup.
04:48On s'était écrit, etc.
04:49Oui, vous l'aviez quand même rencontrée.
04:51Oui, je l'ai rencontrée.
04:52D'accord.
04:52Parce que, il faut repréciser,
04:54Clonel Durand, on va en reparler,
04:56écrit beaucoup sur l'Est,
04:57sur ces pays-là, la Roumanie,
05:02la Shoah, le nazisme.
05:04Moi, ça fait 15 ans que je suis tout le temps
05:06en Roumanie, en Moldavie, en Ukraine.
05:08Vous êtes par là.
05:08On ne sait pas très bien pourquoi.
05:10Je peux vous dire,
05:12moi, j'ai découvert l'Europe coupée en deux par un mur.
05:15Oui.
05:16Et donc, dès l'âge de 19 ans,
05:19je suis allé de l'autre côté du mur.
05:21Tout simplement.
05:22Pour comprendre qui étaient ces gens
05:23qu'on enfermait,
05:25il faut quand même se rendre compte
05:27que Berlin-Ouest, à l'époque,
05:28avait construit des miradors
05:30pour qu'on puisse regarder
05:31de l'autre côté du mur
05:32les malheureuses Allemands de l'Est.
05:34Donc, je demandais un visa pour la journée,
05:36j'allais de l'autre côté.
05:37Et après, je n'ai plus cessé d'y aller.
05:39Et vous avez continué à y aller.
05:40Je ne vous demande pas,
05:41Jean-Marie Ferrer,
05:41si vous avez été un jour attiré
05:43par ces pays de l'Est.
05:44Si, évidemment.
05:45Oui, oui, oui.
05:46Moi, je les ai découverts assez tard,
05:48mais dans un roman que j'avais fait en 2018,
05:51l'ex-Yougoslavie jouait un grand rôle.
05:54Et j'y avais été pour rencontrer...
05:57J'ai été en Serbie plusieurs fois
05:58et j'ai rencontré pour rencontrer des gens
06:00qui avaient fait la guerre
06:01pour me documenter à son image.
06:03Bien sûr.
06:04Donc, voilà.
06:05Mais évidemment, nous aussi,
06:06nous nous intéressons à nos voisins de l'Est
06:09et principalement aujourd'hui,
06:10bien sûr, avec cette guerre en Ukraine,
06:11on ne peut pas s'y intéresser.
06:13Alors, ce qui était déchirant
06:14dans ce portrait de Maria,
06:17c'est qu'elle va retrouver sa famille
06:19qui, elle, est plutôt,
06:20j'allais dire, conservatrice, en tout cas,
06:22qui est plutôt pour rester hors dehors de l'Europe,
06:25qui a une espèce de nostalgie du communisme,
06:27il faut bien le dire,
06:28et qu'on sent que l'un et l'autre
06:31jouent sa vie
06:32ou pensent jouer sa vie
06:34en votant pour l'un ou l'autre des candidats.
06:36Jouent sa vie.
06:36Jouent sa vie.
06:39Les paysans en Moldavie
06:42rêvent d'un retour de l'URSS
06:44et rêvent que Poutine va envahir le pays.
06:47Donc, on arrive à un paradoxe
06:49qui est absolument dramatique.
06:50C'est-à-dire, les intellectuels comme Maria,
06:5330 ans, 35 ans à peu près,
06:55rêvent d'entrer dans l'Union européenne
06:58et leurs parents rêvent que le pays
07:00soit pris par Poutine.
07:02Et chacun, là, joue sa vie.
07:04Parce que je vois le père de Maria
07:06qui est très conscient
07:07que si, en effet, son rêve se réalise,
07:10sa fille sera en prison.
07:12– Voilà.
07:12Ou alors, elle sera obligée de quitter le pays.
07:14– Voilà.
07:15Soit quitter le pays,
07:16soit être emprisonnée.
07:17Elle dirige quand même
07:18le journal culturel de Kishino.
07:20– Bien sûr.
07:22C'est aussi, d'ailleurs, on peut le dire,
07:24Lionel Durand,
07:24un combat entre la capitale évoluée
07:26et la campagne.
07:28– Un combat à mort.
07:29– Voilà.
07:29– Quand vous êtes en Gagauzi,
07:31qui est le sud de la Moldavie,
07:33ils ne parlent volontairement que le russe,
07:35ils ne parlent même pas le roumain.
07:37Et ils ont la nostalgie de Brezhnev.
07:40Et donc, ils me montrent des photos
07:42de l'arrivée des premiers réfrigérateurs,
07:44de la première voiture.
07:46Et c'est très intéressant.
07:47Il faut vraiment les écouter.
07:48Parce qu'ils disent,
07:50du temps des communistes,
07:51il n'y avait pas de clochard.
07:53On obéissait.
07:54Et à condition d'obéir,
07:56on avait tout ce qu'il fallait.
07:58Et je dis,
07:59oui, mais vous n'avez pas la liberté.
08:01Il dit,
08:01qu'est-ce qu'on en a à faire de la liberté ?
08:03– Parce qu'on mangeait à notre faim.
08:04– On mangeait à notre faim.
08:06Après, j'ai travaillé, moi,
08:07dans la gare de Quichino,
08:08avec les clochards qui dorment par terre.
08:12Et les clochards,
08:12ils regrettent l'URSS.
08:14Il n'y avait pas de clochard
08:15du temps des communistes.
08:16Même si vous aviez un métier
08:18comme balayeur
08:19qui ne servait presque à rien,
08:20vous aviez un salaire
08:22et un logement.
08:23Aujourd'hui, ils sont dans la rue.
08:24Donc, quand ils parlent de l'Union européenne,
08:27ils disent,
08:28c'est très violent chez vous.
08:30Et donc,
08:32ce sera une autre génération
08:34qui pourra s'adapter à l'Union européenne.
08:36Ce n'est pas les gens de 50-60.
08:39C'est trop violent pour eux.
08:40– Oui, mais alors,
08:40c'est toujours la question qui se pose
08:41parce qu'il se passe exactement
08:43la même chose en Russie,
08:44la Russie de Poutine,
08:45qui aussi,
08:46dans sa grande majorité,
08:49a cette nostalgie du communisme.
08:51C'est ce que vous dites.
08:51et regrettent le temps
08:53où il y avait un emploi assuré
08:54pour tout le monde,
08:55un appartement communautaire.
08:57Il y a ce regret.
08:58– Les Roumains l'ont beaucoup.
09:00La Russie,
09:02je ne peux plus y aller.
09:03Donc, je ne sais pas
09:04ce qu'ils pensent aujourd'hui
09:05de la guerre.
09:05– Mais c'est le cas.
09:06C'est le cas.
09:07Les témoignages qu'on peut avoir,
09:09c'est ça.
09:09– Voilà.
09:10Les Roumains aussi
09:11sont vraiment là-dedans.
09:13En disant,
09:13du temps des communistes,
09:14on avait tous un logement,
09:16on n'était pas menacés.
09:17– Mais est-ce qu'on peut comprendre ça,
09:19Jérôme Ferré,
09:19quand nous, on est observateurs,
09:21qu'on se dit qu'effectivement,
09:21ce n'est pas des pays de liberté
09:22et que quand même,
09:24après la chute du mur,
09:25il y en a qui auraient préféré
09:27rester au temps du communisme ?
09:28– Je ne suis pas sûr
09:29qu'ils auraient préféré
09:30rester au temps du communisme
09:31du temps de la chute du mur.
09:33Je pense que le changement brutal
09:36fait en sorte que ce qu'aura fonctionnel
09:37est étonnant pour nous
09:38mais n'est pas complètement illogique.
09:40C'est parfaitement intelligible
09:43même si c'est difficile à comprendre.
09:47– Oui, parce que nous,
09:48on aspire à la liberté,
09:49on ne se dit pas que…
09:50– Mais c'est ça,
09:51ce concept de liberté,
09:52c'est très Union européenne.
09:54Mais eux, ça les fait rire,
09:56le concept de…
09:56Et le concept aussi,
09:58vous pouvez avoir accès
09:59à tous les livres.
10:00Il dit,
10:00qu'est-ce que j'en ai à faire des livres ?
10:02Qu'est-ce que j'en ai à faire
10:03de votre liberté ?
10:04J'ai huit vaches,
10:05je n'arrive même pas à survivre.
10:07Et je jette mon lait au fossé
10:08parce qu'on n'en veut pas de mon lait.
10:10Donc votre Europe,
10:11quand elle va venir,
10:13outre que vous changez le sexe des enfants,
10:16que vous avez une sexualité
10:18complètement débridée,
10:19ils disent ça.
10:20– Ah oui.
10:21– Nous, on a une morale
10:23et du temps des communistes,
10:24les gens marchent chez droit.
10:26On n'a pas besoin de la liberté
10:27et on n'a pas besoin de la culture.
10:29On entend ça
10:30et c'est très violent en fait.
10:31C'est très violent pour leurs enfants
10:33qui habitent les villes,
10:34qui habitent la capitale.
10:35– Pour Maria, par exemple.
10:36– Et pour Maria.
10:37– Bien sûr, bien sûr.
10:37Et vous n'aviez pas envie
10:38de parler à ses parents
10:39puisque vous les avez vus.
10:40– J'ai passé beaucoup de temps
10:41avec les parents.
10:42– Et vous ?
10:42– Je les ai même invités en France.
10:44– Oui.
10:44– Et j'ai dit,
10:45je viens vous chercher en voiture,
10:47je réglerai tout,
10:48je veux vous montrer la France,
10:50je vais vous faire faire
10:50le tour de France
10:52et on est en négociation là-dessus.
10:54– Ils n'ont pas encore accepté ?
10:55– Non, parce qu'il me dit
10:56qu'il n'y ait personne
10:57pour s'occuper des vaches.
10:58– Oui.
10:58– Alors à moins de mettre les vaches
11:00en bagage accompagné dans l'avion,
11:02je ne vais pas emmener les vaches.
11:03Moi, j'habite à la campagne,
11:04à la limite,
11:05je pourrais m'occuper des vaches.
11:06– Ils ne seront pas dépaysés,
11:07ils ne seront peut-être pas mal.
11:08– Voilà, mais moi,
11:08je voudrais vraiment
11:09leur montrer la France.
11:10– Oui, bien sûr.
11:11– Et Maria est pour,
11:12ça la faisait rire au début,
11:13elle n'y croyait pas,
11:14mais je suis en négociation
11:15et je vais les faire venir.
11:16– Et on espère bien
11:17que vous nous raconterez tout ça,
11:18mais est-ce que cette Moldavie
11:19de Maya Sandou,
11:20elle ne se porte pas trop mal ?
11:21Enfin, je ne parle pas de…
11:24– Elle cristallise
11:25tout ce qui nous inquiète
11:27en ce moment.
11:28– Oui.
11:28– Le basculement
11:30vers la dictature,
11:31parce que la dictature,
11:32c'est reposant, en fait.
11:34Quand vous êtes…
11:35– Vous voulez dire
11:35qu'elle est menacée,
11:36cette Maya Sandou,
11:37d'être battue la prochaine fois ?
11:38– Non, elle n'est pas menacée
11:39d'être battue,
11:40elle est menacée
11:41d'être assassinée.
11:42– Assassinée.
11:42– Maya Sandou,
11:43c'est extraordinaire,
11:44elle se promène dans la rue,
11:45elle va acheter ses vêtements
11:47dans le magasin
11:48de prêt-à-porter.
11:50On devine que la dame
11:52qui la suit
11:52est sa garde du corps,
11:54mais on n'en est même pas sûr,
11:56et on peut boire un verre
11:57avec elle
11:57à la terrasse du café.
12:00Donc, on se dit souvent,
12:01le jour où Poutine
12:02ne veut se débarrasser d'elle,
12:03ce n'est pas compliqué.
12:04– Bien sûr.
12:05Donc, c'est un pays
12:06qui demande à rentrer
12:07dans l'Union européenne,
12:08bien sûr,
12:09grâce à elle d'ailleurs,
12:11mais qui ne va pas forcément
12:12y rentrer,
12:12il y a évidemment
12:13des tas de critères.
12:14– Non, mais là,
12:14il y a vraiment une urgence.
12:15– Mais là, il y a une urgence.
12:16– Je trouve que l'Europe
12:17devrait faire un effort,
12:18c'est un petit pays,
12:19il y a un million et demi
12:20seulement d'habitants
12:21à l'intérieur,
12:22un million en diaspora,
12:24ce ne serait pas considérable
12:26de l'inclure dans l'Europe,
12:28c'est très pauvre,
12:29mais ce ne serait pas considérable
12:30et ça sauverait la Moldavie.
12:34Poutine attend de prendre Odessa
12:36pour prendre la Moldavie,
12:37j'avais eu tout le plan
12:39du débarquement.
12:39– Il faut aussi le rappeler,
12:41il y a aussi un double danger.
12:43– Dès qu'il a Odessa,
12:44il entre en Moldavie,
12:45il n'y a pas d'armée en Moldavie,
12:47il prend la Moldavie en deux jours.
12:48– En deux jours.
12:49Alors vous, Jérôme Faharion,
12:51on va plus au sud avec vous
12:52et peut-être plus vers le Moyen-Orient aussi,
12:54je rappelle que vous êtes
12:55professeur de philosophie,
12:57bien sûr très attaché à la Corse,
12:59vous avez enseigné,
13:01vous avez écrit aussi dessus,
13:03et aujourd'hui donc je précise
13:04que vous enseignez en Hippocaine
13:06à Paris, au lycée Voltaire.
13:09Pris grand cours en 2012
13:10pour le serment sur la chute de Rome.
13:12Alors après Nord-Sentinel en 2024,
13:14où là vous parliez des fractures
13:16finalement de la société de Lille,
13:17de la société corse,
13:19ça c'est un deuxième volet
13:21d'un triptyque, je crois,
13:22qui doit…
13:23– Exactement.
13:23– En attendant qu'un troisième roman,
13:25ce triptyque a pour titre
13:26« Contes de l'indigène et du voyageur »,
13:29c'est cela.
13:29Et donc ce deuxième volet
13:30s'appelle « Très brève théorie de l'enfer ».
13:33Ça vous fait un peu peur
13:34quand on lit le titre.
13:36Donc je le disais en introduction,
13:38ça lit encore une fois,
13:39puisque c'est votre souci aussi,
13:42ce sont vos préoccupations
13:44sur les déshérités,
13:46les difficultés de la condition humaine,
13:47la vie des expatriés,
13:48on va en parler.
13:50Mais d'abord,
13:51juste un tout petit mot
13:52sur ce professeur
13:53qui quitte la Corse,
13:54qui va d'abord à Alger,
13:56puis à Abu Dhabi.
13:57Donc c'est un peu vous.
13:59C'est complètement vous.
14:00– Alors, le narrateur partage…
14:02– Le narrateur.
14:03– C'est très biographique avec moi.
14:04– Oui, oui.
14:05– Ce parcours-là,
14:06ça a été le mien,
14:07pas exactement dans les mêmes…
14:08– Ah, tout à fait, dans le voilà.
14:09– Parce que moi,
14:10je suis rentré en France
14:11entre l'Algérie et les Émirats,
14:14mais dans la mesure
14:15où ce roman,
14:17il est né aussi du fait
14:20que moi,
14:21j'ai eu cette expérience-là,
14:23ce n'était pas la peine
14:24de la déguiser.
14:26En même temps,
14:27j'ai des grosses différences,
14:29notamment de jugement sur le monde
14:31avec mon narrateur,
14:32mais cette expérience-là,
14:34je la partage.
14:37– Mais qu'est-ce qui fait
14:37qu'à un moment,
14:38on décide de partir de Corse ?
14:40C'était votre île,
14:41vous y retournez souvent,
14:43vous y êtes très attaché,
14:44qu'on part pour l'Algérie,
14:46qu'est-ce qui fait
14:46qu'on s'expatrie ?
14:48C'est quoi la motivation ?
14:50– Évidemment,
14:51moi, je l'ai vécu
14:52comme un simple désir
14:55de voir le monde,
14:56mais je me rends compte aussi
14:57que je me suis sans doute
14:59inscrit dans une très très longue
15:00tradition,
15:02non seulement familiale,
15:03mais même Corse,
15:04parce que le départ
15:08vers les terres lointaines
15:09est quand même une tradition
15:11qui date du début
15:12du XXe siècle,
15:14et que toutes les familles
15:15de Corse connaissent,
15:16mes deux grands-parents
15:17sont partis,
15:18ma mère est née à Damas,
15:19mon père est né à Rabat,
15:21ils sont partis dans l'armée
15:23et dans l'administration coloniale,
15:25et peut-être après tout
15:26que j'ai un peu,
15:29peut-être parce que j'ai grandi
15:30avec ces objets
15:31qui venaient de loin
15:32et ces souvenirs d'outre-mer,
15:34peut-être que ça a nourri
15:36mon propre désir
15:37de manière plus ou moins inconsciente.
15:39– Bien sûr,
15:39alors c'est ça que vous allez décrire,
15:41avec bien sûr les difficultés
15:43pour les uns et les autres
15:44de s'expatrier,
15:44ce n'est pas forcément facile,
15:48vous allez le décrire
15:49et c'est ce qui fait évidemment
15:50l'intérêt de ce livre
15:51avec beaucoup de lucidité,
15:53vous décrivez deux formes
15:54d'expatriation,
15:55celle du professeur,
15:57bien sûr,
15:57qui est une expatriation voulue,
15:59décidée, volontaire,
16:01et puis celle d'une servante,
16:02enfin qui est une employée de maison
16:05qui elle a quitté,
16:07j'allais dire par nécessité,
16:10son pays,
16:11le Sri Lanka,
16:12pour gagner de l'argent,
16:13pour renvoyer à sa famille.
16:15Je crois savoir
16:16que vous êtes,
16:17pour mieux comprendre ce phénomène
16:19et sa vie à elle,
16:21vous êtes retournée,
16:21après,
16:22avec votre fille,
16:23à Abu Dhabi en 2024,
16:24pour voir comment elle était,
16:26cette jeune femme était devenue.
16:28– C'est ça,
16:28ce n'est pas exactement,
16:30encore une fois,
16:31il n'y a pas un calque,
16:33mais j'aurais jamais eu,
16:33en arrivant aux Émirats,
16:36la première chose qui frappe,
16:38d'abord,
16:38c'est que c'est un pays d'étrangers,
16:40il y a très peu d'Émiratis
16:41et qu'on a l'impression
16:42d'arriver dans une espèce
16:44de tour de Babel énorme
16:46où il y a des gens
16:47de toute origine
16:48et de toute condition sociale
16:50avec des inégalités énormes
16:51et on se retrouve subitement
16:53soi-même propulsé
16:54en haut de l'échelle sociale
16:55à laquelle,
16:55quand on est prof en France,
16:57– Vous êtes l'élite, oui.
16:57– À laquelle,
16:58quand on ne parle pas tout à fait
16:59parce qu'il y a bien au sud,
17:00– Oui, beaucoup plus riche.
17:01– Mais tu as un niveau
17:01de l'échelle sociale
17:02qu'on fréquente de guerre
17:03quand on est prof en France
17:08et quand on a des enfants
17:09et qu'on a besoin de gens
17:10pour les garder,
17:11on va se trouver
17:11avec des jeunes femmes
17:11qui sont la plupart du temps
17:13philippines ou Sri-Lankais
17:14– Bien sûr, oui.
17:16– Voilà, ou éthiopiennes
17:17et quand on est arrivés là-bas,
17:20notre fille était petite
17:21et il y avait une…
17:23– Kavécha.
17:24– Elle s'appellerait,
17:25donc le roman lui est dédié
17:28et c'est quelqu'un
17:29quand on est reparti,
17:30on est toujours resté
17:31en contact avec elle.
17:33Moi, en arrivant aux Émirats,
17:34j'ai immédiatement eu envie
17:37de me documenter
17:38sur les conditions de vie
17:39des travailleurs émigrés,
17:40notamment dans le bâtiment,
17:41mais ce n'était pas envisageable
17:42de faire une enquête sérieuse.
17:45Et pour écrire le roman,
17:47j'y suis retourné,
17:48j'ai rencontré d'autres
17:49travailleurs émigrés,
17:50mais bien sûr,
17:50je me suis entretenu
17:51très très longuement
17:52avec Renouka,
17:53ma fille m'a accompagné
17:55puisque…
17:55– Elle avait des souvenirs
17:56de Sanonou.
17:57– Oui, elle en avait beaucoup
17:58puisqu'on est retourné la voir
17:59plusieurs fois depuis notre retour
18:01et c'est comme ça
18:02que j'ai réuni
18:03tout le matériau réel,
18:05documentaire
18:07qui m'a servi
18:07pour faire le roman
18:08et donc je pense
18:08que j'avais besoin
18:09pour faire le roman
18:10parce que je crois vraiment
18:11que pour rendre compte,
18:13même dans un roman,
18:14surtout dans un roman
18:15peut-être de vie,
18:17de genre réel,
18:18même si c'est sur
18:18un mode fictionnel,
18:20il faut rendre justice
18:21à ce qu'est la réalité
18:22de ces villes-là.
18:23– Il faut faire un peu
18:24le reporter
18:24comme le fait de l'alimentation.
18:25Il faut aller voir les gens.
18:27– Je ne pense vraiment pas
18:27que ce soit le domaine libre
18:28de l'imagination.
18:29– Non.
18:29– Le travail littéraire
18:31est ailleurs.
18:31– Ça enrichit le livre.
18:33– Le travail littéraire
18:33dont je voulais parler
18:34que je trouve très beau.
18:35– Oui.
18:35– Vous avez une façon
18:36de décrire le désert,
18:38de décrire cette ville
18:39avec les tours métalliques,
18:41la lumière et tout ça,
18:43on y est.
18:43Je trouve que c'est vraiment
18:44très beau,
18:45c'est un très beau livre,
18:45très noir.
18:46– Très noir, oui.
18:47C'est-à-dire que ça peut
18:48à la fois être
18:48une lumière aveuglante
18:49et puis un enfer,
18:50enfin, ce qu'on sent
18:51dans le livre.
18:52– Oui, oui, c'est ça.
18:55Il me semble qu'il y a
18:56certaines conditions de vie
18:57là-bas et notamment
18:59celles qui sont inaccessibles,
19:02celles de gens
19:02qu'on ne croise même pas,
19:06qui seraient sans doute
19:07un bon exemple
19:08de ce que peut être
19:09un enfer terrestre.
19:10– Il se trouve que ce livre
19:11est traversé par la notion
19:13de culpabilité de l'expatrié,
19:16vous, enfin, professeur
19:17qui emploie cette jeune femme.
19:22C'est ça qui domine,
19:23je ne sais pas
19:24si c'est ce que vous avez ressenti.
19:25– Ah ben, c'est exactement ça.
19:27La culpabilité,
19:28c'est évidemment
19:28une culpabilité sans remède
19:33et évidemment le thème central
19:34du roman.
19:36Moi, ce qui m'intéresse
19:38et m'effraie un peu aussi,
19:40c'est de se retrouver soi-même
19:42dans des situations
19:43où moralement,
19:44on n'est pas responsable
19:44de grand-chose
19:45parce qu'on n'a rien créé
19:46et où, de par la seule situation
19:48qu'on occupe dans une structure sociale,
19:51on se sent bénéficiaire
19:54d'un privilège indu
19:56et face à une misère
19:58à laquelle on ne peut pas
19:59vraiment apporter de solutions.
20:01– Une grande solitude
20:02de cette femme
20:03qui ne peut pas retourner
20:04dans son pays,
20:05qui a un enfant
20:06qui ne peut pas aller le voir.
20:08Alors, elle n'est pas maltraitée.
20:10Vous, bien évidemment,
20:11ce professeur ne la maltraite pas,
20:13évidemment.
20:13– Non, mais la plupart du temps,
20:14la plupart ne sont pas
20:16spécifiquement maltraités.
20:17mais ce que j'ai constaté
20:19et que je ne savais pas
20:20sur les réalités
20:22de cette immigration-là,
20:23c'est qu'on a des gens
20:25qui partent de chez eux
20:25comme en mission
20:27pour envoyer de l'argent
20:30au pays
20:31et que dans ce voyage
20:32sacrificiel,
20:33ils perdent
20:34ce pourquoi
20:34ils sont partis
20:37en premier lieu.
20:37– Oui, parce qu'ils n'y retournent
20:38– Parce qu'ils n'y retournent
20:39quasiment plus jamais.
20:40– C'est ça.
20:40– Ils abandonnent des enfants
20:42qui ne les connaissent pas.
20:43et cette situation de femme
20:45qui passe sa vie
20:46à élever les enfants des autres
20:47pendant un temps
20:48en plus assez réduit
20:49sur la durée des contrats
20:50de travail
20:51et qui, pour ça,
20:52voit partir les enfants
20:53et qui elle a passé
20:53toutes ses journées
20:54– Oui, donc elle s'attache
20:55et après,
20:55elles sont séparées.
20:56– Et qui les perd à chaque fois
20:57pour, en plus,
20:59ne jamais retrouver
21:00celui qu'elle a laissé.
21:02et ça me paraît
21:04l'essence
21:05d'une situation tragique.
21:06– Ce qui est beau
21:07dans vos deux livres,
21:08finalement,
21:08c'est que vous vous intéressez
21:11l'un et l'autre
21:12à l'autre,
21:13à la différence,
21:15à l'altérité,
21:16que vous regardez,
21:18que vous voulez sciemment
21:19regarder l'autre.
21:20– Ça sûrement.
21:22– Les gens qui ne vivent
21:23pas forcément comme nous.
21:24C'est ça qui est beau.
21:26– Et puis en fait,
21:27les écouter
21:27sans les contredire.
21:29Moi, j'apprends ça
21:29en travaillant.
21:30Je ne sais pas si toi,
21:31c'est pareil.
21:33Mais ce n'est pas intéressant
21:34de dire à quelqu'un
21:35que tu as tort
21:35quand tu penses ça.
21:36Ce qui est intéressant,
21:38c'est de lui laisser
21:38le temps de s'exprimer
21:40pour que sa pensée
21:41soit dans le roman.
21:42On n'est pas là
21:43pour contredire.
21:44Moi, j'ai travaillé
21:45avec des criminels de guerre.
21:46Je ne leur dis pas
21:47que c'est méchant
21:47d'avoir tué les gens.
21:49J'écoute comment quelqu'un
21:50a pu sombrer
21:51et devenir un criminel de guerre.
21:53C'est tout.
21:53Je n'ai aucune envie
21:54d'être juge.
21:55– Moi, ce que dit Lionel,
21:56là, me paraît vraiment
21:58absolument fondamental.
21:59Évidemment,
21:59qu'on porte un jugement moral
22:03sur ce genre de choses.
22:04– Oui.
22:04– Mais le travail
22:06qu'on fait
22:06et que doit faire la littérature
22:08pour prendre en compte
22:09et, comme je le disais,
22:10rendre justice à l'altérité,
22:11c'est de la laisser s'exprimer
22:12et de ne pas parler à sa place
22:13et de ne pas expliquer
22:14ce que les gens doivent penser.
22:15– Exactement.
22:16– Et cette prise en compte
22:18de l'altérité,
22:19moi, ça me paraît vraiment
22:19être une des fonctions possibles,
22:22au moins,
22:22mais parmi les fonctions possibles,
22:24une fonction fondamentale
22:25de la littérature.
22:26– Ça, je trouve ça formidable
22:29parce que par rapport
22:30au journalisme,
22:30on apporte ça.
22:32Nous, on travaille
22:32des mois sur un livre
22:33et on apporte
22:35quelque chose
22:35de plus profond
22:36qu'un journaliste
22:37ne peut pas se permettre
22:38dans l'immédiateté.
22:39– Il y a un aspect
22:40très touchant
22:41dans le livre,
22:42Jérôme Ferrari,
22:43c'est l'aspect sentimental
22:44et le relatif échec
22:46du couple
22:46parce que c'est important aussi.
22:48Ils s'expatrient
22:49avec cette femme
22:49qui est algérienne,
22:51ils l'emmènent,
22:51ils ont un enfant,
22:52mais elle, au fond,
22:53elle ne trouve pas sa place
22:54ou pas moins bien
22:55ou pas de la même façon.
22:56– Pas de la même façon, oui.
22:57– Et donc,
22:58ça va se déliter.
22:59– Oui, oui,
23:00comme le livre
23:01n'est pas franchement
23:02construit sur le suspense,
23:03je peux le dire.
23:04Oui, c'est l'histoire
23:06d'un couple
23:06qui se délite
23:07et de plusieurs personnes,
23:10dont le narrateur
23:11et sa femme,
23:12qui vivent tout près
23:13l'un de l'autre
23:13sans qu'aucun chemin
23:15ne les mène
23:16l'un vers l'autre
23:16et qui se perdent
23:18de manière à peu près inexorable.
23:19– Et pourtant,
23:20ils se sont découverts
23:21en Algérie,
23:22ils se sont aimés,
23:23ils étaient différents,
23:24mais ils se sont attirés
23:25pour ça.
23:27– Oui, oui,
23:28mais peut-être que,
23:30alors,
23:30ce n'est pas des choses
23:31qu'on construit consciemment
23:33dans le roman,
23:33mais peut-être que
23:34les motivations
23:35du narrateur,
23:37sa soif de découvrir
23:39à l'étranger,
23:39son goût
23:40pour ce qui est autre
23:41et ce qui est exotique,
23:42ont peut-être,
23:44dès le départ,
23:45comment dire,
23:46perverti,
23:46le type de sentiment
23:47qu'il pouvait avoir
23:48pour sa femme,
23:49dont on peut se demander
23:50s'il l'aime
23:51en tant que femme
23:54ou en tant qu'étrangère
23:55exotique.
23:56– Alors,
23:57il faut préciser
23:57qu'il y a de longs passages
23:58en italique
23:59dans ce livre,
24:00à la première personne,
24:02pourquoi cette espèce
24:03de changement de style ?
24:06– Alors ça,
24:06c'est quelque chose
24:07qui est de l'ordre
24:08de l'idée féconde,
24:10qui n'est pas pensée avant
24:11et qui vient en écrivant
24:11et ça m'était venu
24:12pendant que j'écrivais
24:15le premier volet
24:16du triptyque,
24:16Nord Sentinelle,
24:17et qui était une manière
24:19d'intégrer
24:19dans un texte
24:21qui est comme
24:23un flux de pensée
24:23l'idée incidente,
24:26ce qui fait penser
24:27à quelque chose d'autre
24:29et qui ouvre
24:30une parenthèse,
24:32fait passer la narration
24:33à un autre niveau
24:34pendant tout le temps
24:35que s'ouvre
24:36cette parenthèse
24:37en italique
24:37avant qu'on retrouve
24:41le fil principal
24:42de la narration,
24:43je dirais.
24:45– Vous,
24:46Lionel Duroy,
24:49d'abord,
24:50est-ce que vous avez écrit
24:51au moment où vous faisiez
24:52ce reportage
24:53ou après à votre retour
24:55ou sur le moment ?
24:57– J'écris au retour.
24:59Celui-là,
24:59je l'ai écrit au retour
25:01après avoir dit à Maria,
25:03tu m'inspires
25:04le personnage principal.
25:05Elle me dit surtout,
25:06tu ne changes pas mon nom.
25:08Je suis très heureux.
25:09Mais tu sais,
25:10je lui dis,
25:11c'est compliqué,
25:12tu vas te retrouver
25:14vraiment…
25:15et elle m'a dit,
25:16oui,
25:17je veux que ce soit
25:18comme ça,
25:19je veux porter ce pays,
25:21l'incarner.
25:23Et je lui ai dit,
25:23mais c'est un roman,
25:24il y a des scènes
25:25que je m'autorise
25:26qui sont complètement inventées,
25:27etc.
25:28Et c'est passé comme ça,
25:30je suis très heureux,
25:31en fait,
25:31qu'elle ait…
25:32Du coup,
25:33mettre des photos de travail
25:34dans le livre,
25:35ça passait très bien.
25:36– Et elle était contente
25:37du livre,
25:37à la lecture ?
25:38– Elle est très heureuse du livre.
25:39Je lui ai fait lire en premier,
25:41dès qu'il était fini.
25:42– Donc,
25:42vous avez fait œuvre utile
25:43aussi pour elle
25:44et pour ce pays.
25:45– Oui,
25:45j'espère.
25:46Et maintenant,
25:47l'éditeur Akishino
25:49va le traduire.
25:50Et donc,
25:50je pense que ce sera important
25:52pour le pays.
25:53Et ce sera important
25:54que Maya Sandou
25:55sache aussi
25:56qu'on la soutient.
25:57– Bien sûr.
25:58– Je la soutiens à fond,
25:59Maya Sandou.
26:00– On la soutient.
26:01– Mais vous êtes deux écrivains
26:02qui vous intéressaient
26:05à, je veux dire,
26:06au malheur du monde,
26:07c'est un peu résumé,
26:08mais c'est un peu quand même
26:09vos…
26:10– L'histoire de la pensée…
26:12– Depuis le début de votre œuvre.
26:13– Oui, c'est vrai.
26:14– Je ne crois pas que vous…
26:15– Oui, on est tous les deux
26:16à l'étranger
26:16quand on écrit, en fait.
26:18– Voilà.
26:18Et puis,
26:19c'est plutôt l'humanité souffrante
26:20que vous allez voir.
26:22– C'est vrai.
26:23– En dysfonctionnement.
26:25– On n'a pas encore écrit
26:25sur les gagneurs,
26:26c'est vrai.
26:27– Voilà.
26:28Mais plus sur les opprimés
26:29ou sur…
26:30– Et quand ce n'est pas
26:31dans mes projets immédiats,
26:32ce n'est pas pour Lionel.
26:33– C'est vrai qu'on écrit
26:35sur des kystes comme ça,
26:37des espèces de cancers
26:38de la société
26:40et je trouve ça passionnant,
26:41en fait.
26:42– Et ça nous touche
26:43d'autant plus, évidemment.
26:44Alors, merci infiniment
26:45à tous les deux
26:46d'être venus.
26:46Lionel Duroy,
26:47ça s'appelle
26:47Une journée dans la vie
26:48de Maria Ivanova,
26:50sur la Moldavie, donc.
26:51Et puis vous,
26:52Jérôme Ferrari,
26:53Très brève théorie
26:54de l'enfer,
26:55c'est aux éditions
26:56Actes Sud,
26:57comme toujours,
26:58votre éditeur.
26:58Pour finir,
27:00quelques coups de cœur
27:01littéraires.
27:02D'abord,
27:02Oubliez la peinture
27:03d'Olivier Assayas,
27:06bon, bien sûr,
27:06au Mercure de France,
27:08une autobiographie illustrée,
27:09assez étonnante,
27:10de ce cinéaste,
27:12Olivier Assayas.
27:13Et puis,
27:15Ciné,
27:16alors là,
27:16on parle beaucoup
27:17de cinéma,
27:18Ciné soliste
27:18de Philippe Collin.
27:20C'est une belle anthologie
27:21de textes
27:21réunis par Guillaume Louet
27:23en hommage
27:24à Philippe Collin,
27:24qui est un grand critique
27:26qui est assez hors norme,
27:28qui est mort en 2025.
27:30Et puis,
27:30pour ma part,
27:31moi,
27:31je conseille Nathan Devers,
27:34Aimer Jérusalem,
27:34c'est un livre brillant
27:35sur,
27:36évidemment,
27:38j'allais dire,
27:39un jeune
27:40qui voulait devenir rabbin,
27:41qui s'est éloigné
27:42de la religion,
27:42puis qui revient
27:43après le 7 octobre
27:44et qui surtout va
27:45nous raconter
27:46l'histoire de Jérusalem
27:47et aussi décortiquer
27:48les textes bibliques.
27:50Voilà.
27:50Merci infiniment
27:51à tous les deux
27:52d'être venus.
27:52Merci.
27:53Revenez vite
27:54dans notre émission
27:54et nous nous retrouvons
27:56très vite
27:56au bonheur des livres.
27:58À très vite.
27:58Sous-titrage Société Radio-Canada
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