- il y a 3 heures
L'Aubrac des pèlerins.
Au sud du Massif central s'étend le plateau de l'Aubrac, une terre envoûtante au rude climat et à la nature préservée. Depuis le Moyen Âge, la région est traversée par les pèlerins en chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Ce plateau a longtemps constitué l'une des portions les plus périlleuses du pèlerinage et a accouché de nombreux mythes et légendes qui habitent encore ces monts.
En Bourgogne, la guerre des pèlerins.
Le chemin vers Saint-Jacques de Compostelle traverse les terres bourguignonnes, emmenant avec lui son lot de pèlerins en route vers l'Espagne. Empruntée depuis le Moyen Age, la route a permis l'essor des villes qui parsèment son tracé et fait des églises des lieux centraux. De Vézelay à Cluny, le passage des chrétiens devient bientôt un enjeu majeur et les églises n'hésitent pas à se livrer bataille pour afficher leur puissance. Année de Production : 2022
Au sud du Massif central s'étend le plateau de l'Aubrac, une terre envoûtante au rude climat et à la nature préservée. Depuis le Moyen Âge, la région est traversée par les pèlerins en chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Ce plateau a longtemps constitué l'une des portions les plus périlleuses du pèlerinage et a accouché de nombreux mythes et légendes qui habitent encore ces monts.
En Bourgogne, la guerre des pèlerins.
Le chemin vers Saint-Jacques de Compostelle traverse les terres bourguignonnes, emmenant avec lui son lot de pèlerins en route vers l'Espagne. Empruntée depuis le Moyen Age, la route a permis l'essor des villes qui parsèment son tracé et fait des églises des lieux centraux. De Vézelay à Cluny, le passage des chrétiens devient bientôt un enjeu majeur et les églises n'hésitent pas à se livrer bataille pour afficher leur puissance. Année de Production : 2022
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Musique
00:30Au sud du massif central, s'étend le plateau de l'Aubrac à la beauté envoûtante et à la nature intacte.
00:51Cette terre basaltique façonnée depuis la fin de l'ère tertiaire par les éruptions volcaniques
00:57est un petit toit du monde où règne le silence.
01:05Mais l'Aubrac était aussi l'un des passages les plus redoutés du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle.
01:15Il faut imaginer qu'ici on pourrait dire 9 mois d'hiver et 3 mois d'enfer.
01:21Beaucoup de pèlerins sont complètement bouleversés quand ils traversent cette région
01:23parce qu'on perd ses repères et il y a quelque chose en même temps de fascinant dans la lumière,
01:28dans cette terre qui est jaune, dans ces blés.
01:31Et on a appelé ça d'ailleurs dans le langage contemporain le vertige horizontal.
01:36C'est un pays où on est envahi par le ciel.
01:39On ne peut pas ne pas éprouver une sensation de jubilation.
01:43Beaucoup de pèlerins le ressentent.
01:45Parce que c'est aussi comme l'image même du dépouillement et donc de la libération, de la liberté.
01:51Mais au Moyen-Âge, on promettait mille morts aux pèlerins dans ces lieux de vaste solitude.
02:01C'est pourquoi sur les chemins bordés de Muret et dans les villages de Saint-Urcise et d'Aubrac,
02:06se racontent des légendes effrayantes de voyageurs égarés, dévorés par les loups ou trucidés par les brigands.
02:13Des légendes qui se perpétuent encore aujourd'hui par-delà les monts couverts de pâtures herbeuses,
02:22peuplées de vaches rousses, aux cornes effilées et aux yeux de biches.
02:26À cheval sur les départements de la Lozère, du Cantal et de l'Aveyron,
02:40le plateau de l'Aubrac tire son nom de l'expression occitane « Alto Braco », lieu élevé.
02:47Mais c'est à la cascade du Déroc que nous est révélée son origine géologique.
03:08L'Aubrac, c'est un vaste plateau volcanique avec des épanchements de lave relativement importants.
03:14On pense que c'est un lieu qui a toujours été fréquenté et qui a frappé l'imaginaire des hommes.
03:21C'est vrai que cette terre, ce socle volcanique, dégage une forme d'énergie.
03:28Quelque part, ça excite l'imagination et puis ça nourrit l'imaginaire.
03:35Mais les légendes sont surtout indissociables du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle.
03:40Au Moyen-Âge, on retrouve des légendes de trésors de brigands enfouis au pied de cette grotte.
03:49Et donc, cette cascade a toujours alimenté cette légende de ce trésor caché par des brigands qui détroussaient les pèlerins.
03:56Dès cette époque, on est sensible à tous ces récits qui se transforment le long des chemins au gré des rencontres,
04:11alors que siffle la burle ce redoutable vent du Nord.
04:15Il faut dire qu'en ces temps-là, le plateau était un paysage extrêmement hostile, recouvert d'épaisses forêts.
04:28Effectivement, dans ces forêts, on avait du loup, on avait de l'ours, on avait aussi des brigands.
04:32Traverser l'aubrac comportait, à l'époque du pèlerinage, un certain nombre de risques objectifs.
04:36A quelques encablures de là, le pèlerin traversant l'ancienne voie romaine qui menait de Lyon à Rodez,
04:57aperçoit le lac de Saint-Andéole.
04:59Ce lac glaciaire, qui s'est naturellement aménagé au fil du temps dans les restes d'une très ancienne coulée de lave,
05:07est devenu un lac de tourbière.
05:12Les lacs tourbière n'ont jamais eu très bonne presse.
05:16C'était des endroits qu'on jugeait dangereux, qui pouvaient être habités par des esprits malignes, etc.
05:29Ce lieu, sacré depuis des millénaires, est mentionné comme site païen dès le VIe siècle,
05:37en particulier par le plus célèbre chroniqueur de ce début du Moyen-Âge.
05:43Les rites païens dont parle Grégoire de Tours sont des rites liés au culte de l'eau.
05:49On imagine qu'il y avait des grands rassemblements populaires,
05:51où on amenait des offrandes aux divinités lacustres,
05:56des rites païens qui l'horrifiaient complètement,
05:58et c'est lui qui est un petit peu poussé à la roue
06:01pour qu'on vienne évangéliser ces hautes terres qui étaient en proie au paganisme.
06:10Ce lieu prit alors le nom d'un saint très populaire,
06:14Andéole, dont la réputation était de chasser les païens.
06:20Une église fut même érigée pour combattre les infidèles,
06:23une église aujourd'hui disparue.
06:28Le lac de Saint-Andéole est associé à une chapelle en goutis.
06:34Parfois, les jours de tourmente, les jours de tempête,
06:37on entend encore teinter la cloche.
06:40Le fait qu'on n'ait pas retrouvé cette chapelle primitive
06:42a alimenté cette légende, encore très très vivace.
06:46Ces rassemblements rituels autour du lac se poursuivirent jusqu'au milieu du XIXe siècle.
06:59Aujourd'hui encore, le lac n'a pas fini de révéler tous ses secrets.
07:05On y a retrouvé notamment des bouts de bois,
07:08longtemps considérés comme les restes d'une cité lacustre légendaire.
07:11Construit sur un éboulis de lave et dominant la vallée du Besse,
07:24le village de Saint-Urcise est un des plus anciens de l'Aubrac.
07:27Les vieilles demeures, les ruelles étroites,
07:33les petites places agrémentées de fontaines et les ruines de l'ancien fort
07:37témoignent de son caractère médiéval.
07:42Les toitures d'ardoises grises et de l'ose
07:45se fondent avec l'église romane du XIIe siècle,
07:48Saint-Pierre et Saint-Michel,
07:50dont le clocher à peigne domine encore la cité.
07:54Cette église romane de Saint-Urcise,
08:07c'est une des rares églises de la Haute-Auvergne
08:10à posséder un déambulatoire.
08:13Ce déambulatoire passe autour du chœur
08:15et structure le tracé de visite des pèlerins.
08:18La présence de ces déambulatoires
08:22indique que c'est une église de pèlerinage.
08:26Ça nous renvoie au pèlerinage de Godescale,
08:28qui était un évêque du Puy,
08:30qui a fait le pèlerinage
08:32et qui est parti du Puy en Velay en 951.
08:34Il est considéré comme étant
08:36le premier pèlerin français identifié.
08:39Il est passé à Saint-Urcise,
08:41qui était déjà un village structuré,
08:44dont on avait des traces,
08:45à l'époque carolingienne.
08:48Il faut dire qu'à cette époque,
08:59les lieux d'accueil pour les pèlerins étaient rares,
09:02rendant la traversée du plateau périlleuse.
09:05L'église décide alors de fonder sur le chemin
09:08des lieux d'hospitalité.
09:10Au commencement était le chemin.
09:27Le pèlerin est lié au chemin,
09:34au paysage, au temps,
09:35à tout ce qui arrive,
09:36aux gens qui croissent,
09:37qui rencontrent.
09:40Perdu dans ce désert d'herbes,
09:43le pèlerin pouvait enfin apercevoir
09:45avec soulagement
09:46la masse imposante et réconfortante
09:49de la dommerie d'Aubrac.
09:52Elle a été construite,
09:54selon la légende,
09:55par un comte flamand
09:56nommé Adalar.
09:58Ce dernier fit le vœu à Dieu
10:00que s'il sortait indemne
10:02des difficultés de la traversée du plateau,
10:04il fondrait un abri
10:05pour recueillir les pèlerins égarés.
10:09Il tint parole
10:10et édifia en 1120
10:12ce monastère hôpital.
10:15L'ampleur de son hospitalité
10:17permettait de distribuer
10:18jusqu'à 1000 rations par jour.
10:20l'église Notre-Dame des pauvres
10:48et sa cloche des perdus
10:49témoignent de ce passé.
10:51Cette cloche,
11:05elle n'est pas seulement sonnante,
11:07elle est aussi parlante.
11:09Deo jubila,
11:11je jubile pour Dieu.
11:13Clairo canta,
11:14je chante pour les clercs,
11:15le clergé.
11:17Daemon es fuga,
11:18je chasse les démons.
11:19Les démons pouvant être
11:21toute forme de mâle.
11:23Et puis,
11:23errantes révoca,
11:26je rappelle les égarés,
11:27c'est-à-dire ceux qui se perdent
11:28sur la route,
11:30quels qu'ils soient,
11:31parce que les égarés,
11:32ça peut être pris
11:32au sens propre
11:33ou comme au sens figuré.
11:41Le son de la cloche,
11:43un peu comme le phare dans la brume
11:45qui guide les marins.
11:47Elle devait réchauffer
11:48le cœur du pèlerin.
11:50Dans le fond,
11:51quand elle saute dans la brume,
11:52c'est comme un glas.
11:53On devait arracher
11:54les gens à la mort.
12:00Ce besoin de légende,
12:01il est viscéral,
12:02c'est un besoin humain.
12:04Nous, nous vivons
12:04dans l'histoire,
12:05dans le récit,
12:06on vit pain,
12:07on vit nourriture,
12:07mais pas seulement.
12:09L'homme se projette
12:10quelque part
12:11dans l'imaginaire,
12:12dans le temps.
12:12Très vite,
12:17la dommerie d'Aubrac
12:18devient florissante.
12:20Les moines défrichent
12:21les terres.
12:23L'herbe étant abondante
12:24et de qualité,
12:25il crée de vastes pâturages
12:27et aménage des drailles,
12:28ces chemins de transhumance.
12:32Ainsi,
12:33à partir du XIIIe siècle,
12:34ces hautes terres
12:36voient de grands troupeaux
12:37prendre résidence.
12:42L'héritage des moines,
12:44on aurait envie de dire
12:45que c'est tout l'Aubrac,
12:46c'est le paysage,
12:47c'est ses élevages,
12:48c'est ses pâturages.
12:50Puis aujourd'hui,
12:51vous savez que le flambeau,
12:52c'est que la race d'Aubrac
12:53s'est maintenue.
13:00Quelques kilomètres plus bas,
13:02le pont de Saint-Chélie d'Aubrac,
13:03appelé le pont des pèlerins,
13:05permet la traversée
13:06de la Boralde.
13:08En le franchissant,
13:10le pèlerin soulagé
13:11sait qu'il en a terminé
13:12avec la traversée
13:13de l'Aubrac.
13:24Et c'est ainsi
13:25que ce continent chauve,
13:28pétri de légendes
13:29et façonné par les moines,
13:31donne à rêver
13:32l'origine du monde.
13:35Un espace
13:36où hommes,
13:38terre et ciel
13:39se rejoignent.
14:02La douce Bourgogne
14:03est à nouveau
14:04une terre de pèlerinage.
14:05Et comme autrefois,
14:08c'est sur le chemin
14:09de Compostelle
14:10que ça se passe.
14:16Équipés d'un simple bâton
14:18ou bourdon,
14:19les pèlerins
14:19sillonnent ce chemin,
14:21munis de leur
14:22crédentiale
14:22ou carnet de pèlerins.
14:25C'est le sésame
14:26pour se faire ouvrir
14:27les portes
14:27de nombreux refuges.
14:29Dès le Moyen-Âge,
14:32le pèlerinage
14:32de Saint-Jacques
14:33de Compostelle,
14:34l'un des plus importants
14:35de la chrétienté,
14:37est l'aventure
14:37de toute une vie.
14:39Le voyageur
14:40abandonne sa famille.
14:42Son statut,
14:43ses biens
14:43pour partir
14:44pendant plusieurs mois
14:45sur des chemins
14:46semés d'embûches.
14:48Avec en tête
14:49une seule
14:50et unique quête.
14:52Les pèlerins
14:52font les pèlerinages
14:53surtout
14:54pour gagner
14:55leur salut
14:56après leur mort.
14:58En Bourgogne
15:00va se mener
15:01une bataille féroce
15:02pour attirer
15:03ces touristes
15:04fortunés de l'époque.
15:06Dans les villes
15:07vont s'édifier
15:08des églises
15:09immenses
15:09et richement décorées,
15:11des lieux de charité,
15:12des commerces
15:13en tout genre
15:14et même
15:14des maisons de plaisir.
15:20On va surtout
15:21s'y livrer
15:22à une véritable
15:23guerre des reliques.
15:24Car à cette époque,
15:26plus une église
15:26en possède,
15:27plus elle est
15:28puissante
15:28et plus la ville
15:29devient attractive.
15:32Les cités
15:33seront alors prêtes
15:34à tout
15:34pour en obtenir
15:35des plus précieuses,
15:36trafics,
15:37pillages
15:38et falsifications.
15:40Tant et si bien
15:40que cette abondance
15:42de reliques
15:42va finir
15:43par semer le trouble.
15:44« Il y a l'exemple
15:48des reliques
15:48de Saint-Jean-Baptiste
15:50où on est arrivé
15:52à dénombrer
15:53plusieurs crânes
15:54et jusqu'à 60 doigts. »
15:57sur Veselay,
16:02la charité sur Loire,
16:06le pèlerinage
16:08de Compostelle
16:09va faire souffler
16:10un ouragan
16:11de ferveur religieuse.
16:12Pour le pèlerin,
16:25en route vers Compostelle,
16:27Veselay est alors
16:28un point de rassemblement
16:29et un but
16:30de pèlerinage.
16:33Les moines bénédictins
16:34ont su,
16:35grâce à leur habileté,
16:37acquérir
16:37dans des circonstances
16:38troubles
16:38les reliques
16:39de Sainte-Marie-Madeleine.
16:41Cette proche disciple
16:42du Christ
16:43a pour les pèlerins
16:44un immense pouvoir
16:46d'attraction.
16:50« Tout le monde
16:51est pèlerin,
16:52potentiellement,
16:52au Moyen-Âge.
16:53Des gens de toutes conditions.
16:55Des couches
16:56les plus populaires,
16:57avec une immense ferveur
16:58jusqu'au sommet
16:59de la société occidentale.
17:01Le roi de France
17:01lui-même
17:02se fait pèlerin.
17:03Louis IX,
17:03dit Saint-Louis,
17:04vient plusieurs fois
17:05à Veselay
17:05en pèlerin. »
17:08À son apogée,
17:09Veselay ne compte pas
17:10moins
17:10de 10 000 habitants,
17:12ce qui en fait
17:13pour l'époque
17:13une cité considérable.
17:15Et avec l'afflux
17:16quotidien des voyageurs,
17:18elle voit sa population
17:19doubler.
17:24« Je pense que l'ambiance
17:25dans Veselay
17:26était plutôt festive,
17:28joyeuse,
17:30très effervescente.
17:31Il y avait jusqu'à
17:3210 000 pèlerins par jour.
17:33Ils se livraient
17:34à toutes sortes d'activités
17:35et pas seulement pieuses.
17:38J'en vive,
17:39mange,
17:39boive,
17:40danse,
17:41chante.
17:42Et il y avait
17:42des établissements
17:43pour ça
17:43dans tout Veselay. »
17:47Mais à l'heure
17:48de pénétrer
17:48dans cette imposante
17:49abbatiale romane,
17:51le pèlerin d'alors,
17:52comme le visiteur
17:53d'aujourd'hui,
17:54est étreint
17:54par l'émotion.
17:55L'église de Veselay
18:01est une église
18:02de pèlerins.
18:03Elle a été construite
18:04pour les pèlerins.
18:06Les grandes portes
18:07s'ouvrent,
18:08la lumière
18:09du soleil levant
18:10illuminant le cœur
18:11de l'église
18:12lui est révélée
18:13et il est invité
18:14à traverser la Nef
18:15pour accomplir
18:16physiquement
18:17ce chemin
18:17qui le conduit
18:19de l'occident
18:20de l'édifice
18:20jusqu'à son orient,
18:22le cœur,
18:23qui représente
18:24ce que l'on appelle
18:25la Jérusalem céleste,
18:27le lieu
18:27de toutes les lumières.
18:33Le marcheur
18:34peut alors
18:35se recueillir
18:35auprès des reliques
18:36de Marie-Madeleine,
18:38toujours présentes
18:39aujourd'hui
18:39dans la crypte
18:40située sous l'autel.
18:45Mais ces reliques
18:46sacrées
18:46vont être l'objet
18:47au milieu
18:48du XIIIe siècle
18:49d'une querelle
18:50entre le pape
18:51et le roi de France.
18:55On s'engage
18:56dans une sorte
18:56de bataille
18:57qui devient presque politique
18:58entre d'un côté
18:59un pape
18:59qui authentifie
19:01les reliques
19:01de Marie-Madeleine
19:02à Saint-Maximin
19:03à la Sainte-Baume
19:04et le roi Saint-Louis,
19:06Louis IX,
19:06qui lui aussi
19:07vient à Vézelay
19:07peu de temps après
19:08et qui affirme
19:09que les véritables reliques
19:11sont à Vézelay.
19:12De cette querelle
19:13entre les deux abbayes
19:14va naître
19:15vraisemblablement
19:16le déclin de Vézelay.
19:17Ces reliques
19:23vont provoquer
19:24agitation et jalousie
19:25sur ces terres bourguignones.
19:28Plus au sud,
19:30en traversant
19:30le parc naturel
19:31du Morvan,
19:32se dresse Autun.
19:35Ancienne ville
19:35gallo-romaine florissante,
19:37elle est aussi
19:38depuis le IVe siècle
19:39un puissant évêché.
19:42Son autorité
19:43à l'époque
19:43s'étendait
19:44bien au-delà
19:45de Vézelay.
19:47Et de la rivalité
19:49entre ces deux villes
19:50va surgir
19:51cette haute cathédrale.
19:55Il y avait
19:55une concurrence
19:57entre Vézelay
19:57et Autun,
19:58surtout
19:59quand il y a eu
20:00la présentation
20:02des reliques
20:02de Marie-Madeleine
20:03à Vézelay.
20:04À ce moment-là,
20:05la plupart des pèlerins
20:07restaient à Vézelay
20:08et personne
20:09venait à Autun.
20:14La prospérité
20:15insolente
20:16de Vézelay
20:17devient intolérable
20:18pour l'évêque
20:19d'Autun.
20:20Car l'enjeu
20:20n'est pas que religieux,
20:22il est surtout
20:22politique
20:23et économique.
20:26L'évêque
20:27à cette époque-là
20:28était un
20:28de Bagé
20:29qui était
20:30un homme très puissant.
20:31Il était
20:32de la famille
20:32des ducs de Bourgogne,
20:33il était ami
20:34avec le pape
20:35qui était bourguignon
20:35et lui,
20:36il s'est dit
20:37qu'il faut absolument
20:38qu'on trouve des reliques
20:39pour concurrencer Vézelay.
20:41Mais comment faire ?
20:43Les reliques
20:44les plus importantes
20:45sont celles
20:45de saints
20:46qui ont connu Jésus.
20:47Elles sont donc
20:48des plus rares.
20:51Le trafic
20:51des reliques
20:52était très important.
20:54Il y avait
20:54des responsables
20:57qui envoyaient
20:58carrément des moines
20:59voler des reliques
20:59dans d'autres églises
21:01et parfois
21:02on présentait
21:04des reliques
21:04qu'on avait
21:05comme des reliques
21:07d'un saint
21:07plus important
21:08pour les mettre
21:09en valeur.
21:13C'est par une porte
21:14dérobée
21:15fermée aujourd'hui
21:16au public
21:17que l'on peut voir
21:18le trésor
21:19oublié d'autun.
21:23Un reliquaire
21:24ruissellant d'or
21:25est scellé
21:26à la cire rouge.
21:33Effectivement,
21:34on va trouver
21:34des reliques.
21:35En fait,
21:35on va se souvenir
21:37qu'on avait reçu
21:38des reliques
21:39de Lazare
21:40au Xe siècle.
21:42Lazare,
21:43le propre frère
21:44de Marie-Madeleine,
21:46ressuscité
21:46par le Christ
21:47lui-même
21:48et sans doute
21:49mort en martyr.
21:51Difficile d'avoir mieux
21:52pour concurrencer
21:53Veselay.
21:57Et sur la façade
21:58de cette église
21:59spécialement construite
22:00pour accueillir
22:01les reliques,
22:02le voyageur découvre
22:04en levant les yeux
22:04un magnifique
22:06tympan.
22:07Chez d'oeuvre
22:08d'art roman
22:08bourguignon
22:09représentant
22:10le jugement
22:11dernier.
22:13Il voit
22:14les bienheureux
22:15sur le lenteau
22:16et parmi les bienheureux,
22:17il y a justement
22:18deux pèlerins.
22:19Il y a un pèlerin
22:20qui est allé
22:21en Terre Sainte
22:22et sur son sac,
22:24il y a la croix
22:24de Jérusalem
22:25et sur l'autre,
22:26il y a la coquille
22:27qui est le symbole
22:29du pèlerinage
22:29de Saint-Jacques
22:30de Compostelle.
22:34On imagine aujourd'hui
22:35l'impact
22:36que ces décorations
22:37pouvaient avoir
22:38sur l'esprit
22:39des pèlerins.
22:42À cette époque-là,
22:43la plupart des gens
22:44ne savaient ni lire
22:45ni écrire.
22:46Et c'est en voyant
22:47ces images sculptées,
22:48ils apprenaient
22:49les histoires
22:50de la Bible.
22:51C'est un peu
22:51comme une bande dessinée
22:53sculptée dans la pierre.
22:54Avec les reliques
22:58de Saint-Lazare,
22:59les pèlerins accourent
23:00et la prospérité
23:01de la ville
23:02augmente considérablement.
23:09C'est ce que nous montrent
23:10ces maisons de chanoines
23:12qui avaient en charge
23:13de gérer les richesses
23:14de l'évêché.
23:20Même si aujourd'hui,
23:21il est attesté
23:22que les reliques
23:23de Lazare
23:23sont celles
23:24de l'un des premiers
23:25évêques d'Aix,
23:26la vénération demeure.
23:33En continuant son chemin
23:35plus à l'ouest,
23:36à l'extrémité
23:37de la Bourgogne,
23:38le pèlerin débouche alors
23:39sur les bords
23:40de la Loire
23:41qu'il traverse
23:42à la Charité-sur-Loire.
23:48Une ville
23:48qui doit son nom
23:49à la réputation
23:50d'hospitalité
23:51et de charité
23:52de ses moines.
23:54dans sa partie ancienne,
23:58elle conserve
23:58l'essentiel
23:59de sa structure
24:00d'origine
24:01et la rue
24:02des hôtelleries
24:03est encore aujourd'hui
24:04la plus grande.
24:05La richesse du monastère
24:16vient en partie
24:17de l'accueil
24:18des voyageurs
24:19et des pèlerins,
24:20notamment les pèlerins
24:20de Compostelle.
24:21Lorsqu'ils s'arrêtaient
24:22à la Charité-sur-Loire,
24:24en général,
24:24faisaient des dons
24:25au monastère
24:26et les pèlerins
24:27les plus riches
24:27pouvaient également
24:28laisser en garde
24:29leurs biens
24:30aux moines
24:31le temps
24:32de leur voyage.
24:35En contrepartie,
24:37les moines
24:37accompagnent
24:38de leur prière
24:39les pèlerins.
24:40Et si ceux-ci
24:41viennent à mourir
24:42en chemin,
24:43les moines, eux,
24:44gardent le magot
24:44mis en consigne.
24:45Lorsque le pèlerin
24:52rentrait dans l'église,
24:53il devait être
24:54absolument frappé
24:55par la munificience
24:56des lieux,
24:57par le luxe des lieux.
24:58Il faut imaginer
24:59un décor sculpté
25:01sur toutes les surfaces,
25:03sur tous les chapiteaux,
25:04tous les pilastres,
25:05autour des fenêtres.
25:07C'était un décor
25:08qui était peint,
25:09ce dont on peine
25:10parfois à imaginer
25:11aujourd'hui.
25:12Un tapis de mosaïque
25:13au sol,
25:14au niveau du cœur
25:15et du transept,
25:16des tentures,
25:17tout était fait
25:19pour fasciner
25:20le pèlerin
25:20qui entrait
25:21dans l'église Notre-Dame.
25:27Mais là encore,
25:28il n'y a pas
25:29que la charité
25:30des moines
25:30et la beauté
25:31de l'église
25:32qui suscite
25:33la ferveur des pèlerins.
25:37On a la trace,
25:38la mention
25:39de plusieurs reliques
25:40à la charité,
25:41notamment un bras
25:42de Saint-Jovinien.
25:43Mais pour les reliques
25:44les plus célèbres,
25:45on a une dent
25:46de Saint-Jacques
25:46de Compostelle,
25:47également un cheveu
25:48de la Vierge
25:49et un morceau
25:49de la croix.
25:51L'abbaye
25:52et la ville
25:53prendront un essor
25:54considérable.
25:56À son apogée,
25:58pas moins de 200 moines
25:59habiteront le monastère
26:00et l'abbaye
26:01étendra son influence
26:03sur 45 prierés
26:04et 400 dépendances.
26:07L'église est alors
26:08la plus grande
26:09de la chrétienté
26:10en Europe,
26:11après l'abbatiel
26:11de Cluny.
26:15Ébloui par tant
26:16de grandeur
26:17et de beauté,
26:18le pèlerin continuera
26:19son chemin
26:20de 1700 kilomètres
26:21vers Saint-Jacques,
26:23laissant derrière lui
26:24une terre
26:24qui a su allier
26:25ferveur spirituelle
26:27et retombées économiques,
26:30la Bourgogne
26:31des chemins
26:31de Compostelle.
26:47Sous-titrage Société Radio-Canada
26:49Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires