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C pas si loin propose de décrypter les enjeux contemporains en France et à l'international depuis les Outre-mer. Présenté par Karine Baste, C pas si loin explore le monde depuis les Outre-mer. Cette France des trois océans, au carrefour de frontières et d'influences croisées, répond autrement aux dynamiques économiques, écologiques, géopolitiques et culturelles. Ce magazine propose un regard singulier sur nos enjeux contemporains et la place des territoires ultramarins dans le monde. Année de Production :

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00:10Bonjour à tous, très heureuse de vous accompagner pour ce nouveau numéro de C'est pas si loin.
00:14Jordan Eustache est notre invité aujourd'hui, enseignant à Sciences Po, expert en décentralisation
00:19au sein de l'association Région de France. Son regard et son expertise aujourd'hui sur les
00:24thèmes abordés cette semaine a commencé par cette assemblée citoyenne expérimentale au
00:29congrès de Nouvelle-Calédonie. Nouvelle étape dans l'histoire politique du pays ou comment donner la
00:34parole au peuple à l'heure où l'archivelle cherche encore son chemin institutionnel, on y revient.
00:39Avec la mondialisation, la place de la femme dans la société mahoraise évoluera-t-elle inexorablement ?
00:46Traditionnellement elle est le pilier de la famille mais qui dit pilier ne dit pas pour autant modernité
00:51au sens où on pourrait l'entendre ailleurs. Et puis elles sont au coeur des grandes crises sanitaires
00:57contemporaines mais représentent surtout 60% des maladies infectieuses humaines. Nous avons parlé
01:02des zoonoses cette semaine, ces maladies transmises à l'homme par les animaux.
01:09Bonjour Jordan Eustache. Bonjour Madame. Je suis ravie de vous accueillir sur le plateau de C'est pas si long.
01:14Alors à 29 ans, vous deveniez le plus jeune DGS de France, directeur général des services de la
01:21collectivité territoriale de Martinique. À ce moment, qu'est-ce qui vous pousse à rentrer chez vous,
01:27là où nombre d'ultramarins qui étudient à Paris choisissent de rester en France ou alors d'aller découvrir le
01:32monde ?
01:33D'abord permettez-moi de dire merci de m'inviter et puis surtout bravo pour cette émission parce que je
01:38crois
01:38que c'est une belle émission de notre audiovisuel public. Voilà donc je tenais à le dire et c'est
01:44pour être un des télétests spectateurs réguliers, c'est un plaisir.
01:50Et on prend les compliments sur l'audiovisuel public. Merci beaucoup.
01:53C'est important. Non mais pour répondre à votre question, pourquoi rentrer à cet âge-là ? Alors il faut
01:58dire que j'avais passé dix ans pratiquement
02:00d'études entre Sciences Po, ensuite mes études d'administrateur territorial à Strasbourg. Et donc c'était pour moi à
02:10la fois une opportunité professionnelle
02:11puisque c'était une époque où le président de la collectivité de Martinique qui venait d'être nommé, Serge Etchimi,
02:17m'a appelé, a fait appel à moi pour devenir son directeur de cabinet.
02:21Et puis ensuite j'ai eu la chance en 2023 de devenir DGS, directeur général des services avec beaucoup de
02:27responsabilités
02:28puisque c'était quand même 4 400 gens, la gestion de 4 400 gens, un budget de 1,3 milliard.
02:34Voilà donc au service des habitants de la Martinique, bien sûr,
02:38du service public, du transport, des routes, mais aussi de l'action sociale, du développement économique, enfin tout ce que
02:44vous pouvez imaginer.
02:45Le sujet, c'est que j'ai choisi d'y rentrer et je crois que c'est très important qu
02:50'on parle du choix du retour au pays.
02:53Et non pas, ça n'est pas un mythe, ça doit être construit dans un parcours professionnel.
02:59Souvent on a des opportunités qui se présentent et en fait moi j'ai répondu à une opportunité professionnelle,
03:03mais sans jamais me dire que j'y rentrais de manière définitive.
03:06Je me suis dit que c'était une possibilité aussi pour évoluer, pour me mettre au service des mines, voilà,
03:13des Martiniquais, de mon territoire.
03:15Mais voilà, avec la possibilité d'être utile autrement après.
03:19Et d'ailleurs aujourd'hui vous êtes donc de retour à Paris et vous formez les hauts fonctionnaires aux réalités
03:24ultramarines notamment.
03:26C'est une fierté, c'est une nécessaire transmission, les deux ?
03:30Les deux. Vraiment à la fois une fierté parce que c'était dans un moment où on se pose la
03:36question en fait de la réorganisation de notre État
03:38et comment on fait pour optimiser à la fois les procédures et le fonctionnement de ce pays qui est sur
03:45tous les océans
03:46et vos reportages le montrent bien, la diversité de ce qu'il fait la France aujourd'hui.
03:51La difficulté c'est qu'aujourd'hui on se rend compte que les hauts fonctionnaires sont très mal formés en
03:55fait à la connaissance des territoires d'Outre-mer.
03:57Mal ou pas du tout ?
03:58Pas du tout pour certains d'entre eux.
03:59Moi j'ai eu au début de mon cours à Sciences Po, à l'école des affaires publiques,
04:04les jeunes m'ont dit mais on n'en avait jamais entendu parler dans nos cours,
04:09y compris des fois au lycée, au collège, à part en histoire.
04:13Et le sujet c'est que nous ne sommes pas que l'histoire, nous sommes aussi une grande partie de
04:16l'avenir de la France.
04:17Pourquoi ? Parce que…
04:18Du présent aussi accessoirement.
04:19Oui exactement, mais dans les solutions il y a un vrai sujet de mieux connaître aussi ce qui se fait
04:25dans nos territoires,
04:25la réalité sociologique et aussi en termes de réponses publiques que l'on apporte par nos politiques publiques.
04:34Vous parlez des jeunes qui ne connaissent pas bien les Outre-mer, les hauts fonctionnaires vous estimez aussi ne les
04:39connaissent pas suffisamment.
04:41Est-ce qu'il faudrait rendre obligatoire un stage Outre-mer pour les futurs hauts fonctionnaires ?
04:45Juste d'un mot, oui, non ?
04:46Oui, oui.
04:47Moi je reste persuadé que c'est une nécessité et qu'à un moment il nous faut aussi pouvoir obliger
04:52de se confronter en fait au réel.
04:57Parce que en fait quand on va dans nos territoires, on sait à quel point il y a des diversités
05:01qui sont très différentes,
05:02mais à quel point il faut aussi être impliqué et connaître et avoir du respect pour les populations qui vivent.
05:08Et au moins on sait de quoi on parle.
05:09Exactement.
05:10Allez, on en vient au premier thème sur lequel vous avez choisi de réagir, Jordan Nostache.
05:14C'est donc là une démarche qui s'inscrit dans la droite ligne de l'accord de Bougival,
05:17signé en juillet 2025 entre l'État et les forces politiques de Nouvelle-Calédonie.
05:21Une assemblée citoyenne expérimentale,
05:24où comment donner la parole au peuple à l'heure où l'archipel cherche encore son chemin institutionnel.
05:33Et si consulter les citoyens permettait de dépasser le blocage politique,
05:38permettait de regagner la confiance des habitants.
05:41Avec sa toute première expérience d'assemblée citoyenne initiée au sein du Congrès,
05:46c'est le pari que tente la Nouvelle-Calédonie.
05:50Réunis en mars et en avril pour deux sessions de débat,
05:5324 citoyens tirés au sort dans l'archipel sont amenés à proposer de nouvelles mesures
05:58pour améliorer le fonctionnement des institutions du pays.
06:02Je suis vraiment ravie d'être avec vous aujourd'hui,
06:04parce que j'ai bossé de mon côté toute seule, un petit peu.
06:08Donc j'espère vraiment que nos idées, justement, elles arrivent à un aboutissement positif.
06:16Ça force les trop bavards, je ne suivais pas mes regards, à se garder, de s'habiller.
06:22Et ça force, qui ne sont pas assez bavards, à se dire,
06:28« Ah, mais il reste encore du temps, nous qu'ils voient que je trouve des chevaliers. »
06:31Mais il n'y a pas d'obligation, évidemment.
06:32Voilà.
06:32On les a tirés au sort en veillant à ce que la diversité calédonienne soit représentée.
06:38C'est-à-dire qu'on a des gens des trois provinces, on a des gens de tout âge,
06:42on a des hommes, on a des femmes, on a toutes les ethnies représentées
06:46et plusieurs catégories socioprofessionnelles représentées aussi.
06:50Nous qui sommes représentatifs de toute la population de la Nouvelle-Calédonie,
06:55on va essayer d'amener notre pierre, nos idées,
06:59pour essayer de garder ce lien entre les institutions et nous qui sommes citoyens.
07:05J'ai 25 ans, montrer l'avis d'un jeune calédonien, c'est important.
07:09Je ne me fais pas porte-parole de tout le monde,
07:10mais je me dis que peut-être qu'ici, sur nos mers, je peux porter la parole de certains jeunes.
07:15Alors, le congrès de Nouvelle-Calédonie teste une assemblée citoyenne tirée au sort.
07:19Dans ce contexte de post-référendum, de post-émeute en 2024,
07:23certains estiment que c'est mettre de l'huile sur le feu,
07:26certains sur place estiment cela.
07:28Est-ce que, de votre point de vue, c'est une bonne méthode ?
07:30Absolument. Je crois que c'est même la méthode qu'il faut pouvoir aborder
07:34dans la manière dont on va restructurer nos organisations politiques.
07:38Pourquoi ? Parce que les citoyens ont besoin d'être entendus.
07:41Et ils ont besoin d'être entendus au-delà simplement du vote.
07:44Le problème, c'est qu'on a tendance à penser que le scrutin suffit à lui-même.
07:49Or, les gens ont une voix, ils ont envie de participer à la décision publique.
07:53Nous, on avait eu la chance, j'ai eu la chance lorsque j'étais directeur de cabinet,
07:57d'installer avec le président et sa majorité le premier conseil citoyen en Martinique.
08:04Et c'était une fierté parce qu'on voyait bien que les personnes qui y prenaient part
08:08trouvaient l'intérêt de la délibération publique.
08:13C'est-à-dire, ils voyaient aussi la complexité de prendre des décisions au niveau local.
08:17Et aussi, tous les paramètres qu'il fallait prendre en compte.
08:20Et je crois que ce que montrait bien votre reportage,
08:23c'est qu'en fait, c'est aussi une bonne manière de recréer du lien
08:27et de dépasser ce fossé entre les décideurs et la population.
08:31Alors oui, mais c'est important qu'ils découvrent l'envers du décor.
08:34C'est important qu'ils soient entendus.
08:36Mais c'est encore plus important d'être écoutés.
08:38Et malheureusement, et vous le savez que trop bien,
08:40souvent les politiques n'écoutent pas.
08:42De votre point de vue, là, ça va être consultatif, finalement, cette Assemblée,
08:46ou ils auront un réel poids ?
08:48Je souhaite, enfin vraiment, j'espère que ça a été pensé,
08:52non pas comme une consultation ponctuelle, mais comme un processus durable.
08:57Parce que le sujet, c'est qu'on ne peut pas simplement consulter une fois par an,
09:01une fois tous les deux ans, ou que sais-je.
09:04Il faut que ça soit vraiment ancré dans le fonctionnement de nos institutions.
09:07Parce que ça n'est que comme ça qu'on recréera le lien entre la population et les décideurs.
09:12Et je crois aussi qu'il y a, en fait, ces macros dans le monde.
09:16On voit bien qu'il y a un sujet de crise de la démocratie représentative.
09:20Et que la démocratie, cette démocratie participative, participante,
09:24permet de renouer le lien de ce contrat social qui s'étiole.
09:30On voit bien que les gens, ils ont envie de prendre la parole, de dire des choses,
09:34mais ils le font derrière des réseaux sociaux, de manière anonyme.
09:36Et donc, plutôt que de leur donner pleine responsabilité autour de la table,
09:41des fois, on les confine à des espaces qui sont, je trouve,
09:47pas à la hauteur de ce qu'on devrait faire dans notre débat.
09:51À force, oui, parce qu'on le voit, et vous l'avez bien mis en avant,
09:54ils ont des idées.
09:55Enfin, je vais dire…
09:56Oui, ils ont des idées, sauf que quand on regarde, finalement, dans le rétroviseur,
09:59à Paris, la Convention citoyenne pour le climat,
10:01elle n'a pas franchement marqué les esprits,
10:02dans le sens où on a tenu compte de la parole du citoyen.
10:06Ça a laissé un goût amer.
10:07Qu'est-ce qui fait que ça fonctionnerait mieux à Nouméa qu'à l'Assemblée nationale ?
10:11Je pense que le sujet particulier de la Nouvelle-Calédonie
10:15est qu'on parle de son avenir institutionnel.
10:19Et nécessairement, on sait bien qu'il y a un sujet qui est
10:22qu'on a des parties de la population
10:24qui n'ont pas du tout les mêmes points de vue sur cet avenir.
10:27et on ne peut trouver le compromis qu'en les mettant autour de la table
10:31et en leur disant « Quel est ton point de vue ? »
10:33« Quel est mon point de vue ? »
10:34Et en bonne intelligence, essayons de trouver des solutions.
10:36Et c'est vrai que, malheureusement,
10:38la Convention citoyenne sur le climat aurait dû donner plus de réponses,
10:44en tout cas, et aurait dû être mieux traduite en faits, en décisions publiques.
10:50Par contre, on peut déjà se dire qu'il y a eu la loi climat et résilience
10:54qui l'a succédée.
10:57Et c'est une bonne manière, je trouve, de se dire qu'on arrive petit à petit,
11:01même si c'est peut-être incrémental, donc les petits pas,
11:05mais en tout cas, on arrive de plus en plus, je trouve,
11:07à comprendre l'intérêt de ces démarches.
11:08Dans l'oreillette, on m'a dit d'avancer,
11:10parce que le temps est parti, joue contre nous,
11:12mais juste d'un mot, parce qu'en 2022, il me semble qu'en Martinique,
11:14il y avait eu un conseil des jeunes à la CTM, à la collectivité territoriale.
11:17Vous les aviez écoutés, les jeunes, à ce moment-là ?
11:19On avait écouté les jeunes de cette…
11:23Alors, c'était très compliqué, parce qu'on allait trouver des jeunes représentatifs,
11:27et donc c'est toujours très complexe de les trouver,
11:30mais c'était incroyable comme expérience,
11:33parce qu'on voyait à quel point les jeunes avaient des fois des idées préconçues
11:39qu'ils arrivaient ensemble à déconstruire ou alors à améliorer collégialement.
11:45Donc ça, c'est vraiment un beau processus collégial.
11:49Allez, on part à Mayotte, si vous le voulez bien.
11:51À Mayotte, où un homme qui aide son épouse à la maison est aujourd'hui encore surnommé
11:55« Bonjour, madame ». Et ce n'est pas franchement un compliment.
11:58Dans l'archipel, hommes et femmes ont un rôle bien défini,
12:01ancré dans les traditions, dans la culture.
12:03Nous ne sommes intéressés à la place des femmes dans le 101e département français.
12:09On sait un peu réparer les tâches entre filles.
12:12Quand je sors de l'école, ou quand elle, elle sort de l'école, du coup,
12:15on faisait le repas du soir, parce que la famille joue, on n'est pas à la maison.
12:18Ici, les tâches, c'est un peu « je cuisine ».
12:22Et après, s'il y a des tâches comme soulever des trucs lourds,
12:27les tâches dits pour hommes, c'est plus eux qui vont les faire.
12:31Mais tout ce qui est cuisine, ménage, c'est plus...
12:35C'est plus ce que je dis.
12:36Est-ce que j'adhère à l'idée ? Non, pas du tout.
12:41Mais on va laisser faire comme ça, parce qu'on ne veut pas d'ennuis.
12:47Mamie, il n'y a personne pour aller chercher la boîte de tomates pelée en bas.
12:52Ça fait une éternité que j'ai envoyé quelqu'un pour aller me la chercher.
12:56Ah, arrête un peu d'envoyer des gens à ta place.
12:58Pourquoi leur demander à eux ? C'est des canailles.
13:00Ils ne vont pas le faire.
13:01Ouais, des canailles. Ils ne veulent pas y aller.
13:03Les garçons sont dehors, en tout cas.
13:05Dehors où ?
13:06Derrière, ils sont à l'ombre.
13:09T'es sûre qu'ils savent où c'est ?
13:11Mais bien sûr qu'ils savent. Ils ont vu où je l'ai rangé hier.
13:14Montez, descendre, montez, descendre, montez, descendre.
13:17J'arrivais là, là, je m'asseyais, je faisais non, c'est bon, j'abandonne.
13:20C'est mort.
13:22Voilà, est-ce que ça t'a tué ?
13:24Are you dead ?
13:26No, you're not.
13:27Un homme qui aide sa femme à la maison ?
13:30Vous savez comment on l'appelle dehors avec ses copains ?
13:32On l'appelle bonjour madame.
13:35Bonjour madame, cela veut dire que tu es
13:37la femme de ta femme juste parce qu'il aide sa femme à la maison.
13:42Donc, il y en a qui le font en cachette parce que ça se sait dehors et on se moque
13:49de lui.
13:50Les garçons n'aident pas aux tâches ménagères.
13:54Il est incroyable ce reportage qu'on a diffusé cette semaine, Jordan Eustache.
13:58Du coup, à Mayotte, en pratique, une femme vit sous quel droit exactement ?
14:01Sous le droit commun, le droit cadial, les lois religieuses définies par le Coran ou les deux ?
14:06Les deux, en fait, il y a un peu de tout.
14:08Donc, on constate bien qu'il y a un sujet de transmission et de génération.
14:14Et on voit bien dans votre reportage la confrontation entre les générations sur ces sujets.
14:19Il y a nécessairement, et on le verra de plus en plus, je pense,
14:23un peu un équilibre à trouver entre la tradition et le moderne.
14:28Et donc, ou en tout cas, les aspirations d'une génération a nécessairement plus de liberté,
14:34plus d'égalité aussi.
14:36Et donc, on voit bien que c'est là que le droit se pose face au réel
14:42et aux aspirations pour le futur d'une certaine génération.
14:45Bien sûr.
14:46Il est délicat ce sujet parce que, bien sûr, on n'a pas voulu juger,
14:49mais questionner en faisant ce reportage cette semaine.
14:52Éviter toute caricature, d'où le choix d'un reportage sans commentaire
14:55pour une totale authenticité.
14:56Est-ce que défendre la place et le droit des femmes à Mayotte
15:00revient à renier la culture maorais ?
15:03Déjà, c'est formidable cette méthode sur le fait d'entendre,
15:08parce que je pense qu'on est emmené dans cette cuisine, dans cette famille,
15:12on voit bien les regards différents qui se confrontent.
15:17Mais en l'occurrence, je pense que petit à petit,
15:21ce sont des sujets où, sans renier la tradition,
15:25parce qu'il faut pouvoir bâtir à partir d'une tradition.
15:28Je pense qu'on vit dans des sociétés où on a quand même beaucoup de…
15:32on a le respect des personnes âgées, on a le respect des aînés.
15:35Complètement.
15:36Et donc le sujet, c'est de pouvoir ne pas mettre tout ça de côté
15:40et puis dire « ça n'est pas bon, il n'est pas bon, on s'en débarrasse ».
15:45Non, on bâtit à partir de ça, en ayant la conscience que nécessairement,
15:49les jeunes, par contre, et c'est là où il faut aussi pouvoir leur laisser leur place,
15:52auront des aspirations différentes.
15:54Bien sûr.
15:56Et il faut pouvoir les laisser aussi, pouvoir bâtir la société à laquelle ils aspirent.
16:01Je vous demandais tout à l'heure quel droit s'applique pour les femmes à Mayotte,
16:04parce que la polygamie n'est pas autorisée en France,
16:07mais elle est encore pratiquée à Mayotte.
16:08de quoi ajouter à la souffrance de bien des femmes
16:11qui, évidemment, ne choisissent pas toujours cette situation.
16:14Vous, experts des institutions, de la décentralisation,
16:17est-ce que la loi doit continuer à s'adapter, finalement,
16:20ou alors purement et simplement s'appliquer et protéger les femmes ?
16:23Je crois que sur le sujet de l'adaptation du droit,
16:27on voit que de plus en plus, de manière générale,
16:29on a quand même des logiques de différenciation.
16:31C'est-à-dire qu'on va aller poser un regard différent
16:35en fonction de la réalité des territoires.
16:37Alors, vous savez que, par exemple, à Wallis et Futuna,
16:39on a des rois, encore aujourd'hui.
16:43Oui, beaucoup de personnes le savent.
16:43Voilà, exactement.
16:44On a un préfet qui officie des mariages,
16:47ce qui n'est pas vrai dans tous les autres départements,
16:50enfin, les autres territoires de France.
16:52Et donc, on a des spécificités comme ça qui demeurent,
16:55qui sont liées aussi aux traditions, en effet, aux droits de coutumier.
17:00Est-ce qu'il faut pouvoir, aujourd'hui, mettre fin à tout cela ?
17:04Ça me semblerait ne pas être logique,
17:08avec notre logique, justement, de différenciation
17:10et d'adaptation aux réalités.
17:13En revanche, et c'est là où, après,
17:16c'est à la délibération collective et nationale
17:18et territoriale de mener ces débats.
17:21Il y a nécessairement des questionnements,
17:24notamment quand on arrive sur des droits fondamentaux,
17:26où on peut se poser la question de,
17:29est-ce qu'il n'est pas temps de remettre sur le métier,
17:34en tout cas, un certain nombre de réflexions sociétales, sociales,
17:38pour pouvoir aussi permettre à ces jeunes femmes,
17:42demain, de ne pas, de pouvoir se débarrasser des carcans aussi,
17:45parce que ce sont des choses qui ne sont pas faciles à vivre.
17:48Alors, on en vient au troisième thème de la semaine,
17:51Jordan Nostache.
17:51Ces décès multiples sur un paquebot de croisière dans l'Atlantique,
17:54le week-end dernier, sont brutalement venus nous rappeler
17:56combien les zoonoses sont régulièrement au cœur de crises sanitaires,
18:00ces maladies transmises à l'homme par les animaux.
18:02Outre-mer, du fait d'une biodiversité extrêmement riche,
18:05plusieurs territoires cumulent les facteurs de risque,
18:07mais peuvent aussi faire office de laboratoire,
18:10jouer un rôle de sentinelle, extrait.
18:20La pression croissante des activités humaines,
18:24déforestation, urbanisation, élevage intensif,
18:26rapproche davantage l'homme de la faune sauvage
18:29et donc le risque de transmission de maladies.
18:34La très, très grosse majorité des virus
18:36est hébergée par les mammifères
18:38de manière complètement, complètement,
18:40ce qu'on appelle asymptomatique.
18:42Et on a parfois des virus qui vont entraîner des maladies.
18:45Et donc, c'est bien évidemment,
18:46ces virus à l'Institut Pasteur
18:48qu'on étudie préférentiellement,
18:50puisque c'est ceux qui vont impacter la santé humaine.
18:58Du coup, on leur fait une petite prise de sang,
19:01un test pour avoir la salive.
19:04On récupère aussi les urines et les sels
19:06pour maximiser les chances
19:09de pouvoir avoir des résultats positifs
19:11sur des potentiels virus.
19:14Et là, je suis en train de récupérer les ectoparasites,
19:16donc les puces et les tiques
19:18qui peuvent être présents dans le pelage.
19:21Du coup, on regarde vraiment à la base du poêle.
19:31Après avoir pris les ectoparasites,
19:33on va essayer de prendre un tout petit peu de sang.
19:36Et pareil, c'est pour la recherche,
19:38soit la recherche directe de virus,
19:41soit la recherche d'anticorps.
19:43Donc les anticorps, c'est vraiment des preuves
19:45comme quoi l'individu, l'animal,
19:47a été en contact avec le virus.
19:48Donc c'est vraiment quelque unique produit de sang
19:50qui suffisent pour faire ces analyses.
19:52Et ensuite, après, cet individu,
19:55comme tous les autres,
19:55sont relâchés sur leur site de capture.
19:58Je rappelle, Jordan Nostache,
19:59que vous étiez directeur général des services en Martinique,
20:02sur place d'Ing, Chikungunya, Zika,
20:04on vit avec depuis des lustres maladies transmises
20:06par le moustique tigre,
20:07et qui aujourd'hui, en fait depuis quelques années déjà,
20:10concerne aussi le reste du monde,
20:11et notamment la France hexagonale.
20:13En matière de gestion zoonose,
20:15est-ce que les territoires ultramarins
20:16ont à apprendre à l'Hexagone ?
20:19Je crois que oui,
20:20parce que c'est typiquement la démonstration
20:22dans des lieux, dans des espaces
20:24où on est vraiment un espace d'excellence.
20:27On a appris, on a une recherche d'excellence.
20:30Chez nous, on a le CEDRE,
20:31qui est le centre de démoustication,
20:32par exemple,
20:33qui est consulté au niveau caribéen
20:35sur les enjeux, par exemple,
20:36de moustiques et des maladies entomologiques
20:39qui sont liées à ces moustiques.
20:43En l'occurrence, on a véritablement,
20:45aujourd'hui, on le voit,
20:48des compétences qui vont pouvoir être très utiles
20:50au niveau mondial,
20:51parce que toutes ces questions
20:52que l'on s'est posées,
20:53aussi par exemple sur le sujet
20:55de la montée des eaux, etc.,
20:57qui se sont posées très tôt chez nous,
21:01et donc on a toujours eu à faire avec,
21:04à développer des solutions.
21:05Et donc aujourd'hui,
21:06que l'on voit que d'autres territoires du monde
21:08sont confrontés aux mêmes problématiques,
21:10aujourd'hui, on fait partie de la réponse.
21:12Et c'est pour ça que je disais
21:12que l'avenir est aussi,
21:14en écoutant les territoires d'outre-mien,
21:15parce que nous ne sommes pas des périphéries,
21:17nous sommes des centralités de réponse
21:19et d'efficacité en matière de...
21:20Mais est-ce qu'ils sont écoutés, les territoires ?
21:21Est-ce qu'ils sont même questionnés ?
21:23Mais c'est pour ça qu'il faut pouvoir
21:27continuer à montrer cette excellence
21:29dans nos territoires,
21:30continuer à être partout,
21:32parce que je pense que vraiment,
21:33il nous faut avoir des ultramarins
21:34dans les grandes instances,
21:36dans les instances internationales,
21:39dans les grandes universités, etc.
21:41Et c'est comme ça que, petit à petit,
21:42qu'on arrivera à faire comprendre
21:44que les territoires d'outre-mer
21:45ne sont pas que les plages,
21:49la musique, le carnaval, etc.
21:52Ça fait partie de nous, bien sûr.
21:54Ce n'est pas ça le sujet.
21:55On est tellement plus,
21:56tellement plus que les caricatures
21:57qu'on veut faire de nous.
21:58Je me suis demandé,
21:59puisqu'on parle des zoonoses,
21:59est-ce qu'il serait utile, nécessaire,
22:01que les régions ultramarines
22:03aient la main sur leur politique publique sanitaire ?
22:07En l'occurrence, sur la santé environnementale,
22:09ça faisait partie des sujets
22:10que l'on s'opposait beaucoup.
22:12C'est vrai qu'on est déjà,
22:13les collectivités locales sont en grande partie
22:15des actrices de la politique de santé,
22:17puisqu'on a les PMI,
22:18donc la protection maternelle et infantile,
22:20l'intervention aussi dans les centres
22:23médico-sociaux,
22:24où on a aussi un certain nombre
22:26d'interventions sur la psychologie,
22:28sur l'aide aussi sociale.
22:33Mais sur la santé environnementale,
22:35on est des acteurs depuis très longtemps,
22:37parce qu'à travers, je le disais,
22:39la démoistication,
22:39mais aussi, par exemple,
22:40aujourd'hui, on a créé un laboratoire
22:43de recherche sur la biodiversité.
22:46Les régions sont, par exemple,
22:48chef de file sur la partie biodiversité,
22:51préservation de la biodiversité.
22:52Donc, il nous faut pouvoir investir
22:54ces compétences à travers aussi
22:56davantage d'initiatives
23:00comme celles qui sont montrées ici.
23:02Et qu'on montre régulièrement
23:03dans notre magazine.
23:04Absolument.
23:04On va terminer avec votre photo du jour.
23:06Jordan Lestache, elle va s'afficher,
23:08je la découvre en même temps
23:09que nos téléspectateurs.
23:11La voilà, voilà.
23:12De quoi s'agit-il ?
23:13De qui s'agit-il ?
23:14Alors, il s'agit de l'association
23:16Martinique Ambition Jeune.
23:17Ce ne sont pas que des Martiniquais,
23:20parce qu'en l'occurrence,
23:20c'était beaucoup de jeunes ultramarins.
23:24C'était il y a plus de dix ans.
23:26On avait créé cette association
23:27pour créer un peu un réseau
23:29des jeunes de Martinique
23:30hors de chez eux.
23:33Et à ce moment-là,
23:34on a eu vraiment un souffle
23:38de Martiniquais qui sont venus de partout,
23:40qui avaient envie, en fait,
23:42de se connaître,
23:43de discuter de nos sujets.
23:45Et en fait, on voyait ça
23:46dans tous les autres territoires,
23:48parce qu'il y avait aussi
23:48l'association des jeunes de Guadeloupe,
23:50il y avait la PVF pour la Polynésie.
23:52En fait, cette confluence
23:54de toutes les jeunesses
23:57de nos territoires
23:58avec leurs aspirations
24:00était une vraie richesse.
24:01Et c'est quelque chose
24:02dont je suis très fier,
24:03à titre personnel,
24:04parce que je trouve
24:05qu'on a su, à un moment,
24:08aussi donner pleinement,
24:12représenter cette voie de la jeunesse
24:14qui manque des fois
24:15dans notre débat public, je trouve.
24:18Et donc, du coup,
24:18il nous faut arriver
24:19avec les autres jeunes,
24:23en tout cas des autres territoires,
24:24à mieux se connaître.
24:25Parce que malheureusement,
24:27souvent, entre territoires d'outre-mer,
24:29entre ultramarins,
24:29on ne se connaît pas totalement.
24:30Oui, c'est vrai.
24:31Ça, c'est vrai, effectivement.
24:32Mais vous avez dit quelque chose
24:33de très important,
24:34ils viennent avec leurs aspirations.
24:36Ils ont envie de se connaître,
24:37ces jeunes ultramarins.
24:38Effectivement, je suis passé
24:39par la « once upon a time ».
24:40Mais en fait, ils ont quand même,
24:42et c'est important plus sérieusement,
24:43des aspirations,
24:44des attentes légitimes.
24:46Beaucoup encore parlent
24:47d'inégalités entre France
24:49et territoires ultramarins.
24:51Vous leur répondez quoi,
24:52vous, à ces jeunes ?
24:53Vous, en tant qu'aux fonctionnaires,
24:54certes, vous avez créé
24:55cette association,
24:56certes, c'est important
24:57qu'ils se regroupent,
24:58mais après ?
25:00Honnêtement,
25:00je pense vraiment
25:01qu'il faut qu'on arrive
25:02à dépasser le « i bon comme ça ».
25:05C'est bon comme ça.
25:06C'est-à-dire,
25:07c'est bon comme ça.
25:09Et donc, ça veut dire
25:10qu'il faut aussi
25:10que les autres générations
25:12acceptent de laisser
25:13la place à la jeunesse.
25:14Moi, j'avais,
25:14quand j'étais DGS de Lamartine,
25:16j'avais initié
25:18un dialogue intergénérationnel
25:20au sein de la collectivité
25:20parce qu'on avait 880 personnes
25:22sur les 4 400
25:23qui partaient à la retraite.
25:24Rapidement,
25:24il nous reste 10 secondes.
25:25Et donc, du coup,
25:25c'est fondamental
25:26de pouvoir créer ces espaces.
25:29Et donc, moi, je leur dirais,
25:29prenez votre place.
25:31Prenez votre place
25:31parce que vous l'avez.
25:32Et puis, soyons solidaires.
25:34Un peu plus de solidarité
25:35entre nous,
25:36ça nous ferait du bien.
25:37Merci infiniment,
25:37Jordan Lestache,
25:38pour cet échange.
25:39Merci à vous d'être fidèle
25:40à votre magazine,
25:41C'est pas si loin.
25:42Émission que vous pouvez,
25:42bien sûr,
25:43retrouver en replay
25:43sur france.tv
25:44ainsi qu'en podcast
25:45sur toutes les plateformes audio.
25:47Très belle fin de journée
25:48sur France Télé.
25:49Excellent week-end
25:49et à la semaine prochaine.
25:50Même lieu, même heure.
25:51Sous-titrage Société Radio-Canada
25:55Sous-titrage Société Radio-Canada
25:57Sous-titrage Société Radio-Canada
25:59Sous-titrage Société Radio-Canada
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