- il y a 10 heures
Les femmes allemandes ont longtemps été perçues comme des témoins passifs des crimes du régime nazi. Pourtant les idéologues du IIIe Reich se sont servis de ces femmes pour en faire un rouage essentiel de leur système. Plus de 13 millions d'entre elles furent encartées au sein du NSDAP, le parti nazi : mères de famille reproductrices, elles ont ensuite contribué à la machine de guerre allemande, travaillant dans les usines ou se portant volontaires pour servir comme gardiennes dans les camps de la mort.
Ce documentaire se propose donc de faire voler en éclat les idées reçues sur ces femmes. Loyales, endoctrinées, ambitieuses et fanatiques, elles ont fait partie intégrante du régime. À travers une investigation historique et psychologique, nous essayerons de mieux comprendre leur radicalisation et leur dérive fanatique, en dévoilant une dimension largement méconnue du système nazi. Année de Production :
Ce documentaire se propose donc de faire voler en éclat les idées reçues sur ces femmes. Loyales, endoctrinées, ambitieuses et fanatiques, elles ont fait partie intégrante du régime. À travers une investigation historique et psychologique, nous essayerons de mieux comprendre leur radicalisation et leur dérive fanatique, en dévoilant une dimension largement méconnue du système nazi. Année de Production :
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00:008 mai 1945, le Troisième Reich vient de capituler.
00:05Dans les ruines de Berlin, il ne reste plus que des femmes.
00:08Veuves et orphelines, elles ont tout perdu pendant cette guerre.
00:11Ce sont pourtant elles qui vont déblayer les décombres pour reconstruire le pays.
00:16De véritables héroïnes, immortalisées dans les grandes villes allemandes.
00:22C'est une histoire fabuleuse,
00:25ces femmes qui rachètent l'honneur de l'Allemagne à la force de leurs bras.
00:30Mais c'est une histoire trop belle pour être vraie.
00:35Seulement quelques années plus tôt,
00:36ces mêmes allemandes acclamaient Adolf Hitler leur fureur.
00:40En 1939, sur les 40 millions de femmes que compte le Reich,
00:4512 millions sont membres d'une organisation affiliée au parti nazi.
00:51Gauche, droite, gauche, droite.
00:56Et tout ça en musique.
01:00Et nous, on répondait,
01:03c'est comme ça que commençait notre journée.
01:06Jamais aucun autre régime n'a su mobiliser les femmes à une si grande échelle.
01:10Les maires nationales socialistes assurent la descendance aryenne
01:13et fournissent des soldats pour le front.
01:16Plus de 600 000 infirmières nazies sont formées par le régime.
01:21500 000 auxiliaires intègrent les services de la Wehrmacht.
01:25500 000 femmes servent dans les territoires occupés de l'Est.
01:30Des chiffres qui montrent à quel point le régime hitlérien compte sur la contribution féminine
01:35à son entreprise meurtrière.
01:39Les femmes ont reçu des ordres et les ont exécutés.
01:42Les femmes étaient les rouages du système.
01:45Elles ont fait vivre ce régime.
01:47Elles ont fait vivre cette idéologie.
01:50Elles ont même commis le pire.
01:53Devenues gardiennes dans les camps de concentration,
01:55elles se sont rendues coupables de torture et de meurtre.
01:59C'est l'horreur.
02:00C'est des femmes qui deviennent des bourreaux.
02:02Ce sont des bourreaux.
02:04Il y avait peut-être quelques psychopathes parmi elles,
02:07mais la plupart étaient des femmes ordinaires.
02:12Spectatrices des crimes nazis,
02:15complices ou meurtrières,
02:17ces Allemandes du 3e Reich, qui étaient-elles ?
02:20Comment sont-elles devenues des rouages essentiels du régime ?
02:26Et quelle est l'étendue de leurs crimes ?
02:30Voici la véritable histoire des femmes allemandes sous le 3e Reich.
03:05Novembre 1918
03:07L'Empire allemand vient de s'écrouler.
03:10L'ancien monde a disparu.
03:13Pour la population s'ouvre alors une période de bouleversements et d'incertitudes.
03:18Les années de la République de Weimar sont marquées par les rationnements,
03:21une inflation galopante et des changements incessants de gouvernement.
03:27Les luttes acharnées que ce livre nationaliste et communiste dans les rues
03:30ont des allures de guerre civile.
03:35Tous ces événements, y compris le traité de Versailles,
03:39ont donné l'impression aux gens de vivre une époque particulièrement instable et dangereuse.
03:45La défaite était vécue comme une souffrance.
03:49Les gens se disaient que la situation ne pouvait qu'empirer
03:52et qu'il fallait un changement d'urgence.
03:57Effrayées par le chaos,
03:58les femmes allemandes n'ont plus confiance en la démocratie et en ces hommes politiques.
04:04Frustrées par la misère économique et le chômage de leurs maris,
04:07elles sont très nombreuses à réclamer un changement.
04:12Ayant acquis le droit de vote en 1919,
04:15les femmes commencent à s'intéresser à la politique
04:17et à fréquenter les meetings.
04:20Notamment ceux d'un parti politique nationaliste
04:23qui mobilise les foules dans les Cavabières de Munich.
04:32Ces combattantes de la première heure ont laissé leurs souvenirs par écrit,
04:36dans des lettres, des journaux intimes et des autobiographies.
04:39« J'ai entendu pour la première fois un orateur du nom d'Adolf Hitler.
04:49Je suis rentrée à la maison,
04:51transportée par ses idées,
04:53son langage puissant,
04:55la lueur fanatique de ses yeux.
04:57Je voyais enfin une issue à la misère du peuple allemand.
05:00En mon fort intérieur,
05:02je remerciais Dieu de m'avoir donné le fureur. »
05:06« Les femmes sont participantes et présentes dès le début
05:09de la création du parti nazi.
05:12Et celles qui participent des années 20,
05:15c'est des femmes qui ont vécu la première guerre mondiale,
05:18qui ont vécu aussi la misère ou en fait la défaite.
05:22Donc cette génération qui vraiment porte le projet nazi dès le début
05:27et qui l'invente. »
05:31Dès 1926, une première union de femmes nationales socialistes voit le jour.
05:36Femmes au foyer, étudiantes ou ouvrières,
05:38des femmes de toutes les origines sociales
05:40s'impliquent activement dans les rangs du jeune parti.
05:44Lors de la campagne électorale de 1932,
05:47elles redoublent d'efforts pour porter Adolf Hitler au pouvoir.
05:50Elles impriment des tracts,
05:53confectionnent des drapeaux à croix gammées,
05:55distribuent boissons et nourriture aux hommes lors de meetings.
06:00Et parfois, elles mettent même leur vie en danger.
06:10Nous étions fiers de nos bannières à la croix gammée.
06:13La nuit, quand j'allais coller des affiches avec ma mère
06:16ou mettre des tracts dans les boîtes à lettres,
06:18nous étions poursuivis par la meute rouge.
06:20Je ne sais pas d'où nous tenions le courage pour affronter ces dangers.
06:24Je pense que nous étions devenus fanatiques,
06:26tout simplement.
06:32La victoire électorale du parti nazi
06:34est aussi celle de ces combattantes de la première heure.
06:38Elles sont des milliers à acclamer Adolf Hitler
06:41lors de sa première apparition,
06:42le 30 janvier 1933,
06:44en tant que chancelier du Reich.
06:49« Il y avait des drapeaux partout.
06:52de la musique et puis le discours d'un homme qui disait
06:56« C'en est assez.
07:00Maintenant, on fait ce que moi je vous dis. »
07:06Moi, en tant qu'enfant, je ne pensais pas que ça pourrait mal se passer.
07:12Au contraire, après ces années d'instabilité,
07:15ces paroles étaient rassurantes.
07:17« Cet espoir d'un avenir meilleur,
07:23ce fanatisme féminin,
07:26le parti nazi va savoir l'exploiter.
07:28Il va trouver un rôle aux femmes qui permettra à la fois de les valoriser
07:32et de servir les objectifs du Troisième Reich. »
07:42Sous ses airs de gentleman,
07:45Adolf Hitler a des idées bien arrêtées sur les femmes
07:47et leur rôle dans la société.
07:50Dans un de ses innombrables monologues,
07:53il déclare devant ses plus proches collaborateurs
07:55« Le devoir de la femme est d'être belle et de faire des enfants.
08:02La femelle oiseau soigne ses plumes pour plaire à son mal
08:05et elle couvre ses oeufs.
08:06En contrepartie, le mal protège le nid contre les envahisseurs.
08:12Tout est dit.
08:14Pour Hitler, l'ordre mondial et la politique
08:16doivent être dominés par les hommes.
08:19Les femmes n'y ont aucune place.
08:25Hitler insiste très tôt sur la subordination de la femme à l'homme.
08:29Dès 1921, il s'est assuré que les femmes
08:33ne puissent s'occuper des positions dirigeantes au sein du parti.
08:36Au mieux, elles pouvaient être camarades,
08:40camarades dans la lutte,
08:41mais uniquement à des positions subalternes.
08:47Subordonnée à l'homme,
08:48la femme allemande se voit néanmoins attribuer
08:50un rôle essentiel dans la société nazie,
08:52celui de mère.
08:55Elle doit donner une descendance purement germanique
08:58qu'à la nation allemande.
09:03Le nazisme valorise dès le début
09:06le rôle de la mère,
09:08qui est le pilier,
09:09et même selon Hitler,
09:11c'est aussi la cellule souche de l'État.
09:14C'était aussi une valorisation
09:15du rôle des femmes.
09:17Et surtout, ça leur attribuait
09:21le pouvoir
09:22d'être la garante
09:23de la race arienne
09:25et donc aussi
09:26les garantes
09:27de la société nazie
09:28qui s'est construisée.
09:30Les femmes étaient très importantes
09:32pour lui.
09:33Elles avaient donné naissance
09:35aux enfants,
09:36aux enfants allemands.
09:38Nos chères femmes,
09:39ces femmes !
09:41Oh, mon Dieu !
09:43Quand on y pense,
09:45quelle folie !
09:48Nombreuses sont les Allemandes
09:50à être sensibles
09:51à ce discours antiféministe.
09:54En effet,
09:55la majorité d'entre elles
09:55ignorent le combat
09:56des suffragettes
09:57et regardent d'un œil critique
09:59la libéralisation des mœurs
10:00dans les grandes villes.
10:05Berlin et ses années folles,
10:06l'éclat de sa vie nocturne
10:08dit Solu n'était pas un modèle
10:09pour tout le monde,
10:10loin de là.
10:11Beaucoup de femmes,
10:12à l'époque,
10:13vivaient dans de petites villes
10:14ou à la campagne.
10:15Et Weimar, pour elles,
10:16n'était pas synonyme
10:17de bas de soie
10:18ou d'émancipation.
10:20Elles continuaient à faire
10:21ce qu'elles faisaient
10:22depuis toujours.
10:23Elles travaillaient dans les fermes
10:25ou les boucheries
10:25de leurs maris.
10:26Elles avaient des vies
10:27somme toute traditionnelles
10:29et la plupart étaient
10:30des mères au foyer.
10:33Et pour elles,
10:35le fait de valoriser la mère
10:36et l'importance de la famille
10:39avait quelque chose
10:40de très séduisant.
10:45Nous ne sommes plus uniquement
10:46des femelles,
10:47des objets d'un désir animal.
10:49Nous avons à nouveau
10:50le droit de nous épanouir
10:51dans notre rôle de femme
10:52en tant que mère.
10:53Nous pouvons enfin élever
10:55une lignée d'hommes
10:55véritables
10:56à qui nous allons enseigner
10:57la droiture,
10:58la fierté
10:59et la pureté.
11:04Loin d'imposer ce nouveau rôle
11:05aux femmes allemandes,
11:07les nazis vont prendre
11:08des mesures
11:08pour qu'elles retournent
11:09derrière les fourneaux
11:10de leur plein gré.
11:17Dès 1933,
11:18le régime propose
11:19un prêt marital
11:20sous forme de chèque cadeau
11:22aux jeunes couples
11:23qui souhaitent fonder une famille.
11:25Il peut atteindre
11:26jusqu'à 1000 Reichsmark,
11:28soit le salaire annuel
11:29d'un ouvrier.
11:32Le régime veut des enfants,
11:34mais pas n'importe lesquels.
11:36Première condition,
11:37un examen médical
11:38rigoureux.
11:40Cet examen médical
11:42va ensuite établir
11:43si, oui ou non,
11:44ce couple est en bonne santé
11:47selon les critères nazis.
11:49Ça veut dire
11:49de ne pas être atteint
11:51d'une maladie héréditaire,
11:53infertile,
11:54de ne pas avoir
11:55des maladies
11:56sexuellement transmissibles,
11:58etc.
11:59On voulait uniquement
12:01des mères en bonne santé,
12:02donnant naissance
12:03à des enfants en bonne santé.
12:05Le devoir de la mère allemande
12:06était certes
12:07de se reproduire,
12:08mais uniquement
12:09pour avoir
12:09des enfants sains.
12:13À chaque naissance,
12:14le remboursement
12:15du prêt marital
12:16diminue de 25%.
12:18La dette des familles
12:20est donc soldée
12:20à partir de 4 enfants.
12:22C'est la descendance minimum
12:23que le régime exige
12:24pour le maintien
12:25de la soi-disant
12:26race allemande.
12:30Deuxième condition
12:30pour l'obtention du prêt,
12:32les femmes actives
12:33doivent renoncer
12:34à leur travail.
12:35Les emplois ainsi libérés
12:36sont occupés
12:37par les hommes.
12:39Résultat,
12:40une baisse spectaculaire
12:41du chômage de masse.
12:43L'Allemagne fête
12:44le retour
12:45de la croissance économique.
12:46« Je me souviens
12:49que j'étais soulagée
12:50de voir que le calme
12:51était revenu
12:52après des années
12:53de chaos.
12:54Tout était rentré
12:55dans l'ordre.
12:56Pour nous,
12:57à l'époque,
12:57les drapeaux à croix gamme
12:58et rouge, blanc et noir
12:59n'étaient qu'un détail. »
13:03Indispensable à ses projets
13:04politiques,
13:05Hitler veut soigner
13:06ses mères allemandes.
13:08Comme il aime à le dire,
13:10les berceaux
13:10sont des armées
13:11en sommeil.
13:13Le Führer crée alors
13:14une distinction spéciale,
13:16la croix d'honneur
13:17de la mère allemande.
13:21« Une amie de ma mère
13:23avait eu cinq enfants.
13:25Elle avait été décorée
13:26de la croix de la mère.
13:28Elle la portait fièrement
13:29et tout le monde
13:30la félicitait.
13:32Il y avait beaucoup
13:33d'autres mères comme elles.
13:35Elles ont fait beaucoup
13:36d'enfants pour fournir
13:37des soldats à Hitler. »
13:41En bronze pour quatre enfants,
13:42en argent pour six enfants,
13:46et en or pour huit.
13:48En tout,
13:49elles seront cinq millions
13:50de femmes à recevoir
13:51cette distinction.
13:55Le régime a réussi son pari.
13:58Entre 1933 et 1939,
14:00le nombre de naissances
14:02augmente de 25 %.
14:07« Tous ces prêts,
14:09toutes ces distinctions
14:10étaient réservés aux femmes
14:12qui remplissaient
14:13toutes les conditions
14:14et qui étaient du bon côté.
14:17Les juifs,
14:18les sociodémocrates,
14:19les communistes
14:20ou d'autres groupes
14:21indésirables aux yeux
14:21des nazis
14:22en étaient exclus.
14:24On était fiers
14:25de faire partie des élus,
14:26d'être du bon côté
14:28et pas de l'autre. »
14:31Être du bon côté.
14:34C'est là tout l'enjeu.
14:37Les élus du régime
14:38adoptent pleinement
14:39leur rôle de garante
14:40de la race allemande
14:41et de pourvoyeuse de soldats.
14:46Mais les femmes
14:47vont aussi prendre
14:48une part active
14:49dans la politique des naissances.
14:52Elles vont aider
14:52à faire un tri impitoyable
14:54parmi les citoyens allemands.
15:01Pour mettre en place
15:02son idée délirante
15:03d'une nation pure,
15:05le régime a besoin
15:06de contrôler les naissances.
15:08Son premier soutien,
15:09les sages-femmes.
15:10L'État a besoin d'elles
15:12pour approcher
15:12les futures mères
15:13dans le secret des foyers.
15:18A une époque
15:19où les femmes
15:20accouchaient surtout
15:21à la maison
15:21et non pas
15:22dans les hôpitaux,
15:23les sages-femmes
15:24étaient des personnes
15:25de confiance
15:25très importantes.
15:27Le régime
15:28les a inclus
15:29dans le système
15:29de santé d'État
15:30où elles tenaient
15:32un rôle important.
15:34Elles devaient faire
15:35des rapports
15:35sur les naissances
15:37et devaient dénoncer
15:38chaque enfant mal formé.
15:41Pour chaque enfant dénoncé,
15:43elles touchaient une prime.
15:46donc quand des enfants
15:47malades naissaient,
15:48même avec un simple
15:49bec de lièvre,
15:50elles prévenaient
15:51les services sanitaires.
15:55Les listes établies
15:56par les sages-femmes
15:57passent entre les mains
15:58des médecins nazis.
16:00Elles ont des conséquences
16:01dramatiques pour les mères
16:02et leurs enfants,
16:03comme le prouve ce rapport.
16:07Rosalie Lichka
16:08a été diagnostiquée
16:09schizophrène.
16:11D'après les connaissances
16:12médicales,
16:13il est fort probable
16:14que ses descendants
16:15puissent également souffrir
16:16de lourdes maladies mentales.
16:18Conformément au paragraphe 1,
16:20la patiente Lichka
16:21doit être stérilisée.
16:25La plus importante
16:27et la plus violente mesure
16:28que le régime ait mis en place
16:30dans le cadre
16:31de sa politique démographique
16:32a été la stérilisation
16:34de masse.
16:36Environ 100 000 hommes
16:38et 200 000 femmes
16:40ont été stérilisées
16:41de force.
16:43Mais rapidement,
16:44cette cruelle méthode
16:45préventive
16:46ne suffit plus.
16:47À partir de 1939,
16:49le régime décide
16:50d'éliminer la partie
16:52de sa population
16:52non conforme
16:53à l'idéal nazi.
16:56L'objectif des nazis
16:59était de mettre en pratique
17:00la théorie
17:01de l'hygiène raciale.
17:04Cette théorie
17:05est basée
17:06sur l'idée
17:06absurde
17:07qu'il serait possible
17:09d'éradiquer
17:09toutes les maladies
17:10héréditaires
17:12en stérilisant
17:13toutes les personnes
17:14atteintes d'une maladie
17:15ou en tuant
17:17celles qui sont déjà
17:18venues au monde.
17:19De cette manière-là,
17:21on pensait pouvoir
17:22éviter que ces maladies
17:24soient transmises
17:24à de nouvelles générations.
17:28Hitler autorise alors
17:29une tuerie
17:30à grande échelle
17:30appelée officiellement
17:32Action T4.
17:34C'est un programme
17:35d'euthanasie
17:36ciblant tous les handicapés,
17:37physiques ou mentaux.
17:40Une équipe médicale
17:41triée sur le volet
17:42est convoquée
17:43début 1940
17:44à la chancellerie
17:45pour être informée
17:46de ce sinistre projet.
17:48Parmi eux,
17:49une vingtaine
17:50d'infirmières.
17:52Elles apprennent
17:53qu'elles seront désormais
17:53chargées de tuer
17:54des êtres humains
17:55que la doctrine nazie
17:57qualifie
17:57de vie indigne
17:59d'être vécue.
18:02La participation
18:04à ce programme
18:04reposait sur le volontariat.
18:06Personne ne nous a obligés
18:08à y adhérer.
18:09Aucune des femmes présentes
18:10n'avait d'objection
18:11alors Blankenborg,
18:13le médecin en chef,
18:14nous a fait prêter
18:15un serment de confidentialité.
18:18Le régime
18:21avait créé
18:22de nouvelles formations
18:23médicales
18:25et par la même occasion
18:26un nouveau type
18:27d'infirmière
18:28à qui on avait
18:28inculqué
18:29ces valeurs eugénistes.
18:33Les infirmières
18:34apprenaient
18:34qu'il fallait diviser
18:35les patients
18:36en deux catégories.
18:38Les patients supérieurs
18:39et les patients inférieurs,
18:41les patients
18:42qu'on pouvait soigner
18:43et les autres
18:44qui étaient un poids
18:45pour la société.
18:48Le régime formera
18:50plus de 600 000 infirmières
18:52selon ses principes.
18:54Le programme
18:55d'euthanasie T4
18:56est mené
18:56dans des lieux
18:57tenus secrets
18:58sur le territoire allemand.
19:00Les victimes
19:01sont conduites
19:01de leurs hôpitaux
19:02vers des centres
19:03de mise à mort
19:04Hadamard,
19:05Grafenegg
19:06et Hartheim
19:07pour être assassinées
19:08dans les premières
19:09chambres à gaz
19:10de l'histoire du nazisme.
19:12Pour mener à bien
19:13cette épuration
19:14de masse,
19:15les infirmières
19:16sont indispensables.
19:22Les infirmières
19:23étaient chargées
19:24d'accompagner
19:24le transport
19:25des malades
19:25entre les hôpitaux
19:26et les centres
19:27de mise à mort.
19:29Elles les aidaient
19:30à se déshabiller,
19:31les rassuraient
19:32et les accompagnaient
19:33jusqu'à l'intérieur
19:34des chambres à gaz.
19:37A partir de 1941,
19:40c'est dans tous
19:41les hôpitaux psychiatriques
19:42du Reich
19:42que les handicapés
19:43allemands sont mis à mort.
19:45Les méthodes changent.
19:47On laisse certains patients
19:48mourir de faim.
19:50D'autres sont assassinés
19:51par overdose
19:52de médicaments.
19:53Au contact direct
19:55des patients,
19:55les infirmières
19:57passent alors à l'acte,
19:58comme dans cet hôpital
19:59de Grosschweidnitz
20:00près de Dresde.
20:03Conformément
20:04aux ordres
20:04du docteur Hertzert,
20:06je devais calmer
20:07les patients
20:07qui étaient trop agités
20:08ou trop agressifs.
20:10Ceux qui nous donnaient
20:11trop de travail
20:11en salissant sans cesse
20:13leur drap.
20:14Ceux qui gaspillaient
20:15du matériel médical précieux
20:17en arrachant
20:18leurs pansements.
20:19Ceux qui étaient
20:20trop dégradés physiquement
20:21ou couverts d'eczéma
20:23et de pus.
20:24A eux,
20:25je devais administrer
20:26des surdoses
20:27de véronale
20:28ou de luminale
20:29pour les plonger
20:30dans un sommeil
20:30dont ils ne se réveilleraient plus.
20:35Après la guerre,
20:37ces infirmières
20:37cacheront leurs responsabilités
20:39derrière les ordres
20:40donnés par les médecins.
20:42Mais la réalité
20:43est bien plus complexe.
20:45Ce sont elles
20:48qui décrivaient
20:48l'état de santé
20:49des patients
20:49et c'est en fonction
20:51de ces informations
20:51que le médecin décidait
20:52de la vie
20:53ou de la mort du malade.
20:56Elles avaient donc
20:56une influence considérable
20:58sur le diagnostic.
20:59Et certaines,
21:00comme l'infirmière en chef
21:01Elsa Zaxeux,
21:02ordonnaient elles-mêmes
21:03à leurs infirmières
21:04de commettre
21:04ces assassinats.
21:10Avec la collaboration
21:11des sages-femmes
21:12et des infirmières,
21:13on estime
21:14qu'environ
21:15300 000 personnes
21:16handicapées physiques
21:17ou mentales
21:17ont été tuées.
21:22Restent les enfants
21:23que le régime
21:24juge dignes
21:25de vivre
21:25et de peupler l'Allemagne.
21:26Pour cela,
21:28l'impitoyable machine
21:29d'endoctrinement nazi
21:30va se mettre en route.
21:34Le message martelé
21:36par les idéologues
21:37est sans équivoque.
21:38Les enfants allemands
21:39appartiennent à l'État.
21:42Afin d'éduquer
21:43de bonnes petites soldades
21:44obéissantes,
21:45l'instruction nationale
21:46socialiste
21:47commence dès le plus jeune âge.
22:03On avait tout le temps
22:04le bras levé.
22:05Le matin,
22:06à l'école,
22:06le professeur
22:07nous saluait
22:08avec
22:08« Hi Hitler ! »
22:09Et nous,
22:10on répondait
22:10« Hi Hitler ! »
22:11C'est comme ça
22:12que commençait la journée.
22:14Dès l'âge de 10 ans,
22:16les filles
22:16sont enrôlées
22:17dans les organisations
22:17hitlériennes
22:18pour la jeunesse.
22:20La plus importante
22:21est le BDM,
22:22le Bund Deutscher Mädel,
22:24la Ligue des jeunes filles
22:25allemandes.
22:27C'est l'équivalent féminin
22:28des jeunesses hitlériennes.
22:30Comme près de 4,5 millions
22:32de jeunes filles,
22:33Elsa et Lisa
22:34ont fait partie
22:35de ces organisations.
22:37Avec 70 années
22:38de recul,
22:39elles témoignent
22:40de cet embrigadement.
22:44C'était en 1940
22:45et j'étais enthousiaste.
22:47J'avais un uniforme.
22:49Toutes les filles
22:50avaient le même.
22:51On était une unité,
22:53il n'y avait rien d'autre.
22:54On n'était pas censés
22:55avoir d'autres centres
22:55d'intérêt.
22:57Et j'ai dû retirer
22:58mes boucles d'oreilles.
23:00Une fille allemande
23:00ne devait pas avoir
23:01de boucles d'oreilles
23:02et on ne devait pas
23:03se maquiller.
23:04Il fallait avoir
23:05des yeux bleus,
23:06des cheveux blonds,
23:07marcher droit
23:07et être blanche
23:08comme neige.
23:10On chantait beaucoup,
23:13on se racontait
23:14des histoires,
23:15on rigolait ensemble.
23:17On est même
23:18partis à la campagne
23:20un week-end
23:21où on avait fait
23:22un feu de camp.
23:23C'était très romantique.
23:27Je m'y sentais
23:28très bien.
23:34J'aimais beaucoup
23:35aller à ces réunions.
23:37J'étais fille unique.
23:38Et j'étais heureuse
23:39d'en faire partie.
23:41J'avais l'impression
23:41d'être importante.
23:43Et j'étais fière.
23:47Fierté
23:47et sentiment
23:48d'appartenance
23:49à une communauté.
23:50Pour beaucoup de filles,
23:51le BDM
23:51est comme une deuxième famille.
23:54Dans certains cas,
23:56l'organisation éloigne
23:57ces jeunes membres
23:58de leurs parents
23:59et provoque même
24:00des conflits
24:00dans les foyers.
24:02ma mère m'a dit
24:05un jour
24:06« Tu sais,
24:07Hitler et ses comparses,
24:09ils sont comme
24:10les autres politiques.
24:12Ils travaillent
24:13pour leurs propres profits.
24:16Je me souviens
24:17m'être disputée
24:18avec elle.
24:18Je lui ai dit
24:19« Non, maman,
24:23ce sont des idéalistes.
24:25Ils ne veulent
24:26que notre bien. »
24:30Et la propagande
24:31n'est jamais loin.
24:32Chansons,
24:33sports
24:33ou œuvres caritatives
24:34sont en réalité
24:35des occasions
24:36pour marteler
24:37les principes
24:37de l'idéologie nazie
24:38et uniformiser
24:39les esprits.
24:41« Notre chef-taine,
24:43la Führerin,
24:44nous parlait
24:45d'Adolf Hitler.
24:46Elle nous disait
24:47que Hitler
24:48allait sauver
24:49le Reich allemand
24:49des Juifs.
24:51Elle nous disait
24:52que les Juifs
24:52étaient des gens malhonnêtes,
24:53des prêteurs d'argent
24:55et qu'on ne pouvait
24:56pas leur faire confiance.
24:59On n'avait pas besoin
25:00de ce genre de personnes.
25:01Ils iraient tous
25:02en camp de travail. »
25:05Il y avait une phrase
25:07qu'on répétait
25:10officiellement
25:11à tout bout de champ.
25:16« Les Juifs
25:18sont notre malheur. »
25:21Ainsi,
25:21biberonné
25:22à l'idéologie
25:23eugéniste,
25:24raciste
25:24et antisémite,
25:25des cohortes
25:26de jeunes filles
25:27sont prêtes
25:27pour servir
25:28les objectifs
25:29du Reich.
25:39Hitler a de grands
25:41projets pour elle.
25:42Elles doivent devenir
25:43les conquérantes
25:44du Lebensraum,
25:45cet espace vital
25:46que le Führer
25:47s'apprête
25:48à conquérir
25:48à l'Est.
25:571939.
25:59Après sa victoire
26:01sur la Pologne,
26:02Hitler a étendu
26:03les frontières du Reich.
26:04Il faut maintenant
26:05germaniser
26:06et peupler
26:06ces nouveaux territoires.
26:10le régime décide
26:11d'y installer
26:12les Volksdeutsche.
26:13Ce sont des minorités
26:14allemandes de Roumanie,
26:16des Pays-Baltes
26:16ou d'Ukraine.
26:19La plupart
26:19ne parlent même plus
26:20allemand.
26:21Mais dans l'idéologie
26:22nazie,
26:23leur ascendance,
26:24même lointaine,
26:25est suffisante.
26:28Dirigés et guidés
26:29par des conseillers
26:30envoyés d'Allemagne,
26:31ils doivent être
26:31transformés en bons
26:35nazis.
26:36Dans ce gigantesque
26:38projet de colonisation
26:39présenté comme historique
26:40pour l'avenir
26:41de l'Allemagne,
26:42les femmes
26:42ne manquent pas
26:43à l'appel.
26:49Les organisations
26:50féminines
26:51ont fermement
26:52revendiqué leur place
26:53dans ces territoires
26:54conquis,
26:57en affirmant
26:58qu'elles avaient
26:59aussi leur rôle
27:00à jouer
27:00dans ce grand projet.
27:03« Ces territoires
27:06étaient présentés
27:07à ces jeunes femmes
27:08comme une opportunité
27:09formidable
27:10pour acquérir
27:11leurs premières
27:12expériences professionnelles
27:15en faisant des choses
27:16utiles
27:16pour la communauté
27:17allemande.
27:21On leur promettait
27:22une grande autonomie,
27:24la possibilité
27:25de faire leurs preuves
27:26et de mettre
27:28leurs talents
27:28au service
27:29de la grande cause.
27:31Et ces promesses
27:32étaient sans doute
27:32très séduisantes
27:33pour ces jeunes femmes
27:34et pour ces femmes.
27:38Les,
27:38t'as besoin de toi.
27:39Cet appel
27:40lancé par les autorités
27:41rencontre un vif succès.
27:43Elles seront près
27:44de 500 000
27:45à s'engager.
27:47À l'âge de 20 ans,
27:48Elsa fait partie
27:49de ces aventurières.
27:51Conditionnée
27:52par la propagande,
27:53elle part enseigner
27:54sa langue
27:54aux petits allemands
27:55de venir.
27:59Pendant que le train
28:00traversait la Pologne,
28:02le soleil était
28:04en train
28:04de se lever.
28:07C'était magnifique.
28:11Et tout à coup,
28:13j'ai eu le sentiment
28:14d'aller vers une patrie
28:16que je ne connaissais
28:17pas encore.
28:21Je n'oublierai jamais
28:22ce sentiment.
28:26Cet enthousiasme
28:27pionnier,
28:28Elsa le partage
28:29avec la jeune
28:29berlinoise
28:30Melita Machmann.
28:32Ancienne membre
28:33du BDM
28:34et nazie fanatique,
28:36Melita demande
28:37sa mutation
28:37après son baccalauréat
28:39dans les territoires
28:39polonais annexés
28:40au Reich,
28:41appelé
28:42le Wartegau.
28:43Elle travaille
28:44comme chef-tène
28:45d'un groupe de filles,
28:46colonisatrices
28:47comme elle.
28:52J'étais heureuse
28:54de travailler
28:54dans le Wartegau.
28:55Je n'aurais échangé
28:56cette place
28:57avec aucune autre
28:57en Allemagne.
28:58Moi-même
28:59et mes camarades
29:00estimions que
29:00c'était un honneur
29:01de pouvoir aider
29:02à conquérir ce territoire
29:03pour notre peuple
29:04et sa culture.
29:05Notre existence
29:06nous semblait être
29:07une grande aventure.
29:10Le fait de quitter
29:11le foyer,
29:12de gagner
29:13de l'indépendance,
29:14c'était une forme
29:15d'émancipation
29:16pour ces jeunes femmes.
29:18même si cela
29:19se déroulait
29:20dans le cadre
29:20d'une idéologie
29:21qui n'avait rien
29:22d'émancipatoire.
29:26Mais cette aventure,
29:27les jeunes filles
29:28la vivent
29:29aux dépens
29:29de la population locale.
29:32100 000 Polonais
29:33sont brutalement
29:33expulsés
29:34de chez eux.
29:37La mission de Milita
29:39et des autres volontaires
29:40préparer
29:41l'arrivée
29:41des nouveaux colons
29:42qui doivent s'installer
29:43dans les maisons confisquées.
29:48La plupart
29:49de ces maisons
29:50étaient sales,
29:51ce qui nous confirmait
29:51dans notre sentiment
29:52de supériorité.
29:53C'était la fameuse
29:54pagaille polonaise
29:55et nous trouvions
29:56qu'il était temps
29:57que des paysans allemands,
29:58propres et ordonnés,
29:59reprennent ces domaines.
30:05Avec dévouement
30:06et passion,
30:07ces colonisatrices
30:08transforment
30:09les villages polonais
30:10et juifs
30:10en villages allemands.
30:13Elles participent aussi
30:14à la confiscation
30:14des vêtements
30:15et du mobilier
30:16qui sont redistribués
30:17aux nouveaux arrivants.
30:19Et la population
30:20locale impuissante
30:21doit se mettre
30:22au service
30:23de ces nouvelles régnantes.
30:26À l'époque,
30:27j'avais une petite
30:29bonne Polonais.
30:30de 14 ans.
30:32Son père était menuisier.
30:36Sa famille,
30:37originaire du village,
30:39avait été chassée
30:40de sa maison.
30:43Ils vivaient
30:44dans des cabanes
30:45quelque part
30:46aux abords du village.
30:51Je savais bien
30:52que c'était mal,
30:54mais c'était ainsi.
30:56Il ne fallait pas
30:57le remettre en cause.
31:03En lisant les brochures
31:04de propagande,
31:06on se rend compte
31:07que le régime
31:08savait que les jeunes filles
31:09pourraient éprouver
31:10de la pitié
31:10pour la population locale.
31:16Pour y remédier,
31:17la propagande
31:18leur a martelé
31:19qu'elles devaient
31:19apprendre à maîtriser
31:21leurs émotions
31:22en pensant
31:23en pensant à la finalité
31:24de leur mission.
31:26Et cette finalité
31:27était tout simplement
31:28l'avenir radieux
31:30de l'Allemagne.
31:35Quand j'ai travaillé
31:37dans ce village,
31:39je ne pensais
31:40qu'à une chose.
31:42Il fallait que je sois là
31:44pour mes élèves.
31:45Ils avaient besoin de moi.
31:49En échange
31:50de cet engagement
31:50sans faille,
31:51le régime
31:52tient ses promesses.
31:53Ces jeunes femmes
31:54ont des responsabilités
31:56et un pouvoir
31:56qu'elles n'ont jamais
31:58connu auparavant.
32:01Quand les travailleurs polonais
32:02se montraient paresseux
32:03ou impertinents,
32:04les fermières allemandes
32:05venaient me chercher.
32:06Un jour,
32:07j'ai même donné
32:07une gifle à un jeune homme.
32:09Les femmes,
32:10elles ont beaucoup
32:11de marge
32:11de manœuvre
32:12parce qu'il faut imaginer
32:13que c'est des sociétés
32:15très ségrégées
32:16qu'on pourrait qualifier
32:17d'apartheid
32:18où toute personne
32:21appartenant
32:21à la communauté
32:23raciale allemande
32:24a un pouvoir énorme
32:26sur la société locale.
32:28dont aussi les hommes.
32:33Pour le régime,
32:35une chose est sûre,
32:36la force de travail
32:37des femmes
32:37est devenue indispensable.
32:40En 1941,
32:42les territoires
32:43sous occupation nazie
32:44s'étendent
32:45de l'Atlantique
32:45aux portes de Moscou
32:46nécessitant un appareil
32:48administratif gigantesque.
32:51500 000 auxiliaires
32:52travaillent au service
32:53de la Wehrmacht,
32:5522 000 auxiliaires
32:56au service des SS.
32:58et 50 000 secrétaires
33:00sont employés
33:01dans les agences
33:01de travail du Reich,
33:03dans les entreprises
33:03de travaux publics,
33:05mais aussi dans les services
33:06de répression,
33:07comme la Gestapo.
33:11On s'imagine
33:12une petite secrétaire
33:13derrière sa machine
33:14à écrire
33:14et loin de tout.
33:16Mais il fallait bien
33:17que quelqu'un
33:18prenne des notes
33:18pendant les interrogatoires.
33:21Il y avait,
33:22comme aujourd'hui,
33:22des interrogatoires
33:23qui se déroulaient
33:24derrière un bureau.
33:26Mais certains d'entre eux
33:27se déroulaient
33:27sous la contrainte
33:28de la torture,
33:29dans des pièces isolées
33:30pour étouffer les cris.
33:32Et là aussi,
33:34il y avait des femmes
33:34qui prenaient des notes.
33:38Ce sont elles
33:39qui tapent
33:39les listes
33:40de biens juifs
33:40confisqués
33:41et les ordres
33:42d'exécution.
33:44Les plus aîlés
33:45confectionnent même
33:46des documents choquants,
33:47comme ce bilan
33:48des exécutions
33:49de juifs baltes
33:50et biélorusses.
33:52Dans sa présentation,
33:54la secrétaire
33:55a fait preuve
33:55d'une créativité macabre.
34:02Réparties
34:02dans les différentes
34:03administrations du Reich,
34:05ces femmes
34:05étaient au courant
34:06de tout.
34:07Des persécutions,
34:09des exactions
34:10de la Wehrmacht,
34:11des raids
34:11contre les partisans.
34:13Elles savaient tout.
34:17Parfois,
34:17dans la tranquillité
34:18de leur bureau,
34:19elles décident même
34:20de la vie
34:21ou de la mort
34:21de certains détenus.
34:24Voilà comment
34:24une secrétaire
34:25de la Gestapo
34:25de Varsovie
34:26décrit son travail.
34:31Le jour des exécutions,
34:33on nous sortait
34:33un tas de dossiers.
34:34Si on avait
34:35une centaine
34:36de ces dossiers
34:36et qu'il fallait
34:37exécuter 50 personnes,
34:38c'était les secrétaires
34:39qui choisissaient
34:40les dossiers au hasard.
34:42Parfois,
34:42une secrétaire
34:43disait à l'autre
34:43« Tiens, Erika,
34:44si on rajoutait
34:45encore celui-là ? »
34:50Des gestes
34:50en apparence
34:51anodins
34:52faisaient partie
34:52d'un appareil
34:53d'État
34:53qui a contribué
34:55à la mort
34:55de millions
34:55de personnes.
34:59Dans les services
35:00de travail
35:01du Reich,
35:02les secrétaires
35:03affectaient
35:03des ouvriers
35:04à des travaux
35:04dans des conditions
35:05si horribles
35:06que beaucoup
35:07en mourraient.
35:10Même en étant
35:11loin des armes
35:11et des actions
35:12directes
35:13de mise à mort,
35:14ces femmes
35:14faisaient partie
35:15d'une machine
35:16à tuer.
35:19Derrière
35:20leur machine
35:20à écrire,
35:22ces petites mains
35:22innocentes
35:23se transforment
35:24en complices
35:24de meurtre.
35:25Le Troisième Reich
35:27parviendra
35:27à enrôler
35:28toutes les femmes
35:28dans son entreprise
35:29meurtrière.
35:31Même celles
35:32qui n'ont pas
35:32de fonction officielle
35:33dans l'appareil
35:34d'État,
35:34les épouses SS.
35:37Elles ont aussi
35:38un rôle,
35:38aider leurs maris
35:40à devenir
35:40des machines
35:41à tuer.
35:46Ces machines
35:46à tuer
35:47du régime
35:47sont les troupes
35:48SS,
35:49l'élite
35:49du Troisième Reich.
35:52Certains
35:53de ces hommes
35:53font partie
35:54des Einsatzgruppen,
35:55ces escadrons
35:56de la mort SS
35:57qui exécutent
35:58par balles
35:58des centaines
35:59de milliers
35:59de personnes.
36:05D'autres
36:05travaillent
36:06dans les camps
36:06de concentration
36:07où les Juifs
36:08d'Europe
36:08meurent
36:09épuisés
36:09par le travail
36:10ou dans
36:10les chambres
36:11à gaz.
36:15Leurs épouses
36:16sont triées
36:17sur le volet.
36:18Pour avoir
36:19le droit
36:19de se marier,
36:20certains couples
36:21ont dû soumettre
36:22jusqu'à 150 documents
36:23pour prouver
36:24leur descendance
36:25aryenne
36:25sur quatre générations.
36:31Elles sont
36:32240 000
36:32à avoir réussi
36:33cet examen
36:34de passage.
36:37Les femmes
36:38SS,
36:38on parle
36:39des épouses,
36:41des sœurs
36:41mais aussi
36:42des filles.
36:43Elles ont
36:44un statut
36:45très privilégié
36:46dans cet ordre
36:48qui se comprend
36:50comme l'élite
36:51nazie.
36:51Elles ont un rôle
36:52très particulier
36:53au sein
36:53de l'ordre
36:54de la SS.
36:55Les épouses
36:56sont vivement
36:57encouragées
36:57à suivre
36:58leur mari
36:58sur leur lieu
36:59de travail
36:59où la mort
37:00règne.
37:01Un rôle précis
37:03leur est assigné.
37:05Ces femmes
37:05qui ont suivi
37:06leurs hommes
37:06à l'Est,
37:07dans les camps
37:07de concentration
37:08ou ailleurs,
37:09devaient les soutenir
37:10dans leur travail
37:10difficile.
37:11Au milieu
37:12de toute cette horreur,
37:13elles devaient
37:13assurer la permanence
37:14de la vie familiale
37:15en élevant
37:16les enfants du couple
37:17au plus près
37:17de leur père.
37:19Cette sphère
37:19de normalité
37:20devait permettre
37:21à leurs époux
37:21de se régénérer
37:22pour être prêts
37:23dès le lendemain
37:24à exécuter
37:25leurs bases besognes
37:25au nom du Reich.
37:29L'une de ces femmes
37:30est Lina Heydrich,
37:32épouse du SS
37:33Reinhard Heydrich,
37:34responsable
37:35du plan d'extermination
37:36des Juifs d'Europe.
37:38Elle est installée
37:39dans le château royal
37:40à Prague
37:40pendant que son mari
37:41supervise
37:42les exécutions
37:43sur le terrain.
37:47Reinhard et moi
37:48sommes heureux.
37:49Il est content
37:50que j'arrive
37:50à gérer
37:51tous les problèmes
37:51domestiques sans lui.
37:53au travail,
37:54il doit se rendre
37:55disponible
37:56pour les autres
37:56toute la journée.
37:57Il doit sans cesse
37:58prendre des décisions
37:59parfois difficiles.
38:01Il apprécie alors
38:02son petit foyer
38:03bien tranquille.
38:06Certaines épouses SS
38:07sont présentes
38:08sur les lieux
38:09des massacres.
38:11Elles participent
38:11au banquet
38:12qui célèbrent
38:12la fin d'une journée
38:13de travail macabre.
38:15Le soir,
38:17elles nettoient
38:17les bottes ensanglantées
38:18de leur mari
38:19ou de leur fiancé.
38:22endoctrinées
38:22et indifférentes
38:23à l'horreur,
38:24un de leurs
38:25passe-temps préférés
38:26est la visite
38:26des ghettos
38:27où les nazis
38:28ont isolé
38:29les juifs d'Europe
38:29dans des conditions
38:30inhumaines.
38:33Au sujet
38:33du ghetto
38:34de Lotz,
38:35Ingrid Greiser,
38:36la fille du commandant
38:37du Vartegao,
38:38écrit à son fiancé.
38:44Tu sais,
38:44c'est vraiment génial.
38:46Il y a toute une partie
38:47de la ville
38:47qui est fermée,
38:48encerclée
38:49avec des barbelés.
38:50Ce qu'on voit derrière,
38:51c'est de la racaille.
38:52Ces gens ne font que
38:53traîner dans les rues.
38:55Chacun doit porter
38:55deux étoiles jaunes
38:56sur ses vêtements,
38:57une devant
38:58et une derrière.
38:59C'est papa
39:00qui a inventé ça.
39:01Il appelle ça fièrement
39:02le ciel étoilé
39:03de Lotz.
39:04Tu sais,
39:05on ne peut pas vraiment
39:05éprouver de la pitié
39:06pour ces gens.
39:07J'ai l'impression
39:08qu'ils ne ressentent pas
39:09les choses
39:09de la même manière
39:10que nous.
39:10Ils n'ont aucun sens
39:12de l'humiliation
39:12qu'ils subissent.
39:18Si ces femmes
39:19restent auprès
39:20de leur père,
39:21fiancée ou mari,
39:22c'est qu'elles en retirent
39:23de nombreux avantages.
39:25Notamment dans les camps
39:26de concentration
39:27et d'extermination.
39:29À Auschwitz,
39:30le commandant
39:31Rudolf Heuss
39:32a emménagé
39:32avec sa femme
39:33Hedwig
39:33et leurs cinq enfants.
39:35Ils habitent
39:36dans une villa
39:37avec jardin
39:38à 300 mètres
39:39des fours crématoires
39:40et à proximité
39:41des cellules
39:42où les prisonniers
39:43sont torturés.
39:44Leurs cris
39:45sont audibles
39:46jusque dans le salon
39:47des Heuss.
39:47Il faut imaginer
39:49que Madame Heuss
39:50avait un certain rôle
39:53social
39:54dans la communauté SS.
39:57Elle donnait
39:58souvent des réceptions.
40:00Son mari
40:01voyageait souvent
40:02à Berlin.
40:03Elle avait une vie
40:03très très confortable
40:05avec plusieurs domestiques
40:06qui étaient
40:07évidemment
40:07toutes
40:08des détenus
40:10de camp.
40:11Pour organiser
40:13ses dîners somptueux
40:14et compléter
40:14sa garde-robe,
40:15Madame Heuss
40:16se sert allègrement
40:17dans les réserves
40:18du camp
40:18où sont stockés
40:19tous les biens
40:19volés aux déportés.
40:22Sans aucune fonction
40:24officielle,
40:25toutes les épouses
40:26de SS
40:26s'attribuent
40:27un pouvoir infini
40:28sur les ressources
40:29matérielles
40:29et humaines.
40:34Toutes ces femmes
40:35ont profité
40:35de la main-d'œuvre
40:36des camps.
40:37Elles sont allées
40:38chercher des détenus
40:39pour qu'ils travaillent
40:40comme domestiques,
40:41comme jardiniers
40:42ou comme ouvriers
40:43dans leurs maisons.
40:44Elles se sont également
40:46considérablement enrichies
40:47avec tout ce qu'il y avait
40:48à prendre dans les camps.
40:50Et tout cela,
40:51elles l'ont obtenu
40:52au prix de la souffrance
40:53des détenus.
40:55Ces femmes ont pris
40:55ce qu'il y avait à prendre.
40:57Elles savaient très bien
40:58d'où ça venait.
41:01Pomponnées,
41:02maquillées
41:02et en pleine forme physique,
41:04ces images d'épouses
41:05d'officiers SS
41:06prises à quelques dizaines
41:07de mètres
41:08des fours crématoires
41:09sont choquantes,
41:10tant elles contrastent
41:11avec le quotidien inhumain
41:12des victimes.
41:15En fait,
41:16on n'a pas d'exemple
41:17où les épouses SS
41:18se seraient refusées
41:20ou auraient protesté
41:22contre le travail
41:22de leur mari.
41:23Au contraire,
41:25pour ces femmes,
41:26il y avait peu d'intérêt
41:27à questionner
41:28le travail de leur mari,
41:30d'autant plus
41:30qu'elles étaient aussi
41:31adhérentes
41:32à l'idéologie nazie.
41:36La famille Heuss
41:37vit dans un tel luxe
41:38à Auschwitz
41:39que Hedwig déclarera
41:40« C'est ici
41:42que je veux vivre
41:42et mourir. »
41:45Profiteuses du système,
41:47les épouses SS
41:48vivent les plus belles années
41:49de leur vie
41:50dans les fabriques
41:51de la mort.
41:53En échange de privilèges,
41:54le régime peut exiger
41:56beaucoup de ces femmes.
41:58Alors il va même
41:59les solliciter
41:59pour le pire,
42:01devenir gardienne
42:02de camps de concentration
42:03et d'extermination
42:04pour contribuer
42:05directement à la torture
42:06et à la mise à mort
42:08de millions de personnes.
42:14gardienne
42:15de camps
42:15de concentration.
42:17Ce métier macabre
42:19connaît une forte demande
42:20à partir de 1943
42:22lorsque le régime décide
42:23de transformer
42:24les camps
42:25en viviers d'esclaves
42:26pour l'industrie allemande.
42:28Si les grandes entreprises
42:29veulent exploiter
42:30la force de travail
42:31des femmes déportées,
42:33elles doivent fournir
42:33des gardiennes.
42:38La plupart étaient issues
42:40des couches populaires
42:41et beaucoup d'entre elles
42:43n'avaient pas
42:44de véritables métiers.
42:46Elles avaient travaillé
42:47comme bonnes
42:48ou comme auxiliaires
42:49dans les usines
42:50ou dans les fermes.
42:52C'étaient des travailleuses
42:53non qualifiées.
42:54dans une lettre
42:58adressée à une candidate,
42:59l'administration
43:00du camp
43:00de Ravensbruck
43:01vante les avantages
43:02de l'emploi proposé.
43:04Pour ce poste,
43:06aucune qualification
43:07professionnelle
43:08n'est requise
43:08car il s'agit
43:09tout simplement
43:10de surveiller
43:11des prisonnières
43:11au travail.
43:16Une tâche facile
43:17à accomplir,
43:18loin des chaînes
43:19de montage
43:20et offrant
43:20des avantages
43:21très alléchants.
43:22Comme par exemple
43:23ces logements
43:24de fonction
43:24situés à proximité
43:26immédiate
43:26du camp de concentration.
43:32Ces femmes
43:33devenaient
43:33des fonctionnaires
43:34d'Etat.
43:35Elles recevaient
43:36un bon salaire,
43:38elles bénéficiaient
43:38d'une assurance maladie
43:40et elles cotisaient
43:41pour leur retraite.
43:43Ce travail
43:44était une réelle
43:46forme d'ascension sociale.
43:48Elles portaient
43:49l'uniforme
43:50et elles faisaient
43:51partie des auxiliaires
43:52SS.
43:56Les gardiennes
43:57débutent toute leur carrière
43:58à Ravensbruck,
43:59à un camp de femmes
44:00à 80 km de Berlin.
44:03Elles seront 4000
44:04à y être formées.
44:07Les nouvelles recrues
44:08qui ne savent pas
44:09à quoi s'attendre
44:10découvrent vite
44:11au contact
44:11des gardiennes expérimentées
44:13la véritable nature
44:14de leur travail.
44:16Ravensbruck,
44:17c'est l'école
44:18de la brutalité.
44:20Depuis le moment
44:21où on est sortis
44:22de nos wagons,
44:24on va entend crier
44:27et nous traiter
44:28de tous les noms.
44:29Elles ont,
44:31comme les soldats
44:31des EURSS,
44:33des espèces
44:34de ce qu'on appelait
44:35un goumi.
44:36C'est un bâton
44:37assez gros d'ailleurs
44:41pour nous frapper.
44:43Elles ont des bottes,
44:45elles se servent
44:46facilement
44:47de coups de pied.
44:49On va toutes voir
44:51après,
44:52au long de la vie,
44:53quand ces officierines
44:55ont bourré
44:56de coups de pied
44:57des femmes à terre.
45:00Et quelquefois
45:01jusqu'à la mort.
45:02c'est des femmes
45:04qui deviennent
45:05des bourreaux.
45:07Ces gardiennes
45:08avaient le droit
45:08de démissionner
45:09à tout moment.
45:10Cela impliquait
45:11qu'elles en fassent
45:12la demande
45:12en manifestant
45:13leur souhait
45:14de quitter cet endroit.
45:16On ne connaît pas
45:17un seul cas
45:18de femmes
45:18qui auraient eu
45:19des problèmes
45:19en refusant
45:20de devenir gardiennes
45:21de camp.
45:25La grande majorité
45:26choisit de rester
45:27pour surveiller
45:29les détenus
45:29affectés
45:29dans différents ateliers.
45:32Les prisonnières
45:33sont aussi exploitées
45:34jusqu'à épuisement
45:35dans des commandos
45:36pour des travaux
45:37de construction.
45:40Pour accélérer
45:41la cadence,
45:42les gardiennes
45:43font parfois preuve
45:44d'une extrême brutalité.
45:46Les femmes
45:47ne sont pas très différentes
45:48des hommes.
45:49Les hommes
45:50mettaient seulement
45:50quelques jours
45:51pour s'habituer
45:52à la violence
45:52de leur travail
45:53et c'était pareil
45:54pour les femmes.
45:57En plus,
45:58elles se rassuraient
45:59en se disant
46:00qu'elles faisaient
46:00tout ça
46:01pour la bonne qualité.
46:01pour construire
46:03une société nouvelle.
46:06Ça les a sûrement
46:07aidées à refouler
46:08la réalité.
46:13Il y a aussi
46:14un facteur psychologique
46:15qui a joué.
46:17Tout à coup,
46:18elles avaient le pouvoir
46:19sur d'autres êtres humains,
46:21sur des femmes
46:22qui venaient
46:23d'autres couches sociales,
46:24qui venaient de Pologne,
46:26de France,
46:26d'Italie
46:27et elles pouvaient décider
46:29de leur sort.
46:32C'est elles qui sont
46:34les maîtresses
46:36de notre vie.
46:37Elles ont droit
46:38de vie et de mort
46:39sur nous.
46:40Il ne faut pas
46:40l'oublier, ça.
46:41Et au fond,
46:44pour une raison
46:46complètement
46:49imbécile
46:49même,
46:50pourquoi pas,
46:51elles peuvent
46:52décider
46:53que vous allez
46:53recevoir des coups
46:54et mourir.
46:57Leur pouvoir
46:58sur les déportés
46:59et leur nouveau
47:00statut social
47:01permettent à ces gardiennes
47:03de faire abstraction
47:03des souffrances
47:04qu'elles infligent
47:05à des milliers
47:05de femmes au quotidien.
47:09Les photos
47:10qu'elles nous ont laissées
47:11révèlent deux choses.
47:15D'une part,
47:16la fierté
47:17qu'elles éprouvent
47:18pour leur travail
47:18et leur nouveau
47:19statut social.
47:23D'autre part,
47:24ces photos montrent
47:25un cadre idyllique
47:26dans lequel
47:26elles ont mené
47:27une vie agréable.
47:29Ces femmes nous montrent
47:30qu'être gardienne
47:31de camp
47:31était un travail
47:32comme les autres.
47:36Au dos
47:37de l'une
47:37de ces photographies,
47:38on peut lire
47:39« En souvenir
47:41de mes belles années
47:42de service
47:42à mes parents.
47:44Voici mon gentil
47:45et fidèle chien Greif,
47:47votre Hertha. »
47:51Brutale
47:51et sans pitié,
47:52les gardiennes
47:53ont contribué
47:54à la souffrance
47:54et à la mort
47:55de millions de femmes
47:56dans les camps
47:56de concentration
47:57et d'extermination nazis.
48:00Comme les hommes,
48:01elles se sont rendues
48:02coupables de crimes
48:03contre l'humanité.
48:07Pourtant,
48:07après la guerre,
48:08elles seront peu nombreuses
48:09à répondre
48:10de leurs actes
48:10devant la justice.
48:151945.
48:17Avec la libération
48:18des camps,
48:19le monde est confronté
48:20à l'horreur du nazisme.
48:23Ils découvrent aussi
48:25que des femmes
48:25ont participé
48:26à ces crimes.
48:28Complices les plus visibles
48:30du régime,
48:31certaines gardiennes
48:32de camp
48:32seront jugées
48:33par des tribunaux alliés.
48:35Elles plaident toutes
48:36non coupables
48:36et tentent
48:37de minimiser leur rôle.
48:42Je considère
48:43avoir été
48:43un petit rouage
48:44sans volonté
48:45propre
48:45au sein d'une machine.
48:47Je n'étais pas libre.
48:49Je vivais
48:49comme les détenus
48:50dans la contrainte.
48:51Je suis innocente.
48:54Elles vont dire aussi
48:55qu'on n'a fait
48:56que notre travail.
48:57On a surveillé
48:59les détenus.
49:01Les détenus
49:01se sont mal comportés
49:02et donc,
49:03si jamais
49:04on a recouru
49:06à la violence,
49:07c'était une violence
49:07justifiée.
49:09Mais pour la plupart,
49:11elles vont passer
49:11leur temps
49:12à nier toute violence.
49:14On va les confronter
49:16à leurs actes.
49:17Elles vont dire
49:18qu'elles ont été
49:19surmenées,
49:20elles ont été
49:22psychologiquement
49:23épuisées.
49:26Lors de ces premiers
49:27procès d'après-guerre,
49:28certaines sont condamnées
49:30à mort et pendues,
49:31tout comme les hommes.
49:35La justice des alliés
49:37poursuit également
49:38les infirmières
49:39enrôlées
49:39dans le programme
49:40d'euthanasie
49:41dont Elsa Sachse
49:42de Grosschweidnitz.
49:45Condamnée à 15 ans
49:46de prison,
49:48elle tente
49:48de justifier
49:49ces actes.
49:51J'avoue avoir
49:52éprouvé des scrupules
49:53quand j'administrais
49:54les overdoses
49:55de médicaments
49:55à ces pauvres gens.
49:56Par pitié pour les malades,
49:58j'ai surmonté
49:59mes sentiments personnels.
50:01En plus,
50:02j'ai agi
50:02sur les ordres
50:03du ministère.
50:04Ce sont eux
50:05qui doivent porter
50:06la responsabilité.
50:09Mais ces procès
50:09de femmes,
50:10très médiatisés
50:11à l'époque,
50:12ne sont que
50:13l'exception à la règle.
50:14L'immense majorité
50:16des gardiennes
50:16et des infirmières
50:17passera à travers
50:18les mailles de la justice
50:19et du jugement
50:20de l'histoire.
50:22La plupart de ces gardiennes
50:24n'ont eu aucun mal
50:25à disparaître.
50:27L'image de la femme
50:28pacifique par nature
50:29a empêché de voir
50:30qu'elles avaient été
50:31très nombreuses.
50:33Pendant très longtemps,
50:34on en a ignoré
50:35le nombre.
50:38Après la guerre,
50:39pour ces femmes,
50:39il était facile
50:40de changer de nom
50:41en se mariant
50:41et de disparaître
50:42dans la nouvelle société
50:43allemande.
50:47Certaines complices
50:48de régime,
50:48comme les secrétaires
50:49et les épouses SS,
50:50sont même complètement
50:51ignorées par la justice.
50:54Si elles sont convoquées
50:55par les tribunaux,
50:56c'est uniquement
50:57en qualité de témoin
50:58contre leurs supérieurs
50:59et leurs maris.
51:01Les juges partaient
51:02du principe
51:02que du simple fait
51:03qu'elles étaient des femmes,
51:04elles ne pouvaient pas
51:05avoir endossé
51:06des responsabilités.
51:07Ça permettait
51:08de les disculper d'avance.
51:09Les femmes ont bien sûr
51:11joué le jeu.
51:11C'était une manière
51:12d'échapper à la justice.
51:18Les anciennes fanatiques
51:19du Troisième Reich
51:20arriveront vite
51:21à se fondre
51:21dans la population
51:22après 1945.
51:25Les croix de la mer
51:27et autres photos
51:27compromettantes
51:28disparaîtront
51:29dans les greniers
51:30ou dans les poubelles.
51:32En l'absence des hommes,
51:33morts au combat
51:34ou prisonniers de guerre,
51:36l'avenir de l'Allemagne
51:37reposera sur elle.
51:39Les femmes allemandes
51:41parviendront à écrire
51:42leur propre légende
51:43et à effacer
51:44tout soupçon
51:45de responsabilité
51:46dans les crimes
51:47du Troisième Reich.
51:58sous-titrage Société Radio-Canada
52:01...
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