Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 15 heures
Il traine sa silhouette frêle et sa voix posée sur les scènes de France depuis plus de 50 ans et ne compte pas s'arrêter de sitôt. Lui qui considère la création comme vitale, n'a ni nostalgie, ni regret et aborde chaque âge de la vie avec curiosité pour son époque et ses formes d'expression. Lui qui s'est formé aux côtés de Serge Gainsbourg, et de Claude François trace depuis longtemps un sillon qui lui ressemble : une oeuvre sensible dans une époque brutale, où la fragilité n'est pas synonyme de faiblesse. Où aujourd'hui trouve-t-il son inspiration ? Où puise-t-il la grâce qui l'accompagne ? Cette semaine Alain Chamfort est l'invité de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard. Année de Production :

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:05Musique
00:22Notre invité est un grand nombre de la chanson française.
00:26Il en est même l'une des figures majeures, incontournables.
00:30Plus de 50 ans de carrière et un répertoire qui, au-delà du succès qu'il a connu, lui ressemble,
00:36le reflète lui.
00:37Et c'est peut-être ça le plus important.
00:39Il ne s'est jamais trahi ou compromis.
00:41Il a fui ceux qui essayaient de l'enfermer, de lui enlever sa liberté de création.
00:46Il ne s'est pas figé dans un style, dans un registre, dans une étiquette.
00:49Avec son timbre de voix unique, il a cheminé au fil de ses chansons et de ses rencontres.
00:54Il a évolué, changé, suivi son instinct.
00:58Il a été impermanent.
01:00L'impermanent, c'est le titre de son dernier album.
01:03Et c'est peut-être aussi son état d'esprit.
01:05Écoutez.
01:07Il en est de l'amour comme des saisons, de la lumière du jour comme des poissons.
01:17Tout ce qui peut nous paraître immuable se révèle hautement instable.
01:26Tout ce qui peut nous paraître immuable se révèle hautement instable.
01:31Ah bon ?
01:32Lui aussi, après 50 ans de carrière, il est encore en mouvement, encore instable.
01:36Posons-lui toutes ces questions.
01:38Bienvenue dans un monde d'un regard.
01:39Bienvenue Alain Chanfort.
01:40Merci d'avoir accepté notre invitation.
01:42Ici, au Sénat, un lieu tout sauf en permanent.
01:45D'ailleurs, une chambre qui revendique la stabilité comme une force dans un monde politique instable
01:50et souvent troublée.
01:52Mais non, vous dites que tout est impermanent.
01:54Qu'est-ce que ça veut dire exactement ?
01:56C'est un concept que j'ai rencontré dans le bouddhisme
02:00et qui prend en compte, effectivement, que nous sommes dans un mouvement perpétuel
02:09auquel on participe, nous, humains, mais au milieu de l'univers, de la nature,
02:17des autres êtres vivants, des autres formes de vie,
02:21et que nous sommes tout le temps dans une espèce de mutation, de transformation.
02:29Nos émotions changent, nos pensées aussi évoluent, nos cellules aussi.
02:38Et tout est tout le temps dans cette espèce de mouvement incessant dans lequel nous nous trouvons.
02:45Et nos vies sont aussi participent à ça.
02:50Et les événements de nos vies, bien sûr, s'enchaînent de la même manière.
02:54Donc, cette impermanence, il faut l'accepter, il faut l'accompagner.
03:01Et surtout, ça peut être aussi un moyen de se réconcilier avec les moments un peu plus compliqués
03:08auxquels on fait tous face, parce qu'ils seront remplacés, eux-mêmes, par d'autres moments plus agréables.
03:15C'est un peu vertigineux aussi, un peu angoissant ?
03:18Moi, je trouve qu'au contraire, c'est plutôt rassurant.
03:21Ah oui.
03:22Parce que, si vous vouliez, se sentir figé dans une situation quelle qu'elle soit,
03:27bon, finalement, si ça ne convient pas, on serait tout le temps malheureux.
03:33Donc là, une situation va en faire plaire à sa nouvelle.
03:39Et donc, à chaque fois, c'est juste avoir la capacité de s'adapter.
03:43– Oui, l'accepter, s'adapter, et donc lâcher prise, c'est un peu ça, la clé ?
03:47– Oui, oui, bon, après, c'est des grands mots, je veux dire.
03:50– Vous vous dites rencontrer dans le bouddhisme, ça veut dire que vous êtes bouddhiste ?
03:53– J'ai pratiqué le bouddhisme pendant un certain temps, voilà.
03:58Et puis, j'ai trouvé beaucoup de… comment je vais dire ?
04:03– De bienfaits ?
04:03– Oui, de bienfaits, voilà, parce que c'est adapté,
04:06c'est des mots qui font partie du bouddhisme aussi.
04:08– Ah, c'est vrai ? Je ne savais pas.
04:09– Et voilà, puis moi, j'aime bien cheminer,
04:14essayer de m'ouvrir à d'autres formes de découvertes et de possibles.
04:20Donc, je ne me suis pas non plus figé dans le bouddhisme.
04:23– Oui, surtout pas, c'est un peu ce que je disais en introduction, c'est intéressant.
04:26Les chansons de cet album, vous les avez chantées en tournée pendant deux ans.
04:30Le Point d'Orgue, c'était quand même La Cigale à Paris aussi, le 6 avril.
04:33– Je disais que c'était le dernier.
04:35– Voilà.
04:35– Je ne sais pas si c'était le Point d'Orgue,
04:36mais c'est celui qui a permis de clore cette tournée.
04:38– Oui, et avant cela, il y a eu plein de salles françaises.
04:41Encore une bientôt, le 7 mai à Blotsheim aussi, en Alsace, je crois.
04:45– Oui, oui, oui.
04:45– Oui, qui fait partie aussi de cette tournée.
04:47Plutôt des petites salles d'ailleurs, et je me suis demandé si c'était vous
04:50qui recherchiez ce lien peut-être plus intime avec le public
04:53dans des salles à taille humaine en fait.
04:56– Alors, il faut dire que j'aime bien ça.
04:58– Oui.
04:58– Et il faut aussi reconnaître avec lucidité que c'est parce que je ne remplis pas Bercy.
05:05– Oui, d'accord, mais entre les petites salles et Bercy,
05:07vous remplirez sûrement des salles plus grandes.
05:09– Voilà, il y a des salles aussi moyennes,
05:11mais c'est vrai que j'avais envie cette fois-ci d'aller dans des salles,
05:17comment expliquer, pour rejoindre un public peut-être plus jeune.
05:19– La cigale, c'était comment ?
05:21Parce que je vous pose la question, parce que je suis tombée sur un article
05:24du journaliste Jean-Christophe Marie qui assistait à ce concert
05:27et qui en a écrit tout le bien qu'il en a pensé.
05:29Je le cite, « Dès son entrée en scène, silhouette racée et allure inchangée,
05:34Alain Chanfort capte l'attention.
05:35Le chanteur semble défier le temps, voix intacte, présence magnétique,
05:40sourire complice, touchant, élégant, profondément humain,
05:43Chanfort prouve qu'il n'a rien perdu de sa grâce. »
05:46– Waouh !
05:46– C'est gentil !
05:47– C'était comme ça, la cigale ?
05:50– C'était un joli moment, oui.
05:51C'est-à-dire que faire de la scène, c'est organiser une rencontre avec les gens
06:00et essayer de retrouver un vrai contact, leur présenter qui on est
06:08à travers le répertoire, évidemment.
06:10Les choix de répertoire donnent beaucoup d'indications sur soi, déjà.
06:15Puis après, comment on se comporte entre les chansons,
06:17comment on évolue sur scène, comment on les regarde,
06:20comment on leur porte attention,
06:22enfin, c'est tout un tas de choses comme ça qui font que la soirée
06:28est ce qu'elle est, enfin, vous ressemble ou pas, quoi, vous voyez ?
06:30Donc, il y a une volonté d'essayer d'être le plus juste possible
06:35avec ce que je chante, ce que je suis, et puis de respecter ça, quoi.
06:40– Vous avez trouvé, vous aussi, qu'il y avait une grâce,
06:41un moment de grâce dans cette rencontre avec le public ?
06:44– Oui, parce que les gens, je ne sais pas comment dire,
06:48d'abord, s'ils viennent, c'est parce qu'ils vous aiment bien,
06:49donc il y a quand même quelque chose, déjà, qui est acquis au départ.
06:52Et puis, c'est un échange, on a envie de se prouver
06:56qu'on est content d'être là, que moi, ça me booste aussi,
07:01et puis j'ai cherché un truc de vérité au fond de moi,
07:04et puis j'ai envie que ça se fasse bien.
07:05– On n'imagine pas qu'il y a tout ce travail, quand même,
07:07à l'intérieur d'un artiste ?
07:08– Oui, enfin, en tout cas, c'est comme ça que je fonctionne.
07:11– C'est le goût, c'est votre fonctionnement.
07:12Ce qui a été remarqué aussi, c'est votre humanité sur scène.
07:14Apparemment, vous avez aussi un mot tout le temps
07:16pour les équipes, le collectif, les auteurs.
07:19– Oui, parce qu'on n'est pas…
07:19– Oui, parce qu'on n'est pas…
07:21– Fréquent que ça.
07:22– Nous, on est porteurs d'un travail collectif, effectivement.
07:25– Oui, vous y tenez à ça.
07:27– Oui, oui, moi, je n'ai jamais écrit mes textes,
07:29donc j'ai toujours aussi été dépendant
07:31pour écrire une chanson dans son intégralité.
07:33Moi, je fais la partie musicale,
07:35quelques fois, je l'ai fait avec d'autres compositeurs, d'ailleurs.
07:37Mais je n'ai jamais écrit mes textes,
07:39je suis toujours allé vers des gens qui…
07:41j'ai essayé de trouver les gens qui soient les plus justes pour moi, quoi.
07:43Donc ça a été aussi un parcours assez long.
07:46– Bien sûr.
07:47– Mais j'ai eu la chance de les rencontrer.
07:50Et grâce à eux, j'ai des chansons qui ont du sens,
07:54qui me ressemblent, que j'aime chanter, que j'aime défendre.
07:58Tout ça, c'est important aussi,
08:00c'est-à-dire de se sentir à sa place.
08:03– Vous aviez laissé penser un temps
08:04que vous mettiez fin à votre carrière, en fait.
08:06Pas du tout, c'est juste que ça prend une forme différente.
08:08Vous n'avez plus de sortir d'albums à proprement parler, c'est ça ?
08:10– Oui, voilà, c'est plus…
08:11C'est le support.
08:14Le support-album, quoi.
08:15C'est-à-dire cette obligation de faire 12 titres.
08:18Et aujourd'hui, il me semble qu'on est un petit peu…
08:23Je veux dire, un peu décalé, quoi,
08:25par rapport à la manière dont les gens écoutent de la musique,
08:28parce qu'ils vont tous sur des plateformes,
08:30on fait des playlists, on fait des choses comme ça.
08:32– Sur TikTok aussi, même maintenant,
08:33on découvre des artistes, on écoute de la musique sur TikTok.
08:36– Oui, même de façon accélérée.
08:37– Oui, c'est vrai.
08:40– Tout existe.
08:41Et surtout, ce support figé, comme ça,
08:44me semble un peu déconnecté de la réalité.
08:48Donc, je pense que…
08:49Moi, là, je me suis dit, j'ai arrêté de faire des albums,
08:51mais je vais faire des EP.
08:53Vous savez, c'est des petits supports où il y a quatre titres, par exemple.
08:56– Quatre titres, c'est ça, oui.
08:57– C'est plus rapide à faire, moins engageant.
09:00Peut-être que ça permet de l'aborder avec plus de légèreté.
09:05– Je trouve ça fort de la part d'un chanteur qui a 50 ans de carrière
09:08de se mettre comme ça à ces nouveaux formats.
09:11Vous pourriez rester sur vos acquis, sur les pratiques du passé.
09:16Vous n'êtes pas nostalgique, d'ailleurs, du bon vieux vinibre ?
09:18Pas du tout ?
09:19– Ah non, du tout, du tout.
09:20– Vous n'êtes pas nostalgique, en fait ?
09:21– Non, non, non, je regarde mon passé avec une sorte de tendresse.
09:30Mais enfin, je ne suis pas accroché à mon rétroviseur du tout.
09:33– Récemment, vous avez sorti une compilation et un livre-entretien du même nom,
09:37Temps fort, avec tous vos titres passés, présents,
09:40les gros tubes, les titres moins connus, vos titres préférés.
09:43Avec tout ce que vous avez écrit, composé, chanté,
09:45vous pourriez vous reposer sur vos titres passés.
09:48Comment vous continuez de trouver l'envie de créer, et même l'inspiration ?
09:55– Ça, l'inspiration, on n'est jamais sûr, avant de s'y mettre,
09:59avant de se mettre au travail.
10:00Après, je trouve que c'est une espèce d'exercice salutaire,
10:06presque, pour me maintenir en santé, pour me maintenir en vie.
10:10Moi, j'ai toujours fait ça, je n'ai pas eu d'autres activités.
10:14Alors, effectivement, j'aime bien aussi profiter d'un coin de jardin.
10:18– Et ça peut être inspirant ?
10:19– La lecture, oui, tout contribue, à un moment donné,
10:21ça nourrit ce qu'on est, et ça permet aussi
10:24d'alimenter ces analyses, ces pensées, ce qu'on devient,
10:33enfin, on continue, si tu voulais, à avancer.
10:36Et tout ça travaille inconsciemment en soi,
10:39et quand on cherche l'inspiration et qu'on a le bonheur de la rencontrer,
10:44ça produit quelque chose qui est le résultat de tout ça,
10:48de tout ce que vous avez vécu.
10:49Donc, moi, j'ai besoin de ça parce que sinon,
10:55j'avais l'impression de…
10:58– Vous vous faniez ?
10:59– Oui, de m'éteindre, de m'éteindre, quoi, voilà.
11:03– Le temps qui passe vous inspire aussi,
11:05le titre « Microsillon », on est une très belle illustration.
11:08On écoute un extrait ?
11:09– Oui, je vous fais.
11:10– Allez.
11:11– Passe ton doigt sur les micro-sillons
11:17autour de mes yeux, le long de mon front.
11:24– Et je continue.
11:25– Les aimeras-tu toutes les chansons
11:28que le temps a gravées au plus profond ?
11:30Nos visages racontent nos vies, Alain Chanfort ?
11:33– Oui, oui, oui.
11:34Pas que nos visages, nos mains…
11:36– Oui.
11:36– Mais, oui, enfin, je trouvais que c'était joli.
11:39C'était une idée de Pierre-Dominique Burgot,
11:40l'auteur avec lequel je travaille,
11:42qui a eu cette jolie inspiration,
11:46cette comparaison entre les microsillons…
11:49– Du disque et du visage, en fait.
11:50– Voilà, que les rides du visage ont été produites
11:55par le travail qu'on a fait,
11:56donc par les chansons que j'ai écrites,
11:59et puis que c'est joli, cette image de réécouter les chansons.
12:06– Et si on se penche sur les micro-sillons de votre visage,
12:09alors qu'est-ce qu'ils racontent ?
12:11– D'abord, je les ai…
12:13Certainement, ils viennent de mes ancêtres,
12:15parce qu'il y a une part d'atavisme qui a été transmise.
12:21Moi, je ressemble beaucoup à mon père.
12:23Je vois des photos de mon père, qui n'est plus, bien sûr,
12:26mais quand il avait l'âge que j'ai aujourd'hui, c'est troublant, quoi.
12:31Donc, voilà, on est aussi le produit de ce qu'on nous a transmis.
12:37Donc, voilà, et je crois que mes enfants aussi…
12:40– Ça raconte un héritage familial, quoi.
12:43– Dans ce livre Entretien, temps fort, avec Maud Bertomier,
12:46vous revenez sur toutes vos rencontres,
12:47toutes les rencontres marquantes de votre carrière.
12:49Les gens l'ont peut-être oublié ou ne le savaient pas,
12:51mais celui qui vous repère d'abord, c'est Jacques Dutronc.
12:53Vous êtes alors musicien dans un groupe qui s'appelle Les Murators.
12:56Sur votre route, il y aura aussi Claude François.
12:59C'est avec lui que vous choisissez votre nom de scène,
13:00Chant fort, en regardant dans le dictionnaire des noms propres,
13:03parce qu'il trouvait que le govik, ça faisait trop breton.
13:06Suis une collaboration avec Serge Gainsbourg,
13:08qui va signer Manureva, un succès énorme.
13:11Vous lui rendez d'ailleurs encore hommage sur scène,
13:13vous citez Serge Gainsbourg.
13:15Chacune de ces rencontres a construit,
13:17artiste que vous êtes, chaque étape a été utile.
13:19– Oui, bien sûr.
13:21Alors ça, c'est les gens les plus connus.
13:23Donc c'est sur cela qu'on s'arrête,
13:25parce que ça parle aux gens,
13:27mais ça a continué après avec Jacques Duval,
13:29qui a écrit mes chansons par la suite,
13:31et puis avec Pierre-Dominique Dungault aujourd'hui.
13:32Je pense que toutes les rencontres,
13:34même hors métier, même hors profession…
13:38– Font l'être que vous êtes aujourd'hui, quoi.
13:40– Ah oui, oui, oui, oui.
13:41Enfin, ils ont contribué à m'offrir un exemple à travers eux.
13:47Là, j'en ai retenu plus ou moins en fonction de l'intérêt
13:49que je leur portais et de l'impact qu'ils ont eu sur moi.
13:52Mais je crois que…
13:55Enfin, je crois que c'est un petit peu pour la normalité,
13:58on est tous un peu sur ça.
13:59Si on s'intéresse vraiment aux autres
14:02et qu'on les reçoit véritablement,
14:07ils contribuent à ce qu'on devient, quoi.
14:09– D'un artiste comme Gainsbourg, par exemple, vous retenez quoi ?
14:12Qu'est-ce qu'il a pu créer en vous, construire en vous ?
14:14– Je crois que Gainsbourg, il avait un grand respect
14:18sur l'esthétique aussi, oui.
14:21Il aimait tout ce qui était beau.
14:23Enfin, je veux dire, vous n'avez qu'à visiter son appartement,
14:28rue de Verneuil, vous verrez que…
14:31il n'y a aucun détail qui est laissé au hasard, quoi.
14:34Il y a vraiment un souci comme ça.
14:36Il avait une formation de peintre,
14:37donc il avait le sens vraiment des matières, des couleurs, tout ça,
14:41même si l'intérieur de sa maison est particulièrement dans le sombre et noir,
14:46mais chaque objet a sa place.
14:50Même quand on travaillait, quelquefois,
14:52il m'arrivait de déplacer le cendrier,
14:55il s'était « Ah, il fallait le remettre tout de suite ! »
14:57– Oui, il a aidé parce que…
14:58– Ah, on était dans le TOC, presque.
15:00– Oui, mais Claude-François aussi, pour d'autres raisons.
15:03Et donc, non, il m'a appris ça,
15:06il m'a appris aussi à avoir une forme de respect
15:09sur la part artistique de ce qu'on fait, quoi.
15:17Je pense qu'il a voulu que sa vie soit aussi représentative d'un artiste
15:21et non pas juste d'un homme à succès.
15:24– Oui, bien sûr.
15:27– Voilà, donc il y avait à réaliser que si on fait un métier comme celui-ci,
15:33on peut le faire aussi avec cette volonté-là de faire une petite œuvre
15:38et d'être un artisan d'une œuvre qui nous ressemble
15:42et dont on peut être fier.
15:43– Ce que je trouve remarquable dans ces rencontres aussi,
15:45c'est que ce sont des artistes qui vous repéraient
15:47et qui avaient envie que vous les accompagniez longtemps,
15:50que vous restiez avec eux.
15:51qu'est-ce qu'ils trouvaient chez vous, d'après vous ?
15:53Qu'est-ce qui les inspirait chez vous ?
15:55Pour que, à ce point-là, ils aient envie de vous garder à leur côté ?
15:58– Je pense que celui qui souhaitait le plus me garder,
16:00c'était Claude François, parce que lui, il était devenu mon producteur
16:03et qu'il avait évidemment un réflexe de producteur
16:08qui est que ça crée de l'économie,
16:10que le modèle qu'il a créé soit défendu, soit...
16:15– Et ça, pour vous, c'était étouffant ?
16:17Enfin, je veux dire, il fallait que vous retrouviez votre liberté, quoi.
16:19– C'est-à-dire qu'on n'avait pas les mêmes points de vue.
16:22Petit à petit, moi, j'ai pris conscience
16:25qu'il fallait que le succès soit agréable
16:30et qu'on puisse l'apprécier véritablement,
16:33que ce soit un succès qui soit une reconnaissance
16:37de ce que vous êtes véritablement.
16:38Et quand j'étais produit par Claude,
16:43sa présence et son empreinte étaient vraiment très fortes sur moi
16:46et d'ailleurs, c'est grâce à lui, malgré tout,
16:49que j'ai démarré et que ça m'a donné une reconnaissance,
16:55un élan et une reconnaissance et du succès, etc.
16:58Parce que c'est principalement ses fans, son public,
17:01qui m'a porté au départ.
17:04Mais à un moment donné, c'est vrai que c'était important pour moi
17:07d'essayer de me mettre en phase avec ce que je sentais
17:10et puis que le succès soit cette sorte de reconnaissance.
17:14– Et d'où trouvez-vous ?
17:16J'ai un document à vous proposer, Alain Chanfort.
17:18Je vais le mettre entre vos mains et je vais le décrire.
17:20Pour les gens qui nous écoutent,
17:22ça fait partie des rituels de cette émission.
17:23– Ah, mais c'est Aubonne.
17:24– Vous reconnaissez ?
17:25– Bien sûr.
17:26– Ah, génial.
17:27Alors, je vais expliquer.
17:28On est donc à Aubonne,
17:29où vous avez grandi de vos 5 à vos 19 ans.
17:32Et dans ce quartier, 84 pavillons construits des mains des castors,
17:36dont votre père faisait partie.
17:38Je donne un tout petit peu le contexte.
17:39Pénurie de logements après la guerre.
17:41Les coopératives Castor font leur apparition
17:43dans plusieurs régions de France.
17:45Des entreprises privées ou publiques s'engagent dans le projet.
17:48Ce sera le cas de l'entreprise de votre père,
17:50des ancêtres de Thomson CSF, devenu Thalès.
17:53Elle financera l'achat du terrain de la Ceriset à Aubonne.
17:56Et votre père fera partie des 84 employés concernés.
18:00Et pour payer leur terrain,
18:01ils se voyaient prélever une somme sur leur fiche de paye.
18:04Belle histoire, non ?
18:05Ça, je ne savais pas.
18:06Ça, vous me l'apprenez.
18:07Il y avait une paire de ces revenus qui étaient retenus.
18:11Mais déjà, on voit que c'était au moment de la construction
18:14de ces pavillons.
18:17Et évidemment, l'environnement a totalement changé aujourd'hui.
18:20Ah d'accord.
18:20Vous y êtes retourné ?
18:21C'était ma question aussi.
18:22J'y suis retourné dans le cadre d'un documentaire qu'on a voulu faire sur moi.
18:27Et donc, voilà, c'était voir un petit peu le lieu dans lequel j'ai évolué entre...
18:33J'avais 4-5 ans quand on s'est installé à Aubonne jusqu'à mes 18 ans.
18:38Oui, et puis vous parlez d'un beau moment de votre vie avec une belle solidarité entre voisins,
18:42où il n'y avait pas de clôture.
18:43Non, c'est vrai, voilà, c'était une période encore avec une grande confiance,
18:50une sécurité qui n'était même pas...
18:52La question ne se posait pas à Corvénice.
18:56Les gens se connaissaient, donc il y avait une amitié,
19:00une solidarité entre tout le monde.
19:03Quand les mamans travaillaient, les autres recevaient les enfants chez elles.
19:08Enfin, il y avait quelque chose où on était tous...
19:10On se sentait bien, quoi.
19:11Et alors, votre père était originaire de Bretagne.
19:14Il venait d'un milieu assez modeste.
19:16Votre mère venait d'un milieu plus bourgeois,
19:18mais elle, elle avait eu une enfance plutôt difficile,
19:20abandonnée et confiée à des sœurs, à des bonnes sœurs.
19:25Et puis, des épreuves de la vie difficiles.
19:27Elle perd un enfant avant votre naissance.
19:28Et vous faites le lien entre ce drame qu'elle a vécu
19:31et le fait qu'elle vous ait surprotégée,
19:32jusqu'à vous interdire de faire du foot, du basket,
19:35des sports qu'elle jugeait trop dangereux pour vous.
19:37Est-ce que c'est comme ça que la musique arrive aussi dans votre vie ?
19:41Parce que, pour le coup, c'est une activité pas dangereuse ?
19:44Alors, la musique est arrivée par ma marraine,
19:47qui était professeure de piano, qui habitait Bourges.
19:50Mes parents me confiaient sa garde, quelquefois.
19:55C'était un lieu de vacances, un lieu de campagne, etc.
19:59Donc, j'avais une santé un peu fragile.
20:01Je passais des séjours chez elle.
20:03Et à l'occasion de ces séjours,
20:05elle m'a appris un peu à pianoter.
20:07Elle a vu que j'avais une bonne oreille, etc.
20:09Donc, elle a encouragé mes parents à me donner des cours de piano.
20:12Donc, c'était parallèle, ça.
20:13Le piano a toujours été très tôt, vers 4-5 ans.
20:17J'ai commencé à prendre des cours
20:18et à avoir cette familiarité avec la musique.
20:21Après, oui, elle avait peur.
20:25Elle sentait que j'étais un peu fragile.
20:27et elle m'a un peu tenu éloignée de ce sport un peu plus violent, etc.
20:33Mais je le regrette.
20:34Enfin, c'est quelque chose...
20:36C'est parce que je suis le plus reconnaissant.
20:40C'est vrai ?
20:40Oui, parce que j'aurais bien aimé pouvoir aussi m'affronter
20:45à des espèces de joutes avec les copains.
20:50Bon, j'étais un peu à l'écart.
20:52Moi, j'étais enfant de cœur.
20:54En tout cas, la musique prend une importance.
20:57capitale dans votre vie.
20:59Jusqu'à la révélation avec Ray Charles,
21:01dont vous entendez un titre lors d'une boum en colonie de vacances.
21:04Et là, c'est le déclic.
21:06Donc, sur la musique différente de celle que j'apprenais.
21:09Moi, j'apprenais la musique académique,
21:11les grands compositeurs, la musique classique.
21:13Parce qu'on a une musique comme ça, très respectable et tout.
21:15Et puis, d'un seul coup, il y avait des surprises parties.
21:18Il y avait autre chose.
21:19Il y avait une tentation quand même ailleurs.
21:20Et puis, une musique plus sensuelle, Ray Charles.
21:22Une musique sensuelle dans la vie.
21:24Voilà.
21:25Donc, ça m'a...
21:26J'ai projeté un tas de choses.
21:28Et puis, notamment, j'étais tombé amoureux d'une jeune fille
21:31pendant cette colonie de vacances.
21:32Et donc, tous mes sens étaient en émoi.
21:35Et ça m'a ouvert une porte sur...
21:40Déjà, sur ma pré-adolescence.
21:44Et puis, sur une forme de musique différente
21:47vers laquelle je me suis complètement tourné après.
21:49Oui, et James Brown à l'Olympia en 67.
21:52Là aussi, une révélation visuelle aussi.
21:54Oui, oui.
21:55Comme c'est un choc pour tout le monde,
21:57pour ceux qui étaient dans cette salle.
21:58Parce qu'il arrivait avec cette sauvagerie,
22:02ce rapport au corps, à la danse, à l'érotisme,
22:04à l'efficacité, à la soul music,
22:09enfin, cette espèce de la danse en même temps
22:12que cette espèce de combat dans le rythme,
22:17dans la mise en scène aussi.
22:20Enfin, tout était là.
22:21Une espèce de choc comme ça.
22:23Et d'ailleurs, la semaine d'après,
22:26les Claude-François et Jeunelidés,
22:27tout le monde a changé son orchestre
22:30pour s'adapter à ça.
22:33À l'allure de celui que vous êtes aujourd'hui,
22:35quel conseil donneriez-vous au petit garçon
22:37que vous étiez ?
22:38Qu'est-ce que vous lui diriez
22:39avant de se lancer dans la vie ?
22:41Je ne sais pas.
22:42Peut-être qu'il continue de rêver,
22:45qu'il continue d'être ce qu'il était.
22:47Au fond, je pense que...
22:50J'ai eu toujours des doutes,
22:51mais j'avais aussi un sentiment de plénitude.
22:54J'avais jamais eu de peur de mon avenir.
23:00Je me sentais peut-être un peu protégé,
23:04je ne sais pas,
23:05mais j'avais confiance en mon avenir,
23:08tout en étant plein de doutes chaque jour
23:10sur mes capacités.
23:12C'était un peu bizarre.
23:13Comme souvent les artistes, au fond.
23:15J'ai des photos à vous proposer, Alain Chanfort.
23:17Ça fait partie des rituels de cette émission.
23:22La première, la voici.
23:23Il s'agit de l'artiste Dissiz,
23:26sacré artiste masculin
23:27aux victoires de la musique.
23:29Artiste passé du rap à la pop.
23:32Dans le rap, il est tout fait.
23:33Il dit que le rap est une musique
23:34qui s'accompagne d'un cahier des charges.
23:36Il ne voulait plus faire dans le bling-bling.
23:38Il s'est cherché, il s'est trouvé,
23:41il a été finalement aussi impermanent.
23:44Est-ce que vous connaissiez cet artiste ?
23:45Est-ce que vous savez ?
23:46Pour être honnête, je ne le connais pas.
23:48Oui.
23:50Mais d'après ce que vous dites,
23:51c'est une démarche tout à fait respectable
23:53parce que c'est vrai qu'un artiste
23:56n'a pas le droit de se laisser enfermer
23:59parce qu'il y a des règles comme ça,
24:00parce qu'il y a tout un code et tout.
24:03Finalement, c'est très restrictif.
24:04Donc, s'il sent qu'il se sentait à l'étroit
24:07dans ce genre,
24:09tout a son honneur de passer à autre chose.
24:12C'est quelque chose qu'on entend souvent en France
24:13de la part des artistes
24:14qui ont l'impression d'être enfermés
24:16dans un registre, dans un style,
24:18et qu'ils ont du mal à en sortir.
24:20Oui, parce que tout vous amène à ça.
24:26Il y a quand même une attente économique
24:30autour de tous les artistes.
24:32Donc, à un moment donné,
24:36quand les choses fonctionnent,
24:37on a envie de vous maintenir là-dedans
24:38parce qu'on se dit, voilà,
24:40c'est là où sa place est là
24:41parce que c'est là que ça répond,
24:43c'est là que l'argent arrive.
24:45Donc, il y a une espèce de mirage là
24:47qui, si on n'est pas attentif à ça,
24:50si on n'est pas convaincu de soi-même,
24:54on peut vite se laisser entraîner
24:56et se laisser réduire à ça.
24:57J'ai une deuxième photo,
24:58c'est une tribune signée par des grands spécialistes
25:00de la maladie d'Alzheimer,
25:02sujet qui vous touche et vous intéresse de près
25:04puisque cette maladie a touché votre maman.
25:05C'est aujourd'hui la quatrième cause de décès
25:08et la première cause de perte d'autonomie
25:10et pourtant, plus d'un patient sur deux
25:11n'est pas diagnostiqué,
25:12nous disent ces experts
25:13qui plaident pour un dépistage précoce
25:15et regrettent que la France
25:16n'autorise pas l'accès au nouveau traitement.
25:19Vous trouvez qu'on avance trop lentement
25:20sur cette question ?
25:22On arrive toujours à...
25:24Oui, à ce que les choses nous paraissent trop longues,
25:27surtout quand on le subit soi-même,
25:28quand on est témoin
25:29par travers sa maman, son frère, son père.
25:33Parce que, d'un seul coup,
25:36on découvre la violence de cette maladie.
25:41Elle est particulière
25:42parce qu'elle s'immisce dans les neurones.
25:49Donc, il y a quelque chose
25:49qui est une perte des moyens,
25:53une dégénérescence
25:54qui amène les gens à devenir autres
25:57de ce qu'ils étaient,
25:57de ce que vous avez connu,
25:58jusqu'à ne plus devenir du tout
26:00et d'être complètement abandonné
26:02par toute capacité à s'exprimer,
26:07à dialoguer, à communiquer.
26:10Ils sont enfermés dans cette maladie
26:12et donc, ceux qui sont autour
26:13en souffrent presque autant,
26:15peut-être plus même qu'eux.
26:18Je sais qu'il y a beaucoup de recherches.
26:25Pour l'instant,
26:26je n'ai pas l'impression
26:26que ça donne grand-chose.
26:28Mais il ne faut pas abandonner, bien sûr.
26:30Il faut encourager tous les chercheurs
26:31à leur donner les moyens,
26:34en parler de cette maladie
26:35parce qu'il y a, en tout cas,
26:39des aides pour les aidants.
26:42Moi, je suis en relation
26:44avec France Alzheimer
26:46et c'est une fondation
26:49qui a permis de...
26:51Surtout qu'ils s'intéressent aux aidants,
26:52qu'ils s'intéressent aux gens
26:53qui sont à côté des malades
26:55et qui leur permettent
26:56de trouver des solutions,
26:57des aides, des écoutes,
27:00des conseils.
27:02Enfin, voilà,
27:02il y a un tas de choses
27:04qui viennent en place.
27:04Penser aux aidants, eux aussi.
27:05Oui, bien sûr.
27:06J'ai une dernière question
27:07qui est en lien
27:07avec le décor qui nous entoure.
27:09Nous sommes entourés de quatre statuts
27:11qui représentent chacune une vertu.
27:13Il y a la sagesse, la prudence,
27:16la justice et l'éloquence.
27:17Est-ce qu'il y a une de ces vertus
27:19qui vous parle particulièrement,
27:21qui vous caractérise peut-être,
27:23que vous souhaiteriez défendre ?
27:24C'est très prétentieux.
27:26Ou alors une vertu
27:27que vous avez envie de défendre.
27:30Il me semble que...
27:31Sagesse, prudence...
27:33La sagesse, elle est pas mal
27:34parce qu'elle intègre pas mal des autres.
27:38Enfin, à part l'éloquence.
27:39Évidemment, l'éloquence,
27:40c'est toute chose.
27:41Mais la sagesse,
27:42l'éloquence mise au service
27:44de la sagesse peut être intéressante.
27:46La sagesse prend en compte la justice.
27:49Et la prudence.
27:51Et la prudence aussi.
27:52Vous voyez, je veux dire,
27:53j'ai l'impression que la sagesse...
27:54Elle englobe tout.
27:55Elle englobe pas mal, oui.
27:56Allez, la sagesse alors.
27:58On va pour ça.
27:58Elle va pour la sagesse.
28:00Merci, Alain Chanfort,
28:01d'avoir été avec nous
28:02dans ce beau rendez-vous.
28:03Merci de vous être livré.
28:04Merci à vous de nous avoir suivis
28:06comme chaque semaine.
28:07Émission à retrouver en replay
28:09sur notre plateforme
28:10publicsénat.fr,
28:11mais aussi en podcast.
28:12À très vite.
28:13Merci beaucoup.
28:14Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations