00:00Les échanges que nous venons d'avoir ont été, je crois, utiles à la fois pour mettre en perspective
00:04les enjeux de sécurité auxquels nous devons faire face, ainsi que l'état d'esprit du Sénat avant l'examen
00:10de ce texte important.
00:13Permettez-moi à mon tour de revenir sur certaines interventions qui dessinent des convergences
00:18sur ce que l'on peut penser du projet de loi d'actualisation de la LPM qui nous sera transmis
00:22prochainement de l'Assemblée nationale.
00:24Concernant d'abord l'urgence à agir pour renforcer les moyens accordés à notre défense,
00:28Olivier Sigolotti a eu raison de rappeler que la remise en cause de l'Alliance Atlantique nous exposait comme jamais
00:35tandis que Huxori a rappelé que la menace était proche, 2030, peut-être avant,
00:41tandis que les moyens étaient pour beaucoup renvoyés à 2035.
00:45Ce paradoxe, pour ne pas dire cette contradiction, nous laisse perplexes sur la capacité de ce projet de loi
00:52à préparer notre pays à un éventuel conflit.
00:54Guillaume Gontard a d'ailleurs rappelé que la concertation en amont sur ce texte aurait peut-être pu être plus
01:01approfondie.
01:02Il y a également urgence à ne pas manquer la révolution technologique, comme l'a demandé Ludovic Hay,
01:08mais aussi Pascal Alizar, qui vous a interrogé sur le manque de fonds pour accompagner l'innovation.
01:14Concernant ensuite la trajectoire budgétaire et donc les moyens supplémentaires que vous prévoyez de consacrer à notre défense,
01:21André Guillaume s'est réjoui, à juste titre, de l'effort de sincérisation.
01:25Le rapporteur spécial Dominique Deleige a rappelé que le budget aura certes été doublé depuis 2017,
01:31mais que les fins de gestion sont laborieuses, entre les gels, les annulations et les reports de charges,
01:37et que près de 1,7 milliard de crédits ont ainsi disparu.
01:41Claude Maluret a souligné l'imprévoyance et la facilité qui, trop souvent, ont frappé les différentes LPM.
01:48Une rupture radicale est devenue aujourd'hui incontournable, comme l'a indiqué Nicole Duranton,
01:53et nous devons prendre nos responsabilités, et nos soldats méritent évidemment plus que des discours.
01:58Ils ont besoin d'avoir les moyens d'accomplir leur mission.
02:02Nous sommes nombreux à constater qu'avec 76,3 milliards d'euros en 2030,
02:07le compte n'y est pas pour atteindre 3,5% du PIB en 2035.
02:11Comme je voudrais le rappeler, nous nous y sommes engagés au sein de l'OTAN.
02:16Le risque de décrochage de la France vis-à-vis de l'Allemagne est donc réel,
02:20et en un mot, cette loi ne nous prépare pas à un choc en 2030 et à défendre notre rang.
02:26Concernant ensuite le choix de ne pas modifier la trame des armées,
02:29fixée pour l'essentiel dans le livre blanc de 2013,
02:33ce choix est cohérent avec l'insuffisance de moyens immobilisés,
02:36et vous vous contentez finalement d'améliorer l'existant,
02:39et de renvoyer à plus tard les décisions importantes concernant les drones,
02:44de combats furtifs, la trame balistique terrestre,
02:46ou encore la capacité intermédiaire de chars.
02:49Mais surtout, vous ne tirez pas encore les conséquences de l'échec des partenariats
02:53avec l'Allemagne sur le char du futur, ou le chasseur de sixième génération,
02:57alors même que ces décisions relèvent de divergences industrielles
03:00qui sont tout à fait compréhensibles et qu'il conviendrait de dépassionner pour avancer.
03:05Concernant enfin la préparation d'une nouvelle loi de programmation militaire,
03:09Hélène Conway-Mouret a regretté que les travaux sont renvoyés
03:12après l'élection présidentielle de 2027,
03:15ce qui revient en réalité à attendre 2028,
03:18compte tenu des délais incompressibles pour nommer un gouvernement
03:21et lancer des travaux indispensables.
03:23Ce sont plus de 18 mois qui seront perdus du fait des échéances à venir.
03:28Ceci étant dit, il nous reviendra prochainement
03:31de définir la position du Sénat sur ce texte,
03:33et vous aurez compris qu'il nous sera difficile d'adopter le texte en l'état,
03:38compte tenu des réserves exprimées sur l'ensemble des bancs.
03:41Le Sénat, qui incarne la permanence des institutions,
03:44ne peut accepter que l'avenir de notre défense soit victime
03:46des majorités introuvables et des échéances électorales encore lointaines,
03:52et donc il est encore temps d'agir.
03:54Le moment n'est certes pas encore venu de présenter nos orientations
03:56sur ce projet de loi, ce n'est pas l'objet de ce débat.
03:59L'ensemble des groupes politiques devront analyser dans le détail
04:02les avancées comme les insuffisances de cette actualisation.
04:05Au sein de notre commission, nous avons également commencé à travailler
04:10sur les amendements qui seront nécessaires et importants.
04:13Si le vote du texte en l'état est donc à exclure,
04:16nous sommes bien conscients que le temps nous manque
04:18pour modifier radicalement ce projet de loi
04:20et définir dès aujourd'hui une nouvelle trame pour nos armées.
04:23Ce travail nécessite du temps,
04:25et il ne peut se faire que sur la base d'un dialogue rigoureux
04:28entre les armées qui expriment des besoins,
04:31les industriels qui proposent des solutions,
04:33et les autorités politiques qui arbitrent entre ces choix et les coûts.
04:37Pour autant, entre le statu quo sur le format des armées
04:40et le chamboule-tout d'une LPM improvisée lors d'un débat parlementaire,
04:44il existe une troisième voie
04:45qui consisterait à muscler dès aujourd'hui
04:48certains moyens structurants
04:49et à ajuster les crédits budgétaires
04:51pour rendre ces choix possibles.
04:53Le tout dans le cadre d'une trajectoire plus conforme
04:56avec les engagements de la France
04:58et la réalité des menaces auxquelles nous devons faire face.
05:01Cette troisième voie, Madame la Ministre,
05:03il nous appartiendra de l'explorer ensemble
05:05dans les jours qui viennent,
05:07et il nous reviendra de la défendre auprès des Français
05:09qui nous regardent et s'inquiètent pour leur sécurité
05:11et celle de leurs proches dans les années qui viennent.
05:13Merci beaucoup.
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