00:00En France, qui n'a pas déjà regardé une série télé sur la police scientifique, sur le travail ?
00:06Mais pas question de fiction ce matin, on vous parle bien de la réalité,
00:10on vous fait découvrir justement l'envers du décor de ce métier aussi fascinant qu'étonnant.
00:15Bonjour Christelle Sircoupé, merci d'être avec nous.
00:17Vous êtes directrice du laboratoire de police scientifique de Paris
00:20et vous publiez « Le crime parfait n'existe pas » aux éditions du Rocher.
00:24Pourquoi le crime parfait n'existe pas ou n'existe plus d'ailleurs ?
00:28C'est vrai. Alors pourquoi le crime parfait n'existe pas ?
00:31Alors bien entendu, je vois sous mon angle de police scientifique,
00:34il y a eu trois révolutions, les traces papillaires, les empreintes digitales, l'ADN
00:39et puis dans les années 2000-2010, la trace numérique.
00:42Donc aujourd'hui, l'homme, en partant du principe que l'homme étant imparfait,
00:49il y aura toujours une petite trace, quelle qu'elle soit, qui viendra perturber le crime parfait.
00:55Parce qu'il y a eu beaucoup de progrès aussi scientifiques,
00:57donc la moindre gouttelette de sang, le moindre indice.
01:00Vous arrivez aujourd'hui à le relever et à l'analyser ensuite ?
01:03Exactement. La séance est en progrès incessant.
01:06Et quand j'ai commencé mon travail, il fallait plusieurs milliers de cellules
01:09pour obtenir un profil génétique.
01:11J'étais experte en empreintes génétiques.
01:14Et aujourd'hui, une petite vingtaine de cellules suffisent
01:17pour obtenir un profil génétique exploitable et transmissible au fichier.
01:20Alors justement, imaginons, pardon Marjorie, que le plateau de Télématins soit une scène de crime.
01:26Qu'est-ce que, si vous êtes la suspecte, quel genre d'élément vous laisseriez derrière vous ?
01:31Alors même en étant expert, si on prend Dexter, qui est un des plus connus experts judiciaires,
01:38il finit quand même, sans spoiler, je pense que tout le monde l'a vu, par se faire avoir.
01:41Donc même en étant expert, je pense qu'elle serait toujours quelque chose,
01:44même en faisant très attention, faire attention, les montres reconnectées,
01:48la technologie embarquée dans les véhicules.
01:50Il faudrait que les traces numériques prennent vraiment le pas.
01:53Mais ça peut être un cheveu aussi ?
01:54Ça peut être un cheveu, ça peut être une fibre aussi, une fibre de ma veste, par exemple,
02:01qui pourra être examinée si je suis interpellée avec la veste que je porte.
02:05Marjorie ?
02:05Il y a quand même en France, je crois, à peu près 20% des affaires criminelles qui ne sont
02:08pas résolues.
02:09Qu'est-ce qui fait que du coup, ça passe à la trappe ?
02:11Alors, qu'est-ce qui fait que ça passe à la trappe ?
02:13Il y a plusieurs explications.
02:16À partir du moment où il y a une scène de crime, comme l'a dit tout à l'heure
02:18Samuel,
02:19la scène de crime va être exploitée avec rigueur et avec méthode.
02:24Quand il n'y a pas de scène de crime, qu'on ait affaire à une disparition incréciente,
02:28pour avoir des preuves matérielles, ça va être difficile.
02:31Et puis on voit aussi que la science avançant, le Paul Colquais de Nanterre, reprend des affaires,
02:37on retravaille ses affaires avec la technologie dont on dispose
02:40et on arrive à apporter de nouveaux éléments et à faire sortir des affaires.
02:44Vous parliez du numérique, c'est intéressant,
02:46parce qu'aujourd'hui, il n'y a pas seulement les preuves matérielles au sens de l'ADN, etc.
02:52Le numérique, c'est vraiment important dans certaines affaires,
02:55notamment dans l'affaire Daval, ça a été déterminant ?
02:57Oui, ça a montré que le véhicule, les gendarmes ont montré,
03:00avec l'analyse du véhicule, que le véhicule avait bougé dans la nuit.
03:03C'est une chose que lui niait formellement.
03:06Et c'est quand il a été confronté à cet élément-là,
03:09il a senti qu'il était quand même un peu en difficulté.
03:13Faites-nous rentrer un peu dans les coulisses de votre travail.
03:16Vos locaux sont à Saint-Denis.
03:18Ils ont traité l'an dernier 20 000 dossiers, 40 000 scellés.
03:21On imagine un laboratoire géant.
03:23Est-ce que c'est vraiment ça, à l'intérieur ?
03:25Oui, le laboratoire est grand.
03:27Le laboratoire, c'est 11 000 m2, c'est 5 niveaux,
03:30c'est 170 agents.
03:33Donc le laboratoire est grand.
03:34Après, c'est une unité secrète, on va dire.
03:41Où seulement les services requérants,
03:43dont les enquêteurs, policiers, magistrats viennent,
03:45et puis des partenaires institutionnels.
03:47Et il y a des étages par spécialité ?
03:48Oui, il y a des étages par spécialité, effectivement.
03:50On ne peut pas visiter cet endroit ?
03:52Non, on ne peut pas visiter cet endroit.
03:53Mais on risque de contaminer, sinon ?
03:55Oui, il y a un risque de pollution, et puis de confidentialité aussi.
03:58Moi, je suis fan, on parlait des séries policières scientifiques,
04:02je suis fan de ça comme beaucoup de gens.
04:04Est-ce que ça correspond un petit peu à la réalité, ou absolument pas ?
04:07Alors, j'ai pour l'habitude de dire que les séries,
04:09c'est un miroir déformant.
04:11Donc il y a du vrai, et il y a du faux.
04:13Le vrai, c'est la technologie, ce qui est montré.
04:16Il y a quand même des appareils, des équipements
04:19qui correspondent à ce qu'on a,
04:20parce que nos fournisseurs prêtent ces appareils aux séries.
04:24Donc c'est vraiment les appareils dont on dispose.
04:26Après, on ne résout pas une enquête en 50 minutes.
04:31Et puis on n'est pas expert dans toutes les spécialités.
04:34Être expert judiciaire, c'est évidemment des connaissances académiques,
04:37mais également des années d'expérience.
04:39Donc ce qui m'irrite le plus, c'est quand je les vois experts en ADN,
04:44en traces papillaires, en balistique.
04:46Non, ça, ce n'est pas du tout crédible.
04:48Vous n'allez pas sur le terrain, c'est ça ?
04:49Vous restez, vous, dans votre labo.
04:51Vous avez un exemple d'une histoire qui vous a marquée ?
04:55Vous, personnellement, vous en donnez quelques-unes dans le livre.
04:58Alors, une histoire qui m'a marquée ?
05:00L'attentat de Nice a été particulièrement marquant pour moi.
05:04C'est en plein été, on est en effectif réduit.
05:06Je travaillais à l'époque au laboratoire du public scientifique de Marseille.
05:10Le retentissement est international, il n'est pas seulement national.
05:13Donc il y a beaucoup d'enfants également qui sont victimes.
05:16La priorité, l'urgence, c'est d'identifier toutes les victimes
05:21pour pouvoir rendre les corps aux familles,
05:24pour que les familles puissent commencer à faire leur deuil.
05:26Donc oui, puis ça a été une grosse logistique aussi,
05:29puisqu'on a reçu près de 400 scellés à analyser très rapidement.
05:33Donc il y a une grosse logistique à mettre en place.
05:35Les scellés, ce sont les objets qui peuvent constituer un élément d'indice pour l'enquête.
05:41Concernant Nice, ils étaient particuliers, ces scellés ?
05:44Oui, il y a eu des scellés particuliers.
05:47Alors, quand je vais dire ce que c'est, ça peut paraître pas particulier,
05:50mais pour nous, en laboratoire, on est habitués à recevoir des téléphones portables,
05:54des lunettes, des gants, des armes, des sachets de stupéfiants, ce genre de scellés-là.
05:59Là, comme il y avait, je viens de le dire, beaucoup d'enfants de toucher,
06:02on avait des doudous, et des doudous, des brosses à dents princesses,
06:06c'est des scellés qui sont insolites.
06:08On n'est pas habitués à recevoir ce genre de scellés au laboratoire,
06:10et c'est vrai que c'est quelque chose qui m'a marquée.
06:12Comment vous avez fait ? Alors, vous vous mettez à distance dans ces cas-là ?
06:15Oui, exactement.
06:16Vous vous protégez ?
06:17Oui, il faut se protéger.
06:18Quand une affaire comme ça arrive, de toute manière,
06:21je sais que ça va arriver au laboratoire de Marseille,
06:24et je suis l'expert d'Astreint à ce moment-là.
06:26Donc oui, j'en fais une sorte de carapace, je réfléchis,
06:30enfin je reste très froide, c'est-à-dire que je mets la distance,
06:32très professionnelle, et c'est prendre attache avec le service enquêteur,
06:37quelles vont être les priorités,
06:39et puis organiser le travail pour répondre le plus rapidement possible.
06:43On parle beaucoup de l'intelligence artificielle aujourd'hui,
06:46est-ce que vous l'utilisez dans votre travail au quotidien ?
06:48Alors, on commence à l'utiliser, l'intelligence artificielle.
06:51L'intelligence artificielle, pour moi, ça reste un outil,
06:53c'est un outil qui nous fait gagner du temps,
06:55qui fait gagner du temps aux experts.
06:57Et concrètement, ça se passe comment, l'utilisation de l'IA ?
07:00Concrètement, c'est par exemple, en biologie,
07:03c'est l'interprétation des profils génétiques,
07:06on a une intelligence artificielle qui va nous trier les profils génétiques,
07:09par exemple, et qui fait gagner du temps aux experts.
07:11C'est passionnant.
07:12Passionnant, on aurait pu rester toute la matinée avec vous.
07:14En tout cas, il y a ce livre pour approfondir.
07:17Le crime parfait n'existe pas aux éditions du Rocher.
07:20Merci beaucoup, Christelle Sercopé, d'avoir été avec nous ce matin.
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