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  • il y a 10 heures
On imagine tous la police scientifique à travers les séries télévisées comme "les experts", mais qu'en est-il vraiment ? Depuis plus de 20 ans, Christel Sire Coupet aide les enquêteurs dans leur recherche des faits, et plonge dans l'intime des crimes, des attentats du 14 juillet 2016 à Nice jusqu'au casse du Louvres en octobre 2025. Présence d'ADN sur un vêtement, trace de sang, elle traque l'invisible et reconstruit, pièce par pièce, les plus grandes affaires. Son livre Le crime parfait n'existe pas est publié aux éditions du Rocher.

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Transcription
00:00Christelle Cyré Coupé est avec nous. Bonjour Christelle.
00:02Bonjour Faustine.
00:02Merci beaucoup d'être avec nous sur RTL.
00:04Vous êtes donc la directrice de l'un des cinq laboratoires de la police scientifique.
00:08Vous dirigez celui de Paris.
00:10Alors, première question, à quoi ressemble ce laboratoire si mystérieux ?
00:15Qu'est-ce que c'est comme bâtiment ? A quoi ça ressemble ?
00:18Alors, ce bâtiment ressemble à une forteresse, on va dire.
00:23C'est un endroit sécurisé, mais c'est un bâtiment moderne.
00:26Un bâtiment qui date de 2021, 11 000 mètres carrés, qui est sur cinq niveaux.
00:32C'est un bâtiment sécurisé et moderne.
00:34Il y a une spécialité à chaque niveau, parce qu'on imagine en effet les membres de la police scientifique
00:40qui savent tout faire, à la fois détecter un ADN sur un pull ou faire autre chose.
00:44Non, il y a combien de personnes qui travaillent là-bas ?
00:46Alors, on est 170 fonctionnaires à travailler dans ce laboratoire.
00:50Et effectivement, les experts judiciaires, puisqu'en laboratoire on a des experts judiciaires,
00:55les experts ne sont pas experts dans toutes les disciplines.
00:58On est expert dans une discipline.
00:59Ça demande beaucoup de connaissances et de compétences.
01:01Donc, on est expert en empreinte génétique, on est expert en révélation de traces papillaires
01:05ou en balistique, par exemple.
01:06D'accord. Est-ce qu'il est ouvert au public, ce laboratoire ?
01:09Non, ce laboratoire n'est pas ouvert au public.
01:11Il est ouvert évidemment au service d'enquête, aux enquêteurs,
01:15que ce soit de la police nationale ou de la gendarmerie nationale.
01:18On ne peut pas être visité par curiosité aux journées du patrimoine ?
01:20Non, exactement. Pour l'instant, il n'est pas ouvert.
01:22Est-ce qu'on imagine tous les gens habillés...
01:24Non, mais moi, je suis dans la série, donc on y va.
01:27Tous les gens habillés avec une blouse blanche, un gros masque,
01:30qui parlent doucement et qui ont des badges à chaque porte.
01:33Est-ce que c'est ça ?
01:34Alors, effectivement, dans les labos, on est tous équipés
01:37pour éviter de polluer, contaminer les scellés qu'on examine.
01:41Donc, on est effectivement en blouse blanche et le bâtiment est sécurisé.
01:44On a des badges pour ouvrir toutes les portes, effectivement.
01:46Vous dirigez ce laboratoire ? Vous avez une spécialité vous-même ?
01:49Ou vous êtes passée par un de ces étages ?
01:50Alors, moi, effectivement, j'étais expert en empreinte génétique dans une autre vie.
01:54D'accord. Est-ce qu'il y a beaucoup de femmes dans ce laboratoire ?
01:56Oui. Alors, les chimistes, les biologistes sont généralement des spécialités
02:03où on trouve à l'université beaucoup de femmes.
02:06Donc, on est une sexe ratio un peu déséquilibrée.
02:09Alors, qu'est-ce qu'on appelle un scellé ?
02:10Puisque ça va être au cœur de notre conversation ce matin.
02:12Alors, le scellé, c'est un objet qui a été prélevé sur une scène de crime,
02:17scène d'infraction, on dit, mais dans le langage courant,
02:20on dit plutôt scène de crime, qui a été prélevé sur la scène de crime.
02:22Donc, c'est un indice qui va être placé dans une enveloppe
02:27et qui va être recouvert avant d'un saut en cire,
02:30maintenant d'un scotch d'inviolabilité,
02:32afin de préserver son intégrité.
02:34Dans une enveloppe, ça veut dire que ce ne sont que des petits objets,
02:37des petites traces ?
02:38Non, on peut avoir effectivement un élément pileux, un cheveu,
02:42on peut avoir des pulls, comme vous l'avez dit,
02:45on peut avoir des armes, donc on a des cartons pour conditionner les armes,
02:51on a des petites enveloppes, mais on a également des grands sacs en papier craft.
02:54C'est quoi les scellés les plus improbables qui soient passés dans vos mains ?
02:57Les plus improbables, le plus volumineux,
03:00c'était la totalité de la moquette d'une agence de voyage.
03:06Donc, un rouleau, quoi !
03:07Oui, plusieurs rouleaux, même, il n'y avait pas qu'un rouleau,
03:09il y avait plusieurs rouleaux de moquettes.
03:11Mais il fallait analyser quoi ? Les fibres ?
03:13Alors, il fallait rechercher des fibres.
03:15Toutes traces, en fait, susceptibles d'apporter des éléments objectifs à la justice.
03:19Donc, ça peut être des éléments pileux,
03:21ça peut être des traces de sperme, des traces de sang.
03:23Mais objectivement, sur une scène de crime,
03:25tout peut être un indice, on ne va pas vous rapporter l'ensemble du lieu.
03:29C'est-à-dire, il peut y avoir combien de scellés par scène de crime ?
03:32Alors, par scène de crime, on peut aller de un scellé
03:35jusqu'à un événement majeur comme les attentats de Paris en 2015.
03:40On peut avoir plus de 500 scellés.
03:42Et il va falloir combien de temps pour étudier 500 scellés ?
03:45Puisque vous partez sur cet exemple.
03:46Plusieurs mois.
03:47Les plus pertinents, on les a analysés très rapidement.
03:50Et puis, au fur et à mesure des perquisitions et des investigations
03:52des enquêteurs et des magistrats,
03:55des salves de scellés arrivent
03:56et on met plusieurs mois à analyser ces scellés.
03:59Mais vous les stockez où ?
04:00Il y a un grand hangar juste à côté du laboratoire.
04:02Ça vous fait sourire, pourquoi ce n'est pas ça ?
04:04Non, on n'a pas d'hangar, on a des salles de scellés.
04:07On a un gros espace de stockage, effectivement, pour nos scellés.
04:10Un gros, ça doit être gigantesque !
04:12On a 11 000 mètres carrés, donc...
04:14Combien ?
04:1411 000 mètres carrés.
04:15D'accord.
04:16Donc, on a quand même des espaces de stockage qui sont conséquents.
04:19Et puis, à l'issue des analyses, les scellés sont restitués aux magistrats,
04:24donc aux greffes des tribunaux judiciaires.
04:26D'accord.
04:26Combien il peut y avoir de scellés par crime, par scène de crime ?
04:30Ça peut monter jusqu'à combien ?
04:31Il n'y a pas, je vous dis, pour les attentats, plus de 500.
04:34Il n'y a pas de règle, en fait.
04:35Alors, en fait, ma question, pardon, elle était un peu différente.
04:37C'est-à-dire, combien vous pouvez stocker dans ces 11 000 mètres carrés
04:42et combien de temps vous les gardez, surtout ?
04:45C'est variable.
04:46Là, actuellement, on a plus de...
04:49On rentre, en gros, 40 000 scellés par an.
04:52D'accord.
04:52Il en sort autant, donc on a entre 50 000 et 100 000 scellés,
04:57parce qu'on garde des scellés, on a des chambres froides
04:59et on garde des scellés soit à 4 degrés, soit à moins 20 degrés.
05:04Ça, la justice ne les reprend pas, c'est nous qui les gardons.
05:08Voilà, donc on a quand même pas mal de scellés en stock au laboratoire.
05:12Et il y a des scènes de crime où il n'y a pas de scellés ?
05:15C'est-à-dire, on revient, il va falloir même peut-être aller même sur place vous-même.
05:18Ça peut vous arriver d'aller sur place vous-même ?
05:20C'est très rare.
05:22En laboratoire, on va rarement sur les scènes de crime.
05:25Ça m'est arrivé une fois, a posteriori, d'aller sur une scène
05:27porter assistance à un expert en morpho-analyse de traces de sang.
05:31Alors, on va se retrouver dans un instant.
05:33Vous avez publié un livre, Christelle, qui s'appelle
05:35« Le crime parfait n'existe pas » aux éditions du Rocher.
06:06Vous connaissez ce générique, Christelle Circoubet ?
06:09On est dans la caricature, mais effectivement, c'est un miroir déformant.
06:12Ça veut dire qu'il y a du vrai, il y a du faux.
06:15Pour les experts, je pense que c'est quand même la caricature, puisque c'est une série américaine.
06:19On voit, comme on l'a dit tout à l'heure, ils sont experts dans toutes les spécialités.
06:24Donc ça, c'est faux ?
06:25Ils vont sur le terrain en France.
06:27La police scientifique de la police nationale, les experts judiciaires du laboratoire,
06:32ne vont pas sur le terrain.
06:33Il y a les policiers scientifiques de terrain qui vont faire les premières constatations
06:36avec les enquêteurs, qui vont figer la scène de crime,
06:39qui vont faire les prélèvements, les placer sous scellés.
06:42Et ensuite, les enquêteurs vont les amener chez nous, au laboratoire, pour analyse.
06:46Ce qui n'est pas le cas de cette série, en effet, où tout le monde fait tout.
06:49Voilà, ils sont en mission, ils vont sur le terrain, ils vont en laboratoire
06:52et ils continuent de faire l'enquête.
06:54Ils sont bourgeoisement vêtus, ils ont des super voitures.
06:57Pourquoi ? Vous êtes très mal vêtus ?
06:58Non, non, mais on n'est pas...
06:59Je vous trouve très chic ce matin.
07:00Mais oui, non, mais...
07:01Vous avez une robe avec un peu de dentelle, une veste en cuir.
07:03Non, mais je le dis pour nos auditeurs.
07:06Ça vous fait marrer ?
07:07Oui, ça me fait marrer.
07:08Non, ils ont quand même des looks.
07:09On n'est pas lookés comme ça, on va dire.
07:13On est plutôt des gens ordinaires.
07:15D'accord.
07:15Quelle est la question qu'on vous pose le plus quand on vous voit
07:18et que vous êtes très joviales, très lumineuses
07:21et qu'on sait que vous travaillez quand même dans un domaine un peu sombre ?
07:24Quelle est la première réaction des gens ?
07:26C'est super ce que tu fais.
07:27La police scientifique, c'est un univers qui fascine.
07:30Les gens la voient à travers les séries, à travers les polars, à travers les fictions.
07:34Donc, ils s'imaginent tout un tas de choses
07:36et trouvent que le métier...
07:37Alors, c'est vrai, c'est un métier qui est passionnant.
07:39C'est un métier passion.
07:41Et c'est un métier qui a du sens aussi.
07:43Et c'est un métier qui fait rêver.
07:44Vous aussi, vous avez été inspirée par les séries pour pouvoir embrasser cette carrière ?
07:47Pas du tout.
07:48Pas du tout.
07:49Je ne regardais pas les séries.
07:50Moi, je lisais des polars.
07:52Et je suis rentrée dans la police scientifique totalement par hasard.
07:55J'ai été docteure en biologie.
07:57Je faisais un post-doctorat chez Sanofi Aventis.
08:00Et puis, ma belle-sœur, qui travaillait dans l'institution police nationale,
08:04m'a contactée pour me dire
08:05« Christelle, en police scientifique, je cherche des ingénieurs,
08:11spécialistes en biologie moléculaire et docteurs en biologie.
08:14Je t'envoie la fiche de poste.
08:16Regarde, ça pourrait t'intéresser. »
08:17Et vous avez été embarquée.
08:19Voilà, j'ai postulé.
08:20J'ai été lauréate.
08:21J'ai pris mon poste.
08:22Et j'ai découvert la criminalistique,
08:25qui est la science au service de la justice,
08:27qui m'a totalement fascinée.
08:28Alors, je disais, vous publiez un livre qui s'appelle
08:31« Le crime parfait n'existe pas ».
08:33Vraiment, Christelle ?
08:34Alors, « Le crime parfait n'existe pas »
08:36aux yeux de la policière scientifique que je suis.
08:39Aujourd'hui, à partir du moment où il y a une scène de crime,
08:42la scène de crime va être appréhendée par mes collègues du terrain
08:47de façon rigoureuse et méthodique.
08:51Les scellés vont arriver au laboratoire.
08:54Nous, on va faire des analyses.
08:56On va mettre en œuvre pour...
08:59On va tout mettre en œuvre pour essayer de rechercher le maximum de traces,
09:04qu'elles soient ADN, qu'elles soient papillaires, qu'elles soient balistiques,
09:07pour justement apporter des éléments scientifiques objectifs à la justice.
09:11Sachant que pour l'instant, ce n'est pas votre travail,
09:14ce n'est pas juste de trouver l'identité du tueur,
09:16c'est aussi la manière dont il aurait pu agir.
09:17Mais moi, je reviens là-dedans.
09:18C'est-à-dire que vous êtes en train de me dire qu'un criminel,
09:20aujourd'hui aussi affûté soit-il,
09:23laisse forcément des traces derrière lui,
09:25des traces qu'on ne soupçonne pas ?
09:26Oui, parce que l'être humain, il est imparfait et il est faillible.
09:30Et ce qui est le fondement de la police scientifique,
09:34déjà plus de 200 ans,
09:36c'est le principe de l'échange de l'OCA.
09:38C'est-à-dire que l'intensité pour produire un acte criminel est tellement importante
09:44que le malfaiteur va laisser sur la scène ou sur un cadavre des indices, des traces,
09:48mais va également en amener avec lui.
09:51Et la science est là pour analyser ses traces.
09:53La science progresse tous les jours.
09:57Les enquêteurs font des investigations très poussées.
10:00Les magistrats, la justice,
10:01autant le criminel travaille,
10:03enfin, commet dans l'instant son acte,
10:05la justice, elle travaille dans le temps.
10:07Elle n'arrête jamais.
10:08Parlez-moi de concret, Christelle.
10:10De quelle manière ?
10:10Nous, on laisse des traces partout.
10:12Quelles sont les traces qu'on ne soupçonne pas, qu'on laisse quelque part ?
10:14Qu'est-ce qu'on ne soupçonne pas ?
10:15On perd nos cheveux tous les jours.
10:17Quand on part, on peut les laisser sur un siège d'un cinéma.
10:21Et qu'est-ce qu'on peut lire dans nos cheveux ?
10:23Si je vous donne une mèche de mes cheveux, vous pouvez lire quoi ?
10:25Alors, dans une mèche des cheveux, on peut déjà regarder si on a un ADN.
10:29Donc, l'ADN nucléaire, à partir du noyau de cellule,
10:31va se trouver dans la racine, dans le bulbe du cheveu.
10:34Donc, mon âge ?
10:36Non, non, non.
10:37Nous, on travaille sur des marqueurs non codants.
10:42La législation française est très stricte.
10:44Ça veut dire qu'on ne peut pas déterminer de caractère de l'individu,
10:49hormis le sexe.
10:50C'est tout ce qu'on pourra dire.
10:52Est-ce que la trace qui a été laissée appartient à un homme ou à une femme ?
10:55C'est tout.
10:56On travaille sur 24 marqueurs génétiques qui sont discriminants,
11:01qui sont probants, mais qui ne codent pour aucun gène, aucune protéine.
11:05Alors, vous pouvez dire quoi ?
11:06Sur un cheveu, on va pouvoir établir un profit génétique
11:10et dire s'il appartient à un homme ou à une femme
11:13et puis le transmettre au fichier national automatisé des empreintes génétiques
11:17pour enregistrement et comparaison éventuelle.
11:20Est-ce que l'individu a déjà commis une infraction ou pas ?
11:22Et ça remontera une entité aux enquêteurs.
11:25Dans le cadre de soumission chimique, on peut prélever une mèche de cheveux
11:28et on pourra dire si la personne a été soumise chimiquement.
11:34Est-ce que c'est une dose thérapeutique ?
11:36En gros, est-ce que la personne prend du Xanax de façon thérapeutique, régulière ?
11:41Ou est-ce qu'elle a été soumise à une dose forte à un instant T pour un abus ?
11:46D'accord.
11:46Quelles sont les autres petites traces qu'on laisse ?
11:48Un postillon ?
11:49Des postillons, quand on éternue, quand on parle,
11:51on laisse des micro-aérosols qui sont riches en ADN
11:55parce que la salive, c'est une trace riche en ADN.
11:57Quand je vais toucher un objet, prendre le verre, boire,
11:59je vais laisser des traces papillaires.
12:01Quand je vais boire, je vais laisser ma salive sur le rebord du verre.
12:05De la peau ?
12:06De la peau, on laisse quoi en permanence.
12:08Donc effectivement, en touchant le micro, je vais laisser quelques cellules.
12:12J'ai lu que vous racontiez une histoire à un criminel
12:14qui avait enfermé un sac poubelle dans lequel il avait caché un corps
12:20et qu'il avait fait quoi d'ailleurs ?
12:23Qu'est-ce qui vous a permis de le remonter jusqu'à lui ?
12:25C'est un concierge qui a tué son épouse.
12:30La victime était concierge et son mari l'a tué.
12:35Il a découpé le corps.
12:36Il l'a mis dans un sac poubelle, dans une valise, dans les caves
12:38et puis il est parti en vacances.
12:40Sans la valise, évidemment, qu'il avait laissée dans la cave.
12:43Et donc, alerté par les odeurs, la police a été dépêchée sur place
12:48et on a eu la valise et puis le linceuil, le drap dans lequel elle avait été
12:53et le sac poubelle.
12:54Et sur ce sac poubelle, il y avait du scotch, du ruban adhésif.
12:57Et le ruban adhésif, notre métier, c'est vraiment l'observation aussi.
13:02Donc, en observant ce scotch, on voyait que les coupures du ruban adhésif
13:06n'étaient pas franches, n'avaient pas en gros été découpées par un ciseau.
13:09Mais on voyait qu'elles avaient été découpées avec les dents,
13:12comme on a l'habitude de faire.
13:14Et là, qui dit découper avec les dents, dit salive, dit trace riche en ADN.
13:18On a fait un prélèvement et c'est comme ça qu'on est remonté au mari.
13:21Pendant combien de temps cette trace ADN, elle peut rester sur ce scotch ?
13:24Alors, l'ADN, c'est une molécule qui est résistante.
13:26Et à partir du moment où elle est dans des conditions, on va dire, optimales,
13:30c'est-à-dire à l'abri de l'humidité, de la chaleur et des UV, de la lumière,
13:34elle ne va pas se dégrader et elle va rester longtemps.
13:37Et ça vous est arrivé qu'il y ait un criminel, on va dire,
13:40qui fasse une grossière erreur, laisser quelque chose derrière lui ?
13:43C'est presque énorme ?
13:45Oui, presque tous en fait.
13:47Dans le cadre, on laisse toujours quelque chose, comme je vous le disais tout à l'heure,
13:51à notre insu.
13:52Donc là, ce que j'ai en tête là aujourd'hui, c'est un militaire qui a été poignardé à
14:00la défense.
14:01Et évidemment, il y a des caméras de vidéoprotection.
14:04Et les enquêteurs de la brigade criminelle, en regardant ces caméras de vidéoprotection,
14:09s'aperçoivent que l'auteur, dans sa fuite, perd son pull qu'il avait noué autour de la taille.
14:13C'est ballot.
14:13Voilà. Donc en urgence, le dimanche, on est saisi.
14:17On revient au laboratoire avec ma binôme, l'analyste.
14:21Et on va faire des recherches sur ce pull.
14:24Donc on savait possiblement que c'était le porteur du pull.
14:28Donc on va venir faire des prélèvements sur les zones d'intérêt,
14:32donc généralement à l'intérieur, sur le col.
14:34Et puis vous l'avez retrouvé ?
14:35On a trouvé un profit génétique masculin qu'on a transmis au fichier.
14:38Il y a eu un rapprochement.
14:39Et trois jours après, la brigade de répression de Paris
14:43est allée...
14:44Chaque fois, il mettra son pull.
14:45Exactement.
14:46Il dirige le laboratoire de la police scientifique de Paris.
14:49Il nous raconte depuis le début de cette émission
14:50les coulisses de cet endroit où se dénouent les plus grandes affaires criminelles.
14:55Je voudrais que vous me parliez d'une affaire, celle autour du grêlé.
14:59De quelle manière vous êtes intervenue ou le laboratoire a pu aider à dénouer cette affaire ?
15:04Alors cette affaire du grêlé, c'est une affaire...
15:07Je suis rentrée il y a 23 ans au laboratoire du police scientifique de Paris
15:10et c'était l'affaire qui hantait aussi bien la brigade criminelle et le labo.
15:16Cet individu qui a violé et tué plusieurs personnes et dont on avait un portrait robot.
15:22C'est un call case.
15:23C'est ce qu'on appelle un call case.
15:24Exactement, c'était un call case.
15:24C'est l'adapté des années 80-90.
15:26Et cette affaire est restée élucidée depuis de très nombreuses années.
15:31Et puis, cette affaire, en fait, la juge Madame Turquet a repris l'affaire.
15:39Elle était au Paul à cette époque, au Paul call case, a repris l'affaire
15:43et a regardé sur les différents angles.
15:45Il y avait un angle qui n'avait pas été exploré.
15:48C'était...
15:49En fait, il y avait un témoignage d'un jeune témoin qui disait
15:53quand il se présente à l'appartement, il a une carte avec le G, une carte de police
15:57avec le G, donc le G de gendarmerie et pour le P de police, donc le G de gendarmerie.
16:02Et cette carte, les enquêteurs ont toujours cru qu'elle était...
16:05C'était fausse.
16:06C'était pas un vrai gendarme.
16:09Et elle, elle se dit, et si c'était un gendarme ?
16:12Donc, elle a regardé à cette époque-là, quels étaient les gendarmes qui travaillaient
16:17à Paris intramuros.
16:18Il y avait plus de 700 personnes.
16:20Elle a demandé de faire des convocations à chacune des personnes pour des prélèvements
16:24salivaires.
16:25Et quand François Vérov reçoit sa convocation, il était dans l'héros à l'époque, il
16:30savait que c'était foutu pour lui et il décide de mettre fin à ses jours.
16:34Donc voilà, c'est vraiment cette affaire.
16:36Ça montre que, ce que je vous disais tout à l'heure, que la justice agit dans le temps.
16:42Elle ne lâche jamais.
16:43Elle est déterminée.
16:44Et François Vérov n'a pas avoué tous ses crimes.
16:47Il a laissé une lettre et il a dit qu'il avait une lettre à son épouse en disant
16:52qu'il avait commis des choses horribles.
16:54Mais il n'a pas donné le détail.
16:58Christelle, est-ce qu'il y a des affaires où ils avaient une pression particulière ?
17:02Même où vous, maman, femme, vous avez du mal à garder vos émotions de côté ?
17:07Alors, celle qui a été la plus marquante pour moi, c'est l'attentat de Nice en juillet 2016.
17:15Parce qu'il y a eu beaucoup d'enfants qui sont décédés, de jeunes enfants qui sont décédés.
17:21C'est-à-dire que les scellés étaient très...
17:23Voilà, les scellés.
17:24Donc, quand il y a un attentat comme ça, les policiers scientifiques de terrain font une phase
17:31qu'on appelle la phase antémortem et la phase post-mortem.
17:35Donc, tout ce qui est post-mortem, ce sont les prélèvements qui sont faits sur les victimes.
17:39Et l'antémortem, c'est...
17:41On récupère des éléments qui appartiennent aux victimes.
17:44Et ensuite, on croise les deux données et on identifie la personne.
17:48Donc, nous, au laboratoire de police scientifique de Marseille,
17:50puisqu'à l'époque, je travaillais dans ce laboratoire,
17:52on a eu les scellés de l'antémortem.
17:54Et parmi ces scellés, il y a eu des scellés dont on n'a pas du tout l'habitude d
17:58'avoir.
17:58J'ai eu des doudous, des brosses à dents.
18:00Et c'est vrai qu'en temps, des brosses à dents princesses,
18:03des petits appareils dentaires,
18:04et c'est vrai qu'on n'est pas habitués à recevoir ce type de scellés.
18:08On reçoit des armes, on reçoit des lunettes, des portables,
18:11des paires de gants, des vêtements,
18:13mais des doudous, c'était la première fois que je recevais des doudous.
18:15Et c'est vrai qu'il faut gérer ces émotions,
18:18il faut savoir les canaliser, il ne faut pas se laisser...
18:21Même quand vous en parlez, je sens qu'il y a des...
18:22Oui, il y a beaucoup d'émotions.
18:24Cette affaire a été l'affaire la plus marquante pour moi.
18:27Et on voit que c'est une cicatrice qui est encore ouverte.
18:30Une affaire a été particulièrement médiatisée récemment.
18:33Évidemment, c'est le casse du Louvre.
18:35Vous avez été tout de suite mandatée pour travailler dessus ?
18:38Oui, alors mon devoir de réserve ne me permet pas de parler de cette affaire.
18:41Ce que je peux vous dire, c'est que dès le 19 octobre au matin,
18:45quand je reçois une notification sur mon téléphone,
18:48je suis en contact avec le chef de la brigade de répression de banditisme,
18:52le chef de la BRB de Paris,
18:54pour voir comment on va organiser le travail.
18:56Il me tient au courant de l'avancée des investigations.
18:59Et ça permet d'organiser le travail pour, dès le lundi matin,
19:04de bonheur le matin, quand les scellés vont arriver au laboratoire,
19:07que l'équipe d'analystes soit prête, efficace,
19:11et que les scellés soient déjà enregistrés
19:13et transmis à la biologie et à la balistique pour les investigations.
19:16Est-ce que l'ADN peut tromper ?
19:18Est-ce que vous pouvez être mis sur une fausse piste ?
19:20Oui, on peut être mis sur des fausses pistes,
19:22parce que l'ADN est transportable.
19:24Un mégot peut être mis à l'insu de quelqu'un sur une scène de crime.
19:28Ah oui, on peut.
19:28Ah bon, c'est-à-dire que, bien sûr, j'ai pas pensé,
19:30mais les criminels, ils peuvent aller récupérer un ADN de quelqu'un d'autre
19:33et le laisser sur la...
19:34Le gobelet dans lequel vous avez bu, je le prends et je le pose sur une scène.
19:38Ça vous est arrivé, ça ?
19:39Oui, ça vous est arrivé, bien sûr.
19:40Au départ, quand l'ADN, fin des années 90,
19:43quand l'ADN commençait à apparaître dans les enquêtes,
19:47elle pouvait apparaître comme la reine des preuves,
19:49parce que c'est un élément très probant.
19:51L'ADN est unique pour chaque personne.
19:53Donc, oui, il ne fallait pas passer à côté de l'investigation.
19:57Est-ce que vous pouvez m'expliquer ce que c'est qu'une chimère ?
20:00C'est un cas vraiment particulier que j'ai trouvé fascinant.
20:02Alors, une chimère, effectivement, ça peut brouiller les pistes,
20:05parce qu'une chimère, c'est une personne qui va avoir reçu
20:08une greffe de moelle osseuse, par exemple,
20:11et la moelle osseuse produit nos cellules sanguines.
20:13Donc, ça veut dire que nos globules blancs,
20:15alors, les globules rouges aussi,
20:17mais les globules rouges n'ont pas de noyaux.
20:19Donc, ils sont des cellules anucléiques qui n'ont pas d'ADN.
20:22Donc, quand on va laisser une trace de sang,
20:24la trace de sang va avoir le profil génétique du donneur.
20:29Ah ! Donc, vous pouvez vous retrouver avec...
20:32Ça veut dire que c'est un individu,
20:34deux profils génétiques différents, exactement.
20:36Donc là, il faut faire attention,
20:37parce que l'affaire dont je fais référence dans le livre,
20:40à l'époque, quand on voulait faire un prélèvement
20:43sur un individu, maintenant, on fait des prélèvements salivaires.
20:46À l'époque, on faisait une prise de sang,
20:48et c'était le sang qu'on prenait.
20:49Donc, on avait une trace de salive
20:52qui avait été laissée sur une scène de crime,
20:54qui avait un profil génétique,
20:55qui ne matchait pas au fichier,
20:57mais qui n'était pas identifié au fichier.
20:59Mais par contre, quand on prélève le sang
21:01de l'individu suspecté par les enquêteurs,
21:04on a un profil différent.
21:05Et est-ce que ça arrive qu'il y ait des jumeaux monozygotes
21:09qui jouent avec ça ?
21:10C'est-à-dire, ils ont le même ADN,
21:13et c'est contre le coupable.
21:14Voilà, jouer, je ne pense pas.
21:15Par contre, ils disent,
21:16non, ce n'était pas moi,
21:17et ils ne se dénoncent pas, effectivement.
21:19Oui, c'est arrivé,
21:20c'est arrivé dans une affaire très récente
21:22qui a été jugée à Bobigny en 2026,
21:26où sur une arme,
21:27on retrouve un profil génétique,
21:30et ça correspond à deux individus jumeaux.
21:33Mais bon, ils ont été condamnés,
21:35parce qu'il n'y avait pas que l'ADN.
21:37L'ADN est à mettre au regard du contexte de l'affaire
21:40et au faisceau d'indices convergents.
21:42Merci beaucoup Christelle d'avoir été avec nous.
21:44Christelle Sircoupé,
21:45le crime parfait n'existe pas.
21:47Aux éditions du Rocher,
21:49il y a beaucoup d'exemples très concrets,
21:50c'est évidemment très passionnant.
21:52Merci beaucoup Christelle d'avoir été avec nous.
21:53C'est aux éditions du Rocher.
21:55Merci à vous pour votre fidélité.
21:57Un jour, une vie.
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