00:00Oui, en traitant de Maboul ce qui prône la fermeté avec l'Algérie, Emmanuel Macron ne signe pas seulement un
00:05dérapage verbal.
00:06En réalité, il assume sa ligne politique. On se souvient de son déplacement à Alger en 2017, affirmant que la
00:12colonisation était un crime contre l'humanité.
00:14Depuis, sa ligne n'a jamais changé. C'est celle de la concession permanente, de la repentance mémorielle, des gestes
00:20symboliques et des canaux diplomatiques discrets.
00:23Tout a été tenté pour amadouer Alger. Et pour quels résultats ? Quelques laissés-passés consulaires arrachés au compte-gouttes
00:29ces derniers jours,
00:30dans les faits, à peine une vingtaine d'éloignements effectifs et toujours les mêmes blocages sur les profils dangereux.
00:36Derrière la communication officielle, la réalité ne ment pas. La coopération reste marginale.
00:41Concernant les islamistes ou les individus à risque, c'est un mur auquel se confronte la France.
00:46Sur le crime organisé, des dizaines de cibles recherchées continuent à vivre tranquillement en Algérie,
00:51pendant que Paris espère un dégel. Alger impose un rapport de force et ça fonctionne ainsi depuis des décennies.
00:56Et pour vous, la raison est très simple, Quentin, c'est que le régime algérien ne peut pas survivre sans
01:00faire de la France son ennemi numéro un.
01:01Tout à fait, c'est le cœur du problème. Le pouvoir algérien ne cherche pas l'apaisement.
01:05Il n'en veut pas, il a besoin du conflit car il lui permet de masquer une réalité beaucoup plus
01:09dure
01:10à avaler l'échec cataclysmique d'un pays qui avait tout pour réussir lors de son indépendance.
01:15En 1962, l'Algérie disposait d'atouts immenses, hydrocarbures, jeunesse, position stratégique.
01:20Et pourtant, 60 ans plus tard, le constat est sévère. Son développement fait peine à voir.
01:24Son économie est dépendante. Les perspectives données à sa population sont très limitées.
01:28Sa démocratie est presque inexistante.
01:30S'ajoute un épisode dont personne n'a le droit de parler sur place, celui de la guerre civile des
01:34années 90,
01:36sans évoquer la défiance profonde révélée par le Irak en 2019,
01:39quand des millions d'Algériens ont réclamé un changement de régime.
01:43Face à ces fragilités, le pouvoir détourne l'attention.
01:45Et pour ça, la France est une cible idéale à chaque difficulté interne.
01:49Le même réflexe, accuser l'ancienne puissance coloniale, Paris sert finalement d'outil politique.
01:54Elle permet de canaliser la colère, de fabriquer une unité de façade
01:57et de justifier la continuité d'un régime qui mène son peuple à la ruine.
02:01Et pour vous, dans cette situation, une seule solution, c'est d'assumer le rapport de force et arrêter de
02:05se faire marcher dessus.
02:06Évidemment, dans ces conditions, continuer la politique actuelle relève de l'illusion.
02:09Les faits sont là, des centaines de ressortissants.
02:11Sous-EUKIT-AF n'ont repris une coopération judiciaire quasi inexistante,
02:15des insultes permanentes, le journaliste Christophe Glez qui fait toujours figure d'otage sur place.
02:20Pas besoin d'avoir lu le juriste Carl Schmitt pour comprendre que lorsqu'un régime vous désigne comme son ennemi,
02:24il n'y a qu'une chose à faire, qu'un seul choix, le considérer de la même façon.
02:28Alors, répondre par de la fermeté n'est pas une lubie de maboule, c'est du réalisme.
02:32Dans les pages du JDD, ce dimanche, Bruno Rotaillot veut conditionner des visas,
02:36remettre en cause les accords déséquilibrés de 1968 et exiger la réciprocité.
02:41Bref, parler le seul langage que comprend ce régime, le rapport de force.
02:45Depuis toutes ces années, en voulant ménager Alger, Paris s'est affaibli.
02:48Il est temps de sortir de cette logique, non pour rompre, mais pour rééquilibrer,
02:52non pour humilier, mais pour être respecté, car le respect ne se négocie pas à sens unique, il s'impose.
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