00:00Et c'est l'heure de l'édito politique de Quentin Gérard sur ce plateau.
00:03Quentin a plus d'un an de la présidentielle, ils sont déjà une ribambelle à se voir en haut de l'affiche,
00:10à gauche, au centre, à droite.
00:12Les candidatures se multiplient, c'est un véritable bal des ambitions, racontez-nous.
00:16Oui, la présidentielle n'est même pas encore officiellement lancée,
00:19que les candidatures tombent comme les feuilles en automne,
00:21et avec elle une étrange impression, celle d'un pays où l'ambition individuelle
00:25a remplacé le sens de l'État et du devoir.
00:27De Gaulle le prévenait déjà, après moi, ça ne sera pas le vide, ça sera le trop-plein.
00:32Eh bien voilà, nous y sommes, le trop-plein de non, le trop-plein d'égo,
00:35le trop-plein de prétendants, croyant que la notoriété suffit à gouverner.
00:39Le dernier à ajouter à cette longue liste, c'est le député socialiste Jérôme Gage.
00:43Oui, personne n'avait d'ailleurs évoqué son ambition ces dernières semaines,
00:46ce qui montre à quel point sa candidature était attendue.
00:49Mais il faut dire qu'à gauche, c'est une véritable auberge espagnole.
00:52On sait qu'Olivier Faure et Boris Vallaud y pensent très fortement,
00:55que François Hollande n'y a pas renoncé, comme Bernard Cazeneuve.
00:58Raphaël Luxman est de son côté presque déjà sur la ligne de départ.
01:02Chez les Verts, seule Marine Tondelier s'est officiellement déclarée.
01:05Mais on sait que Cécile Duflo, Yannick Jadot et Sandrine Rousseau ont aussi une ambition.
01:09Clémentine Autain et François Ruffin s'ajoutent à cette liste,
01:12avec cette primaire de la gauche à laquelle ils sont candidats.
01:15À ce rythme, on ne compte plus les prétendants, mais plutôt les égaux.
01:18Chacun veut son quart d'heure ou aurelien.
01:21Chacun est persuadé qu'il représente quelque chose.
01:23Mais représenter quelque chose ne suffit pas à représenter la France et l'ensemble des Français.
01:28Il faut dire aussi qu'à droite et au centre, c'est presque la même inflation.
01:32On peut citer Édouard Philippe, Gabriel Attal, Gérald Darmanin, Bruno Roteuil,
01:35Laurent Wauquiez, David Isner, Michel Barnier, Éric Zemmour, voire Sarah Kenaffo.
01:39La liste de ceux qui ne se présentent à rien sera bientôt plus courte que celle des prétendants.
01:43Et comment on explique cette inflation de candidatures ?
01:45Le dilettement des partis politiques et l'effacement des repères sont, je pense,
01:49les principales raisons dans ce grand vide organisé.
01:52Chacun se dit « pourquoi pas moi ? »
01:53La réponse est pourtant simple et cruelle, parce que l'envie ne fait pas la compétence.
01:57Michel-Édouard Leclerc a lâché cette phrase qui résume la frénésie des candidatures.
02:01« Je ne suis pas plus con qu'un autre », a-t-il lancé, pardonnez-moi.
02:04L'expression, mais tout est là.
02:05Malheureusement, pour la plupart d'entre eux, il faut un peu plus que ça pour être président.
02:09À la tête de l'État, il faut savoir trancher sur le nucléaire, sur l'Ukraine, l'armée, l'immigration,
02:14les finances publiques, l'avenir industriel.
02:16Qui, dans cette foule, maîtrise vraiment ces dossiers lourds, techniques et impitoyables ?
02:20Il se compte peut-être sur les doigts d'une main.
02:23Deux partis, en tout cas, regardent ce spectacle avec un petit sourire en coin.
02:27Le Rassemblement National et la France Insoumise, avec Marine Le Pen et Jordan Bardella d'un côté,
02:32et de l'autre avec Jean-Luc Mélenchon.
02:34Pendant que les autres se dispersent, eux, capitalisent.
02:37Pour trancher, on nous parlera alors des primaires, on grandira des sondages.
02:41Mais on sait déjà que cette histoire se termine presque toujours mal.
02:44Les Français se décident tard, quelques jours souvent avant le scrutin,
02:48et rarement par enthousiasme.
02:49Les sondages provoquent des illusions.
02:51Chacun croit en sa dynamique et croit qu'elle va arriver plus tard.
02:55Les primaires fabriquent des déceptions.
02:56Les résultats ne sont pas toujours acceptés.
02:58On se souvient de celle de la gauche, avec Christiane Taubira, en 2022.
03:01Donc ce bal des candidatures n'est pas un signe de vitalité démocratique.
03:05C'est plutôt le symptôme de son affaissement.
03:07Trop de candidats, pas assez de projets, et surtout pas assez de stature.
03:11Quand tout le monde croit en son ambition personnelle, en son destin national,
03:14on transforme l'élection reine en casting géant.
03:17La France mérite mieux qu'un concours de pas plus cons qu'un autre.
03:20Pour reprendre l'expression du PDG de Leclerc, elle mérite un tri sévère.
03:24Sous-titrage Société Radio-Canada
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